Project Gutenberg's Avis au peuple sur sa sant, by Samuel Auguste Tissot

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Title: Avis au peuple sur sa sant
       ou trait des maladies les plus frquentes

Author: Samuel Auguste Tissot

Release Date: January 28, 2020 [EBook #61258]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK AVIS AU PEUPLE SUR SA SANT ***




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  AVIS
  AU PEUPLE
  SUR SA SANT,
  OU
  TRAIT DES MALADIES
  LES PLUS FRQUENTES,

  _Par M. TISSOT, Mdecin, Membre des Socits de Londres & de Ble_.

  NOUVELLE DITION, augmente de la Description & de la Cure de
    plusieurs Maladies, & principalement de celles qui demandent
    de prompts secours.

  OUVRAGE compos en faveur des Habitans de la Campagne, du Peuple des
    Villes, & de tous ceux qui ne peuvent avoir facilement les conseils
    des Mdecins.

  A PARIS,
  AUX DPENS DE P. F. DIDOT LE JEUNE,
  Quai des Augustins,  S. Augustin.

  M. DCC. LXII.
  _Avec Approbation, & Privilege du Roi._




Se vend  Bordeaux, chez Louis-Guillaume LABOTTIERE, Libraire, ru St.
Pierre, vis--vis le Puits de la Samaritaine.




A MONSIEUR

LE MARQUIS

DE MIRABEAU,

L'AMI DES HOMMES.


_MONSIEUR_,

_Le motif qui vous a fait publier tant de vues & de rflexions sages &
utiles sur la population (l'amour pour l'humanit) a engag M. Tissot 
composer cet Ouvrage, afin de diminuer l'effet d'une des principales
causes de la dpopulation, qui est le mauvais traitement des maladies du
Peuple. Le desir que j'ai que mes Compatriotes participent  la grande
utilit de ce Livre, connu par plusieurs ditions & traductions en
diffrens Pays, m'a port  en conseiller la rimpression, &  y faire
les changemens & additions ncessaires, pour qu'il soit d'un usage plus
gnral. Je vous en fais hommage, MONSIEUR, & je vous prie de recevoir
ce tmoignage du profond respect que j'ai pour l'Ami des Hommes._

_J'ai l'honneur d'tre_,

_MONSIEUR_,

Votre trs humble serviteur,

***.




A MONSIEUR

TISSOT.


_MONSIEUR_,

_Ds le moment de ma naissance, chacun de mes jours a t marqu par les
bienfaits du meilleur des Peres, & m'a donn lieu de benir la
Providence, qui m'a fait votre fils, & celui de la plus tendre des
Meres._

_Je ne dois point mettre de bornes  ma reconnoissance, pour qu'elle
soit proportionne aux obligations que je vous ai. Celle  laquelle je
suis le plus sensible est le soin confiant que vous avez pris de
m'inculquer des principes vertueux de conduite, dans un tems o ils
commenoient dja  ne plus entrer dans le plan de l'ducation._

_S'il en est un dont je sois pntr autant que je dois l'tre, c'est
celui de cette bnficence gnrale, dont vous m'avez donn l'exemple,
plus encore que le prcepte qui vous intresse si vivement au bonheur de
tous les hommes, & qui vous a,  juste titre, concili le respect &
l'estime de tous ceux qui vous connoissent._

_Je ne vous appartiendrois pas, si je n'aimois pas mes semblables, de
quelque ordre qu'ils soient, & si l'envie de leur tre utile n'toit pas
ma principale affaire. C'est ce sentiment qui a dict cet ouvrage, & qui
vous le fera recevoir avec plaisir. Vous partagerez ma joie, si vous
apprenez qu'il soit utile; & vous me rappellerez, si je pouvois
l'oublier, cette vrit qu'il seroit si dangereux de perdre de vue, que
s'il en rsulte du bien, je n'en suis que l'instrument._

_J'ai l'honneur d'tre avec le plus respectueux & le plus tendre
attachement,_

_MONSIEUR_,

Votre trs humble & trs obissant Fils,

TISSOT.

A Lausanne, le 1 Aot 1761.




_AVIS._


Cet Ouvrage toit presque entierement compos au mois d'Avril 1760; mais
en le retouchant, avant que de l'envoyer  l'Imprimeur, j'ai fait
plusieurs changemens, dont je n'ai point pu parler dans l'Introduction,
parcequ'elle toit imprime avant que ces changemens se fissent. Ils
portent sur deux objets principaux; les observations, & quelques
explications des causes des maladies.

Je n'avois mis d'abord aucune observation particuliere, & je n'avois
donn aucune thorie: l'ouvrage toit plus court; mais il toit
extrmement sec. J'ai senti que quelques observations, non point
dtailles, ce qui auroit trop allong, mais simplement indiques,
seroient utiles; ce sont des exemples parlans, qui servent  inculquer
les prceptes. Par rapport aux explications de thorie, il m'a paru que
l'on suivroit plus volontiers une pratique, quand on connotroit les
raisons sur lesquelles elle est fonde. Cette esprance m'a dtermin 
donner ces raisons, toutes les fois que j'ai p le faire, sans sortir du
plan de simplicit, que la nature de cet ouvrage m'imposoit: & je suis
persuad qu'il n'y a pas une phrase qui soit hors de la porte des
principaux Lecteurs auxquels cet ouvrage est destin.

Mais l'augmentation qui vient de ces deux articles, est peu
considrable; & ce qui a allong l'ouvrage, un tiers peut-tre au-del
de sa premiere tendue, c'est l'addition de cinq ou six chapitres, qui
n'entroient point dans ma premiere distribution, & qui me paroissent
aujourd'hui aussi ncessaires que les autres.

Je crains cependant que l'ensemble ne paroisse trop long, & je voudrois
avoir eu les conseils de ceux qui le trouveront tel, pour dterminer les
retranchemens que je devois faire.

Il y a un article important; c'est le style, sur lequel je dois me
justifier devant ceux de mes Lecteurs qui peuvent en juger, & qui le
trouveront mauvais. Ce dfaut vient de plusieurs causes; la premiere, &
peut tre la principale, est inhrente  l'Auteur. Les autres sont, 1.
les interruptions frquentes de la composition, occasionnes par les
occupations plus pressantes de la pratique. 2. Les additions dont je
viens de parler. 3. Le peu de tems que j'ai p donner  la rvision de
la copie, avant que de l'envoyer  l'Imprimeur. 4. J'ai volontairement
employ plusieurs rptitions de phrases & de mots, & mme plusieurs
phrases trs communes parmi la plus grande partie des Habitans de ce
pays, mais qui ne sont point autorises par les regles, toutes les fois,
que j'ai cru ces ngligences ncessaires pour me faire entendre aux
Lecteurs d'un certain ordre. Dans un ouvrage comme celui-ci, la clart
est le premier mrite du style.

L'on trouvera, sans doute, que dans quelques endroits il y a des
directions dont le Peuple a peu besoin, & quelques conseils dont
l'excution seroit difficile pour lui. Je n'en disconviens point; mais
je crois avoir averti, que je n'ai pas exclu du plan de cet ouvrage, les
personnes riches, qui vivent toute l'anne dans des campagnes loignes
du sjour des Mdecins.

Les endroits marqus par des guillemets , ou des crochets [], sont
pris, mot  mot, dans quelque Auteur estim. Le Chapitre XXIX, n'est
presque que l'extrait d'un long ouvrage sur cette matiere.

Je dclare trs expressment que les prix indiqus sont, il est vrai,
ceux auxquels les Apoticaires peuvent donner les remedes au paysan
pauvre, sans y perdre, mais que ce n'est point ceux auxquels tout le
monde est en droit de les exiger d'eux. Il n'y a point de taxe dans ce
Pays.

J'avertis, en finissant, que je n'ai donn aucun conseil, & aucun
remede, dont je n'aie vrifi l'efficacit moi-mme; & j'ose esprer
qu'ils russiront, toutes les fois qu'on les emploiera dans les
circonstances & avec les prcautions que j'indique, si la maladie n'est
pas incurable; mais j'ajoute en mme-tems, que les remedes les plus
simples, donns dans des circonstances diffrentes, ou sans prcautions,
peuvent occasionner des maux affreux. Je serois vivement afflig, si ce
malheur arrivoit.

Je me trouverai heureux, si cet Ouvrage peut faire, au moins, une partie
du bien que je desire.




AVERTISSEMENT

_Sur la prsente Edition_.


Il n'est pas de Mdecin sensible au plaisir de faire du bien aux hommes,
qui ne voult tre Auteur d'un Ouvrage comme celui-ci, qui tend au
soulagement &  la conservation du Peuple. Ds qu'il a paru, on a t
frapp de son utilit, & de la ncessit de le multiplier; c'est ce qui
en a fait publier en moins d'un an plusieurs ditions & traductions en
diverses Langues: ainsi M. Tissot devient le bienfaiteur du Peuple des
campagnes, cette partie la plus nombreuse & la plus utile de l'humanit.

J'ai souhait que ma Patrie profitt du travail de cet habile Praticien;
mais il falloit pour cela faire  son Ouvrage quelques changemens que la
diffrence des Pays rendoit ncessaires. Ces changemens se rduisent aux
mesures, au prix des drogues &  quelques termes particuliers au Pays de
l'Auteur. Du reste, l'ouvrage de M. Tissot est tel qu'il l'a donn.

Pour ne rien laisser  desirer dans ce Livre, j'ai cru devoir y faire
quelques additions, en me conformant au Plan de l'Auteur. Elles sont de
deux especes:

1. Il m'a paru qu'il y avoit quelques maladies frquentes  la campagne
parmi le Peuple, & dont M. Tissot n'a point parl; c'est sans doute
parcequ'elles ne le sont point autant dans son Pays; mais il devenoit
indispensable de les ajouter  une Edition faite pour ce Pays-ci. Ces
maladies sont les hydropisies gnrales & du bas ventre, les aphtes, la
coqueluche, la suette, l'ergot, les engelures, le carreau, les
crouelles, &c.

2. On trouvera encore dans cette nouvelle dition des additions d'un
second genre, qui, sans sortir du plan de l'Auteur, augmentent l'utilit
de cet Ouvrage, & qui sont ncessaires  ceux qui se serviront de ce
Livre. Dans le grand nombre de maladies dont M. Tissot n'a point parl,
soit parcequ'elles ne sont pas frquentes  la campagne, soit
parcequ'elles exigent absolument les soins d'un Mdecin; il y en a
quelques-unes, qui, lorsqu'elles se prsentent, demandent des secours
trs prompts, qu'il seroit dangereux de diffrer jusqu' l'arrive du
Mdecin, lorsqu'il lui faut plusieurs heures pour venir. Du nombre de
ces maladies sont les accs d'asthme, les attaques d'pilepsie, le
catharre suffocant, les hmorrhagies, l'touffement ou suffocation, les
accidens produits par la goutte remonte, les ruptions rentres, la
suppression, les hmorrhagies, les poisons, &c.




TABLE

DES

CHAPITRES

ET DES

PRINCIPAUX ARTICLES.


  INTRODUCTION,                                                pag. xxiv
    _Premire cause de dpopulation._ Les migrations,             ibid.
    _Seconde cause._ Le Luxe & la Dbauche,                        xxvij
    _Troisieme cause._ L'Agriculture nglige,                       xxx
    _Quatrieme cause._ Mauvais traitement des maladies,            xxxij
    Moyens de rendre ce Livre utile,                                xxxv
    Dfinition de quelques termes,                                  xlij

  CHAPITRE I. Causes des maladies les plus frquentes parmi
      le Peuple,                                                  pag. 1
    _Premiere cause._ Excs du travail,                            ibid.
    _Seconde cause._ Air froid quand on a chaud,                       2
    _Troisieme cause._ Boisson froide, quand on a chaud,               4
    _Quatrieme cause._ Inconstance des tems,                           5
    _Cinquieme cause._ L'emplacement des fumiers & des Mares,          7
    _Sixieme cause._ L'ivrognerie,                                     9
    _Septieme cause._ Les alimens,                                    10
    _Huitieme cause._ La boisson,                                     12
    _Neuvieme cause._ L'emplacement des maisons,                      13

  CHAPITRE II. Causes qui augmentent les maladies du Peuple.
      Attentions gnrales,                                           16
    _Premiere cause._ Les soins qu'on prend pour faire suer, &
      les moyens qu'on emploie pour cela,                             17
      Danger des chambres chaudes,                                    18
      Danger des choses chauffantes,                              ibid.
    _Seconde cause._ La quantit & la qualit des alimens qu'on
      donne,                                                          23
    _Troisieme cause._ Les mtiques & les purgatifs au commencement
      de la maladie,                                                  27

  CHAPITRE III. Ce qu'il faut faire dans les commencemens des
      maladies. Diette des maladies aiges,                           32
    Signes qui annoncent les maladies. Moyens de les prvenir,        33
    Rgime des malades,                                               36
    Utilit des fruits,                                               39
    Soins dans la convalescence,                                      43

  CHAPITRE IV. Inflammation de poitrine, Symptmes de la maladie,     51
    Usage de la saigne,                                              52
    Signes d'amandement,                                              55
    Crises, symptmes qui les prcedent,                           ibid.
    Danger des mtiques, des purgatifs, des anodins,                 58
    Suppression des crachats, moyens d'y remdier,                    59
    Formation des abcs dans le poumon, ou vomiques,                  60
    Danger des remedes balsamiques,                                   73
    Inutilit de l'antihectique,                                      75
    L'Empyeme,                                                        76
    Gangrene du poumon,                                               77
    Squirrhe,                                                         77

  CHAPITRE V. De la pleursie,                                        79
    Danger des remedes chauds,                                        83
    Pleursies habituelles,                                           86
    Le sang de bouquetin, la suie, le Genipi,                         88

  CHAPITRE VI. Des maux de gorge,                                     90
    Traitement qu'on doit employer,                                   94
    Formation de l'abcs,                                             98
    Les ourles ou oreillons,                                         102
    Epidmie des maux de gorge putrides, qui a regn  Lausanne,     103

  CHAPITRE VII. Des rhumes,                                          110
    Diffrens prjugs sur les rhumes,                             ibid.
    Danger des boissons chauffantes,                                117
    Moyens de gurir les personnes catharreuses ou fluxionnaires,    118

  CHAPITRE VIII. Des maux de dents,                                  121

  CHAPITRE IX. De l'Apoplexie,                                       129
    Apoplexie sanguine, coup de sang,                                130
    Apoplexie sreuse,                                               133
    Moyens de prvenir les rechutes,                                 134

  CHAPITRE X. Coups de Soleil,                                       137

  CHAPITRE XI. Du Rhumatisme,                                        146
    Rhumatisme aigu, ou avec fievre,                               ibid.
    Rhumatisme chronique, sans fievre,                               155
    Danger des remedes spiritueux & gras,                            160

  CHAPITRE XII. De la rage,                                          163

  CHAPITRE XIII. De la petite vrole,                                174
    Symptmes de cette maladie,                                      175
    Danger des remedes sudorifiques,                                 184
    Traitement de la petite vrole benigne,                          188
    Usage de la saigne,                                             188
    Fievre de suppuration,                                           189
    Ncessit d'ouvrir les boutons,                                  191
    Danger des remedes qui font dormir,                              193

  CHAPITRE XIV. De la rougeole,                                      195
    Moyens de remdier aux suites qu'elle laisse,                    201

  CHAPITRE XV. De la fievre ardente ou chaude,                       203

  CHAPITRE XVI. Des fievres putrides,                                207

  CHAPITRE XVII. Des fievres malignes,                               216
    Danger de l'application des animaux vivans,                      228

  CHAPITRE XVIII. Des fievres d'accs,                               228
    Fievres de Printems, & Fievres d'Automne,                        230
    Moyens de gurir par le Quinquina,                               233
    Faon de conduire pendant l'accs,                               238
    Remedes fbrifuges diffrens du Quinquina,                       240
    Traitement des Fievres invtres,                               241
    Fievres pernicieuses,                                            242
    Maux priodiques, qui sont des Fievres dguises,              ibid.
    Prservatif dans les airs mal-sains,                             244

  CHAPITRE XIX. Des Ersipelles,                                     245
    Ersipelles habituelles,                                         252
    Piqures d'Animaux,                                              253

  CHAPITRE XX. Des inflammations de poitrine, & des pleursies
      fausses & bilieuses,                                           255
    Fausse inflammation de poitrine,                                 256
    Fausse pleuresie,                                                260

  CHAPITRE XXI. Des coliques,                                        263
    Colique inflammatoire,                                           264
    Colique bilieuse,                                                269
    Colique d'indigestion,                                           273
    Colique venteuse,                                                274
    Coliques aprs le froid,                                         276

  CHAPITRE XXII. Du _Miserere_ & du _cholera morbus_,                278
    _Miserere_, ou passion iliaque,                                ibid.
    _Cholera morbus_, ou trousse-galant,                             283

  CHAPITRE XXIII. De la Diarhe,                                     288

  CHAPITRE XXIV. De la Dyssenterie, ou Flux de sang,                 291
    Symptmes de la maladie,                                         293
    Remedes,                                                         294
    Usage des fruits,                                                297
    Danger de plusieurs remedes,                                     300

  CHAPITRE XXV. De la Galle,                                         303

  CHAPITRE XXVI. Avis pour les Femmes,                               308
    Les regles,                                                    ibid.
    Les ples-couleurs,                                            ibid.
    Suppression des regles,                                          312
    Cessation des regles,                                          ibid.
    Grossesse,                                                       317
    Accidens dans la grossesse,                                      318
    Couches,                                                         319
    Suite de Couches,                                                322
    Pertes,                                                          323
    Inflammation de matrice,                                       ibid.
    Suppression des lochies,                                         324
    Fievre de lait,                                                ibid.
    Lait rpandu,                                                  ibid.
    Maladies du sein. Poil. Cancer,                                  326

  CHAPITRE XXVII. Avis pour les Enfans,                              326
    _Premiere cause de leurs maux._ Le Meconium,                     328
    _Seconde cause._ Le lait aigri,                                  329
    Danger de l'huile,                                               329
    Drangemens de la transpiration. Moyens de l'entretenir.
      Lavage  l'eau froide,                                         332
    _Troisieme cause._ La sortie des dents,                          335
    _Quatrieme cause._ Les vers,                                     336
    Convulsions,                                                     341
    Soins ncessaires pour les rendre robustes,                      342

  CHAPITRE XXVIII. Secours pour les noys,                           346

  CHAPITRE XXIX. Des corps arrts entre la bouche & l'estomac,      355

  CHAPITRE XXX. Maladies chirurgicales,                              378
    Des Brlures,                                                    379
    Des Plaies,                                                      380
    Des meurtrissures,                                               386
    Des chtes,                                                      393
    Des entorses ou foulures,                                        395
    Des Ulceres,                                                     397
    Des Membres gels,                                               401
    Des Hernies,                                                     406
    Des Furoncles ou Clous,                                          410
    Des Panaris,                                                     412
    Des verrues,                                                     417
    Des cors,                                                        419

  ADDITIONS,                                                         420
    Anasarque, Bouffissure, ou Hydropisie gnrale,                  420
    Aphtes,                                                          428
    Ascite, ou Hydropisie du bas ventre,                             434
    Accs d'Asthme,                                                  437
    Carreau,                                                         443
    Catharre suffocant,                                              446
    Colique nphretique & inflammation des reins,                    448
    Coqueluche,                                                      450
    Dartres & maladies de la peau,                                   453
    Ecrouelles, ou humeurs froides,                                  455
    Enflure des jambes, des mains,                                   461
    Engelure,                                                        464
    Epilepsie, ou Mal-caduc,                                         466
    Epreintes ou Tenesme,                                            471
    Eruptions rentres. Ecoulemens supprims,                        472
    Etouffement. Suffocation,                                        475
    Goutte remonte,                                                 476
  Hmorrhagies en gnral,                                           478
    Crachement de sang,                                              481
    Hemorrhodes fluentes & non fluentes,                            482
    Pissement de sang,                                               484
    Saignement de nez,                                             ibid.
    Vomissement de sang,                                             485
  Hmorrhagies supprimes,                                           486
  Jaunisse,                                                          487
  Inflammation en gnral,                                           489
  Incontinence d'urine. Diabete,                                     492
  Maladies pidmiques,                                              493
    Suette,                                                          493
    Ergot,                                                           495
  Ophtalmie. Inflammation des yeux,                                  498
  Poisons. Coliques,                                                 499
  Vomissement,                                                       503

  DES REMEDES de Prcaution,                                         504
    De la Saigne,                                                   505
    Des Purgations,                                                  513
    Remarques sur quelques autres remedes,                           520

  Des Charlatans & des Mages,                                       523

  QUESTIONS auxquelles il est absolument ncessaire de savoir
      rpondre, quand on va consulter un Mdecin,                    543
    Questions communes,                                              544
    Questions relatives aux Femmes,                                  545
    Questions relatives aux Enfans,                                  546

  TABLE des Remedes, avec des Notes pour se servir du Remede
    auquel elles se rapportent,                                      548

  PRIX des Drogues recommandes dans cet Ouvrage,                    569


Fin de la Table des Chapitres.




FAUTES D'IMPRESSION

_Qu'il est ncessaire de corriger avant de se servir de l'Ouvrage._


  Page 122, ligne 25: mettez un _point_ aprs _quelquefois_, & effacez
  celui qui est avant.

  Page 128, ligne 20: _j'en ai_: mettez _j'ai_.

  Page 163, ligne 20: _quoiqu'il n'ait_, mettez _quand il n'a_.

  Page 178, ligne 18: _& qui_, effacez _&_.

  Page 213, ligne 27: _N. 8_, mettez _N. 10_.

  Page 277, ligne 2: _troisieme_, ajoutez _jour_.

  Page 439, ligne 19: _fluide,_ effacez la _virgule_, & mettez-la aprs
  _agit_.

  Page 441, ligne 9: _N. 9_, mettez _N. 11_.

  Page 455, ligne 8: _d'iris_, mettez _de ris_.

  Page 464, ligne 25: _sur la peau_, mettez _la surpeau_.

  Page 479, ligne 21: _N. 5_, effacez _5_.

  Page 500, ligne 5: _N. 20_, mettez _N. 22_.




INTRODUCTION.


La diminution du nombre des habitans dans la plpart des Etats de
l'Europe, est une vrit de fait, qui frappe tout le monde, dont on se
plaint par-tout, & que les dnombremens dmontrent. Cette dpopulation
se remarque principalement dans les campagnes. Elle a plusieurs causes;
je me croirois heureux, si je pouvois contribuer  remdier  une des
principales, qui est la mauvaise mthode employe dans les campagnes
pour traiter les malades; c'est-l mon unique objet: mais l'on me
permettra d'indiquer les autres causes concourantes. On peut les rduire
 deux classes gnrales. Il sort plus de monde des campagnes
qu'autrefois, & l'on peuple moins par-tout.

Il y a plusieurs especes d'migration: l'on sort pour se mettre dans les
troupes de terre & de mer, ou pour prendre diffrens tats hors de son
pays; on se fait domestique, commerant, &c.

Le service, tant de terre que de mer, nuit  la population, de plusieurs
faons. Premierement il ne rentre pas autant d'hommes qu'il en sort; les
combats, les dangers & les fatigues de la guerre, les affaires
particulieres, les mauvaises nourritures, les excs dans le boire & le
manger, la dbauche & les maladies qui en sont les suites, le mal du
pays; les maladies pidmiques pestilentielles ou contagieuses, causes
par l'air pernicieux de Flandres, de Hollande, d'Italie, de Hongrie, les
longues croisieres, les voyages aux Indes Orientales & Occidentales, en
Guine, &c. en emportent un grand nombre. La dsertion d'ailleurs, dont
ils craignent les suites en rentrant chez eux, en oblige plusieurs 
s'expatrier pour toujours. D'autres, au sortir du service, embrassent
des tablissemens, dont le service leur a fourni l'occasion, & qui les
loignent de tout retour. En second lieu, en supposant mme qu'ils
revinssent tous, le pays souffriroit galement de leur absence,
parcequ'ils sont absens dans le tems de la plus grande aptitude  la
population; parceque, quand ils reviennent, ils ont perdu cette aptitude
par l'ge, les infirmits, les dbauches; parceque souvent, s'ils se
marient, leurs enfans, victimes des drglemens paternels, sont foibles,
languissans, maladifs, meurent jeunes, ou vivent incapables d'tre
utiles  la socit; enfin, parceque le got du libertinage qu'ils ont
contract en empche plusieurs de se marier. Mais quoique ces
inconveniens soient rels & trs connus, cependant, comme le nombre de
ceux qui peuvent sortir de cette faon est born, qu'il est mme peu
considrable, relativement au nombre des habitans que le pays devroit
avoir, que cette expatriation a peut-tre t ncessaire dans un tems, &
pourroit le redevenir si les autres causes de dpeuplement finissoient,
c'est, sans doute, la moins fcheuse, & la derniere qui demandera
quelque considration.

L'expatriation, qui a pour objet le changement d'tat, est encore plus
considrable ou plus nombreuse; elle a ses inconvniens particuliers qui
sont en grand nombre, & malheureusement c'est une pidmie, dont les
ravages vont en croissant; par une raison simple: c'est que le succs
d'un seul en dtermine cent  aller courir les mmes hazards, & que
peut-tre quatre-vingt-dix-huit choueront. L'on est frapp du bien,
l'on ignore le mal. Je suppose qu'il soit parti, il y a dix ans, cent
personnes pour aller ce qu'on appelle _chercher fortune_; au bout de six
mois ils toient tous oublis, except de leurs parents: qu'il en soit
revenu un cette anne avec quelques biens au-dessus de son patrimoine,
ou qu'il y en ait un qui ait une place o il y ait peu  travailler,
tout le pays en est instruit, & s'en occupe; une foule de jeunes gens
sont sduits & partent, parceque personne ne pense que des
quatre-vingt-dix-neuf, qui toient partis avec lui, la moiti a pri;
une partie est misrable, & le reste est de retour, sans avoir gagn
autre chose que l'incapacit de s'occuper utilement dans son pays & dans
sa premiere vocation: & ayant priv le pays d'un grand nombre de
cultivateurs, qui, en faisant valoir les terres, y auroient attir
beaucoup d'argent & l'aisance. Le petit nombre qui russit est publi;
la foule qui choue reste dans un profond oubli. Le mal est trs grand &
trs rel. Quel pourroit en tre le remede? Il suffiroit peut-tre de
faire connotre le danger, & le moyen est ais: il n'y auroit qu' tenir
annuellement un registre exact de ceux qui sortent, & au bout de six,
huit, dix ans, en publier la liste avec le succs de leur voyage. Je
suis tromp, ou, au bout d'un certain nombre d'annes, l'on ne verroit
pas autant de gens quitter leur lieu natal, dans lequel ils peuvent
vivre heureux en travaillant, pour aller dans les pays trangers
chercher des tablissemens, dont les listes que je propose leur
dmontreroient l'incertitude, & combien l'tat qu'ils auroient eu dans
leur patrie est prfrable  celui qu'ils ont eu. L'on ne partiroit
qu'avec des avantages presque srs; il sortiroit beaucoup moins de gens;
trouvant moins de concurrens, ils russiroient mieux; trouvant moins de
leurs compatriotes hors de chez eux, ils y reviendroient plus souvent;
par-l mme il resteroit plus d'habitans au pays, il en rentreroit
davantage, & ils y rapporteroient plus d'argent. Le pays seroit plus
peupl, plus riche & plus heureux, parceque le bonheur d'un peuple, qui
vit sur un sol fertile, dpend beaucoup de la population, & un peu des
richesses pcuniaires.

Non-seulement l'on sort beaucoup du pays, & par-l mme il y a moins de
gens pour le peupler; mais ceux qui y restent, peuplent,  nombre gal,
moins qu'autrefois; ou, ce qui revient au mme, parmi le mme nombre de
personnes, il y a moins de mariages; & le mme nombre de mariages
fournit moins de baptmes. Je n'entre point dans le dtail des preuves;
il ne faut que regarder autour de soi pour en tre convaincu. Quelles en
sont les causes? Il y en a deux principales; le luxe & la dbauche, qui
nuisent  la population par plusieurs endroits.

Le luxe oblige le riche qui veut figurer, & l'homme  revenus mdiocres,
mais son gal au moins  tout autre gard, & qui veut l'imiter, 
craindre une nombreuse famille, dont l'ducation consumeroit des revenus
consacrs aux dpenses d'apparat; & d'ailleurs s'il falloit partager son
bien entre plusieurs enfans, ils en auroient tous trs peu, & seroient
hors d'tat de soutenir le train des peres. Quand le mrite est apprci
par la dpense extrieure, l'on doit ncessairement tcher de se mettre,
& de laisser ses enfans, dans une situation propre  soutenir cette
dpense. De-l peu de mariages quand on n'est pas riche; peu d'enfans
quand on est mari.

Le luxe nuit d'une autre faon. La vie drgle qu'il a introduite,
affoiblit la sant, ruine le temprament, & la propagation s'en ressent
ncessairement. La gnration qui passe, compte des familles de plus de
vingt enfans; celle qui vit, ne compte pas vingt germains:
malheureusement ce raisonnement contraire  la population, se fait
jusques dans les villages; & on n'y est plus convaincu, que le nombre
des enfans fait la richesse du cultivateur, celle qui vient ne connotra
plus les freres.

Un troisieme inconvnient du luxe; c'est que le riche se retire des
campagnes pour vivre en ville, & qu'il augmente son domestique, en le
tirant de la campagne; cette augmentation de domestiques est
prjudiciable aux campagnes qu'elle prive de cultivateurs, &  la
population: ces domestiques n'tant pas  l'ordinaire, occups
suffisamment, ils prennent le got de la vie oisive; ils deviennent
incapables de reprendre le labeur de la campagne, pour lequel ils
toient ns; tant privs de cette ressource, ils ne se marient pas,
soit parcequ'ils craignent d'avoir des enfans, soit par libertinage, &
parceque beaucoup de matres ne veulent pas de gens maris; ou ils se
marient tard, ainsi il nait moins de citoyens.

L'oisivet les affoiblit par elle-mme, & les conduit  la dbauche, qui
les affoiblit encore davantage; ils n'auront jamais que peu d'enfans mal
sains, qui ne seront point en tat de fournir des bras aux terres; ou
qui, levs dans les villes, ne voudront pas aller  la campagne.

Ceux qui se conduisent le plus sagement, qui conservent des moeurs, qui
font quelques pargnes, accoutums  la vie de la ville, & craignant la
peine de celle des champs, dont ils ignorent d'ailleurs la conduite,
veulent devenir petits marchands ou artisans, & c'est une perte pour le
peuplement, parcequ'un nombre de laboureurs cre plus d'enfans qu'un
nombre gal de citadins, & que, sur un nombre donn, il meurt plus
d'enfans  la ville qu' la campagne.

Les mmes maux ont lieu pour les domestiques du sexe. Aprs dix ou douze
ans de service, les servantes de la ville ne peuvent pas redevenir de
bonnes campagnardes; & celles qui embrassent cet tat, succombent
bientt  ce travail, pour lequel elles ne sont plus faites. Si l'on
revoit une femme marie  la campagne, un an aprs qu'elle a quitt la
ville, il est ais de remarquer combien ce genre de vie l'a vieillie;
souvent la premiere couche, dans laquelle elles n'ont pas tous les soins
que leur dlicatesse exigeroit, est l'cueil de leur sant; elles
restent dans un tat de langueur, de foiblesse, de dprissement; elles
n'ont plus d'enfans; elles deviennent, & elles rendent leurs maris des
membres inutiles  l'augmentation du peuple.

Les avortemens, les enfans dpayss aprs une grossesse cache,
l'impossibilit de trouver des pouseurs, sont souvent les effets de
leur libertinage.

Il est  craindre que ces maux n'aillent en croissant depuis que, manque
de sujets, ou par des vues d'oeconomie, on commence  prendre pour
domestiques des enfans, dont les moeurs & le temprament ne sont point
forms, & se ruinent d'un pas gal par le sjour de la ville, la
fainantise, le mauvais exemple & les mauvaises compagnies.

Il resteroit, sans doute, bien des choses  dire sur ces importans
objets; mais outre que je ne veux point trop allonger cet ouvrage, & que
beaucoup d'autres occupations ne me laissent point de tems pour tout ce
qui n'est pas Mdecine, je craindrois de sortir de mon sujet: tout ce
que j'ai dit jusqu' prsent en fait partie, puisqu'en donnant au peuple
des avis sur sa sant, il falloit lui indiquer les causes qui la
corrompent; mais ce que je pourrois dire de plus, parotroit peut-tre
tranger.

Je n'ajoute qu'un mot. Ne pourroit-on pas, pour remdier  des maux
qu'il est impossible de prvenir, choisir quelque canton du pays, dans
lequel on chercheroit, par des rcompenses, 1.  arrter tous ses
habitans; 2.  les encourager par d'autres rcompenses,  une
population plus abondante. Ils n'en sortiroient point; ainsi ils
n'iroient pas s'exposer  tous les maux dont j'ai parl; on ne s'y
marieroit point  des trangers qui pourroient y apporter le dsordre;
ainsi vraisemblablement ce quartier, au bout d'un certain tems, seroit
trop peupl, & pourroit fournir des colonies pour les autres.

Une cause plus puissante que celles que l'on a rapportes, a produit
jusqu' ce moment en France, la dpopulation; c'est la dcadence de
l'agriculture, les habitans de la campagne fuyant la milice: les
corves, les impts, & attirs  la ville par l'intrt, la paresse & le
libertinage, ont laiss les campagnes presque dsertes. Ceux qui y sont
rests, n'tant point encourags au travail, ou ne suffisant pas pour ce
qu'il y a  faire, se sont contents de cultiver ce qu'il leur falloit
absolument pour subsister; ils ont gard le clibat, ou se sont maris
tard; ou,  l'exemple des habitans des villes, ils ont refus  l'Etat,
 leur femme,  la nature, ce qu'ils leur devoient. La terre prive de
cultivateurs par cette expatriation & cette inaction, n'a point
rapport, & la dpopulation des campagnes a augment tous les jours,
parceque la mesure de la subsistance est celle de la population, & que
l'agriculture peut seule multiplier les subsistances. Une seule
comparaison fera sentir l'importance & la vrit de ces principes, 
ceux qui n'en ont pas vu le dveloppement & la dmonstration dans les
ouvrages de l'ami des hommes. Un ancien Romain, toujours prt 
retourner labourer son champ, vivoit lui & sa famille d'un arpent de
terre: un sauvage qui ne seme ni ne laboure, consume seul le gibier que
cinquante arpens de terre peuvent nourrir; consquemment Tullus
Hostilius avec mille arpens de terre, pouvoit avoir cinq mille sujets;
tandis qu'un chef de Sauvage, born au mme territoire, auroit  peine
vingt hommes: telle est la disproportion immense que l'agriculture peut
tablir dans la population; c'en sont ici les deux extrmits. Un Etat
se dpeuple en proportion de ce qu'il s'loigne de l'une & se rapproche
de l'autre. On voit videmment, que s'il y a quelque part augmentation
de subsistances, il y aura bientt augmentation de population, qui, 
son tour, facilitera encore l'augmentation de la subsistance. Dans un
tel pays, il y aura abondance d'hommes, qui, aprs avoir fourni le
nombre ncessaire au service des armes, au commerce,  la Religion, aux
arts, & aux professions de toute espece, &c. donnera encore des colonies
qui iront porter au loin le nom & le bonheur de leur Nation: il y aura
abondance de choses, dont le supperflu sera transport chez l'tranger,
pour en avoir d'autres que le pays ne fournit point; & l'excdent de
l'change, donn en argent, rendra la Nation riche, & par-l redoutable
 ses voisins & heureuse. L'agriculture en vigueur peut produire tant
d'avantages, & ce siecle aura la gloire de l'avoir renouvelle en
favorisant les Agriculteurs, en les encourageant, & en tablissant les
socits d'agriculture.

Je passe enfin  la quatrieme cause de dpopulation; c'est la faon dont
le peuple est conduit dans les campagnes quand il est malade. J'en ai
t pntr de douleur plusieurs fois. J'ai t tmoin, que des maladies
qui auroient t trs legeres, devenoient mortelles par le traitement: &
je suis convaincu, que cette cause fait seule autant de ravages que les
prcdentes; elle mrite bien, sans doute, toute l'attention des
Mdecins, dont la vocation est de travailler  la conservation de
l'humanit. Pendant que nous donnons nos soins  sa partie la plus
brillante dans les villes, sa moiti la plus nombreuse & la plus utile
prit misrablement dans les campagnes, ou par des maux particuliers, ou
par des pidmies gnrales, qui, depuis quelques annes, paroissent
dans diffrens villages, & y font des ravages considrables. Cette
rflexion affligeante m'a dtermin  donner ce petit Ouvrage, qui est
uniquement destin pour ceux que leur loignement des Mdecins met dans
le cas d'tre privs de leurs secours. Je ne dtaillerai point ici mon
plan, qui est fort simple; je me contente de dire, que j'ai donn tous
mes soins  le rendre le plus utile qu'il m'a t possible; & j'ose
esprer que, si je n'ai pas montr tout le bien qu'on peut faire, au
moins j'ai fait connotre les traitemens pernicieux qu'il faut viter.
Je suis intimement convaincu qu'on peut faire mieux que moi; mais ceux
qui seroient en tat, ne l'entreprennent pas: j'ai plus de courage, &
j'espere que les gens qui pensent, me sauront quelque gr d'avoir donn
un Ouvrage, dont la composition est rebutante par sa facilit mme, par
les dtails minutieux qu'il exige, par la ncessit de ne dire que les
choses les plus connues, & par l'impossibilit d'y traiter aucune
matiere  fond, ou d'y dvelopper aucune vue nouvelle & utile; c'est le
travail d'un Pasteur, qui criroit un catchisme pour de petits enfans.

Je n'ignore pas cependant, que l'on a dja quelques ouvrages destins
pour les malades de la campagne, qui sont privs de secours; mais les
uns, quoique faits dans un bon but, produisent un mauvais effet: de
cette espece sont tous les recueils de remedes, sans description de
maladie, & par-l mme sans aucune regle sre pour l'application; tels,
par exemple, que le fameux recueil de Madame FOUQUET, & quelques autres
dans le mme got. Les autres se rapprochent du plan du mien; mais
plusieurs ont embrass trop de maladies, & par-l mme sont devenus trop
volumineux; d'autres ont t trop courts sur chaque article: d'ailleurs
ils n'ont point insist assez sur les causes des maladies, sur le rgime
gnral, les mauvais traitemens & les signes des maladies; leurs
recettes ne sont point gnralement aussi simples & aussi aises 
prparer qu'elles doivent l'tre; enfin ils paroissent la plpart s'tre
ennuys de cet ouvrage vraiment triste, & l'avoir expdi trop
promptement. Il n'y en a que deux, que je dois nommer avec respect, &
qui, s'tant propos un plan fort semblable au mien, l'ont rempli avec
une supriorit qui mrite toute la reconnoissance du public. L'un est
M. ROSEN, premier Mdecin du Royaume de Suede, qui, depuis quelques
annes, s'est servi de son crdit pour faire le plus grand bien aux
peuples. Il a fait retrancher dans les almanachs, ces contes ridicules,
ces avantures extraordinaires, ces conseils d'astrologie pernicieux,
qui, en Suede, comme ici, ne servent qu' entretenir l'ignorance, la
crdulit, la superstition, & les prjugs les plus faux sur la sant,
les maladies & les remedes; & il a pris la peine de composer sur les
maladies populaires des traits simples, qu'il a substitus  ces tas de
sottises: mais ces petits ouvrages, qui paroissent annuellement dans
chaque almanach, n'ont point encore t traduits du Suedois, & par-l
mme, je n'ai pu en tirer aucun parti. L'autre est M. le Baron de
SWIETEN, premier Mdecin de Leurs Majests Impriales, qui a bien voulu
se donner les soins de faire, il y a deux ans, pour les armes, ce que
je fais aujourd'hui pour les campagnes. Quoique mon ouvrage ft en
grande partie compos quand le sien m'est parvenu, j'en ai pris
diffrens morceaux; & si nos vues eussent t prcisment les mmes,
j'aurois cru rendre un plus grand service en cherchant  rpandre son
livre, qu'en en publiant un nouveau; mais comme il n'a rien dit sur
plusieurs articles que je traite fort au long, qu'il a trait de
plusieurs maladies qui n'entrent pas dans mon plan; qu'il ne dit rien de
quelques autres, dont je suis oblig de traiter: nos deux ouvrages, sans
parler de la supriorit du sien, sont trs diffrens relativement au
fond des maladies; mais dans les maladies que nous examinons l'un &
l'autre, je me fais une gloire d'tre presque toujours dans ses
principes.

Cet Ouvrage n'est point fait pour les vrais Mdecins; mais peut tre,
outre mes amis, quelques-uns le liront. Je leur demande une grace, c'est
de vouloir bien entrer dans l'esprit de l'Auteur, & ne point le juger
comme Mdecin d'aprs ce livre: je les avertis mme ici, qu'ils feront
mieux d'en quitter la lecture, qui ne doit rien leur apprendre. Ceux qui
lisent pour critiquer, trouveront un plus vaste champ dans les autres
brochures que j'ai publies. Il n'est pas juste qu'un Ouvrage, qui n'a
de but que l'utilit de mes compatriottes, me procure du dsagrment:
l'on doit tre exempt de la critique, quand on a eu le courage
d'entreprendre un travail qui ne peut mriter aucun loge.

Aprs ces gnralits, je dois entrer dans quelques dtails sur les
moyens qui me paroissent les plus propres  faciliter les bons effets
que j'espere de mes soins. Je donnerai ensuite l'explication de quelques
termes dont j'ai t oblig de me servir, & qui ne sont peut-tre pas
gnralement connus.

Le titre _d'avis au peuple_, n'est point l'effet d'une illusion qui me
persuade que ce livre va devenir une piece de mnage dans la maison de
chaque paysan. Les dix-neuf vingtiemes ne sauront, sans doute, jamais
qu'il existe; plusieurs ne sauroient pas le lire; un plus grand nombre,
quelque simple qu'il soit, ne le comprendroit pas: mais je le destine
aux personnes intelligentes & charitables qui vivent dans les campagnes,
& qui, par une espece de vocation de la Providence, sont appelles 
aider de leurs conseils tout le peuple qui les environne.

L'on sent aisment que j'ai en vue premierement, Messieurs les Curs: il
n'y a point de village, de hameau, de maison foraine dans tout le pays,
qui n'ait droit  la bienfaisance d'un d'entr'eux; & je sais qu'il en
est un grand nombre, qui, touchs du triste sort de leurs ouailles
malades, & effrays des horreurs de leur situation, ont desir cent fois
d'tre  mme de pouvoir leur donner des soins pour le corps, dans le
tems mme qu'ils les disposent  se prparer  la mort, ou  tirer parti
de la maladie, pour vivre dans la suite plus saintement. Je me
fliciterai si ces Ecclsiastiques respectables trouvent ici quelques
secours, qui puissent leur aider  satisfaire leurs intentions
bienfaisantes. Le respect, l'amour de leur troupeau, leur vocation  de
frquentes visites dans les maisons, le devoir qui leur est impos de
dtruire les prjugs fcheux & la superstition, leur charit, leurs
lumieres, la facilit que leurs connoissances physiques leur donnent 
saisir toutes les vrits de ce petit Ouvrage, sont autant de raisons
qui me persuadent qu'ils auront toute l'influence possible sur la
rforme qu'il est  souhaiter de faire dans la Mdecine du peuple.

J'ose en second lieu, compter sur les Seigneurs de Paroisse, dont les
conseils, extrmement respects par leurs paroissiens, sont si propres 
dcrditer une mauvaise mthode, &  en accrditer une nouvelle, dont
ils saisiront aisment tous les avantages. Les frquents exemples que
j'ai vu de la facilit avec laquelle ils entroient dans le plan d'un
Cur, l'empressement qu'ils ont  faire soulager les malades de leurs
villages, la gnrosit avec laquelle ils pourvoient  leurs besoins, me
font esprer, en jugeant de ceux que je ne connois point, par ceux que
je connois, qu'ils saisiront avec empressement un nouveau moyen de faire
du bien dans leur voisinage. La vraie charit sent, que, manque de
lumieres, elle peut nuire, & cette crainte la tient en suspens; mais
elle saisit avidemment toutes les lueurs qui peuvent la diriger.

En troisieme lieu, les personnes riches ou au moins aises, que leur
got, leurs emplois, ou la nature de leurs fonds fixent  la campagne,
o elles se rjouissent en faisant du bien, seront charmes d'avoir
quelques directions dans l'emploi de leurs soins charitables.

Dans tous les villages o il y a quelques membres des trois classes que
je viens d'indiquer, ils sont presque toujours informs trs promptement
des maladies du lieu, parcequ'on s'adresse  eux pour du bouillon, de la
thriaque, du vin, des biscuits, en un mot pour tout ce dont on croit
que les malades ont besoin. A l'aide de quelques questions aux
assistans, ou d'une visite au malade, ils jugeront au moins du genre de
la maladie; & par une sage direction, ils prviendront une foule de
malheurs. Ils donneront du nitre, au lieu de thriaque; de l'orge ou du
petit lait, au lieu de bouillon; ils ordonneront des lavemens ou des
bains de pied, au lieu de vin; & des grus  l'eau, au lieu de biscuits.
L'on ne croira qu'au bout de quelques annes le bien qui peut rsulter
de ces attentions si aises & souvent rptes. L'on aura d'abord un peu
de peine  changer une vieille habitude; mais quand elle sera dtruite,
la bonne s'enracinera tout aussi fortement, & j'espere que personne ne
fera d'efforts pour la dtruire.

Il est inutile de dire que je fonde plus d'esprance sur les soins des
dames, que sur ceux de leurs poux, de leurs peres, ou de leurs freres:
une charit plus active; une patience plus soutenue; une vie moins
ambulante; une sagacit que j'ai admire chez plusieurs  la ville & 
la campagne, & qui fait qu'elles observent avec une grande exactitude, &
qu'elles dmlent les causes caches des symptomes, avec une facilit
qui feroit honneur aux meilleurs Praticiens; enfin un don marqu pour
s'attirer la confiance du malade, sont autant de caracteres, qui
tablissent leur vocation; & il y en a un grand nombre, qui la
remplissent avec un zele digne des plus grands loges, & qui devroient
servir de modeles.

Les Matres d'cole doivent encore tre tous supposs avoir un degr
d'intelligence suffisant, pour tirer parti de cet ouvrage; & je suis
persuad qu'ils pourroient faire un trs grand bien. Je voudrois que,
non seulement ils cherchassent  connotre la maladie, c'est la seule
chose un peu difficile, & je crois l'avoir applanie autant qu'on le
peut; mais encore qu'ils apprissent  appliquer les remedes. Un trs
grand nombre rasent: j'en ai vu qui saignoient, & qui donnoient des
lavemens avec beaucoup d'adresse; tous apprendroient aisment  le
faire, & il ne seroit peut-tre pas hors de place d'introduire l'usage
d'exiger, dans leurs examens, qu'ils sussent saigner. Ces talens, celui
de juger du degr de la fievre, d'appliquer les vsicatoires & de les
panser, seroient du plus grand usage dans les lieux o ils demeurent.
Leurs coles, souvent peu nombreuses, ne les occupent qu'un petit nombre
d'heures par jour, la plpart n'ont point de domaines  cultiver; quel
meilleur usage pourroient-ils faire de leur loisir, que de l'employer au
soulagement des malades? Leurs oprations pourroient tre taxes  un
prix assez modique, pour n'incommoder personne; & ce petit revenant bon
rendroit leur situation encore plus douce: outre que cette distraction
les prserveroit d'tre entrans quelquefois, par facilit & par
dsoeuvrement,  prendre le got de la boisson. Il y auroit encore un
avantage  les accoutumer  cette espece de pratique, c'est que,
soignant les malades, & ayant l'habitude d'crire, ils seroient  mme,
dans les cas graves, de consulter ceux dont on croiroit avoir besoin.

Je ne doute point que parmi les laboureurs mmes, il ne s'en trouve
plusieurs tels que j'en connois, qui, remplis de sens, de jugement, & de
bonne volont, liront avec plaisir ce livre, le saisiront & en
rpandront avec empressement les maximes.

Enfin, j'espere que plusieurs Chirurgiens, rpandus dans les campagnes,
& qui exercent la Mdecine dans leur voisinage, voudront le lire,
entreront dans les principes que j'y tablis, & en adopteront les
conseils, quoiqu'un peu diffrens peut-tre de ceux qu'ils ont suivis
jusqu' prsent. Ils sentiront qu'on peut apprendre  tout ge, & de
tout le monde; & ils ne se feront pas de peine de rformer quelques-unes
de leurs ides, dans une science, qui, proprement, n'est pas la leur, &
 l'tude de laquelle ils ne se sont jamais livrs, sur celles d'un
homme qui s'en est uniquement occup, & qui a eu plusieurs secours qui
leur manquent.

Les sages-femmes pourront aussi rendre leurs soins plus efficaces, ds
qu'elles voudront bien s'clairer. Il seroit  souhaiter que
gnralement elles le fussent davantage, sur l'art mme qu'elles
exercent: les exemples de maux qu'on auroit vits avec plus d'habilet,
sont assez frquens pour faire desirer qu'on pt les prvenir; & cela ne
seroit pas impossible: rien ne l'est, quand ceux qui ont l'autorit,
veulent fortement; mais il faudroit qu'ils fussent instruits du mal, &
il est trs pressant.

J'ai donn les recettes des remedes les plus simples, & j'ai indiqu la
faon de les prparer, avec assez de dtail pour esprer que personne ne
sera embarrass  cet gard; mais qu'on ne croie point que cette
simplicit nuit  l'utilit, & qu'ils sont moins efficaces: je dclare
que ce sont les mmes dont je me sers dans la ville, pour les malades
les plus opulens. Cette simplicit est fonde en nature: le mlange d'un
grand nombre de drogues est ridicule. Si elles ont les mmes vertus,
pourquoi les mler? Il vaut bien mieux se borner  celle qui est la plus
efficace. Si elles ont des vertus diffrentes, l'effet de l'une dtruit
l'effet de l'autre, & le remede devient inutile.

Je n'ai donn aucun conseil, dont l'excution ne ft aise & trs
pratiquable. L'on trouvera cependant, que quelques-uns sont peu faits
pour le gros du peuple, & je n'en disconviens pas; mais je les ai mis,
parceque je n'ai point perdu de vue les personnes, qui, sans tre
peuple, vivent  la campagne, & qui ne peuvent pas toujours se procurer
un Mdecin, aussi-tot, aussi souvent, ou aussi long-tems qu'elles le
voudroient.

Un grand nombre des remedes se tire uniquement de la campagne, & peut
s'y prparer; mais il y en a cependant qui doivent se prendre chez les
Apoticaires. J'ai marqu les prix auxquels je suis persuad que tous les
Apoticaires du pays les donneront au paysan peu riche; &, en les
marquant, je ne l'ai point fait pour viter qu'on ne les lui ft payer
trop cher; je n'avois point cette crainte, mais pour que, voyant la
modicit du prix, il ne craignt point d'aller  l'emplette. Il aura
presque toujours la dose de remede ncessaire  chaque maladie, pour
moins d'argent qu'il n'en mettoit  acheter de la viande, du vin, des
biscuits, & d'autres choses qui le tuoient. Si le prix des remedes, tout
modique qu'il est, excdoit ses facults, sans doute les bourses des
communes & des pauvres y suppleroient; enfin il y a dans beaucoup de
pays des maisons de Seigneurs, de particuliers qui font annuellement une
certaine dpense charitable en remedes; sans l'augmenter, je ne leur
demanderai que d'en changer l'objet, & de vouloir bien distribuer les
remedes indiqus ici, au lieu de ceux qu'ils distribuoient auparavant.

L'on objectera encore, que la plpart des campagnes sont trs loignes
des villes, & que le paysan n'est pas  porte, par-l mme, de se
procurer d'abord ce dont il a besoin. Je rponds, qu'il y a
effectivement plusieurs villages trs loigns des villes o il y a des
Apoticaires; mais si l'on en excepte certains endroits des montagnes, il
y en a peu qui soient  plus de trois ou quatre lieues de quelque petite
ville, o il se trouve toujours quelque Chirurgien, ou quelque Marchand
qui vend des drogues. Ce n'a peut-tre pas t, jusques  prsent,
celles que j'indique; mais ils s'en fourniront ds qu'ils pourront en
esprer le dbit; & ce sera pour eux une nouvelle branche de commerce.
J'ai eu soin d'indiquer le tems que chaque remede pouvoit se garder sans
risque. Il y en a d'un usage trs frquent, dont les Matres d'cole
pourroient eux-mmes avoir une certaine provision. Je suppose aussi,
s'ils veulent bien entrer dans mes vues, qu'ils seront munis des
instrumens ncessaires aux soins qu'ils rendront. S'il s'en trouve pour
qui des lancettes, un instrument propre  ventouser, une seringue, (qui
peut tre remplace par des vessies,) fussent une emplette trop
considrable, les communes pourroient la faire, & les instrumens
passeroient au successeur. Il ne faut pas esprer que tous puissent ou
veuillent apprendre  en faire usage; mais un seul peut suffire aux
besoins de quelques villages voisins, sans que ses devoirs en souffrent.

L'exemple journalier de gens qui viennent me consulter du-dehors, sans
pouvoir rpondre aux questions que je leur fais, & les plaintes de
plusieurs Mdecins  cet gard, m'ont engag  donner le dernier
chapitre. Je finirai celui-ci par quelques remarques, propres 
faciliter l'intelligence de quelques termes qu'il a fallu employer dans
l'ouvrage.

Le pouls bat ordinairement chez une personne bien portante, depuis l'ge
de dix-huit ou vingt ans, jusques  soixante-dix, entre soixante &
soixante-dix fois par minutes: il se rallentit un peu quelquefois, chez
les vieillards; & chez les enfans, il bat plus vite: jusques  trois ou
quatre ans, cette diffrence va au moins  un tiers; elle diminue
ensuite peu--peu.

Une personne intelligente, qui aura touch souvent son pouls, & souvent
celui des autres, jugera assez exactement du degr de fievre d'un
malade. Si le pouls n'est que d'un tiers plus vite, elle n'est pas
extrmement forte: elle est forte quand cette augmentation est d'une
moiti; trs dangereuse, l'on peut presque dire mortelle, quand on est
parvenu au point d'avoir deux battemens au lieu d'un. Il ne faut pas
juger du pouls seulement par la vitesse, mais encore par la force ou la
foiblesse, la duret ou la molesse, la rgularit ou l'irrgularit.

Il n'y a pas besoin de dfinir le pouls fort & le pouls foible: le fort
est presque toujours d'un bon augure; &, s'il l'est trop, on peut
l'affoiblir: le foible est souvent fcheux.

Si le pouls, en frappant le doigt, fait sentir un coup sec, comme si
l'artere toit de bois ou de quelque mtal, on l'appelle dur; l'oppos
s'appelle mou; le dernier vaut gnralement mieux. Si le pouls est fort
& mou, encore qu'il soit vite, on doit conserver beaucoup d'esprances.
S'il est fort & dur, cela indique ordinairement une inflammation, &
demande la saigne & le rgime rafraichissant. S'il est petit, vite &
dur, le danger est trs grand.

L'on appelle pouls rgulier, celui dont tous les battemens sont  des
distances gales, dont il ne manque point de battemens, (s'il en manque
il est intermittent,) & dont tous les battemens se ressemblent, de faon
qu'il n'y en a pas alternativement un fort & un foible.

Tant que le pouls est bon, que la respiration n'est pas embarrasse, que
le cerveau ne parot pas fortement attaqu, que le malade prend les
remedes, qu'ils produisent l'effet qu'on en attend, qu'il conserve des
forces, qu'il sent son tat, l'on doit esprer de le gurir: quand tous,
ou le plus grand nombre de ces caracteres manquent, il est dans un
pressant danger.

Il est souvent question de la transpiration arrte. L'on appelle
transpiration, cette humeur qui sort continuellement par les pores de la
peau, & qui, quoiqu'elle soit peu visible, est cependant trs
considrable; puisque, si une personne bien portante a mang ou bu huit
liv. dans un jour, il n'en sort pas quatre par les selles ou par les
urines, & que le reste se dissipe par la transpiration insensible. L'on
sent aisment, que si une telle vacuation vient  s'arrter, & si cette
humeur, qui devoit sortir par la peau, se jette sur quelque partie
intrieure, il peut en rsulter des maux fcheux: c'est une des causes
les plus frquentes des maladies.

Je n'ajoute qu'un mot; toutes ces directions sont destines uniquement
pour ceux qui ne peuvent point avoir de Mdecin. Je suis bien loign de
croire, qu'elles puissent en tenir lieu, mme dans les maladies que j'ai
traites le plus au long, & au moment o il arrive, elles doivent tre
mises de ct. La confiance doit tre nulle ou entiere; sur elle sont
fonds les succs: c'est au Mdecin  juger du mal, &  choisir les
remedes; & l'on doit sentir le peu de convenance qu'il y a,  lui
proposer d'en employer quelques autres prfrablement  ceux qu'il
conseille, uniquement parcequ'ils ont russi chez un autre malade, dans
un cas qu'on croit  peu prs semblable: c'est proposer  un cordonnier
de faire un soulier pour un pied, sur le modele d'un autre, plutt que
sur la mesure qu'il a prise.




AVIS

AU PEUPLE

SUR SA SANT.




CHAPITRE PREMIER.

_Causes communes des Maladies du Peuple._


. 1. Les causes des maladies les plus frquentes parmi les gens de la
campagne sont 1. l'excs du travail pendant long-tems. Quelquefois ils
tombent tout d'un coup dans l'puisement, & dans un tat de langueur,
dont ils se gurissent rarement: plus souvent ils sont attaqus de
quelque maladie inflammatoire, comme esquinancie, pleursie,
inflammation de poitrine.

Il y a deux moyens de prvenir ces maladies; l'un est, d'viter la cause
qui les produit, mais souvent il est impossible: l'autre, est, lorsqu'on
est oblig  ces excs, de diminuer leurs effets par un grand usage de
quelque boisson rafraichissante, & surtout par du petit lait, ou du lait
de beure (de la battue), ou par de l'eau, dans chaque pinte de laquelle
on met un verre de vinaigre, ou mme de jus de raisins encore verds, de
groseilles, de cerises: cette boisson salutaire & agrable rafraichit &
soutient les forces. Si on n'a pas pris ces prcautions, ou qu'elles
n'aient point t suffisantes pour empcher l'effet des excs, il en
rsulte ou des maladies inflammatoires ou l'puisement qui ayant, dans
ce cas l, pour cause un dessechement gnral des parties solides du
corps & un paississement du sang, se rapproche par l des maladies
inflammatoires. Les symptomes ni la cure ne sont cependant pas les
mmes; j'ai vu guerir l'puisement par l'usage du petit lait, ensuite
des bains tiedes, & enfin du lait de vache. Dans ce cas, les remedes
chauffans, & les nourritures trop succulentes tuent.

. 2. Une seconde cause trs ordinaire de maladie, c'est de se reposer
dans un endroit froid, ayant extrmement chaud, ou de se coucher sur la
terre humide & mme sur celle qui parot seche dont il s'leve
continuellement une humidit froide: l'on arrte, tout  coup, la
transpiration; & cette humeur, se rejettant sur quelque partie
intrieure, occasionne plusieurs maladies trs violentes; surtout des
esquinancies, des Rhumatismes, des inflammations de poitrine, des
pleursies & des coliques inflammatoires[1]. L'on est toujours matre de
prvenir le mal en vitant la cause, qui est une de celles qui tuent le
plus de gens: mais quand il est fait, ds qu'on commence  sentir les
premiers symptomes de maladie, ce qui n'arrive quelquefois qu'au bout de
plusieurs jours, il faut sur-le-champ se faire saigner, mettre les
jambes dans de l'eau mdiocrement chaude, se frotter prs du feu avec
des linges secs & chauds, & boire abondamment de l'infusion tiede N. 1.
Ces secours prviennent souvent la maladie, qui devient au contraire
plus facheuse, si l'on cherche  se faire suer par des choses chaudes.

  [1] Il arrive aussi que le sang, qui dans de grandes chaleurs &
    pendant de violens travaux du corps est pouss dans de petits
    vaisseaux, o il ne pnetre pas quand la circulation n'est pas trs
    acclere, s'y trouve arrt par l'effet du froid, & donne lieu 
    des inflammations dans ces parties.

. 3. Une troisieme cause; c'est l'eau froide, qu'on boit quand on a
fort chaud: cette cause agit comme la prcdente; mais ses suites
facheuses sont ordinairement plus promptes & plus violentes. J'en ai vu
les plus terribles exemples; des esquinancies, des inflammations de
poitrine les plus fortes, des coliques, des inflammations du foie, & de
toutes les parties contenues dans le ventre, avec un gonflement
prodigieux, des vomissemens, des suppressions d'urine & des angoisses
inexprimables. Les meilleurs remedes sont, une ample saigne ds le
commencement du mal, une abondance d'eau tiede,  laquelle on joint une
cinquieme partie de lait, ou la tisane N. 2, ou les laits d'amandes N.
4, le tout bu tiede; des fomentations d'eau tiede, sur la gorge, la
poitrine, le ventre; des lavemens d'eau tiede & d'un peu de lait. Dans
ce cas, & dans le prcdent, un demi bain tiede, aprs la saigne, a
quelquefois soulag trs promptement.

. 4. Il est bien tonnant, que les laboureurs se livrent si souvent 
cette mauvaise coutume, dont ils connoissent le danger, mme pour leurs
btes. Il n'y en a point, qui n'empche ses chevaux de boire quand ils
ont chaud, surtout s'ils doivent se reposer: il sait que, s'il les
laissoit boire, peut-tre ils en creveroient; mais il ne craint point de
s'exposer au mme danger. Ce n'est pas, au reste, le seul exemple, dans
lequel il paroisse faire plus de cas de la sant de ses btes que de la
sienne.

. 5. Une quatrieme cause, qui influe sur tout le monde, mais plus
cependant sur le laboureur, c'est l'inconstance des tems. Nous passons
tout--coup, quelquefois plusieurs fois par jour, du chaud au froid, &
du froid au chaud, d'une faon plus marque & plus prompte que dans le
plus grand nombre des autres pays. C'est l ce qui rend les maladies
catharales & rhumatismales si frquentes. La grande prcaution qu'on
doit avoir, c'est d'tre ordinairement un peu plus vtu que la saison ne
l'exige, de prendre les habits d'hiver de bonne heure en automme, & de
ne pas se presser de les quitter au printems. Les ouvriers prudens, qui
se dshabillent pendant le tems du travail, ont soin de remettre leurs
habits le soir en se retirant[2]. Ceux qui, par ngligence, se
contentent de les remporter perchs sur leurs outils, s'en trouvent
quelquefois trs mal[3].

  [2] Les variations dans la temprature de l'air, ou les changemens du
    chaud au froid &  l'humide, qui sont trs frquens & subits dans ce
    pays-ci, doivent faire suivre aux Ouvriers de tout genre le conseil
    que l'on donne ici sur les habillemens: cela est encore plus
    important dans les lieux o des rivieres, des bois, des montagnes
    entretiennent une humidit considrable, & o les soires sont
    froides & humides en tout tems.

  [3] Il y a beaucoup d'endroits dans ce royaume o l'air est trs mal
    sain, soit parcequ'il y a beaucoup d'eau qui tant sans mouvement,
    se corrompt, & infecte l'air d'exhalaisons putrides; soit parceque
    des montagnes ou des bois y entretiennent l'humidit, empchent que
    l'air ne se renouvelle, & mettent ces lieux  l'abri des vents
    salutaires du Nord & de l'Est, qui pourroient dissiper les
    exhalaisons & l'humidit.

. 6. Ces variations promptes amenent souvent des ondes de pluie, &
mme de pluie froide, au milieu du jour le plus chaud; & l'ouvrier,
baign dans une sueur chaude, est tout  coup tremp dans l'eau fraiche;
ce qui occasionne les mmes maux, que le passage prompt du chaud au
froid, & exige les mmes remedes. Si le soleil, ou un air chaud, revient
d'abord, il n'y a pas un grand mal; si le froid dure, souvent plusieurs
en sont incommods.

Un voyageur est quelquefois mouill en route, sans pouvoir l'empcher;
le mal n'est pas fort grand, moyennant, qu'en arrivant, il quitte ses
habits: mais j'ai v des pleursies mortelles, pour avoir nglig cette
prcaution. Quand on a eu le corps ou les jambes mouills, il n'y a rien
de plus utile, que de se laver avec de l'eau tiede, ou du moins de se
frotter devant le feu avec des linges secs & fort chauds. Quand il n'y a
eu que les jambes mouilles un bain tiede de jambes est trs utile. J'ai
gueri radicalement des personnes sujettes  avoir des coliques
violentes, toutes les fois qu'elles avoient eu les pieds mouills, en
leur donnant ce conseil. Le bain est encore plus efficace, si l'on fait
fondre dans l'eau un peu de savon.

. 7. La cinquieme cause  laquelle on ne pense gueres, & qui produit en
effet des accidens moins violens, mais qui nuit cependant trs
rellement, c'est l'usage ordinaire, dans presque tous les villages,
d'avoir les courtines ou fumiers prcisment dessous les fentres; il
s'en exhale continuellement des vapeurs corrompues, qui,  la longue, ne
peuvent que nuire & contribuer  produire des maladies putrides. Ceux
qui sont accoutums  cette odeur, ne s'en apperoivent plus; mais la
cause n'en agit pas moins: & ceux qui n'y sont pas accoutums, jugent de
toute la force de l'impression.

. 8. Il y a des villages dans lesquels, aprs que les courtines ou
fumiers sont enleves, on conserve des mares dans la mme place. L'effet
en est encore plus dangereux; parceque cette eau pourrie, qui croupit
pendant toutes les chaleurs, laisse exhaler ses vapeurs avec plus de
facilit, & plus abondamment que les fumiers. Etant all  _Pully le
grand_ en 1759,  l'occasion d'une fievre putride pidmique, qui y
faisoit des ravages, je sentois, en traversant le village, l'infection
de ces mares, & je ne pus pas douter qu'elles ne fussent la principale
cause de cette maladie, & d'une semblable, qui y avoit regn cinq ans
auparavant. Le village est d'ailleurs dans une exposition saine. Il
seroit  souhaiter qu'on prvnt ces accidens en renonant aux mares, ou
du moins en les loignant, ainsi que les fumiers, le plus qu'il est
possible du lieu que l'on habite & o l'on couche.

L'on peut joindre  cette cause, le peu de soin que le paysan a d'airer
sa chambre. L'on sait qu'un air trop renferm, occasionne les fievres
malignes les plus facheuses; & le paysan ne respire jamais chez lui,
qu'un air de cette espece. Il y a de trs petites chambres, qui
renferment jour & nuit, le pere, la mere, sept ou huit enfans & quelques
animaux, qui ne s'ouvrent jamais pendant six mois de l'anne, & trs
rarement pendant les six autres. J'ai trouv l'air si mauvais, dans
plusieurs de ces chambres, que je suis persuad, que si ceux qui les
habitent n'alloient pas souvent au grand air, ils priroient tous en peu
de tems: on y voit presque partout de la moisissure qui est un indice de
corruption. Il est ais de prvenir les maux que cette cause produit, en
faisant deux croises opposes, ou une seule, mais qui se trouvt
vis--vis la porte, & en ouvrant journellement les fentres. Cette
prcaution, si simple, auroit les plus heureux effets.

. 9. Je mets, pour sixieme cause, l'ivrognerie, qui ne produit pas les
pidmies, mais qui tue, dans tous les tems, & partout. Les misrables
qui s'y livrent sont sujets  de frquentes inflammations de poitrine, &
pleursies, qui souvent les emportent  la fleur de l'ge: s'ils
rchappent quelquefois de ces maladies violentes, ils tombent long-tems
avant l'ge de la vieillesse, dans toutes ses infirmits, & surtout dans
l'asthme, qui les conduit  l'hydropisie de poitrine. Leurs corps, uss
par les excs, ne rpondent point  l'action des remedes, & les maladies
de langueur qui dpendent de cette cause sont presque toujours
incurables. Heureusement la socit ne perd rien, en perdant ces sujets
qui la dshonorent, & dont l'ame abrutie est, en quelque faon, morte
long-tems avant leur corps.

. 10. Les alimens sont aussi souvent une cause de maladie pour le
peuple; cela arrive, 1. quand les grains, mal mrs, ou recueillis
encore humides dans les ts facheux, ont acquis une mauvaise qualit:
heureusement cela est rare, & l'on peut diminuer le danger par quelques
prcautions, telles que celles de laver & de secher exactement la
graine, de mler un peu de vin  la pte en la ptrissant, de la laisser
lever un peu plus long-tems, & de faire cuire davantage le pain. 2. Les
graines les plus belles & les mieux recueillies, s'alterent trs souvent
dans la maison du paysan, ou parcequ'il ne se donne pas les soins qu'il
devroit se donner, ou parcequ'il n'a pas d'endroit propre  les
conserver, mme d'un t  l'autre. Il m'est trs souvent arriv, en
entrant dans quelqu'une de ces maisons, d'tre frapp d'une odeur de
graine mal conserve. Il y a des moyens aiss & connus de parer  cela
avec un peu de soin; mais je n'entrerai l-dessus dans aucun dtail, il
suffit de faire sentir, que la graine tant notre principale nourriture,
la sant souffre ncessairement, quand elle n'est pas bonne. 3. Avec de
bonne graine, on fait souvent de mauvais pain, en ne le laissant pas
assez lever, en le cuisant trop peu, & en le gardant trop longtems dans
des lieux humides. Tous ces dfauts ont des suites facheuses, pour tous
ceux qui en mangent, mais d'une faon plus marque chez les enfans & les
gens qui sont malades, sujets  l'tre, ou qui sont convalescens[4].

  [4] On a vu plusieurs fois dans quelques Provinces de France des
    maladies Epidmiques accompagnes des symptomes les plus terribles
    causes par l'usage du seigle ergot; voyez le supplment 
    l'article des maladies Epidmiques, ou  la table le mot _Ergot_.

Il y a quelques autres causes de maladies, tires des alimens, mais
moins facheuses ou moins gnrales, & dans lesquelles il est impossible
d'entrer[5]. Je finirai par cette remarque gnrale; c'est que
l'attention que le paysan a de manger lentement, & de mcher avec
beaucoup de soin, diminue infiniment les dangers d'un mauvais rgime; &
je suis convaincu, que c'est une des plus grandes causes de la sant
dont il jouit. Il faut y ajouter l'exercice qu'il prend; le long sjour
qu'il fait au grand air, o il passe les trois quarts de sa vie, &, ce
qui est aussi un avantage trs considrable, l'heureuse habitude de se
coucher de trs bonne heure, & de se lever de grand matin. Il seroit 
souhaiter, qu' tous ces gards, & peut-tre  bien d'autres, les gens
de la campagne servissent de modele  ceux des villes.

  [5] La mauvaise qualit de l'eau est encore une cause ordinaire des
    maladies dans les campagnes, o les eaux sont mauvaises par le
    terrein dans lequel elles se trouvent, comme lorsqu'elles coulent &
    reposent sur des bancs de coquilles, ou elles le deviennent par le
    voisinage ou l'gout des fumiers & des mares.

    Lorsque l'on a de l'eau trouble, il suffit le plus souvent de la
    laisser en repos pour qu'elle s'claircisse en dposant; si cela
    n'arrive pas, ou si on a de l'eau limoneuse, bourbeuse, il n'y a
    qu' la jetter dans un vaisseau rempli  moiti de sable fin, ou, 
    son dfaut, de craie, & l'y agiter & remuer violemment pendant
    quelques minutes. Quand l'agitation sera cesse, le sable en
    retombant au fond du vaisseau y entranera les salets que l'eau
    tient suspendues: ou ce qui est encore mieux & trs facile, on peut
    approcher deux tonneaux, dont l'un sera beaucoup plus lev que
    l'autre, le plus lev sera rempli de sable  moiti, on y mettra
    l'eau trouble, bourbeuse, limoneuse, elle se filtrera  travers ce
    sable, sortira claire par une ouverture pratique au fond du
    tonneau, & tombera dans celui qui est plus bas, & qui servira de
    rservoir. Lorsque l'on a de l'eau seleniteuse, c'est ce qu'on nomme
    ordinairement de l'eau dure, parceque le savon s'y fond
    difficilement, & que les semences farineuses & les legumes y
    deviennent dures au lieu de s'amollir, il faut exposer cette eau au
    soleil, ou la faire bouillir, & y mettre quelques lgumes ou du pain
    grill ou non grill. Quand on a de l'eau corrompue, on peut la
    garder jusqu' ce qu'elle ait repris son tat naturel qui succedera
     la putrfaction; si on ne peut attendre, on y fera fondre un peu
    de sel marin, on y mlera du vinaigre, ou on y fera cuire quelque
    plante aromatique. Il arrive fort souvent que les eaux des puits
    publics sont infectes par un limon qui est au fond, & par des
    animaux qui y tombent & s'y putrefient. Il faut viter de boire
    l'eau de neige aussitt qu'elle est tombe, il parot que c'est
    cette eau qui cause les goitres aux Habitans de quelques montagnes,
    & des coliques  beaucoup de personnes. L'eau tant d'un usage si
    frquent, on doit tre attentif  en avoir de bonne: la mauvaise
    est, aprs l'air, la cause la plus commune des maladies, & celle qui
    en produit davantage & de plus facheuses, elle cause souvent des
    Epidmies.

. 11. L'on ne doit point omettre, dans le dnombrement des causes des
maladies du peuple, la construction de leurs maisons, dont un grand
nombre sont, ou appuyes contre un terrein lev, ou un peu creuses en
terre. L'une ou l'autre de ces situations les rend humides; ceux qui les
habitent en sont incommods, & s'ils ont quelques provisions, elles se
gtent & deviennent une nouvelle source de maladies. Le Manoeuvre
robuste ne sent pas d'abord les influences de cette habitation
marecageuse; mais elles agissent  la longue, & j'en ai vu surtout les
mauvais effets les plus sensibles sur les femmes en couche & les enfans.
Il seroit fort ais de remedier  cet inconvnient, en levant le sol de
la maison de quelques pouces au-dessus du niveau du voisinage, par une
couche de sable, de petits cailloux, de brique pile, de charbon, ou
d'autres choses semblables, & en vitant de btir contre un terrain plus
lev. Cet objet mriteroit peut-tre l'attention de la police; &
j'exhorte fortement tous ceux qui btissent  prendre les prcautions
ncessaires  cet gard. Une autre attention, qui couteroit encore
moins, c'est de tourner leur maison au midi oriental, c'est
l'exposition, toutes choses d'ailleurs gales, la plus salutaire & la
plus avantageuse: cependant je l'ai vue trs souvent nglige, sans
qu'on pt assigner la moindre raison pour ne l'avoir pas choisie.

Ces conseils parotront peu importans aux trois quarts du public.
J'avertis qu'ils sont plus de consquence qu'on ne pense, & tant de
causes contribuent  dtruire les hommes, qu'il ne faut ngliger aucun
des moyens qui peuvent contribuer  leur conservation[6].

  [6] Le frquent usage que le peuple fait du vin, de la bierre, du
    cidre, doit faire regarder ces diffrentes boissons comme des causes
    communes des maladies, lorsque ces liqueurs deviennent nuisibles au
    corps humain par des qualits qu'elles ont reues de la nature ou de
    l'art; mais souvent il ne peut les connotre, d'autres fois son gout
    est plus fort que sa raison: ainsi c'est  la Police gnrale 
    empcher la vente du vin, de la bierre, du cidre, lorsqu'ils peuvent
    causer des maladies.




CHAPITRE II.

_Causes qui augmentent les Maladies du Peuple. Attentions gnrales 
avoir._


. 12. Les causes, que j'ai dtailles dans le premier chapitre,
produisent les maladies; & le mauvais rgime, que le peuple observe
quand il en est attaqu, les rend beaucoup plus facheuses, & beaucoup
plus souvent mortelles. Il est imbu d'un prjug, qui coute toutes les
annes la vie, dans ce pays,  beaucoup de ceux qui sont attaqus de
maladies aiges, & qui n'ont point de Medecin; c'est que toutes les
maladies se gurissent par la sueur, & que, pour procurer la sueur, il
faut prendre beaucoup de choses chaudes & chauffantes, se tenir dans un
endroit trs chaud, & tre excessivement couvert. Ce sont des erreurs
funestes  la population de l'tat; & l'on ne peut trop inculquer aux
gens de la campagne, qu'en cherchant  se faire suer au commencement de
la maladie, ils se tuent. J'ai vu des cas dans lesquels les soins qu'on
s'toit donns pour forcer cette sueur, avoient procur la mort du
malade, aussi videmment que si on lui avoit cass la tte d'un coup de
pistolet. La sueur emmene ce qu'il y a de plus liquide dans le sang;
elle le laisse plus sec, plus pais, plus inflammatoire; & comme dans
toutes les maladies aiges, except un trs petit nombre qui sont trs
rares, il est dja trop pais, la sueur augmente videmment le mal. Bien
loin d'ter l'eau du sang, l'on doit chercher  lui en donner. Il n'y a
point de paysan, qui ne dise, quand il a une pleursie, ou une
inflammation de poitrine, que son sang est trop pais, & qu'il ne peut
pas circuler. En le voyant dans le vase, il le trouve noir, sec, brul.
Comment le sens commun ne lui dit-il pas, que, bien loin de faire sortir
l'eau d'un tel sang par les sueurs, il faut y en ajouter?

. 13. Mais quand il seroit aussi vrai, qu'il l'est peu, que la sueur
est utile au commencement des maladies, les moyens qu'on emploie pour la
procurer, n'en seroient pas moins mortels. Ces moyens sont, 1.
d'touffer le malade par la chaleur de l'air & des couvertures. L'on
redouble de soins, pour empcher qu'il n'entre de l'air, qui, par l
mme, est bientt extrmement corrompu; & l'on procure une telle
chaleur, par le poids des couvertures, que ces deux causes seules sont
capables de produire, dans un homme sain, la fievre la plus ardente, &
une inflammation de poitrine. Plus d'une fois je me suis senti saisi en
entrant dans ces chambres, d'une difficult de respirer, que je
dissipois en faisant ouvrir. Les gens instruits devroient se faire un
plaisir de faire comprendre au peuple, dans les frquentes occasions qui
s'en prsentent, que l'air nous tant plus ncessaire, que l'eau ne
l'est au poisson, ds qu'il cesse d'tre pur, notre sant souffre
ncessairement; & rien ne le corrompt plus promptement, que les vapeurs
qui sortent du corps de plusieurs personnes, renfermes dans une petite
chambre qu'on n'aire point. Il n'y a qu' vouloir ouvrir les yeux, pour
sentir le danger de cette conduite. Si l'on donne de l'air frais  ces
pauvres malades, & qu'on les dcouvre, on voit sur-le-champ la fievre,
l'oppression, l'angoisse, les rveries, diminuer.

. 14. 2. On ne leur donne que des choses chaudes, & surtout de la
thriaque, du vin, du faltran ou des vulneraires de suisse (dont la
plupart des herbes ou fleurs sont dangereuses ds qu'il y a de la
fievre) & du safran, qui est encore plus dangereux. Dans toutes les
maladies fievreuses, il faut rafraichir & tenir le ventre libre. Tous
ces remedes chauffent & resserrent: l'on peut juger quel mauvais effet
ils produisent. Un homme bien portant, tomberoit infailliblement dans
une fievre inflammatoire, s'il prenoit la quantit de vin, de thriaque,
de faltran, que le paysan prend quelquefois, lorsqu'il est dja attaqu
d'une de ces maladies. Comment pourroit-il n'en pas mourir? Aussi il en
meurt, & quelquefois avec une promptitude tonnante. Malheureusement,
chacun peut en voir autour de soi de terribles & frquens exemples.

. 15. L'on me dira peut-tre, que souvent les maladies se guerissent
par la sueur, & que l'exprience doit guider. Je rponds, que la sueur
guerit, il est vrai, quelques maladies ds le commencement, comme ces
points qu'on appelle fausses pleursies, quelques douleurs de
rhumatisme, quelques fluxions: mais c'est seulement quand ces maladies
dpendent d'une transpiration arrte, que la douleur se dclare tout de
suite, & que, sur-le-champ, avant que la fievre ait paissi les humeurs
& enflamm quelque partie, on donne quelque boisson chaude, comme du
faltran & du miel, qui, en rtablissant la transpiration, enleve la
cause du mal[7]. La sueur est aussi utile dans les maladies, quand 
force de boire, on en a dtruit les causes: elle sert  entraner avec
elle, une partie des humeurs qui causent les maladies, aprs que les
plus grossieres ont pass par les selles & par les urines, &  emmener
cette quantit d'eau qu'on avoit t oblig de mettre dans le sang, &
qui y est devenue superflue. Il est,  cette poque extrmement
important, de ne pas l'empcher volontairement ou par imprudence; il y
auroit souvent autant de danger  le faire, qu'il y en a  vouloir faire
suer dans les commencemens; & cette sueur, si on l'arrte, se rejettant
sur quelque partie intrieure produit souvent une nouvelle maladie plus
dangereuse que la premiere. Il faut donc tre aussi attentif  ne pas
arrter imprudemment la sueur, qui vient naturellement  la fin des
maladies, qu' ne pas l'exciter au commencement: celle-l est presque
toujours utile; celle-ci presque toujours dangereuse. D'ailleurs, si
elle toit ncessaire, on s'y prendroit trs mal pour la faire venir,
puisqu'en chauffant si fort les malades, on allume une fievre
prodigieuse; on les met en feu, & la peau reste extrmement seche. L'eau
tiede est le meilleur des sudorifiques. Si les malades suent abondamment
& par un effort de la nature seule pendant un ou deux jours, cela leur
procure un soulagement de quelques heures: bientt ces sueurs finissent,
on croit alors reconnotre la ncessit de l'exciter de nouveau pour
augmenter le soulagement, on ritere les mmes remedes sans qu'ils
rappellent les sueurs. On double les doses, on augmente l'inflammation;
le malade meurt dans des angoisses horribles, & avec une inflammation
gnrale. L'on attribue la mort  ce qu'il n'a pas su assez, pendant
qu'elle dpend rellement de ce qu'il a trop su au commencement, & de
ce qu'il a pris des remedes sudorifiques & du vin. Il y a long-tems
qu'un habile Medecin Suisse a averti ses compatriotes, que le vin leur
toit mortel dans les fievres. Je le ritere; mais je crains fort que ce
ne soit avec aussi peu de succs. Le paysan, qui naturellement n'aime
pas le vin rouge, le boit en maladie par prfrence; & c'est un grand
mal, parceque le vin rouge empche les selles plus que le vin blanc,
n'aide pas autant les urines, & augmente l'paississement du sang, qui
est dja trop considrable.

  [7] Alors mme, il faut viter de produire un trop grand mouvement
    dans le sang, qui empcheroit plus qu'il n'aideroit la sueur.

. 16. L'on augmente encore leurs maux, par les alimens qu'on donne trop
tt ou en trop grande quantit, ou de mauvaise nature. La maladie
affoiblit ncessairement, & la folle crainte, que l'on a que le malade
ne meure de foiblesse, porte  lui donner des alimens, qui, en
augmentant sa maladie, le tuent en augmentant ou en redonnant la fievre.
Cette crainte que l'on a que ce dfaut de nourriture ne donne la mort,
est absolument chimerique; jamais cette cause n'a tu aucun fievreux.
Ils peuvent tre plusieurs semaines  l'eau, & n'en sont que plus forts
au bout de ce terme; au lieu qu'en cherchant  les nourrir, bien loin de
les fortifier, la nourriture augmente la maladie, & par-l-mme le
malade est plus foible.

. 17. Ds qu'il y a de la fievre, l'estomac ne digere plus; tout ce
qu'on avale se corrompt, & devient une source de pourriture, qui
n'ajoute rien aux forces du malade, mais qui augmente beaucoup celles de
la maladie; ainsi, tout ce qu'on prend devient un vrai poison, qui
dtruit les forces: mille exemples le prouvent. On voit ces pauvres
malheureux, qu'on oblige  prendre de la nourriture, perdre leurs
forces, & tomber dans l'angoisse & dans les rveries,  mesure qu'ils
avalent.

. 18. On leur fait du mal, non-seulement par la quantit de la
nourriture, mais aussi par sa qualit. On leur fait avaller des
bouillons de viande les plus forts, des oeufs, des biscuits, & de la
viande, s'il leur reste la force de la mcher. Il faut absolument que
les malades succombent sous le poids de ces choses donnes mal--propos.
Si l'on donne  un homme sain de la viande corrompue, des oeufs pourris,
du bouillon gt, il est attaqu par des accidens violens, comme s'il
avoit pris du poison, & c'en est rellement; il a des vomissemens, des
angoisses, une diarrhe horrible, de la fievre, du dlire, le pourpre.
Quand on donne ces alimens en bon tat  un fivreux, la chaleur & les
matieres corrompues qui sont dja dans son estomac, les ont bien-tt
pourris, & au bout de quelques heures ils produisent tous les effets
dont je viens de parler. Qu'on juge s'ils peuvent convenir.

. 19. C'est une vrit tablie par le plus grand Mdecin, il y a plus
de deux mille ans, & constate par ses successeurs, que tant qu'un
malade a de mauvais levains dans l'estomac, plus on lui donne d'alimens,
plus on l'affoiblit. Ces alimens, gts par les matieres infectes qu'ils
trouvent, sont incapables de nourrir, & deviennent un nouveau germe de
maladie: aussi ceux qui savent observer, remarquent constamment, que
quand un fivreux a pris ce qu'on appelle un bon bouillon, il a plus de
fievre, & il est par-l mme plus foible. Donner un bouillon  la viande
bien frais,  un homme qui a beaucoup de fievre ou des matieres
corrompues dans l'estomac, c'est prcisment lui rendre le mme service
que si on lui donnoit deux ou trois heures pltard un bouillon corrompu.

. 20. Je dois le dire: ce prjug mortel, qu'il faut soutenir les
malades par de la nourriture, est encore trop rpandu parmi les
personnes mme que leurs talens & leur ducation devroient soustraire 
des erreurs aussi grossieres que celles-l. Il seroit bienheureux pour
le genre humain, & le terme de ses jours seroit en gnral bien plus
long, si l'on pouvoit lui persuader cette vrit si bien dmontre en
mdecine; c'est que les seules choses qui puissent fortifier un malade,
sont celles qui peuvent affoiblir la maladie. Mais l'opinitret est
inconcevable  cet gard; elle est un second flau attach  la maladie,
& plus fcheux qu'elle. De vingt malades qui prissent dans les
campagnes, il y en a souvent plus des deux tiers qui auroient guri, si,
mis simplement dans un endroit o ils fussent  l'abri des injures de
l'air, ils eussent eu de l'eau frache en abondance; mais les soins mal
entendus dont je viens de parler, n'en laissent rchaper aucun.

. 21. Ce qu'il y a de plus horrible dans cet acharnement  chauffer,
dessecher & nourrir les malades, c'est qu'il est totalement oppos  ce
que la nature indique. Le feu, l'ardeur dont ils se plaignent, la
scheresse de la peau, des lvres, de la langue, de la gorge; la rougeur
des urines, l'ardeur qu'ils ont pour les choses rafrachissantes, le
plaisir, le bien que leur fait l'air frais, sont des signes qui nous
crient  haute voix, que nous devons les rafrachir par toutes sortes de
moyens. Leur langue sale, qui prouve que l'estomac est dans le mme
tat, leur dgot, leur envie de vomir, leur horreur pour les alimens, &
surtout pour la viande, la puanteur de leur haleine, celle des vents
qu'ils rendent par haut & par bas, souvent celle de leurs selles,
prouvent que tout leur intrieur est plein de matieres corrompues, qui
corromproient tous les alimens qu'on y mettroit; & que tout ce qu'il y a
 faire, c'est de dlayer ces matieres par des torrens de boissons
rafrachissantes, qui les disposent  tre vacues aisment. Je le
redis, & je souhaite qu'on y fasse attention, tant qu'on a un got
d'amertume ou de pourriture, qu'on a du dgot, ou que l'haleine est
mauvaise, qu'on a de la chaleur & de la fievre, que les selles sont
puantes & les urines rouges, la viande, le bouillon  la viande, les
oeufs, tout ce dans quoi l'une ou l'autre de ces choses entrent, la
thriaque, le vin pur, toutes les choses chaudes, sont de vrais poisons.

. 22. Je parotrai peut-tre outr au public, &  quelques Mdecins;
mais les Mdecins clairs, les vrais Mdecins, ceux qui observent les
effets de chaque chose, trouveront au contraire que bien loin d'outrer,
j'expose foiblement leur sentiment, qui est celui de tous les bons
Mdecins depuis plus de deux mille ans; celui que la raison approuve, &
que l'exprience confirme tous les jours. Les erreurs que je viens de
combattre cotent des millions d'hommes  l'Europe.

. 23. Il ne faut pas omettre que, lors mme que le malade a le bonheur
de ne pas mourir, malgr tout ce qu'il a fait pour cela, le mal n'est
pas fini, & les effets des alimens & des remedes chauffans sont de lui
laisser le germe de quelque maladie de langueur, qui, se fortifiant peu
 peu, clate au bout de quelque tems, & lui fait acheter, par de
longues souffrances, la mort qu'il desire.

. 24. Je dois encore montrer le danger d'une autre pratique; c'est de
purger un malade, ou de lui donner l'mtique ds les commencemens de la
maladie. L'on fait par-l des maux infinis. Il y a des cas dans lesquels
les vacuans, au commencement du mal, conviennent; ils seront indiqus
dans d'autres chapitres: mais tant qu'on ne les connot pas, il faut
tablir comme une regle gnrale, que ces remedes sont nuisibles; ce qui
est vrai le plus souvent, & toujours quand les maladies sont
inflammatoires.

. 25. L'on espere, par leurs secours d'enlever les embarras de
l'estomac, la cause des envies de vomir, de la mauvaise bouche, de la
soif, du mal-aise, & de diminuer le levain de la fievre. L'on se trompe
le plus souvent; parceque les causes de ces accidens ne sont point
ordinairement de nature  cder  ces vacuations. La tenacit des
ordures qui sont sur la langue, doit nous faire juger de celles qui
tapissent l'estomac & les intestins. L'on a beau la laver, la
gargariser, la racler; tout est inutile: ce n'est qu'aprs avoir fait
boire le malade pendant plusieurs jours, & avoir diminu la chaleur, la
fievre, & la viscosit des humeurs, qu'on peut enlever ce sdiment, qui
se dtache mme peu  peu de lui-mme; le mauvais got se dissipe, la
langue redevient belle, la soif cesse. L'histoire de l'estomac, est la
mme que celle de la langue; aucun secours ne peut le nettoyer dans les
commencemens. En donnant beaucoup de remedes dlayans & rafraichissans,
il se nettoie lui-mme; & les envies de vomir, les rapports,
l'inquitude passent naturellement & sans purgatif.

. 26. Non-seulement on ne fait point de bien par ces remedes, mais on
fait un mal trs considrable, en appliquant des remedes acres &
irritans, qui augmentent la douleur & l'inflammation; qui attirent les
humeurs sur ces parties, o il y en a dja trop; qui n'vacuent point la
cause de la maladie, parcequ'elle n'est pas prte  tre vacue,
qu'elle n'est pas mre; mais qui vacuent ce qu'il y a de plus liquide
dans le sang qui par-l mme reste plus pais; qui vacuent la partie
utile, & laissent la nuisible.

. 27. L'mtique, surtout donn dans une maladie inflammatoire, & mme
inconsidrment dans toutes les maladies aiges, avant que d'avoir
diminu les humeurs par la saigne, & les avoir dlayes par
d'abondantes boissons, produit les plus grands maux; les inflammations
de l'estomac, des poulmons, du foie; les suffocations, les phrnsies.
Les purgatifs occasionnent quelquefois une inflammation gnrale des
boyaux, qui conduit  la mort. Il n'y a point de ces cas dont
l'tourderie, l'imprudence & l'ignorance ne m'aient fait voir quelques
exemples. L'effet de ces remedes, dans ces circonstances, est le mme
que celui du sel & du poivre, qu'on mettroit sur une langue sche,
enflamme & sale, pour l'humecter & la nettoyer.

. 28. Il n'y a personne qui, avec du bon sens, ne soit en tat de
sentir la vrit de tout ce que j'ai dit dans ce chapitre; & il y auroit
de la prudence, pour ceux mmes qui ne sentiroient pas la solidit de
ces avis,  ne pas les braver, &  ne pas les heurter trop hardiment. Il
s'agit d'un objet important; & dans une matiere qui leur est trangere,
ils doivent, sans doute, quelque dfrence aux avis des gens qui en ont
fait l'tude de toute leur vie. Ce n'est pas moi que je veux qu'on
coute, ce sont les plus grands Mdecins, dont je ne suis dans ce cas
que le foible organe. Quel intrt avons-nous tous  dfendre aux
malades de manger, de s'touffer, & de boire des choses chaudes qui
enflamment leur fievre? Quel avantage peut-il nous en revenir, de nous
opposer au fatal torrent qui les entrane? Quelle raison peut persuader
que des milliers de gens, pleins de gnie, de savoir, d'exprience, qui
passent leur vie au milieu des malades, uniquement occups  les soigner
&  observer tout ce qui leur arrive, se font illusion & se trompent sur
l'effet des alimens, du rgime, des remedes? Peut-il entrer dans des
ttes senses, qu'une garde qui conseille un bouillon, un oeuf, un
biscuit, mrite plus d'tre crue, qu'un Mdecin qui les dfend? Il n'y a
rien de plus dsagrable pour celui-ci, que d'tre oblig de disputer
continuellement pour ces miseres, & de craindre toujours que des soins
mortellement officieux ne dtruisent, par des alimens qui augmentent
toutes les causes du mal, l'effet de tous les remedes qu'il emploie pour
les combattre, & n'enveniment la plaie  mesure qu'il la panse. Plus on
aime un malade, plus on veut le faire manger; c'est l'assassiner par
tendresse.




CHAPITRE III.

_Ce qu'il faut faire dans les commencemens des maladies. Diete des
maladies aigus._


. 29. J'ai fait voir les dangers du rgime, & des principaux remedes
qu'on emploie gnralement parmi le peuple. Je dois indiquer
actuellement ce qu'on peut faire, sans aucun risque, dans les
commencemens des maladies aiges quelconques, & le rgime gnral qui
convient  toutes. Ceux qui auront envie de tirer quelque fruit de ce
Trait, doivent faire attention  ce chapitre, parceque dans le reste de
l'ouvrage, pour viter les rptitions, je ne parlerai du rgime, que
quand la maladie en exigera un diffrent de celui que je dtaillerai
actuellement; & quand je dirai qu'il faut mettre un malade au rgime,
cela signifiera qu'il faut le traiter de la faon prescrite dans ce
chapitre; & l'on fera ce que je vais indiquer relativement  l'air, aux
alimens,  la boisson, aux lavemens, except quand je prescrirai
expressment autre chose, comme d'autres ptisanes, ou d'autres lavemens.

. 30. La plpart des maladies (j'entens toujours aiges ou fivreuses)
s'annoncent souvent, quelques semaines, ordinairement quelques jours 
l'avance, par quelques drangemens dans la sant, comme un leger
engourdissement, un peu moins d'agilit, moins d'apptit, un peu de
pesanteur d'estomac, plus de facilit  se fatiguer, quelques embarras
de tte, un sommeil plus pesant, mais moins tranquille, & qui ne rpare
pas les forces comme auparavant, moins de gaiet, quelquefois un peu
d'embarras dans la poitrine, un pouls moins rgulier, une disposition au
froid, plus de facilit  suer, quelquefois la cessation des sueurs
ordinaires. L'on peut  cette poque prvenir ou, au moins, diminuer
considrablement les maux les plus fcheux, par des attentions aises,
que je rduis  quatre. 1. Renoncer  tout travail violent; mais
continuer cependant un exercice trs doux. 2. Se rduire  trs peu, ou
 point d'alimens solides; renoncer surtout entirement  la viande, au
bouillon, aux oeufs & au vin. 3. Boire abondamment, c'est--dire, une
couple de pintes par jour, par petits verres, de demi-heure en
demi-heure, de la ptisane (N. 1, ou 2.), & mme de l'eau tiede, sur
chaque pinte de laquelle on mettra un demi verre de vinaigre. Il n'y a
personne  qui ce secours puisse manquer. Si l'on n'avoit pas de
vinaigre, on boiroit l'eau tiede pure, & l'on mettroit sur chaque pinte
quinze ou vingt grains de sel de cuisine. Ceux qui auroient du miel,
feroient trs bien d'en mettre deux ou trois cuilleres dans l'eau. L'on
pourroit aussi employer avec succs une infusion de fleurs de sureau ou
de tilleul. Le petit lait bien clair, peut galement servir. 4. Prendre
des lavemens. En suivant cette mthode, on a souvent coup racine aux
maladies les plus graves; & lorsqu'on ne peut pas les empcher de
parotre, au moins on les rend plus douces, & l'on diminue beaucoup le
danger.

. 31. Malheureusement l'on suit une mthode toute contraire; & quand on
sent ces drangemens, l'on se borne  ne manger que de la viande, des
oeufs, du bouillon, l'on renonce aux lgumes & aux fruits, qui seroient
si utiles; & l'on boit, pour se fortifier l'estomac & chasser les vents,
du vin ou quelques liqueurs, qui ne fortifient que la fievre, & ne
chassent que les restes de la sant. L'on empche par-l toutes les
vacuations; l'on ne dtrempe point les matieres qui occasionnent la
maladie; on ne les rend point propres  tre vacues; au contraire,
elles deviennent plus acres & plus difficiles  tre emmenes; au lieu
que la quantit d'une boisson dlayante & rafrachissante, dtrempe &
dtache toutes les matieres trangeres; elle dlaie le sang; & au bout
de quelques jours, tout ce qu'il y avoit de nuisible s'vacue par les
selles, par les urines, ou par la sueur.

. 32. Quand la maladie a fait de plus grands progrs, & que le malade
est dja saisi par ce froid plus ou moins violent, qui prcede presque
toutes les maladies, & qui est ordinairement accompagn d'un accablement
total & de douleurs dans tout l'extrieur du corps, il faut ou le mettre
au lit, s'il ne peut pas rester debout; ou qu'il se tienne
tranquillement assis un peu plus couvert que de coutume, & qu'il boive
tous les quarts-d'heure un petit verre chaud, de la boisson (N. 1, 2);
ou si elle manque, de quelqu'une de celle dont je viens de parler.

. 33. Les malades veulent qu'on les couvre beaucoup pendant le froid;
il faut tre extrmement attentif  les dcouvrir ds qu'il diminue,
afin que quand la chaleur commence, ils n'aient rien de plus que les
couvertures ordinaires; il seroit mme  souhaiter qu'ils en eussent
moins. Les paysans couchent sur un lit de plume, & sous des couvertures
de laine qui sont ordinairement d'un poids immense. La chaleur que donne
la plume est trs fcheuse pour les fivreux; cependant comme ils y sont
accotums, on peut tolrer cette coutume pendant une partie de l'anne;
mais pendant les chaleurs, ou toutes les fois que la fievre est
extrmement forte, ils doivent coucher sur la paillasse, ils en seront
infiniment mieux, & rejetter les couvertures de laine trop paisses,
pour ne se couvrir que de draps, de couvertures de laine moins lourdes,
ou mme de quelqu'autre chose moins chaude. L'on ne peut croire, comme
moi, que quand l'on en a t tmoin combien l'on soulage le malade en
lui tant son lit de plumes; le mal prend sur le champ une nouvelle
face.

. 34. Ds que la chaleur est venue, & que la fievre est bien dclare,
l'on doit pourvoir au rgime du malade. 1. Il faut avoir soin que l'air
de la chambre ne s'chauffe pas trop; qu'il y ait le moins de monde, &
qu'on y fasse le moins de bruit possible; que personne ne parle au
malade sans ncessit. Il n'y a rien qui augmente plus la fievre & fasse
plus rver, que la multitude des gens qui sont au tour du malade, & qui
font du bruit. Il faut, quand il a t  la selle ou qu'il a urin,
emporter ces excrmens le plutt possible. Il faut ncessairement ouvrir
les fentres soir & matin, au moins un quart-d'heure chaque fois, &
ouvrir en mme-tems une porte, afin que l'air se renouvelle. Mais, comme
il ne faut pas qu'il y ait un courant d'air sur le malade, on tirera,
dans le mme-tems, les rideaux de son lit; & s'il n'en avoit point, on
en fait dans le moment, en mettant au tour de lui des chaises, avec
quelques habits qui le garantissent. Si la saison est extrmement
rigoureuse, il suffit de l'ouvrir une fois le jour. Il est aussi trs
utile de brler du genievre ou autre bois aromatique; ou bien, on
jettera un peu de vinaigre sur une pelle rouge; cette fume corrige la
putridit de l'air. Dans les grandes chaleurs, quand l'air de la chambre
est brlant, & que le malade en est fort incommod, on peut arroser de
tems en tems le plancher, & mettre dans la chambre quelques grosses
branches de saule, ou d'aulne, ou de fresne, qui trempent dans des seaux
d'eau.

. 35. 2. Par rapport  la nourriture du malade, il ne prendra rien du
tout de solide; mais on peut lui prparer, par tout & en tout tems, la
nourriture suivante, qui est une des plus saines, &, sans contredit, la
plus simple. Prenez une demi-livre de pain, la grosseur d'une noisette
de beurre, ou mme point, & un pot d'eau; faites cuire le tout jusqu'
ce que le pain soit presque entierement dfait: on le passe, & l'on en
donne un demi-septier au malade, de trois en trois, ou de quatre en
quatre heures, et mme plus rarement, si la fievre toit extrmement
forte. Ceux qui ont des gruaux, de l'orge, des pois, des feves, de
l'aveine, du ris peuvent en prendre, cuits de la mme faon, avec
quelques grains de sel[8].

  [8] On donne, ici, des bouillons de viande: on ne peut trop
    recommander de les faire legers avec le veau, le poulet; mais il
    seroit encore mieux d'user de ce que l'on prescrit dans ce livre.

. 36. L'on peut aussi leur permettre, au lieu de ces especes de soupe,
des fruits d't cruds, & en hiver des pommes cuites, ou des prunes &
des cerises seches que l'on fera cuire. Les gens instruits ne seront
pas surpris de voir ordonner les fruits dans les maladies aiges; ils en
voient les succs tous les jours. Ce conseil ne rvoltera que ceux qui
sont encore trop imbus des anciens prjugs; mais, en rflechissant, ils
sentiront que ces fruits, qui desalterent, rafrachissent, abbattent la
fievre, corrigent la bile corrompue & chauffe, entretiennent la
libert du ventre, font couler les urines, & sont l'aliment le plus
convenable pour les fievreux. Aussi ils les desirent ardemment; & j'en
ai vu plusieurs qui ne s'toient guris, qu'en mangeant en cachette une
grande quantit de ces fruits qu'ils desiroient ardemment, & qu'on leur
refusoit. Ceux qui ne sentiront pas ces raisons, peuvent au moins
hazarder un essai sur ma parole; leur propre exprience les convaincra
bientt de l'utilit de cette espece d'aliment. L'on peut donc hardiment
donner, dans toutes les fievres continues, des cerises, des griottes,
des fraises, des raisins de mars, des framboises, des mres; mais il
faut que tous ces fruits soient trs mrs. Les pommes, les poires, les
prunes sont moins fondantes, moins remplies de jus, & conviennent moins.
Il y a cependant quelques especes de poires, extrmement aqueuses, qu'on
peut employer[9]: on peut aussi prendre un peu de jus de prunes bien
mres, avec de l'eau. J'ai vu cette boisson dsaltrer un malade, mieux
qu'aucune autre. L'attention qu'on doit avoir, c'est de n'en pas prendre
une grosse quantit  la fois, sans quoi l'estomac seroit surcharg, &
le malade souffriroit; mais si l'on en prend souvent & peu, il n'y a
rien de plus salutaire. Ceux que leur situation met  mme d'avoir des
oranges douces ou des citrons, peuvent galement en manger les coeurs
avec succs; il faut rejetter l'corce qui chauffe.

  [9] Comme les diffrentes especes de beurr, de bon-chrtien, le
    doyenn, le S. Germain, la virgouleuse, la royale d't, la
    bergamote, l'angleterre.

. 37. 3. Il faut faire usage d'une boisson qui desaltere, abatte la
fivre, dlaie, relche & aide les vacuations par les selles, les
urines & la transpiration. Toutes celles dont j'ai parl, runissent
toutes ces qualits. L'on peut aussi mettre un verre, ou un verre &
demi, du jus des fruits dont je viens de parler, dans une pinte d'eau.

. 38. Les malades doivent beaucoup boire. Il seroit  souhaiter qu'ils
bussent au moins deux ou trois pintes par jour, souvent & peu  la fois;
c'est--dire un verre  chaque quart d'heure. Il faut que la boisson ait
perdu le grand froid.

. 39. 4. Si le malade ne va pas tous les jours deux fois  la selle,
si les urines ne sont pas abondantes, ou si elles sont rouges, si le
malade rve, si la fievre est forte, le mal de tte & de reins
considrable, le ventre douloureux, les envies de dormir frquentes, il
faut donner un lavement (N. 5.), au moins une fois par jour. Le peuple
n'aime pas ce remede; il n'y en a cependant point de plus utile dans les
maladies violentes, surtout dans les cas que je viens d'indiquer; & un
lavement soulage ordinairement plus, que si on buvoit sept ou huit fois
la mme quantit de liqueur. L'usage des lavemens dans les diffrentes
maladies, sera dtermin en parlant de chacune. Mais il ne faut jamais
les donner dans le moment o le malade a une sueur qui le soulage.

. 40. 5. Tant que le malade en aura la force, il faut qu'il se tienne
tous les jours hors du lit une heure, & plus s'il peut; mais au moins
une demi-heure: cela diminue la fievre, le mal de tte, les rveries. Il
faut viter de lever le malade pendant qu'il auroit une sueur de nature
 le soulager; mais ces sueurs ne viennent jamais que sur la fin des
maux, & aprs que le malade a eu beaucoup d'autres vacuations.

. 41. 6. On lui raccommodera son lit tous les jours, pendant qu'il
sera lev, & l'on changera les linges, tant du lit que du malade, le
plus souvent qu'on le pourra. Un prjug pernicieux tablit une pratique
contraire, qui est trs dangereuse. On craint de sortir le malade du
lit, on le laisse dans des linges pourris, chargs de corruption, & qui
par-l non-seulement entretiennent la maladie, mais peuvent mme lui
donner un caractere de malignit. Je le ritere, rien n'entretient la
fievre & les rveries, comme de ne point sortir du lit & de ne point
changer de linge; & j'ai fait cesser, par ce double moyen & sans autre
secours, des rveries qui duroient depuis douze jours sans interruption.
L'on dit que le malade est trop foible, c'est une mauvaise raison: il
faut qu'un malade soit presque mourant pour ne pas soutenir cette
opration, qui, lors mme qu'il l'prouve pour le moment, augmente ses
forces & diminue aussi-tt ses maux. Un avantage que les malades
retirent du sjour hors du lit, c'est que les urines coulent plus
abondamment & avec facilit. L'on en voit quelquefois qui n'urinent
point du tout, si on ne les sort pas du lit.

Il y a un grand nombre de maladies aiges que ce seul rgime gurit
radicalement, & il les adoucit toutes. Si on ne l'emploie pas, les
remedes sont le plus souvent inutiles. Il seroit  souhaiter que le
peuple st que l'on ne peut pas brusquer les maladies; que chacune doit
avoir un certain cours, & que l'usage des remedes violens qu'il aime 
employer, peut bien les abreger en tuant le malade: mais cet usage ne
gurit jamais plus vte, & au contraire il rend la maladie plus
fcheuse, plus longue, plus opinitre, & laisse souvent des suites qui
font languir toute sa vie celui qui a t trait avec des remedes
violens.

. 42. Ce n'est pas assez de bien conduire la maladie, il faut encore
soigner la convalescence, qui est toujours un tat de foiblesse, &
par-l mme de langueur. Le mme prjug qui tue les malades en les
forant  manger, s'tend sur la convalescence, & la rend fcheuse &
longue: on produit des rechtes quelquefois mortelles, souvent des maux
chroniques, en faisant manger les convalescens trop, ou trop tt. A
mesure que la fievre diminue, on peut insensiblement augmenter la
quantit de nourriture; mais tant qu'il en reste, il convient de s'en
tenir aux alimens que j'ai indiqus. Ds qu'elle est finie, on peut
passer  des alimens diffrens, & prendre un peu de viande, mais il faut
qu'elle soit tendre, du poisson, un peu de bouillon, quelques oeufs, du
vin avec de l'eau, du pain tremp dans le vin: ces alimens sont utiles,
& servent  rparer les forces quand on en use modrment. Ils retardent
la gurison ds qu'on en prend un peu trop; parceque l'estomac
extrmement affoibli par la maladie & par les remedes, n'est capable que
d'une trs petite digestion, & si on lui donne au-del de ses forces,
tout ce qu'on prend ne se digere point, mais se corrompt. Il survient de
frquens retours de fievre, un abattement continuel, des maux de tte,
un assoupissement sans pouvoir dormir, des douleurs & des chaleurs dans
les bras & dans les jambes, de l'inquitude, de la mauvaise humeur, des
vomissemens, des diarrhes, des obstructions.

. 43. L'on prvient tous ces maux en se contentant de trs peu
d'alimens. Je le ritere, si l'on veut fortifier un convalescent, il
faut lui donner peu: ce n'est pas ce qu'on avale qui nourrit, ce n'est
que ce qu'on digere. Le convalescent qui avale peu, le digere & est
nourri; celui qui avale beaucoup ne le digere pas, & bien loin d'tre
nourri & fortifi, il prit peu  peu.

. 44. Il faut, 1. que les convalescens, comme les malades, prennent
trs peu d'alimens  la fois, & frquemment. 2. Qu'ils ne prennent
jamais qu'une sorte d'aliment dans un repas, & qu'ils n'en changent pas
trop souvent. 3. Qu'ils mchent avec beaucoup de soin tout ce qu'ils
prennent de solide. 4. Qu'ils diminuent la quantit de boisson: la
meilleure, pour le gnral, est de l'eau avec un quart ou un tiers de
vin blanc. 5. Qu'ils se promenent le plus souvent qu'ils pourront 
pied, en voiture,  cheval: ils auront attention, surtout les premieres
sorties, de faire leur promenade dans des endroits qui soient  l'abri
du vent & qui ne soient pas humides. Ce dernier exercice est le plus
salutaire de tous. Les trois quarts des gens de la campagne sont  mme
de se procurer cet avantage sans qu'il leur en cote rien; ils ont grand
tort de le ngliger. Ceux qui voudront en user, doivent le faire avant
leur plus grand repas, qui doit tre celui du milieu du jour, & jamais
aprs. L'exercice pris avant le repas, fortifie les organes de la
digestion, qui ensuite se fait mieux: si on le prend aprs, il la
trouble. 6. Comme ordinairement les convalescens sont moins bien le
soir, ils doivent rentrer chez eux avant le coucher du soleil, &
lorsqu'il s'leve un vent froid ou humide. Il faut qu' ces heures ils
prennent trs peu d'alimens: leur sommeil en sera plus tranquille, & les
reparera mieux. 7. Ils ne doivent rester au lit que sept ou huit
heures. 8. L'enflure des jambes qui survient presque  tous, n'est pas
dangereuse, & se dissipe d'elle-mme quand ils sont sobres & qu'ils
prennent du mouvement. 9. Il n'est pas ncessaire qu'ils aillent tous
les jours  la selle; mais il ne faut pas qu'ils soient resserrs plus
de deux ou trois jours; & si cela arrivoit, il faudroit leur donner un
lavement le troisieme jour, & mme plutt si l'on voyoit que la
constipation leur occasionnt de la chaleur, des gonflemens, de
l'inquitude, des maux de tte. 10. S'il leur reste beaucoup de
foiblesse, si l'estomac est drang, s'ils ont de tems en tems un peu de
fievre, ils prendront trois prises par jour du remede (N. 14.) qui
rtablit les digestions, rappelle les forces & chasse la fievre. 11. Il
ne faut pas qu'ils reprennent trop tt le travail; cette mauvaise
coutume empche journellement plusieurs paysans de se remettre jamais
parfaitement bien, & de reprendre leurs premieres forces: pour n'avoir
pas su se reposer pendant quelques jours, ils ne redeviendront jamais
aussi robustes ouvriers qu'ils l'toient auparavant, & ce travail
prcoce leur fera perdre dans la suite, chaque semaine de leur vie, plus
de tems qu'ils n'en ont gagn une seule fois. Je vois tous les jours des
laboureurs, des vignerons, des manoeuvres languissans; presque tous
datent le commencement de leur langueur depuis quelque maladie aige,
qui, par le manque de mnagement dans la convalescence, n'a pas t bien
gurie: un repos de sept ou huit jours de plus leur auroit pargn
toutes ces infirmits; mais c'est ce qu'on a peine  leur faire
comprendre. Le peuple, dans ce cas & dans beaucoup d'autres, ne sait
calculer que pour le jour, & n'tend point ses vues au lendemain; il ne
sait faire aucun sacrifice  l'avenir; il en faut cependant pour se le
rendre favorable.




CHAPITRE IV.

_Inflammation de Poitrine._


. 45. L'inflammation de poitrine, ou Peripneumonie, ou Fluxion de
poitrine, est une inflammation du poulmon, & plus ordinairement d'un
seul de ses cts. Les signes qui la font connotre sont, un frisson
plus ou moins long, pendant lequel le malade est quelquefois fort
inquiet & angoiss, symptome essentiel, & qui m'a servi plus d'une fois
 distinguer cette maladie  coup sr, ds son premier moment; la
chaleur qui suit le frisson, & qui, pendant quelques heures, est souvent
mle de retour de froid; le pouls est vite, assez fort, mdiocrement
plein, dur, & regl quand le mal est mdiocre; petit, mol, irrgulier
quand la maladie est trs grave; un sentiment legerement douloureux dans
l'un des cts de la poitrine; quelquefois, une espece de serrement sur
le coeur; quelquefois, des douleurs dans tout le corps, surtout le long
des reins; de l'oppression, au moins le plus souvent, car quelquefois il
y en a peu; la ncessit d'tre presque toujours couch sur le dos, ne
pouvant l'tre que trs rarement sur les cts; une toux, quelquefois
seche, & alors elle est plus douloureuse, d'autres fois accompagne de
crachats plus ou moins pleins de sang, souvent de sang pur; une douleur
ou au moins une pesanteur de tte, souvent des rveries, presque
toujours le visage rouge; d'autres fois de la pleur & un air tonn ds
le commencement, ce qui est d'un facheux prsage; les levres, la langue,
le palais, la peau seches; l'haleine chaude, les urines peu abondantes &
rouges dans les commencemens, plus abondantes moins rouges & dposant
beaucoup de sediment dans la suite; frquemment de l'altration;
quelquefois des envies de vomir, dans le commencement, qui, en en
imposant  gens peu instruits, ont souvent port  donner un mtique,
qui est mortel, surtout  cette poque; une chaleur universelle, un
redoublement presque tous les soirs, pendant lequel la toux est plus
aigre, & les crachats moins abondans. Les meilleurs crachats sont ceux
qui ne sont ni trop liquides ni trop durs; mais d'une consistance
mdiocre, ressemblant  ce qu'on crache sur la fin d'un rhume, mais plus
jaunes, & mls d'un peu de sang, qui diminue peu  peu, & disparot
ordinairement avant le septieme jour. Quelquefois l'inflammation monte
le long de la trache artre, & occasionne au malade une suffocation &
un sentiment douloureux, quand il avale, qui lui persuade qu'il a un mal
de gorge.

. 46. Quand le mal est trs violent, ou quand il le devient; le malade
ne peut respirer qu'assis. Le pouls devient trs petit & trs vite; le
visage devient livide, la langue noire, les yeux s'garent, le malade a
une angoisse inexprimable, il s'agite continuellement dans son lit;
quelquefois un bras est dans une espece de paralysie; les rveries ne le
quittent point, il ne peut ni veiller ni dormir; la peau de la poitrine
& du col se couvrent quelquefois, surtout quand l'air est touff & le
mal extrme & violent, de taches livides, plus ou moins considrables;
les forces s'puisent, la difficult de respirer augmente d'un moment 
l'autre; le malade tombe dans une lthargie, & meurt bientt, d'une mort
affreuse & assez commune dans les campagnes par l'effet des remedes
chauffans, qu'on emploie dans ce cas. L'on a vu l'usage de ces remedes
augmenter la maladie  un tel point, que le coeur se fendoit, comme
l'ouverture du cadavre l'a prouv.

Si la maladie attaque tout--coup & avec violence, si le froid dure
plusieurs heures, & s'il est suivi d'une chaleur brulante, si le cerveau
s'embarrasse ds le commencement, si le malade a une petite diarrhe
avec tenesme, s'il craint le lit, s'il sue trop, ou s'il a la peau
extrmement aride, si son caractere parot chang, s'il a beaucoup de
peine  cracher, la maladie est trs dangereuse.

. 47. Il faut d'abord mettre le malade au rgime, & avoir soin qu'il ne
boive jamais trop froid. Sa boisson doit tre la ptisane d'orge N. 2,
ou le lait d'amande N. 4, ou celle N. 7. Les jus d'herbes, qui entrent
dans cette derniere, sont un excellent remede dans ce cas; parcequ'ils
fondent puissamment ce sang pais qui forme l'inflammation. Pendant que
la fievre est extrmement violente, que le malade ne crache pas
suffisamment, qu'il rve, qu'il a trs mal  la tte, ou qu'il crache le
sang pur, il faut donner le lavement N. 5, trois fois, ou au moins deux
fois dans vingt-quatre heures. Mais le remede principal c'est la
saigne. Ds que le froid a fini, il faut tirer tout  la fois douze
onces de sang du bras, & mme, si le malade est jeune & robuste,
quatorze ou seize. Cette forte saigne soulage plus, que si on tiroit
vingt-quatre onces en trois fois.

. 48. Quand la maladie est telle qu'elle est dcrite . 45, cette
saigne soulage considrablement le malade, pendant quelques heures;
mais le mal revient, & pour prvenir cela, il faut,  moins que tout
n'aille extrmement bien, riterer la saigne au bout de quatre heures,
& tirer encore douze onces de sang. Souvent cela suffit. Mais si au bout
de huit ou dix heures, la maladie paroissoit se ranimer, il faudroit
riterer une troisieme, mme une quatrieme fois. Mais en employant les
autres secours ncessaires, j'ai rarement eu besoin de cette quatrieme
saigne, & frquemment je m'en tiens aux deux premieres. S'il y a
plusieurs jours que la maladie a commenc, si la fievre est encore
forte, la respiration difficile, si le malade ne crache pas, ou s'il
crache trop de sang, il faut, sans s'embarrasser du jour, faire une
saigne, ft-ce le dixieme. Le sang dans cette maladie, & dans toutes
les autres maladies inflammatoires, est extrmement pais; &, presque
d'abord qu'on l'a tir, il se forme dessus, cette peau blanche, coriace,
que chacun connot, & qu'on appelle _croute pleurtique_. L'on regarde
comme un bien, lorsque dans chaque saigne, elle devient moins dure &
moins paisse que dans les prcdentes. Cela est gnralement vrai, si
en mme tems le malade se trouve mieux; mais si l'on ne faisoit
attention qu'au sang seul, on se tromperoit souvent. Il arrive mme, que
dans l'inflammation de poitrine la plus violente, cette croute ne se
forme point; ce qu'on regarde comme un signe trs dangereux. Il y a
d'ailleurs,  cet gard plusieurs bisarreries, qui dpendent des plus
petites circonstances: ainsi il ne faut point se fonder uniquement sur
cette croute, pour regler les saignes; &, en gnral, il ne faut pas
trop croire que l'tat du sang dans la palette, puisse nous faire juger
avec certitude de son vritable tat dans le corps.

. 49. Quand le malade est dans l'tat dcrit (. 46.) non seulement la
saigne ne sert  rien; mais quelquefois mme elle est nuisible, par le
prompt affoiblissement dans lequel elle jette; &, en gnral, dans ce
cas, tous les remedes sont inutiles; & c'est toujours une trs mauvaise
marque, dans cette maladie, quand la saigne ne soulage pas, ou quand il
y a des circonstances qui obligent  la menager.

. 50. Tous les jours l'on mettra les jambes, une demi heure, dans un
bain d'eau tiede, en envelopant exactement le malade, afin que le froid
n'arrte pas la transpiration que le bain favorise.

. 51. De deux en deux heures, il prendra une tasse de la potion N. 8,
qui facilite toutes les vacuations, & principalement les crachats.

. 52. Quand l'oppression est considrable, & la toux seche, l'on fait
respirer au malade la vapeur de l'eau bouillante, dans laquelle on a mis
un peu de vinaigre. Pour cela on s'y prend de deux faons; ou en mettant
sous le visage du malade, qui doit tre assis, un vase rempli de cette
eau chaude, & en envelopant la tte du malade, & le vase avec un linge
qui retient la vapeur; ou en lui tenant devant la bouche, une ponge
trempe dans cette mme liqueur bouillante. La seconde mthode est moins
efficace, mais elle fatigue moins le malade. Quand le mal est trs
pressant, on emploie au lieu d'eau, le vinaigre pur; & souvent cette
vapeur a sauv des malades, qui paroissoient au bord du tombeau: mais il
faut qu'elle soit continue pendant plusieurs heures.

. 53. L'on applique aussi avec succs, sur la gorge & sur la poitrine,
les remedes N. 9.

. 54. Quand la fievre est extrmement forte, il faut donner toutes les
heures, une cuillere de la potion N. 10; mais sans que cela fasse rien
diminuer de la quantit des autres boissons qu'on peut prendre
immdiatement aprs, ou auxquelles on peut la mler.

. 55. Tant que le mal empire, ou reste dans le mme tat, il faut
continuer les mmes secours; mais si le troisieme (ce qui est rare), le
quatrieme, le cinquieme jour, le mal prend une tournure plus favorable,
si les redoublemens sont moins violens, la toux moins forte, les
crachats moins sanglans, la respiration plus aise, la tte plus
dgage, la langue un peu moins seche, les urines moins rouges, & plus
abondantes; il suffit alors de se tenir au regime, & de prendre un
lavement tous les soirs. Souvent le redoublement du quatrieme jour est
le plus fort.

. 56. La maladie acheve de se dissiper par les crachats; souvent par
les urines, qui, le sept, ou le neuf, ou le onzieme jour, quelquefois
dans les jours intermediaires, commencent  dposer un sdiment d'un
blanc roux trs abondant, quelquefois un vrai pus. Ensuite il survient
des sueurs, qui alors sont favorables autant qu'elles toient nuisibles
au commencement. Quelques heures avant que les vacuations dont je parle
viennent, il survient quelquefois diffrens accidens trs effrayans,
comme de l'angoisse, des palpitations, de l'irrgularit dans le pouls,
plus d'oppression, des mouvemens convulsifs, (c'est ce qu'on appelle
l'tat critique); mais ils ne sont pas dangereux, moyennant qu'on ne
fasse rien mal--propos. Ces accidens dpendent de l'humeur purulente
qui se dplace, circule dans les humeurs, & irrite diffrentes parties,
jusqu' ce que l'vacuation ait commenc; alors tous les accidens
finissent, & ordinairement le sommeil revient. Mais je dois insister sur
la ncessit de la prudence dans ces circonstances. Quelquefois c'est la
foiblesse, d'autres fois les convulsions, ou quelques autres accidens,
qui effraient. Si l'on fait, comme il arrive tous les jours, la sottise
d'ordonner des remedes particuliers pour ces accidens, comme des
cordiaux spiritueux, de la thriaque, des confections, du castor, de la
rue, l'on trouble la nature dans ses oprations; la crise ne se fait
point; la matiere qui devoit s'vacuer, ou par les selles, ou par les
urines, ou par la sueur, ne s'vacue point; mais elle se dpose sur
quelque partie interne ou externe. Si c'est sur une partie interne, le
malade meurt d'abord, ou il se forme une nouvelle maladie plus facheuse,
& moins guerissable que la premiere. Si c'est sur l'extrieur du corps,
le malheur est moins grand, & il faut, ds qu'on s'en apperoit, mettre
sur cette partie des cataplasmes molliens, qui l'amenent  maturit, &
l'ouvrir ds qu'on le peut.

. 57. Pour prvenir ces accidens, il faut quand les symptomes
effrayans, dont j'ai parl surviennent, ne rien changer du tout au
traitement, except qu'on doit donner le lavement mollient N. 5, &
appliquer de deux en deux heures, une flannelle trempe dans l'eau
tiede, qui couvre tout le ventre, & fasse presque tout le tour du corps,
derriere les reins. L'on peut aussi augmenter un peu la quantit de la
boisson, & diminuer celle de la nourriture pendant tout le tems que cet
tat violent dure.

. 58. Je n'ai point parl d'mtique, ni de purgatifs; parcequ'ils sont
tout--fait contraires dans cette maladie. Les anodins, ou remedes
propres  faire dormir, sont aussi gnralement mauvais. Il y a quelques
cas cependant, dans lesquels ils peuvent tre utiles; mais ils sont si
difficiles  connotre, qu'on ne doit jamais se les permettre, quand on
n'a pas un Medecin. J'ai vu plusieurs malades, que ces remedes pris
mal--propos, ont jetts dans une tisie incurable. Lorsque tout a bien
t, ordinairement le malade est trs bien le quatorzieme jour; & alors
on peut, s'il a appetit, le mettre au regime des convalescens . 42.
S'il a encore du dgot, la bouche mauvaise, la tte pesante, on doit le
purger avec la potion N. 11.

. 59. Il survient quelquefois des saignemens de nez, mme aprs
plusieurs saignes, qui sont trs favorables, & soulagent ordinairement
beaucoup plus que les saignes. On doit s'attendre  ces saignemens,
lorsqu'aprs les saignes, le malade est mieux  plusieurs gards, &
qu'il reste encore un grand mal de tte, avec les yeux vifs & le nez
rouge. Il ne faut rien faire pour les arrter; ce qui seroit trs
dangereux. Ils s'arrtent d'eux-mmes. D'autres fois, mais plus
rarement, la maladie se dissipe par une diarrhe, legerement
douloureuse, de matieres bilieuses.

. 60. Si les crachats se suppriment tout--coup sans qu'il survienne
aucune autre vacuation, l'oppression & l'angoisse reviennent d'abord, &
le danger est pressant. Si la maladie n'est pas fort avance, si le
malade est robuste, s'il n'a pas t beaucoup saign, s'il y avoit
encore du sang dans les crachats, si le pouls est fort ou dur, il faut
sur-le-champ saigner, faire respirer continuellement la vapeur d'eau
chaude & de vinaigre, & faire boire beaucoup de la ptisane N. 2, plus
chaude qu' l'ordinaire. Si les circonstances sont opposes; au lieu de
la saigne, il faut appliquer deux vesicatoires aux jambes, & faire
boire beaucoup de la ptisane N. 12. Les causes qui produisent le plus
souvent cette suppression des crachats, sont 1. un refroidissement
subit; 2. l'air trop chaud; 3. les remedes trop chauffans; 4. les
sueurs trop abondantes; 5. un purgatif pris mal  propos; 6. quelque
passion trop vive.

. 61. Quand on n'a pas saign suffisamment, ou assez tt, quelquefois
mme, comme je l'ai vu, quand on a si fort affoibli le malade, par trop
de saignes, que les vacuations par les selles, les urines, les
crachats, la transpiration, ne sont pas bien faites; quand ces
vacuations ont t dranges par quelqu'autre cause, ou que la maladie
n'a pas t bien traite, les vaisseaux enflamms ne se dbarrassent pas
de l'humeur qui les engorge; mais il arrive, dans le poulmon, ce que
chacun voit arriver tous les jours sur la peau. Si une tumeur
inflammatoire ne se rsout pas, si elle ne se dissipe pas
insensiblement, elle devient abcs. Il en est de mme du poulmon; si
l'inflammation ne se dissipe pas, elle se change en abcs, qu'on appelle
vomique; & cet abcs, comme ceux qu'on voit  l'extrieur, reste souvent
enferm long-tems dans son sac, sans que ce sac se creve & que le pus
s'panche.

. 62. Si l'inflammation n'toit pas extrmement profonde dans le
poulmon, & qu'elle s'tendt jusques  sa surface, c'est--dire prs des
ctes, le sac creve  l'extrieur du poulmon, & le pus se rpand dans la
cavit de la poitrine, entre le poulmon, les ctes & le diaphragme
(c'est cette membrane qui spare la poitrine du ventre). Quand
l'inflammation est plus profonde, alors l'abcs se creve dans
l'intrieur mme du poulmon. Si l'ouverture est petite, de faon qu'il
ne puisse sortir que peu de pus  la fois, si la quantit totale du pus
n'est pas considrable, si le malade est encore fort, il crache ce pus &
se trouve soulag. Mais si la vomique est considrable, ou si
l'ouverture est grande, & qu'il se rpande une grande quantit de pus 
la fois, ou si le malade est trs foible, il meurt dans le moment o la
vomique s'ouvre, & cela quelquefois lorsqu'on s'y attend le moins. J'ai
vu un malade mourir, en portant une cuilleree de soupe  sa bouche; un
autre en se mouchant. Il n'y avoit aucun symptome, qui pt faire croire
leur mort plus prochaine dans ce moment que quelques heures auparavant.
Le pus sort ordinairement par la bouche, aprs la mort; & les cadavres
sont trs promptement corrompus.

L'on appelle _vomique couverte_, celle qui n'a pas perc; _ouverte_
celle qui est rompue. Il est important de traiter exactement cette
matiere, parceque ces vomiques tuent beaucoup de gens dans les
campagnes, sans qu'on souponne mme dequoi ils meurent. J'en ai eu un
exemple, il n'y a que quelques jours, chez un Regent de village. Il
avoit une vomique couverte, trs considrable dans le poulmon gauche,
qui toit la suite d'une inflammation de poitrine mal conduite dans les
commencemens. Il me parut qu'il ne pouvoit pas vivre vingt-quatre
heures; & il mourut en effet dans des angoisses inexprimables. J'ai lieu
de croire, qu'il mourut quand la vomique creva; il sortit beaucoup de
pus de sa bouche aprs sa mort.

. 63. L'on ne peut ni voir, ni toucher, ce qu'il y a dans la poitrine;
c'est ce qui fait que souvent l'on n'a pas connu les vomiques. Les
signes suivans font prsumer qu'elles se forment. Les vacuations qui
sont ncessaires pour la guerison n'ont pas eu lieu dans les quatorze
premiers jours. Au bout de ces quatorze jours, le malade n'est pas
gueri, ni mme considrablement soulag; mais au contraire, la fievre
continue d'tre assez forte, avec un pouls toujours vite, ordinairement
mol & foible, quelquefois cependant assez dur, souvent ondoyant; la
respiration est encore gne, avec de petits frissons de tems en tems,
un redoublement de fievre le soir, les joues rouges, les levres seches,
de l'altration.

L'augmentation de ces mmes symptomes, annonce que le pus est tout
form; la toux est plus continue; elle redouble au moindre mouvement, ou
ds que le malade a pris quelque nourriture; il ne peut se coucher que
du ct malade, souvent il ne peut point se coucher du tout; mais il est
oblig d'tre tout le jour assis, quelquefois mme sans oser s'appuyer
sur les reins, crainte d'augmenter la toux & l'oppression; il ne peut
point dormir; il a une fievre continue, & souvent des intermittences
dans le pouls. Non-seulement la fievre augmente tous les soirs; mais la
plus petite dose d'alimens, le plus leger mouvement, un peu de toux, une
legere agitation de l'ame, un peu de chaleur dans la chambre, un
bouillon un peu trop fort ou un peu trop sal, augmentent dans le moment
la vitesse du pouls. Le malade est inquiet, il a des momens d'angoisse
terribles, accompagns & suivis de sueurs sur la poitrine, & surtout au
visage. Il sue pendant la nuit; ses urines sont rougetres, quelquefois
cumeuses, d'autres fois huileuses. Il lui monte tout  coup des feux au
visage; il a ordinairement un gout horrible dans la bouche, chez les
uns, de vieux fromage, chez les autres, d'oeufs pourris ou de viande
corrompue: ils maigrissent considrablement. Il y en a que rien ne
dsaltere, ils ont la bouche & la langue seches, la voix foible &
rauque, les yeux enfoncs, souvent quelque chose d'un peu gar dans la
vue; ils ont un dgout gnral; & s'ils desirent certains alimens avant
que de les voir, ils les rebutent ds qu'on les leur offre; les forces
se perdent.

Outre ces symptomes, l'on remarque quelquefois, du ct malade, une trs
legere enflure, & un changement de couleur presqu'insensible. Si la
vomique est place tout  fait au bas du poulmon, dans la partie
intrieure, c'est--dire, prs du milieu de la poitrine, on peut sentir,
dans quelques sujets, du gonflement, en pressant le creux de l'estomac,
surtout quand le malade tousse.

. 64. Quand une vomique est forme, tant qu'elle ne se vuide pas, tous
les accidens que j'ai dtaills augmentent, & la vomique s'tend; tout
le ct du poulmon malade devient quelquefois un sac de pus; le ct
sain est comprim; le malade meurt suffoqu, aprs des angoisses
terribles, avec le poulmon plein de pus, sans en avoir jamais crach.

Il est important, pour viter ces malheurs, de procurer la rupture de la
vomique, ds que l'on est sr qu'elle existe; & comme il vaut mieux
qu'elle se rompe dans le poulmon, parcequ'alors on peut la cracher, que
dans la cavit de la poitrine, par les raisons que je dtaillerai plus
bas, il faut faire en sorte que cette rupture se fasse intrieurement.

. 65. Les moyens les plus efficaces pour cela, sont 1. de faire
respirer continuellement au malade la vapeur d'eau chaude. 2. Quand on
a, par ce moyen, ramolli la partie du sac de l'abcs, o l'on souhaite
que la rupture se fasse, on donne au malade une grande quantit de
liquide, & d'un liquide fort mollient; comme ptisane d'orge, lait
d'amande, bouillon gras, eau & lait. Par l on tient l'estomac toujours
plein, & la rsistance au poulmon tant considrable de ce ct, les
matieres se portent naturellement du ct de la trache artre, ou
conduit de l'air, o il y a moins de rsistance. D'ailleurs, cette
plnitude de l'estomac contribue  exciter la toux; ce qui est un bien.
3. On cherche  faire tousser le malade, en lui faisant flairer du
vinaigre chaud, ou en injectant, dans la gorge, au moyen d'une petite
seringue, telle que les enfans en font partout avec du sureau, un peu
d'eau ou de vinaigre. 4. On le fait crier, lire, rire; tous ces moyens
contribuent  faire rompre l'abcs, aussi bien que le suivant. 5. On le
met dans une voiture qui le secoue, mais aprs avoir eu le soin de lui
faire prendre beaucoup des boissons que je viens d'indiquer. Les
secousses dcident quelquefois tout--coup cette rupture.

. 66. J'ai vu, il y a quelques annes, une servante de campagne, qui
aprs une inflammation de poitrine, restoit languissante, sans qu'on
souponnt son mal; s'tant mise sur une charrette, qui alloit chercher
du foin, la roue heurta violemment contre un arbre; elle s'vanouit, &
au mme instant, rendit beaucoup de pus. Elle continuoit  en cracher;
c'est alors que je fus instruit de son mal, & de ce qui lui toit
arriv. Elle guerit trs bien.

Un Officier de ce pays, servant en Piemont, languissoit depuis quelques
mois, & venoit chez lui pour essayer de se remettre, sans l'esperer
beaucoup. En entrant au pays, par la route de S. Bernard, tant oblig
de faire quelques pas  pied, il fit une chute, resta vanoui pendant
plus d'un quart d'heure, rendit une grande quantit de pus, & se trouva
dans le moment mme extrmement soulag. Je lui ordonnai un regime, &
des remedes, il se rtablit parfaitement, & dut peut-tre la vie  cet
accident. 6. On fait prendre de deux en deux heures une cuillere 
soupe de la potion N. 8.

. 67. Plusieurs malades ont un vanouissement au moment o la vomique
s'ouvre. On peut leur faire flairer un peu de vinaigre.

. 68. Si le malade n'toit pas trop affoibli avant la rupture de
l'abcs, si le pus est blanc, bien conditionn, si la fievre diminue, si
l'angoisse, l'oppression, les sueurs finissent, si la toux est moins
violente, si le malade a plus d'aisance dans sa situation, s'il recouvre
le sommeil, & l'appetit, si ses forces reviennent, si la quantit des
crachats diminue journellement par degrs, si les urines redeviennent
meilleures; l'on doit esprer, qu'en employant les secours que je vais
prescrire, le malade se guerira radicalement.

. 69. Mais, au contraire, quand les forces sont puises avant la
rupture, que la matiere est trop claire, brune, verte, jaune, sanglante,
puante; que le pouls reste vte & foible; que l'apptit, les forces, le
sommeil ne reviennent pas, l'on ne doit point esprer de gurison, & les
meilleurs remedes sont inutiles: l'on doit cependant les tenter.

. 70. Ces remedes sont: 1. Si la matiere paroit paisse, gluante,
qu'elle ait de la peine  se dtacher, il faut donner de deux en deux
heures, une cuillere  soupe de la potion N. 8, & boire entre deux, de
demi-heure en demi-heure, une tasse de la boisson N. 13. L'on prend de
quatre heures en quatre heures, un peu de crme d'orge, ou de ris. 2.
Quand la matiere n'a pas besoin de ces remedes pour tre vacue, on ne
les emploie pas, mais on continue la mme nourriture qu'on mle avec
parties gales de lait, ou  laquelle, ce qui est beaucoup plus
efficace, on substitue la mme quantit de lait frachement tir d'une
bonne vache, qui dans ce cas fait la seule nourriture du malade. 3. On
lui donne quatre fois par jour, de deux en deux heures, en commenant de
bon matin, une prise de la poudre N. 14, dlaye dans un peu d'eau, ou
rduite en bol avec un peu de syrop ou de miel. Sa boisson ordinaire
est, ou un lait d'amande, ou une ptisane d'orge, ou de l'eau avec un
quart de lait. 4. Il faut se promener tous les jours  cheval, en
voiture, en charrette, suivant que les forces & les circonstances le
permettent. Mais de tous ces exercices, celui du trot du cheval est sans
comparaison le plus utile & le plus  la porte de tout le monde.

. 71. Le peuple, peu instruit, ne regarde comme remde, que ce qu'on
avale. Il a peu de foi au rgime & aux autres secours dittiques; il
regardera l'exercice du cheval comme inutile. C'est une erreur
dangereuse, dont je voudrois le dsabuser. Ce secours est le plus
efficace de tous; celui sans lequel on ne doit point esprer de gurir
ce mal, quand il est grave; celui qui peut presque le gurir seul,
moyennant qu'on ne prenne point d'alimens contraires; enfin on l'a
regard, avec raison, comme le vrai spcifique de cette maladie.

. 72. 5. Les influences de l'air sont plus considrables dans cette
maladie que dans aucune autre; ainsi l'on doit chercher  le rendre bon
dans la chambre du malade. Pour cela il faut l'airer trs souvent, la
parfumer de tems en tems, mais trs legerement, avec un peu de vinaigre,
& y mettre dans la saison le plus d'herbes, de fleurs, de fruits qu'il
sera possible. Si l'on a le malheur d'tre dans un air mal-sain, il y a
peu d'espoir de gurir,  moins qu'on n'en change.

. 73. Il y a des malades qui se sont guris de ces maladies, les uns en
ne prenant quoi que ce soit que du petit lait de beure, (de la battue);
les autres, des melons & des concombres, ou des fruits d't de toute
espece. Mais je conseille de s'en tenir  la mthode que je viens
d'indiquer, comme la plus sre.

. 74. Il suffit que le malade aille  la selle de deux, ou mme de
trois jours l'un: ainsi il ne faut pas prodiguer les lavemens, ils
pourroient procurer une diarrhe qui seroit trs  craindre. Quand le
pus diminue, & que le malade se trouve mieux  tous gards, c'est une
preuve que la plaie se nettoie & se cicatrise peu  peu. Si la
suppuration continue  tre abondante, si le pus parot moins beau, si
la fievre revient tous les soirs, il est  craindre que la plaie, au
lieu de se cicatriser, ne dgnere en ulcere; ce qui est trs fcheux.
Le malade tombe alors dans l'tisie confirme, & meurt au bout de
quelques mois.

. 75. Je ne connois point de meilleur remede, dans ce cas, que la
continuation des mmes . 70. & sur-tout le cheval. On peut, dans
quelque cas, employer les parfums d'eau chaude avec les herbes
vulnraires & un peu d'huile de trbenthine N. 15. Je les ai vu
russir; mais le plus sr est de consulter un Mdecin, qui examine s'il
n'y a point quelque complication qui met obstacle  la gurison. Si la
toux empche le malade de dormir, on peut lui donner le soir deux ou
trois cuilleres  soupe du remede N. 16, dans un verre de lait
d'amande ou de ptisane d'orge.

. 76. Les mmes causes qui suppriment tout--coup les crachats dans
l'inflammation de poitrine, peuvent aussi arrter l'expectoration
commence d'une vomique; alors le malade tombe dans l'oppression,
l'angoisse, la fievre, la foiblesse. Il faut remdier sur le champ  cet
tat par la vapeur de l'eau chaude, une cuillere de la potion N. 8,
toutes les heures; une grande quantit de ptisane N. 12, & de
l'exercice. Ds que l'expectoration revient, la fievre & les autres
accidens cessent. J'ai vu cette suppression, chez des sujets robustes,
occasionner promptement une inflammation au tour de la vomique, qui
m'obligeoit  faire une saigne, aprs laquelle le crachement revenoit
d'abord.

. 77. Il arrive souvent que la vomique se nettoie entierement; les
crachats tarissent presque tout  fait, le malade est bien, il se croit
guri; bien-tt le mal-aise, l'oppression, la toux, la fievre
recommencent; il vuide une nouvelle vomique, crache pendant quelques
jours, & se remet. Au bout de quelque tems la mme scene reparoit, &
cette alternative de bien & de mal dure souvent pendant des mois & des
annes: ce cas a lieu quand la vomique se nettoie peu  peu & que ses
parois se rapprochent sans se cicatriser, alors il suinte insensiblement
une nouvelle matiere. Pendant quelques jours, le malade n'en est point
incommod; mais ds qu'il y en a une certaine quantit, il est mal
jusqu' ce que l'vacuation soit faite. L'on voit des gens, avec ce mal,
jouir en apparence d'une assez bonne sant. On peut le regarder comme
une espece de cautere intrieur qui se nettoie de lui-mme de tems en
tems, chez les uns souvent, chez les autres rarement, & avec lequel on
peut vivre assez long-tems. Quand il a dur un certain tems, il est
incurable. Dans les commencemens il cede au lait,  l'exercice du
cheval, &  l'usage du remede N. 14.

. 78. L'on sera surpris que je ne parle point, dans le traitement d'un
abcs au poulmon, & de l'tisie ou phtysie qui en est la suite, des
remedes qu'on appelle balsamiques, qu'on emploie si frquemment, comme
la trbenthine, le baume du Prou, celui de la Mecque, l'encens, le
mastic, la myrrhe, le storax, le baume de soufre. J'en dirai un mot,
parcequ'il est autant de mon objet de dtruire les prjugs favorables
aux mauvais remedes, que d'accrditer les bons.

Je dis donc que si je n'ai point employ ces remedes, c'est que je suis
convaincu que les effets en sont gnralement fcheux dans ces cas; que
je vois tous les jours qu'ils font un mal trs rel; qu'ils retardent la
gurison, & que souvent ils rendent mortelle une maladie trs
gurissable. Ils ne se digerent point; ils obstruent les petits
vaisseaux du poulmon, qu'il faudroit dsobstruer; ils occasionnent
videmment,  moins que la dose ne soit extrmement petite, de la
chaleur & de l'oppression. J'ai vu plusieurs fois, aussi clairement
qu'il toit possible, que des pilules dans lesquelles entroient la
myrrhe, la trbenthine & le baume du Prou, occasionnoient, au bout
d'une heure, de l'agitation dans le pouls, de la rougeur, de
l'altration & de l'oppression. Enfin l'on pourroit dmontrer  toute
personne non prvenue, que ces remedes sont rellement nuisibles dans ce
cas; & je souhaite ardemment qu'on se dsabuse sur leur compte, & qu'ils
perdent cette rputation qu'ils ont malheureusement usurpe. Je sais
qu'un grand nombre de trs habiles gens les emploient journellement dans
ces maladies; mais ils les quitteront ds qu'ils se donneront la peine
d'observer leurs effets, indpendamment de ceux des autres remedes
auxquels ils les mlent, & qui en corrigent le danger. J'ai vu un malade
qu'un Chirurgien tranger, qui demeuroit  Orbe, avoit voulu gurir
d'une tisie, en lui faisant prendre du lard fondu, qui avoit augment
le mal. Ce conseil parot absurde, & il l'est: cependant les balsamiques
qu'on ordonne ne se digerent peut-tre gueres mieux que le lard. La
poudre N. 14 tient tout ce que les balsamiques promettent; elle n'a
aucun de leurs inconvniens, & elle a toutes les qualits qu'on leur
prte; mais il ne faut pas la donner dans le tems qu'il y a encore
inflammation, ou qu'elle survient de nouveau, & il ne faut mler aucun
autre aliment au lait.

Ce fameux remede nomm l'antihectique, n'a point non-plus, dans ces cas,
les vertus qu'on lui suppose. Je m'en sers trs souvent dans quelques
toux opinitres des enfans avec le lait, & alors il est trs utile: mais
j'en ai rarement vu des effets sensibles chez les grandes personnes, &
dans ces cas je craindrois qu'il ne ft du mal.

. 79. Si au lieu de crver intrieurement, la vomique creve
extrieurement, le pus s'panche dans la poitrine. L'on connot que cela
est arriv par le sentiment du malade, qui s'apperoit d'un mouvement
singulier, accompagn assez ordinairement d'une dfaillance;
l'oppression & l'angoisse finissent sur le champ, la fievre diminue; la
toux continue cependant ordinairement, mais moins violente & sans aucune
expectoration. L'amandement ne dure pas long-tems, parceque le pus
augmentant tous les jours & devenant plus cre, le poulmon se trouve
gn, irrit, rong; la difficult de respirer, la fievre, la chaleur,
la soif, l'insomnie, le dgot, la maigreur reviennent avec plusieurs
autres accidens qu'il est inutile de dtailler ici, & sur-tout de
frquentes foiblesses. Le malade doit tre au rgime, qui retarde le
progrs du mal aussi long-tems qu'il est possible, mais il n'y a point
de remede, que d'ouvrir la poitrine entre deux ctes, pour vacuer par
ce moyen ce pus, & arrter les desordres qu'il occasionne, c'est ce
qu'on appelle l'opration de l'Empyeme. Je n'en parlerai pas,
parcequ'elle ne doit tre faite que par d'habiles gens, & ce n'est pas
pour eux que j'cris. J'avertis seulement qu'elle est moins douloureuse
qu'effrayante, & que si l'on attend trop long-tems  la faire, elle
devient inutile, & le malade meurt misrablement.

. 80. L'on voit tous les jours que les inflammations extrieures se
gangrennent. La mme chose arrive au poulmon, quand la fievre est
excessive, l'inflammation naturellement trs violente, ou qu'on
l'augmente par des remedes chauds. Une angoisse insoutenable, une trs
grande foiblesse, des dfaillances frquentes, le froid des extrmits,
une eau livide & puante, qui sort au lieu de crachat, quelquefois des
plaques noirtres sur la poitrine, font connotre ce triste tat. J'ai
vu dans un cas de cette espece, chez un homme qui avoit t attaqu de
cette maladie aprs une marche force  pied, &  qui l'on avoit donn
un vin avec des aromates pour le faire suer, l'haleine si horriblement
puante, que sa femme eut plusieurs foiblesses en le servant; je ne
trouvai plus de pouls ni de raison, & je ne lui ordonnai rien. Il mourut
une heure aprs, au commencement du troisieme jour.

. 81. L'Inflammation peut aussi se durcir, & il se forme alors ce qu'on
appelle un squirrhe; c'est une tumeur fort dure, qui ne fait pas de
douleur. On connot que cela arrive, quand la maladie ne se termine
d'aucune des faons dont j'ai parl; que cependant la fievre & les
autres accidens se dissipent; mais que la respiration reste toujours un
peu gne; que cependant le malade conserve un sentiment incommode dans
un ct de la poitrine, & qu'il a de tems en tems une toux sche qui
augmente aprs l'exercice & aprs le repas. Ce mal ne se gurit que bien
rarement; mais on voit des gens qui en sont atteints & qui vivent
longues annes, sans de grands maux. Ils doivent viter toutes les
occasions d'chauffement qui pourroient aisment procurer une nouvelle
inflammation au tour de cette tumeur, & les suites en seroient trs
dangereuses.

. 82. Les remedes les plus propres  dtruire ce mal, & dont j'ai vu
quelques bons effets, sont le petit lait N. 17, & les pilules N. 18.
L'on prend vingt pilules, & une pinte de petit lait tous les matins
pendant long-tems, & l'on respire de tems en tems la vapeur de l'eau
chaude.

. 83. Le poulmon, dans l'tat naturel de parfaite sant, touche la
membrane qui tapisse l'intrieur de la poitrine, mais qui ne lui est pas
attache. Il arrive souvent, aprs l'inflammation de poitrine, la
pleursie, & dans d'autres cas, que ces deux parties se colent l'une 
l'autre, & ne se dtachent jamais; mais c'est  peine un mal. On
l'ignore ordinairement, parceque la sant n'en est point drange, &
l'on ne fait jamais rien pour y remdier. J'ai vu cependant quelques cas
dans lesquels cette adhrence nuisoit videmment.




CHAPITRE V.

_De la Pleursie._


. 84. La pleursie, qu'on reconnot principalement  ces quatre
caracteres; une forte fivre, de la peine  respirer, de la toux, & une
vive douleur dans l'enceinte de la poitrine; la pleursie, dis-je, n'est
point une maladie diffrente de la pripneumonie dont je viens de
parler; ainsi je n'ai presque rien  en dire de particulier.

. 85. La cause en est, tout comme de la premiere, une inflammation du
poulmon; mais une inflammation peut-tre plus extrieure. La seule
diffrence considrable dans les symptmes, c'est que la pleursie est
accompagne d'une douleur trs vive que l'on sent sur les ctes, & que
l'on appelle ordinairement _point_. Cette douleur se fait sentir
indiffremment sur toutes les parties de la poitrine, mais plus
ordinairement sur les ctes sous les mammelles, & peut-tre plus souvent
du ct droit. La douleur redouble quand on tousse & quand on inspire,
c'est--dire, quand on tire l'air; & la crainte de l'augmenter, fait que
quelques malades s'empchant machinalement, autant qu'ils le peuvent, de
tousser & de respirer, empirent leur tat en arrtant le sang dans le
poulmon, qui bien-tt en est rempli; l'inflammation devient gnrale, le
sang se porte  la tte, le visage devient livide, le malade suffoque &
tombe dans l'tat dcrit . 46.

Quelquefois la douleur est si violente, que si la toux est forte en
mme-tems, & que les malades ne puissent pas l'arrter, ils ont des
convulsions. Je l'ai vu plusieurs fois; mais presque toujours chez des
femmes qui sont d'ailleurs beaucoup moins sujettes que les hommes 
cette maladie &  tous les maux inflammatoires. Je dois avertir ici que
si elles en sont attaques dans le tems de leurs regles, cela ne doit ni
empcher les saignes ritres, ni rien changer du tout au traitement.
L'on voit par-l que la pleursie n'est qu'une inflammation de poitrine,
accompagne d'une vive douleur.

. 86. Je sais que quelquefois l'inflammation du poulmon se communique 
cette membrane qui tapisse intrieurement la poitrine, & qu'on appelle
la pleure, & de-l aux muscles ou chairs qui sont sur les ctes; mais
cela n'est pas ordinaire.

. 87. Le printems est la saison qui produit le plus de pleursies[10].
Le mal commence par un frisson ordinairement trs fort, suivi de
chaleur, de toux, d'oppression, quelquefois d'un sentiment de
resserrement dans toute la poitrine, de mal de tte, de rougeur de
joues, d'envies de vomir. Le point ne se fait pas toujours sentir
d'abord; souvent ce n'est qu'aprs plusieurs heures, quelquefois le
second & mme le troisieme jour. Le malade sent quelquefois deux points;
mais il est rare qu'ils soient galement forts, & le plus leger
disparoit bien-tt: d'autrefois le point change de place; ce qui est un
bien si le premier se dissipe parfaitement, un mal s'ils subsistent tous
deux. Le pouls est ordinairement trs dur dans cette maladie; mais dans
le cas fcheux du . 85, il devient mol & petit. Il vient souvent des
crachats tels que dans l'inflammation de poitrine, ds les commencemens,
d'autrefois il n'en vient point du tout: c'est ce qu'on appelle
pleursie sche, qui n'est pas rare. Quelquefois le malade tousse peu ou
point: il se couche souvent plus aisment sur le ct malade que sur le
sain. La marche de la maladie est la mme que dans la maladie
prcdente. Comment seroit-elle diffrente, & les moyens de gurison les
mmes? Il survient souvent des saignemens de nez trs considrables, &
qui soulagent beaucoup; mais il en survient quelquefois d'une espece de
sang corrompu, quand le malade est trs mal, qui annoncent la mort.

  [10] Ces Pleursies sont trs communes ici lorsque les vents de Nord,
    d'Est, de Nord-Est regnent long-tems de suite dans l'hiver, & les
    vents de Sud, d'Est, de Sud-Est dans l't.

. 88. Cette maladie est frquemment produite par la boisson froide, que
l'on prend ayant fort chaud, & alors elle est quelquefois si violente,
qu'on l'a vue tuer le malade en trois heures. Un jeune homme mourut au
pied de la fontaine mme o il s'toit dsaltr. Il n'est pas rare que
les pleursies tuent en trois jours.

Le point disparot quelquefois, & le malade se plaint moins; mais en
mme-tems son visage change & devient ple & triste, ses yeux se
troublent, le pouls s'affoiblit, c'est un transport de l'humeur au
cerveau; ce cas est presque toujours mortel. Il n'y a point de maladie
dans laquelle les symptmes critiques soient plus violens & plus marqus
que dans celle-ci: il est bon d'en tre averti pour ne pas trop
s'effrayer. La gurison survient souvent au moment o l'on attendoit la
mort.

. 89. Cette maladie est une des plus frquentes & des plus meurtrieres,
tant par elle-mme, que dans nos campagnes par le mauvais traitement. Le
prjug qui veut que toutes les maladies se gurissent par les sueurs,
regle tout le traitement de la pleursie; & ds qu'un malade a un point,
sur-le-champ on met en oeuvre tous les remedes chauds. Cette funeste
erreur tue plus de gens que la poudre  canon, & elle est d'autant plus
fcheuse, que la maladie est plus violente. Dans celle-ci il n'y a pas
un moment  perdre, tout dpend des premieres heures.

. 90. Le traitement est prcisment le mme,  tous gards, que dans la
pripneumonie, parceque, je le rpete, c'est la mme maladie; ainsi les
saignes, les boissons mollientes & dlayantes, les vapeurs, les
lavemens, la potion N. 8, les cataplasmes molliens & les autres
topiques N. 9, sont les vrais remedes; peut-tre ces derniers sont-ils
encore plus efficaces dans ce cas, & l'on doit en appliquer
continuellement sur l'endroit o le point se fait sentir.

La premiere saigne, surtout si elle est considrable, diminue presque
toujours le point, & souvent le dissipe entierement; mais il revient
ordinairement au bout de quelques heures, ou dans le mme endroit, ou
quelquefois ailleurs, ce qui est assez favorable, surtout si la douleur
qui se faisoit d'abord sentir sous la mammelle, se jette aux paules, au
dos,  l'omoplate,  la nuque.

Quand la douleur ne diminue point, ou peu; ou, si aprs avoir diminu,
elle revient aussi violente que la premiere, surtout si elle revient
dans le mme endroit, & si la violence des autres symptmes dure, il
faut ritrer la saigne; mais si la diminution du point subsiste, s'il
ne revient que foiblement, de tems en tems, ou dans les parties dont je
viens de parler; si la frquence ou la duret du pouls & tous les autres
symptmes ont diminu, on peut quelquefois s'en passer. Il est cependant
plus prudent, dans un sujet fort & robuste, de la faire; elle ne peut
point faire de mal, & on court de grands risques en l'omettant. Dans les
cas graves, on la ritere frquemment,  moins qu'on ne trouve quelque
obstacle dans la constitution du malade, ou dans son ge, ou dans
quelques autres circonstances. Si ds le commencement, le pouls n'est
que peu frquent & peu dur, s'il n'est pas extrmement fort, si le mal
de tte & le point sont supportables, si la toux n'est pas trop
violente, & si le malade crache, on peut se passer de la saigne.
L'usage des autres remedes est prcisment le mme que dans le chapitre
prcdent, qu'il faut consulter depuis . 50 jusqu'au . 62.

. 91. Quand le mal n'est pas fort grave, j'ai guri souvent en peu de
jours par une seule saigne & une grande quantit d'infusion de fleurs
de sureau prpare comme du th,  laquelle on ajoutoit du miel. C'est
dans des cas de cette espece qu'on a vu russir quelquefois le faltran,
ou les vulneraires de Suisse infuss comme du th dans de l'eau, avec du
miel & mme de l'huile; mais la boisson prcdente que j'indique est
fort  prferer. La boisson qu'on fait avec parties gales d'eau & de
vin, &  laquelle on ajoute beaucoup de thriaque, du poivre, de la
canelle &c. tue toutes les annes plusieurs paysans.

. 92. Dans les pleursies seches, dans lesquelles le point, la fievre,
le mal de tte sont trs forts, le pouls trs dur, trs plein, avec une
secheresse prodigieuse de la peau, & de la langue; il faut faire les
saignes trs prs les unes des autres. Elles emportent souvent la
maladie sans aucune autre vacuation.

. 93. La pleursie se termine, tout comme l'inflammation plus profonde,
par quelque vacuation, par un abcs, par la gangrene, ou par un
endurcissement; & elle laisse trs frquemment des adhrences.

La gangrene se manifeste quelquefois ds le troisieme jour, sans avoir
t prcde par de grandes douleurs. Le cadavre, dans ce cas, noircit
souvent beaucoup, surtout dans le voisinage du mal; & le peuple
superstitieux attribue la maladie  quelque cause surnaturelle, ou en
tire quelque prsage facheux pour les restans. Ce cas est un effet tout
naturel, tout simple, & ne peut pas tre autrement. Le traitement chaud
produit ordinairement ce malheur. Je l'ai vu chez un homme  la fleur de
l'ge, qui avoit pris de la thriaque avec de l'eau de cerise, & du
faltran au vin.

. 94. Il se forme des vomiques, mais leur situation leur donne plus de
facilit  s'ouvrir en dehors, & de l rsulte plus souvent l'empyeme,
. 79. Pour prvenir cet accident, il est trs bien de placer, ds le
commencement de la maladie,  l'endroit le plus douloureux, une petite
empltre, qui tienne exactement, parceque si la pleursie dgnere en
abcs, l'amas du pus se fera de ce ct-l.

Lors donc que l'on connotra qu'il se forme un abcs, (voyez . 63) on
rongera, par un caustique leger, l'endroit qu'on aura marqu, & ds
qu'il sera ouvert, on aura soin d'y entretenir la suppuration. On peut
alors avoir un espoir fond, que l'amas du pus prendra son cours par cet
endroit o il trouvera moins de resistance, & qu'il sortira; car l'amas
de matiere s'arrte souvent entre la pleure, & les parties qui y sont
adhrentes.

Il n'y a  dire, de l'endurcissement ou squirrhe & de l'adhrence, que
ce que j'en ai dit . 81, 82.

. 95. L'on remarque que quelques personnes, qui ont eu une attaque de
cette maladie, ont souvent des rechtes, surtout les ivrognes. J'en ai
vu un qui les comptoit par douzaines. Quelques saignes, de tems en
tems, pourroient prvenir ces retours frquens, qui, joints 
l'ivrognerie, les rendent languissans & stupides  la fleur de l'ge.
Ils tombent dans une espece d'asthme, & de-l dans l'hydropisie; triste
fin, digne de leur vie. Ceux qui peuvent s'astreindre  quelques soins,
peuvent aussi les prvenir sans saignes, par un regime raffraichissant,
en se privant de tems en tems de viande & de vin; en buvant du petit
lait, ou d'une des boissons N. 1, 2, 4, & en prenant quelques bains de
pied tiedes, surtout dans les saisons dans lesquelles ces maux ont
accoutum de revenir.

. 96. Il y a des remedes trs usits dans cette maladie parmi le
paysan, & vants par quelques Medecins; le sang de bouquetin, & la suie
dans un oeuf[11]. Je ne nie point, que bien des gens n'aient t gueris
aprs l'usage de ces remedes; mais il n'en est pas moins vrai, qu'ils
sont dangereux; ainsi il est prudent de ne jamais les employer,
puisqu'il y a beaucoup de probabilit qu'ils feront un peu de mal, & une
certitude qu'ils ne peuvent point faire de bien. On doit penser de mme
du genipi, ou absinthe des Alpes, qui s'est aussi acquis beaucoup de
rputation. Il est ais d'en dterminer l'usage. Le genipi, est
puissamment amer; il chauffe & fait suer. L'on ne doit donc jamais
l'employer dans une pleursie, tant que les vaisseaux sont pleins, le
pouls dur, la fievre forte, le sang enflamm. Dans tous ces cas il
augmenteroit le mal; mais sur la fin de la maladie, quand les vaisseaux
sont dsemplis, le sang dlay, la fievre diminue, alors on peut s'en
servir, en se souvenant toujours qu'il est chaud, & qu'il faut
l'employer sobrement.

  [11] Les fientes ou excrmens de cheval, de mulet, de poule, de coq.
    Le poivre & les autres pices & aromates dans de l'eau ou du vin.




CHAPITRE VI.

_Des maux de gorge, ou Esquinancies._


. 97. La gorge est sujette  plusieurs maladies. L'une des plus
frquentes & des plus dangereuses, c'est l'inflammation, qu'on appelle
ordinairement Esquinancie; qui est la mme maladie, que l'inflammation
de poitrine; mais dans une partie diffrente; ce qui fait que les
symptomes sont fort diffrens. Ils varient mme suivant les diffrentes
parties de la gorge qui sont enflammes.

. 98. Les symptomes gnraux de l'inflammation  la gorge sont, le
frisson, la chaleur, la fievre, le mal de tte, les urines rouges, la
difficult, & quelquefois l'impossibilit d'avaler quoi que ce soit.
Mais si les parties les plus voisines de la glotte, c'est--dire, de
l'entre du canal de la respiration, sont attaques, il est trs
difficile de respirer. Le malade sent de l'angoisse, des suffocations;
le mal gagne quelquefois la glotte, la trache-artere, le poulmon, & la
maladie est promptement mortelle. L'inflammation des autres parties est
moins dangereuse, & elle l'est d'autant moins, que le mal est plus
extrieur. Quand l'inflammation est gnrale, & qu'elle occupe toutes
ces parties, & de plus, les amigdales, la luette, la base de la langue;
c'est une des maladies les plus dangereuses, & les plus horribles. Le
visage est enfl & enflamm; tout l'intrieur de la gorge l'est
galement; le malade n'avale quoi que ce soit; il respire avec une peine
& une angoisse, qui, jointes  l'engorgement du cerveau, le jettent dans
une espece de dlire furieux; la langue enfle & sort de la bouche; les
narines sont dilates pour respirer; tout le col, jusques au-dessus de
la poitrine, est d'un gonflement prodigieux; le pouls est frquent &
trs foible, & souvent intermittent; le malade n'a point de forces, &
meurt ordinairement le second ou le troisieme jour.

. 99. Quelquefois le mal quitte les parties intrieures, & se jette 
l'extrieur; la peau du col & de la poitrine rougit & devient
douloureuse, & le malade se sent mieux. D'autres fois le mal quitte la
gorge, mais c'est pour se porter au cerveau, ou sur le poulmon. L'un &
l'autre de ces deux derniers cas sont mortels, quand on n'a pas
sur-le-champ de trs bons secours, qui sont mme trs souvent inutiles.

. 100. L'espece la plus frquente est celle qui attaque les amigdales &
la luette. Le mal commence ordinairement par une des amigdales, qui
devient grosse, rouge, douloureuse, & ne permet d'avaler qu'avec une
trs grande peine. Quelquefois le mal se borne  un seul ct; mais plus
ordinairement il passe  la luette, & de l,  l'autre amigdale. Si le
mal n'est pas grave, la premiere est ordinairement mieux, quand la
seconde est attaque. Lorsqu'elles le sont toutes deux ensemble, la
douleur & le malaise sont trs considrables, le malade ne peut avaler
qu'avec la plus grande peine; & la sensibilit est si grande, que j'ai
vu des femmes avoir des convulsions. L'on est mme quelquefois plusieurs
heures sans pouvoir rien prendre; tout le dessus de la bouche, le fonds
du palais, un peu de la base de la langue sont legerement rouges.
Plusieurs malades avalent le liquide plus difficilement que le solide,
parceque le liquide a besoin de plus d'action de la part des muscles
pour tre dirig. La salive est encore plus pnible que les autres
liquides; parcequ'elle est un peu visqueuse, & coule moins aisment.
Cette difficult  l'avaler, jointe  la quantit qu'il s'en forme,
produit ce crachement presque continuel, qui incommode beaucoup quelques
malades; d'autant plus que l'intrieur des joues, les cts & le bout de
la langue, & les levres s'corchent souvent. Cela les empche aussi de
dormir; mais ce n'est pas un mal; le sommeil est peu utile dans les
maladies fievreuses. J'ai vu souvent que ceux qui avoient cru leur gorge
presqu'entierement guerie le soir, y avoient trs mal aprs quelques
heures de sommeil.

La fievre, dans cette espece, est quelquefois trs forte, & le frisson
dure souvent plusieurs heures; il est suivi d'une chaleur considrable,
& d'un violent mal de tte, accompagn quelquefois d'assoupissement. Il
y a ordinairement assez de fievre le soir; mais quelquefois trs peu, &
mme point le matin.

Un leger commencement de mal de gorge prcede souvent le frisson; mais
plus ordinairement, il ne se manifeste qu'aprs, en mme tems que la
chaleur.

Le col est quelquefois un peu enfl, & plusieurs malades se plaignent
d'une douleur assez vive dans l'oreille, du ct le plus malade. J'ai
rarement vu qu'on en et dans les deux.

. 101. Ou l'inflammation se dissipe peu  peu, ou il se forme un abcs
dans la partie qui toit la plus attaque. Il n'est jamais arriv, au
moins je l'ignore, que cette espece bien conduite se termint par la
gangrene, ou par le durcissement; mais j'ai t tmoin, que l'un &
l'autre arrivent, quand on veut forcer les sueurs dans le commencement
par des remedes chauds.

Il est aussi trs rare qu'il se fasse ces transports facheux sur le
poulmon, comme dans l'espece des . 98, 99. Il est vrai qu'il n'arrive
pas frquemment non plus que le mal se jette au-dehors, comme dans la
mme espece.

. 102. Le traitement de l'esquinancie est, aussi bien que celui de
toutes les autres maladies inflammatoires, le mme que celui de
l'inflammation de poitrine.

L'on met d'abord au regime . 29; & dans l'espece (. 98) il faut faire
quatre ou cinq saignes dans peu d'heures, & quelquefois on est oblig
d'y revenir. Quand elle est au degr le plus considrable, tous les
remedes sont le plus souvent inutiles; mais il faut les tenter. L'on
doit donner autant qu'il est possible, des boissons N. 2 & 4. Mais
comme souvent la quantit qu'ils en peuvent avaler, est trs petite, il
faut donner des lavemens N. 5, de trois en trois heures, & mettre trois
fois par jour, pendant une demi heure, les jambes dans l'eau tiede.

. 103. Les ventouses scarifies, appliques autour du col, aprs deux
ou trois saignes, sont souvent extrmement utiles. Dans des cas presque
dsesprs, quand le col est extrmement gonfl, une ou deux incisions
profondes, faites avec un rasoir, sur cette enflure extrieure, ont
sauv le malade.

. 104. Dans l'espece (. 100) il faut trs souvent en venir  la
saigne; & il ne faut jamais l'omettre quand on trouve le pouls dur &
plein. Il est trs important de la faire d'abord; c'est le seul moyen de
prvenir l'abcs, qui se forme avec une grande facilit, si l'on la
diffre seulement de quelques heures. Quelquefois il faut la riterer.
Il est rarement ncessaire d'en faire trois.

Souvent le mal est assez leger pour pouvoir gurir sans saignes,
moyennant beaucoup de menagement; mais ceux qui ne sont ni matres de
leurs tems, ni en situation d'tre soigns, doivent, sans hsiter, faire
d'abord une saigne, qui emporte souvent le mal; surtout, si aprs
l'avoir faite, le malade boit beaucoup d'infusion N. 2.

Il suffit, dans cette espece, de prendre un bain de jambes, & un
lavement par jour. On prend l'un le matin, & l'autre le soir. Outre les
remedes gnraux de l'inflammation, on en applique de particuliers sur
le mal, dans l'une & l'autre espece. Les meilleurs sont, 1. des
cataplasmes molliens N. 9. sur tout le col. L'on vante beaucoup le
cataplasme de nid d'hirondelles. Je ne le blme pas; mais il est
certainement moins efficace que tous ceux que j'indique. 2. Des
gargarismes N. 19. L'on peut en faire plusieurs, qui ont -peu-prs les
mmes proprits, & la mme efficace. Ceux que j'indique, sont ceux qui
m'ont le mieux russi; & ils sont trs simples. 3. La vapeur de l'eau
chaude, comme dans le . 52; l'on doit riterer la vapeur, cinq ou six
fois jour; avoir toujours un cataplasme, & se gargariser trs souvent.

Il y a des personnes, sans parler des enfans, qui ne savent pas se
gargariser; la douleur rend mme la chose difficile. Alors, au lieu de
gargarismes, on peut injecter la mme liqueur N. 19, avec une petite
seringue. L'injection va bien plus avant que le gargarisme, & elle fait
souvent cracher une quantit considrable de matieres glaireuses,
paissies au fond de la gorge; ce qui soulage sensiblement le malade. Il
faut les ritrer souvent. L'on peut commodment employer  cet usage,
une de ces petites seringues de sureau, que tous les enfans de village
savent faire.

. 105. Quand le mal peut se guerir sans suppuration, la fievre, le mal
de tte, la chaleur dans la gorge, la douleur en avalant, commencent 
diminuer ds le quatrieme jour; quelquefois dja le troisieme, souvent
seulement le cinquieme, & cette diminution augmente  grands pas; & au
bout de deux, trois ou quatre jours, le malade est trs bien. Il y en a
cependant quelques-uns, qui conservent une trs legere douleur,
seulement d'un ct, pendant quatre ou cinq jours, mais sans fievre, &
sans mal-aise.

. 106. Quelquefois la fievre, & ses accidens diminuent aprs la saigne
& les autres remedes, sans qu'il survienne d'amandement dans la gorge,
ni de signes de suppuration. Dans ces cas, il faut insister
principalement sur les gargarismes & les vapeurs . 104; & si l'on peut
avoir un Chirurgien un peu adroit, il faut qu'il fasse une scarification
sur les amigdales malades. Il en sort une certaine quantit de sang, &
ce remede soulage trs promptement presque tous ceux qui l'emploient.

. 107. Si l'inflammation ne se rsout pas, mais qu'il se forme un
abcs, ce qui arrive presque toujours si l'on a nglig les commencemens
du mal; alors les accidens de la fievre continuent, quoiqu'un peu moins
fortement aprs le quatrieme jour; la gorge reste rouge, mais cependant
d'un rouge un peu moins vif; l'on conserve une douleur, mais plus sourde
& accompagne quelquefois de pulsations; d'autres fois il n'y en a
point, ce dont il est bon d'tre averti; le pouls devient ordinairement
un peu plus mol, & le cinquieme ou le sixieme jour, quelquefois plutt,
l'abcs est prt  s'ouvrir. On le connot par une petite tumeur blanche
& molle, quand on ouvre la bouche, qui paroit ordinairement au centre de
l'inflammation. L'abcs se creve de lui-mme, ou s'il ne s'ouvre pas, il
faut l'ouvrir; ce qu'on fait en assujettissant fortement une lancette au
bout d'un petit bton, & l'enveloppant toute, except la pointe de la
longueur d'un quart ou d'un tiers de pouce, avec un linge doux. L'on
perce l'abcs avec la pointe de cette lancette. Au moment o l'abcs
s'ouvre, la bouche est inonde d'un pus d'un gout & d'une odeur
insoutenables. Il faut se gargariser avec le gargarisme dtersif N. 19.
L'on est quelquefois surpris de la quantit de pus qui sort de l'abcs.
Il ne s'en forme ordinairement qu'un: j'en ai cependant vu quelquefois
deux.

. 108. Il arrive, & ce cas n'est mme pas rare, que le pus ne s'amasse
pas prcisment dans l'endroit o paroissoit la forte inflammation, mais
dans quelque partie plus cache; de faon que la facilit d'avaler
revient presqu'entierement, la fievre diminue, le malade dort. L'on se
persuade que l'on est gueri, & qu'il ne reste que les incommodits de la
convalescence. Quand on n'est pas Medecin ou Chirurgien, il est ais de
s'y tromper. Voici les signes qui peuvent faire juger qu'il y a un
abcs. Une inquitude, & un mal-aise gnral, une douleur dans toute la
bouche, quelques frissons de tems en tems, souvent des chaleurs vives &
passageres, un pouls assez mou sans tre naturel, un sentiment
d'paisseur & de pesanteur dans la langue, de petits boutons blancs sur
les gencives, sur l'intrieur des joues, sur l'intrieur & l'extrieur
des levres, un gout & une odeur dsagrables.

. 109. Dans ces cas, il faut tenir souvent dans la bouche du lait, ou
de l'eau, tiedes; recevoir la vapeur d'eau chaude, mettre autour du col
des molliens; tous ces secours disposent l'abcs  s'ouvrir. Il faut
aussi chercher avec le doigt l'endroit o il est; & alors le Chirurgien
peut aisment l'ouvrir. Il m'est arriv une fois qu'il s'en pera un
sous mon doigt, sans que je fisse aucun effort pour cela. On peut
injecter de l'eau tiede par la bouche, ou par les narines, un peu
fortement; cela occasionne quelquefois une espece de toux, ou des
efforts qui le font ouvrir. J'en ai vu s'ouvrir en riant. L'on ne doit
au reste point tre inquiet de l'venement. Je ne sache point d'exemple,
qu'on soit mort d'une esquinancie, ds que la suppuration est forme, ni
peut-tre mme, ds qu'elle a commenc  se former.

. 110. Les glaires, dont la gorge est remplie, & l'inflammation mme de
cette partie, qui, en irritant, produit le mme effet que quand on porte
le doigt, ou quelqu'autre corps, au fond de la gorge, font que le malade
se plaint d'envies continuelles de vomir. Il faut tre sur ses gardes, &
ne pas croire que ce mal de coeur vienne d'embarras d'estomac, & exige
un mtique. Ce seroit une grande faute, souvent, que d'en donner un; il
peut, quand l'inflammation est forte, la rendre mortelle; ou l'on est
oblig de faire une saigne pendant qu'il agit, pour diminuer sa
violence; & cette imprudence laisse souvent le malade, lors mme qu'il
guerit, dans un tat de langueur pendant long-tems. Il y a cependant
quelques maux de gorge avec fievre, dans lesquels on peut faire vomir;
mais c'est quand il n'y a point d'inflammation, ou quand on l'a
dissipe, & qu'il reste des matieres putrides dans les premieres voies.
J'en parlerai.

. 111. L'on voit souvent, dans ce pays, une maladie diffrente des maux
de gorge dont je viens de parler, mais qui, comme eux, fait qu'on avalle
difficilement. On l'appelle en franois les _oreillons_, & assez
gnralement, les _ourles_. C'est un engorgement des glandes qui servent
 former la salive, & surtout des deux grosses, qui sont entre l'oreille
& la machoire, qu'on appelle _parotides_, & des deux qui sont dessous la
machoire, qu'on appelle _maxillaires_: elles se gonflent
considrablement, & empchent non-seulement d'avaler, mais mme d'ouvrir
la bouche; parceque les mouvemens sont trs douloureux. Les enfans y
sont beaucoup plus exposs que les grandes personnes. Comme
ordinairement il n'y a pas de fievre, il ne faut point de remede. Il
suffit de tenir les parties malades  l'abri du grand air, & d'y
appliquer, si l'on veut, quelque cataplasme; de diminuer beaucoup la
quantit de ses alimens, de se priver de viande & de vin, & de faire un
usage abondant de quelque liqueur chaude, qui dlaie les humeurs &
rtablisse la transpiration. Je me gueris de ce mal, il y a sept ans, en
ne buvant, pendant quatre jours, que du th de melisse, auquel je
joignis un quart de lait, & trs peu de pain. Le mme regime m'a gueri
souvent de legers maux de gorge.

. 112. Il y a eu ici, ce printems, une quantit tonnante de maux de
gorge, de deux especes. Les uns, dont je ne dirai rien, toient des maux
de gorge ordinaires, tels que je les ai dcrits. Sans avoir rien de
particulier, ils ont t frquens parmi les adultes, & ont trs bien
gueri par la mthode que j'ai propose. Les autres, dont je dirai
quelque chose, parceque je sais qu'ils ont regn dans quelques villages,
& qu'ils y ont fait du ravage, attaquoient aussi les adultes, mais
surtout les enfans, depuis l'ge d'un an, mme au dessous, jusques 
douze ou treize.

Les premiers symptomes toient, comme dans les maux ordinaires, le
frisson, la chaleur, l'abbattement, le mal de tte, le mal de gorge:
mais ce qui les distinguoit; c'est 1. que, souvent les malades avoient
de la toux, & un peu d'oppression. 2. Le pouls toit plus vite, mais
moins dur & moins fort, qu'il ne l'est ordinairement dans les maux de
gorge. 3. Ils avoient une chaleur acre, seche, & une grande inquitude.
4. Ils crachoient moins qu'on ne crache ordinairement dans le mal de
gorge, & avoient la langue trs seche. 5. Quoiqu'ils eussent de la peine
 avaler, cependant ce n'est pas ce qui les incommodoit le plus, & ils
pouvoient boire suffisamment. 6. Le gonflement & la rougeur des
amigdales, de la luette, & du fond du palais, n'tant que peu
considrables, mais les glandes parotides & maxillaires, & surtout les
premieres, tant extrmement gonfles, & enflammes, la douleur dont ils
se plaignoient le plus, toit cette douleur extrieure. 7. Quand le mal
toit grave, tout le col se gonfloit; & quelquefois mme les vaisseaux
qui rapportent le sang du cerveau tant gns, les malades avoient de
l'assoupissement & du dlire. 8. Les redoublemens de la fievre toient
assez irreguliers. 9. Les urines n'toient pas aussi enflammes que dans
les autres maux de gorge. 10. La saigne & les autres remedes ne les
soulageoient pas aussi promptement, & le mal toit plus long. 11. Il ne
venoit pas  suppuration, comme les autres especes, mais quelquefois les
amigdales s'ulceroient. 12. Presque tous les enfans, & un trs grand
nombre d'adultes poussoient, ou ds le premier jour, ou seulement les
jours suivans, jusques au sixieme, une bullition, qui, chez
quelques-uns, ressembloit assez  la rougeole; mais d'une couleur moins
vive, & sans aucune levation. Elle commenoit au visage, au bras, de-l
aux jambes, aux cuisses, au corps, & se retiroit peu--peu, au bout de
deux ou trois jours, dans le mme ordre qu'elle avoit observ en
poussant. D'autres, en trs petit nombre (je n'en ai vu que cinq),
prouvoient tous des accidens plus graves avant l'ruption, & poussoient
le vrai pourpre ou milliaire blanc. 13. Quand ces bullitions avoient
pouss, ils se trouvoient ordinairement mieux. La derniere duroit
quatre, cinq, ou six jours, & se terminoit souvent par des sueurs. Ceux
qui ne les ont pas eues, & c'est le cas de plusieurs adultes, n'ont pu
se guerir que par des sueurs abondantes sur la fin: car au commencement
elles toient inutiles, & mme nuisibles. 14. J'ai vu quelques
personnes, chez lesquelles le mal de gorge s'est dissip entierement,
sans qu'il et rien pouss, & sans suer; mais qui restoient dans une
inquitude & dans une angoisse trs fortes, avec un pouls vite & petit.
Je leur ordonnois une boisson sudorifique: alors l'ruption, ou les
sueurs venant, elles se trouvoient bien. 15. Soit qu'elles aient eu
l'bullition ou qu'ils ne l'aient pas eue, tous ont perdu la premiere
peau par grandes cailles, dans tout le corps; tant ce venin, qui devoit
s'vacuer par la peau, avoit d'cret. 16. Un grand nombre prouvoient
un changement singulier dans la voix, diffrent de celui des maux de
gorge ordinaires; l'intrieur des narines toit extrmement sec. L'on a
eu plus de peine  se remettre qu'aprs les maux de gorge ordinaires; &
si l'on se ngligeoit dans la convalescence, surtout si l'on s'exposoit
trop tt au froid, il survenoit une rechte, ou diffrens accidens, tels
que de l'oppression, un gonflement de ventre, diffrentes enflures, de
la langueur, du dgout, des coulemens derriere les oreilles, de la
toux, de l'enrouere. 17. J'ai t appell pour des enfans, & mme
quelques jeunes gens, qui, au bout de quelques semaines toient tombs
dans une enflure gnrale de tout le corps, avec une forte oppression, &
une diminution considrable dans les urines, qui toient rouges &
troubles; ils toient aussi dans un tat singulier d'indiffrence pour
tout. Je les ai tous gueris avec des vesicatoires, & la poudre N. 24.
Ce remede commenoit par les faire vomir; il survenoit ensuite des
urines, & surtout des sueurs abondantes, qui les guerissoient. Deux
seuls, d'un mauvais temperamment, & un peu rachitiques ou nous, aprs
avoir t rtablis pendant quelques jours, sont retombs, & ont pri.

. 113. Chez les adultes, j'ai employ la saigne, & les rafraichissans,
tant qu'il y avoit inflammation; ensuite il falloit vacuer les
premieres voies, & aprs cela faire suer doucement. Les poudres N. 24
ont souvent produit, avec grand succs, l'un & l'autre effet. Dans
d'autres cas, j'ai employ l'ipcacuana N. 34. Dans quelques sujets, il
n'y avoit pas de symptomes inflammatoires, & le mal dpendoit uniquement
d'embarras putrides dans les premieres voies; quelques malades mme
rendoient des vers: alors je n'ai point fait de saignes; mais le remede
vomitif produisoit, dans le commencement, un excellent effet, & tous les
symptomes diminuoient sensiblement; la sueur survenoit naturellement, &
le malade guerissoit au bout de quelques jours. Il y a eu quelques
endroits, dans lesquels il n'y avoit aucun caractere d'inflammation, &
o il ne falloit aucune saigne; celles qu'on faisoit russissoient mal.
Je n'ai point fait saigner d'enfans. Les vesicatoires, aprs
l'vacuation des premieres voies, & beaucoup de dlayans, toient leurs
remedes. Une simple infusion de sureau & de tilleul a fait beaucoup de
bien  ceux qui en ont b abondamment. Je sais qu'il est mort, dans
quelques villages, un grand nombre de malades, avec une enflure de col
prodigieuse. Il en est aussi mort quelques uns en ville; entr'autres une
fille de vingt ans, qui n'avoit pris que des sudorifiques chauds, & du
vin rouge, & qui mourut ds le quatrieme jour, avec des suffocations
violentes, & perdant beaucoup de sang par le nez. Du grand nombre que
j'ai v, il n'en est mort que deux. L'un toit une petite fille de dix
mois; elle avoit eu l'bullition qui rentra tout--coup. Ce fut alors
qu'on m'appella. Il s'toit fait un dpt sur la poitrine; rien ne put
la sauver. L'autre toit un garon robuste, de dix-sept  dix-huit ans,
chez lequel la maladie s'annona d'abord assez violemment. Elle se calma
cependant; & la fievre tant presque entierement finie, les sueurs qui
commenoient  venir, l'auroient gueri; mais il ne voulut jamais les
soutenir, & se mettoit  chaque instant nud. Il se fit tout--coup un
dpt sur le poulmon, qui l'emporta trente heures aprs. Je n'ai jamais
vu mourir avec une peau aussi seche. Le vomitif chez lui n'avoit fait
que peu d'effet, & avoit procur une diarrhe. Sa mauvaise faon de se
conduire paroit avoir t la cause de sa mort. C'est un exemple.

. 114. Je me suis tendu sur cette maladie, parcequ'il pourroit arriver
qu'elle se rpandt dans d'autres endroits[12]; & il est utile qu'on
soit prvenu de ses caracteres, & du traitement, qui a autant de rapport
avec celui des fievres putrides, dont je parlerai plus bas, qu'avec
celui des maladies inflammatoires, dont j'ai parl. Dans quelques
personnes, le mal de gorge a t un symptome de fievre putride, plutt
que la maladie principale.

  [12] Cette description convient  la maladie connue en France & en
    Angleterre, o elle a t pidmique, sous le nom de mal de gorge
    malin, ulcer ou gangreneux: Huxham qui l'a si bien dcrite, la
    regarde comme une fievre maligne & pestilentielle.

. 115. Les maux de gorge sont, pour bien des personnes, une maladie
habituelle, qui revient toutes les annes, & mme plus souvent. On les
prvient par les mmes moyens que j'ai indiqus . 95, pour prvenir les
pleursies habituelles[13].

  [13] Et en garantissant du froid le cou & la tte pendant le jour &
    surtout la nuit.




CHAPITRE VII.

_Des Rhumes._


. 116. Il regne plusieurs prjugs sur les rhumes, qui tous peuvent
avoir des consquences facheuses. Le premier c'est qu'un rhume n'est
jamais dangereux. Cette erreur cote tous les jours la vie  plusieurs
personnes. Je m'en suis dja plaint il y a sept ans; & j'ai vu ds-lors
une foule de nouveaux exemples, qui n'ont que trop justifi mes
plaintes. L'on ne meurt effectivement pas d'un rhume, tant qu'il n'est
que rhume; mais quand on le nglige, il jette dans des maladies de
poitrine, qui tuent. _Les rhumes emportent plus de gens que la peste_,
rpondit un trs habile Medecin, qui avoit beaucoup vu,  un de ses amis
qui lui disoit, je me porte bien, je n'ai qu'un rhume. Un second
prjug, c'est que les rhumes ne veulent point de remedes, & que plus on
en fait, plus ils durent. Cela peut tre vrai, vu la mauvaise faon dont
on les traite; mais c'est un principe faux en soi. Les rhumes ont leurs
remedes tout comme les autres maux, & se guerissent avec plus ou moins
de facilit, suivant qu'ils sont mieux ou moins bien conduits.

. 117. Une troisieme erreur; c'est que, non-seulement on ne les regarde
pas comme dangereux, mais on les croit mme salutaires. Il vaut mieux,
sans doute, avoir un rhume, qu'une maladie plus facheuse; mais il
vaudroit beaucoup mieux n'en avoir aucune. Tout ce qu'on peut
raisonnablement dire; c'est que quand une transpiration arrte devient
cause de maladie, il est heureux qu'elle produise un rhume, plutt que
quelque maladie trs grave, comme il arrive souvent; mais il seroit 
prfrer, que ni la cause, ni l'effet, n'eussent exist. Un rhume prouve
toujours un drangement dans les fonctions de notre corps, une cause de
maladie; il est une maladie relle, qui, quand elle est violente, porte
une atteinte sensible  toute la machine. Les rhumes affoiblissent
considrablement la poitrine; & la sant en est tt ou tard altre. Les
personnes souvent enrhumes, ne sont jamais robustes, & tombent souvent
dans la langueur. Et la facilit  s'enrhumer est une preuve de la
facilit avec laquelle la transpiration se drange, & le poulmon
s'engorge, ce qui est toujours dangereux.

. 118. L'on conviendra de la fausset de ces prjugs, en examinant la
nature des rhumes, qui ne sont autre chose que les maladies que je viens
de dcrire, mais dans un degr fort leger.

Un rhume est vritablement presque toujours, une maladie inflammatoire;
c'est une legere inflammation du poulmon, ou de la gorge, ou d'une
membrane qui garnit intrieurement les narines & l'intrieur de quelques
cavits qui se trouvent dans les os de la joue & du front; cavits, qui
toutes communiquent avec le nez; de faon que quand l'inflammation a
attaqu une partie de cette membrane, elle se communique aisment aux
autres.

. 119. Il est presque inutile de dcrire les symptomes du rhume; il
suffira de faire remarquer 1. que la principale cause des rhumes est la
mme que celle qui produit le plus ordinairement les maladies dont j'ai
parl; c'est--dire, la transpiration arrte. 2. Que quand ces maladies
regnent, il y a en mme-tems beaucoup de rhumes. 3. Que les symptmes
qui annoncent un rhume violent, ressemblent beaucoup  ceux qui
prcedent ces maladies. L'on a rarement de gros rhumes sans frisson &
sans fievre, quelquefois mme elle dure plusieurs jours. L'on tousse, la
toux reste seche pendant quelque tems, ensuite il vient des crachats qui
diminuent la toux, & l'oppression. C'est alors qu'on peut dire que le
rhume est mr. L'on a souvent de legers points, mais passagers, & un peu
de mal de gorge. Quand les narines sont le siege du mal, ce qu'on
appelle fort mal  propos rhume de cerveau, on a souvent un mal de tte
trs violent. Le mal de tte dpend souvent de l'irritation de la
membrane qui tapisse les cavits de l'os du front, ou _Sinus
maxillaires_. L'on ne mouche, dans les commencemens, qu'une eau fort
claire, & fort cre; ensuite,  mesure que l'inflammation diminue, elle
s'paissit, & l'on mouche une matiere semblable  celle qu'on crache.
L'on perd ordinairement l'odorat, le gout, l'appetit.

. 120. Les rhumes n'ont point de dure fixe. Ceux de cerveau durent
ordinairement trs peu de jours; ceux de poitrine sont plus longs. Il y
en a cependant beaucoup qui se dissipent au bout de quatre  cinq jours.
S'ils durent trop long tems, ils nuisent; 1. parceque la toux violente
drange toute la machine, & surtout qu'elle porte le sang  la tte. 2.
En privant du sommeil, qui est presque toujours diminu par un rhume. 3.
En tant l'appetit, & en troublant la digestion; ce qui affoiblit
ncessairement. 4. En affoiblissant le poulmon mme, par les secousses
continuelles qu'il reoit; de faon que, peu  peu, toutes les humeurs
s'y jettant, comme sur la partie la plus foible, il reste une toux
continuelle; il est toujours surcharg d'humeurs, qui, s'y paississant,
gnent la respiration, oppressent & donnent une fievre lente; le corps
ne se nourrit pas; le malade tombe dans la foiblesse, le dperissement,
l'insomnie, l'angoisse, & meurt souvent assez promptement.

. 121. Puisque le rhume est une maladie de la mme espece que les
esquinancies, les peripneumonies, les inflammations de poitrine; le
traitement doit tre de la mme espece. Si le rhume est fort, il faut
faire une saigne au bras, ce qui l'abrege beaucoup; & elle est
convenable toutes les fois que le malade est sanguin, qu'il a une forte
toux, & un grand mal de tte. L'on doit faire un usage abondant des
ptisanes N. 1, 2, 4. Il est utile de prendre tous les soirs, des bains
de pied en se couchant. En un mot, si l'_on met le malade au rgime_ .
29, on le guerit trs promptement.

. 122. Mais souvent le mal est si leger, qu'on ne croit pas devoir y
faire des remedes; & sans remede, on guerit aisment, en se privant
pendant quelques jours de viande, d'oeufs, de bouillon, de vin, de tout
ce qui est acre, gras ou pesant; en vivant de pain, de legume, & d'eau,
& surtout en soupant peu ou point, & en buvant, si l'on est altr, une
simple ptisane d'orge, ou une infusion de sureau,  laquelle on peut
joindre un quart ou un tiers de lait. Les bains de pied, & la poudre N.
20, contribuent  faire dormir. L'on peut aussi, sans danger, prendre
quelques tasses d'infusion de fleurs de coquelicot ou pavot rouge, faite
comme du th.

Quand il n'y a plus de fievre, de chaleur, d'inflammation; que le malade
a t  la diete pendant quelques jours, & qu'il s'est bien dlay; si
la toux & l'insomnie continuent, on peut donner le soir une pilule de
stirax, ou une prise de thriaque, avec un peu d'infusion de fleurs de
sureau, en sortant d'un bain de pied; alors ces remedes, en calmant la
toux, & en rtablissant la transpiration, guerissent souvent dans une
nuit: mais j'en ai vu de mauvais effets, quand on les donnoit trop tt,
& il faut toujours, quand on les prend, n'avoir que trs peu soup, &
que le soup soit digr.

. 123. Il y a un trs grand nombre de remedes vants pour les rhumes,
des ptisanes de pommes, de reglisse, de figues, de raisins secs, de
bourache, de lierre terrestre, de veronique, d'hysope, d'orties. Je ne
veux rien leur ter de leur prix: elles peuvent toutes avoir t utiles;
& ceux qui en ont v russir une dans un cas, la croient la plus
excellente de toutes. C'est une erreur. Ce n'est point sur un seul cas
qu'on doit dcider; c'est  ceux qui en voient journellement un grand
nombre, & qui observent attentivement l'effet des diffrens remedes, 
juger de ceux qui conviennent le plus gnralement; & ce sont ceux que
j'ai indiqus. Je sais qu'un th de queues de cerises, qui est une
boisson assez agrable, a guri un rhume fort invtr.

Dans les rhumes de cerveau, la vapeur de l'eau chaude toute simple, ou
dans laquelle on a mis des fleurs de sureau, ou quelques autres herbes
un peu aromatiques, procurent ordinairement un soulagement trs prompt.
Elle fait aussi du bien dans les rhumes de poitrine (_voyez_ . 52).
L'on toit fort en usage d'employer le blanc de baleine; mais c'est une
huile trs indigeste; & les huiles ne conviennent que trs rarement dans
les rhumes. D'ailleurs le blanc de baleine est presque toujours rance;
ainsi il vaut mieux le bannir.

. 124. Ceux qui ne diminuent point la quantit des alimens, & qui
boivent de grandes quantits d'eau chaude, ruinent leur sant. Ils ne
font plus de digestion, la toux devient stomachale sans cesser d'tre
pectorale; & ils courent risque de tomber dans l'tat dcrit . 120, N.
4. Les eaux-de-vie brles, les vins aromatiss, font les plus grands
maux pris dans les commencemens, & l'on feroit mieux de n'en jamais
prendre. Si l'on en a vu quelques bons effets, ce n'est que sur la fin,
quand la maladie toit entretenue uniquement par la foiblesse des
organes. Dans ce cas, il faut quitter les relachans, prendre tous les
jours quelques prises de la poudre N. 14, avec un peu de vin, & si les
humeurs paroissoient se jetter trop sur le poulmon, appliquer des
vesicatoires aux gras des jambes.

. 125. Les liqueurs conviennent si peu, que souvent une trs petite
quantit ranime un rhume qui finissoit. Il y a mme des personnes qui
n'en boivent jamais sans s'enrhumer, & cela n'est point tonnant. Elles
occasionnent une trs legere inflammation de poitrine, qui est un rhume.
Il ne faut pas, dans cette maladie, s'exposer sans ncessit  un grand
froid; mais il faut galement se garder de trop de chaleur. Ceux qui
s'enferment dans des chambres fort chaudes, ne gurissent point: &
comment y gurir? ces chambres, indpendamment du danger qu'on court en
les quittant, enrhument comme les liqueurs, en produisant une legere
inflammation de poitrine.

. 126. Les personnes sujettes aux frquens rhumes, celles qu'on appelle
catharreuses, croient devoir se tenir fort au chaud. C'est une erreur
qui acheve de ruiner leur sant. Cette disposition vient de deux causes;
ou de ce que la transpiration se drange aisment, ou quelquefois de la
foiblesse d'estomac, ou de celle du poulmon, qui demandent des remedes
particuliers. Quand le mal vient de ce que la transpiration se drange
aisment, plus elles se tiennent au chaud, plus elles se font suer, &
plus le mal augmente. Cet air continuellement tiede, affoiblit tout le
corps, & sur-tout le poulmon; les humeurs s'y jettent toujours plus. La
peau sans cesse baigne par une petite sueur, se relche, s'amollit,
devient incapable de faire ses fonctions; la moindre chose arrte alors
toute transpiration, & il nat une foule de maux de langueurs. Ils
redoublent de prcaution pour se prserver de l'air froid, & tous leurs
soins sont autant de moyens efficaces pour rendre leur sant plus
foible; & cela d'autant plus surement, que la crainte de l'air
assujettit ncessairement  une vie sdentaire qui augmente tous leurs
maux, auxquels les boissons chaudes, dont ils font usage, mettent le
comble. Ils n'ont qu'un moyen de gurir; c'est de se familiariser avec
l'air, de fuir les chambres chaudes, de diminuer peu  peu leurs
vtemens, de coucher au froid, de ne rien manger & de ne rien boire qui
ne soit froid, les boissons mme  la glace leur sont salutaires; de
prendre beaucoup d'exercice; & enfin si le mal est invtr, de faire
usage pendant long-tems de la poudre N. 14, & des bains froids. Cette
mthode russit aussi trs bien pour ceux chez qui le mal dpend
primitivement d'une foiblesse d'estomac ou de poulmon, & au bout d'un
certain tems ces trois causes se runissent toujours.

. 127. L'on est plus en usage, il est vrai,  la ville qu' la
campagne, de tenir souvent  la bouche diffrentes tablettes, ptes, &c.
Je n'en exclus point l'usage; mais il n'y a rien d'aussi efficace que le
jus de rglisse, & moyennant qu'on le prenne  dose suffisante, il
procure un vrai soulagement. J'en ai pris moi-mme une once & demie dans
un jour, & j'en ressentis les bons effets d'une faon marque.




CHAPITRE VIII.

_Des maux de Dents._


. 128. Les maux de dents qui sont quelquefois si longs & si violens,
qu'ils occasionnent des insomnies opinitres, beaucoup de fievre, des
rveries, des inflammations, des abcs, des ulceres, des caries, des
convulsions, des syncopes, dpendent de trois causes principales. 1. De
la carie des dents. 2. De l'inflammation du nerf des dents, ou de la
membrane qui les enveloppe; ce qui entrane celle de la gencive. 3.
D'une humeur catharrale, froide, qui se jette sur ces parties.

. 129. Dans le premier cas, la carie ayant mis le nerf  nud, l'air,
les alimens, les boissons, l'humeur mme de la carie l'irritent, & cette
irritation produit des douleurs plus ou moins violentes. Quand la dent
est extrmement gte, il n'y a point de remede que de l'arracher, sans
quoi les douleurs continuent, l'haleine devient puante, la gencive se
perd, les autres dents, & souvent mme la machoire se carient:
d'ailleurs elle empche l'usage des dents voisines, qui se couvrent de
tartre, & prissent. Quand le mal est moins considrable, on peut
quelquefois en arrter les progrs en brlant la dent avec un fer chaud,
ou en la plombant si elle en est susceptible. L'on se sert aussi de
diffrentes liqueurs, & mme d'eau forte & d'esprit de vitriol; mais ces
remedes sont extrmement dangereux & doivent tre bannis. Si l'on craint
les oprations que je viens d'indiquer, on peut se servir d'essence de
grofle, dans laquelle on trempe un coton qu'on applique sur la carie;
ce qui soulage souvent pour assez longtems. L'on emploie aussi une
teinture d'opium applique de la mme faon. On peut mler ces deux
remedes ensemble  doses gales. J'ai russi plusieurs fois avec la
liqueur minrale anodine d'Hoffman; elle parot pendant quelques instans
augmenter la douleur; mais le soulagement vient ordinairement aprs
qu'on a crach quelquefois. Un gargarisme fait avec l'argentine bouillie
dans de l'eau, soulage souvent les douleurs qui viennent de carie, &
plusieurs personnes dans ce cas se sont bien trouves d'en faire un
usage habituel. Ce remede ne peut point nuire; il est mme utile pour
les gencives. D'autres se soulagent en frottant tout le visage avec du
miel.

. 130. La seconde cause, c'est l'inflammation du nerf dans l'intrieur,
ou de la membrane  l'extrieur de la dent; on la connot par le
tempramment, l'ge, le genre de vie du malade. Ceux qui sont jeunes,
sanguins, qui s'chauffent beaucoup, ou par le travail, ou par les
alimens & les boissons, ou par les veilles, ou par d'autres excs, ceux
qui toient accotums  quelques hmorragies, ou naturelles, ou
artificielles, & qui ne les ont plus, y sont trs exposs. La douleur
vient ordinairement promptement, & souvent aprs quelque cause
d'chauffement. Le pouls est fort & plein, le visage assez rouge, la
bouche extrmement chaude; l'on a souvent beaucoup de fievre & un
violent mal de tte, la gencive s'enflamme, se gonfle, & quelquefois il
s'y forme un abcs, d'autrefois il arrive que l'humeur se jette 
l'extrieur, la joue enfle & la douleur diminue. Quand la joue enfle,
mais sans que la douleur diminue, c'est alors une augmentation, & non
pas un changement de mal. Dans cette espece, il faut employer le
traitement des maladies inflammatoires, & recourir  la saigne, qui
ordinairement soulage sur-le-champ. Aprs la saigne, on emploie le
rgime rafrachissant, les bains de pied, les lavemens; on se gargarise
avec l'eau d'orge, l'eau & le lait; on applique sur la joue des
cataplasmes molliens. S'il survient un abcs, on le fait meurir en
tenant presque continuellement dans la bouche du lait chaud, ou des
figues cuites dans du lait; & ds qu'il parot mr, on le fait ouvrir,
ce qui est ais & point douloureux. Quelquefois le mal, quoiqu'il
dpende de cette cause, n'est pas si violent; mais il dure fort
long-tems, & revient ds qu'on s'est chauff, ds qu'on est au lit, ds
qu'on prend quelque mets chauffant, quelque liqueur, du vin, du caff.
Il faut dans ces cas faire une saigne, sans laquelle les autres remedes
sont inutiles, & prendre quelques soirs de suite des bains de pied
tiedes, & une prise de la poudre N. 20. La privation totale de vin &
celle de viande, surtout le soir, ont guri plusieurs personnes qui
avoient des maux de dents trs opinitres.

Tous les remedes chauds dans cette espece sont pernicieux, & souvent
l'opium, la thriaque, les pilules de styrax, bien loin de produire
l'effet qu'on en attend, ont empir les douleurs.

. 131. Quand le mal dpend d'une transpiration arrte, qui se jette
sur les mmes parties, le mal est ordinairement, quoiqu'aussi
douloureux, accompagn de symptmes moins violens. Le pouls n'est ni
fort, ni plein, ni frquent, la bouche est moins chaude, l'on enfle
moins. Dans ces cas il faut purger avec la poudre N. 21; ce qui gurit
quelquefois radicalement des maux trs invtrs. Ensuite on peut faire
usage de la ptisane des bois N. 71; elle a guri des maux de dents qui
avoient rsist  d'autres cures pendant plusieurs annes; mais elle
seroit pernicieuse dans l'autre espece. Les vesicatoires  la nuque ou
ailleurs, il n'importe trop o, ont fait souvent un trs bon effet, en
dtournant l'humeur & en rtablissant la transpiration. Enfin l'on peut
employer avec le plus grand succs dans cette espece, surtout aprs la
purgation, les pilules de styrax, l'opium, la thriaque. Les remedes
cres, comme le tabac ficel ou en corde, la racine de piretre en
faisant saliver, vacuent une partie de l'humeur qui cause la maladie &
diminuent la douleur. La fume de tabac gurit aussi quelquefois dans
cette espece, soit en faisant cracher, soit parcequ'elle a quelque chose
d'anodin qui participe des vertus de l'opium.

. 132. Comme cette cause est souvent l'effet d'une foiblesse d'estomac,
il arrive tous les jours qu'on voit des personnes dont le mal augmente 
mesure qu'elles prennent des rafrachissans. L'augmentation du mal fait
qu'elles doublent la dose du remede, & les douleurs croissent 
proportion. Il faut ncessairement quitter cette mthode, & employer les
remedes stomachiques & propres  rtablir la transpiration. La poudre
N. 14 a produit souvent d'excellens effets, quand je l'ai ordonne dans
ces cas, & elle ne manque jamais d'emporter trs promptement les maux de
dents, qui reviennent priodiquement  certains jours &  certaines
heures. J'ai guri quelques personnes en leur conseillant l'usage du
vin, dont elles ne buvoient point.

. 133. Outre les maux de dents qui dpendent des trois causes
principales que j'ai indiques, & qui sont les plus frquens: il y en a
de trs longs & de trs cruels, qui sont occasionns par une acret
gnrale de la masse du sang, & qui ne se gurissent que par les remedes
propres  corriger cette cret. Quand elle est de nature scorbutique,
le raifort sauvage, (la poivre), le cresson, le beccabunga, (la fava),
l'oseille, l'alleluya la dtruisent. Si elle est d'une nature
diffrente, elle demande d'autres remedes; mais le plan de cet ouvrage
ne permet point d'entrer dans ces dtails. Comme le mal est long, il
donne le tems d'aller consulter.

La goutte & le rhumatisme se jettent quelquefois sur les dents, &
occasionnent les douleurs les plus cruelles, qu'il faut traiter comme
les maladies dont elles dpendent.

. 134. L'on comprend par ce qu'on vient de dire, ce que c'est que cette
bisarrerie imaginaire qu'on attribue aux maux de dents, parcequ'un
remede qui a soulag l'un, ne soulage pas l'autre. Cela vient de ce que
ces remedes sont toujours ordonns sans connoissance de cause, qu'on ne
fait point attention  la nature du mal; qu'on traite une douleur de
carie, comme une douleur d'inflammation; celle-ci comme une douleur de
fluxion froide, & cette derniere comme une douleur cause par l'cret
scorbutique. Ainsi il n'est point tonnant que l'on choue. Les Mdecins
eux-mmes ne donnent peut-tre pas toujours assez d'attention  la
nature du mal, & lorsqu'ils la connoissent, ils se bornent trop  des
remedes foibles & incapables de produire l'effet ncessaire. Si le mal
est de nature inflammatoire, rien ne peut le soulager que la saigne.

Il en est des maux de dents comme de tous les autres, ils dpendent de
plusieurs causes, & si l'on ne combat pas cette cause par les remedes,
bien loin de gurir, l'on augmente le mal.

J'ai guri de violens maux de dents de la machoire infrieure, en
appliquant une empltre compose de farine, de blanc d'oeuf,
d'eau-de-vie & de mastic,  l'angle de cette machoire, dans l'endroit o
l'on sent battre l'artere. J'ai aussi soulag des maux de tte
extrmement violens, en appliquant la mme empltre sur l'artere des
tempes.




CHAPITRE IX.

_De l'Apoplexie._


. 135. Tout le monde connot l'apoplexie, qui est une perte subite de
tous les sens, & de tous les mouvemens volontaires, pendant laquelle le
pouls se conserve, & la respiration est gne. Je m'tendrai peu sur
cette maladie, qui n'est pas frquente dans les campagnes, & dont j'ai
parl fort au long dans une lettre  Monsieur de HALLER, qui vient de
parotre.

. 136. L'on en distingue ordinairement deux especes; l'apoplexie
sanguine, & l'apoplexie sreuse. Elles dpendent l'une & l'autre, de ce
que les vaisseaux du cerveau s'engorgent, & qu'alors ils empchent les
fonctions des nerfs. Toute la diffrence qu'il y a entre l'une &
l'autre, c'est que la premiere a lieu chez les personnes qui sont
fortes, robustes, qui ont un vrai sang, pesant, pais, inflammatoire, &
qui en ont beaucoup: c'est alors une vraie maladie inflammatoire.
L'autre attaque les personnes moins robustes, dont le sang est plus
aqueux, plutt visqueux que dense ou pais, dont les vaisseaux sont
lches, qui ont beaucoup d'humeurs.

. 137. Quand la premiere est  son plus haut degr; c'est ce qu'on
appelle coup de sang, ou apoplexie foudroyante, elle tue dans la minute.
Ce cas n'est pas susceptible de remede. Quand le mal est moins violent,
& qu'on trouve le malade avec un pouls fort, plein, lev, le visage
rouge, & enfl, le col gonfl, la respiration gne & bruyante, ne
sentant rien, n'ayant d'autre mouvement, que quelques efforts pour
vomir, il n'y en a mme pas toujours, il faut sur-le-champ, 1. dcouvrir
entierement la tte du malade, lui couvrir trs peu le reste du corps,
lui procurer un air trs frais, & lui desserrer entierement le col. 2.
Le mettre autant qu'il est possible; la tte haute & les pieds pendans.
3. Lui faire une saigne au bras, par une trs grosse ouverture, de
douze  seize onces, suivant la force avec laquelle le sang vient. On la
riterera jusques  trois & quatre fois, si les circonstances le
demandent, ou au bras ou au pied. 4. Donner un lavement avec la
dcoction des premieres herbes mollientes qui se prsenteront, quatre
cuilleres d'huile, & une cuillere de sel. On le riterera de trois en
trois heures. 5. S'il est possible, lui faire avaler beaucoup d'eau, sur
chaque pot de laquelle on auroit mis trois dragmes de nitre. 6. Ds que
la violence du pouls a diminu, que la respiration est moins
embarrasse, & le visage moins enflamm, il faut faire prendre la
dcoction N. 22; ou, si l'on ne pouvoit pas l'avoir  tems, trois
quarts d'once, ou une once de crme de tartre, & beaucoup de petit lait;
remede qui m'a trs bien russi dans un cas, o je n'en avois point
d'autre. 7. Eviter toute liqueur spiritueuse, vin, eaux distilles, soit
en boisson, en application, ou mme en senteur. L'on ne doit toucher,
irriter, remuer le malade, que le moins qu'il est possible; en un mot on
doit viter, tout ce qui peut agiter. Ce conseil est absolument
contraire aux usages communs; mais il est cependant fond en raison,
confirm par l'exprience, & absolument ncessaire. En effet tout le mal
vient de ce que le sang se porte en trop grande quantit, & avec trop de
force au cerveau, qui tant comprim empche tout mouvement des nerfs.
Pour rtablir ces mouvemens, il faut donc dbarrasser le cerveau, en
diminuant la force du sang; mais les liqueurs, les vins, les esprits,
les sels volatils, l'agitation, les frictions l'augmentent, & par-l
mme, elles augmentent l'embarras du cerveau & la maladie; au lieu que
tout ce qui calme la circulation, contribue  rappeller plutt le
mouvement. 8. On doit lier fortement les cuisses sous le jarret; par-l
on empche le sang de revenir des jambes, & il s'en porte moins  la
tte. Si le malade parot peu  peu, &  mesure qu'il prend des remedes,
passer dans un tat moins violent, l'on peut esprer. Si aprs les
premieres vacuations gnrales, son tat empire; il est tout--fait
mal.

. 138. Quand il se gurit, l'usage des sens revient; mais il reste
souvent un peu de dlire pendant quelque tems, & presque toujours une
paralysie sur la langue, un bras, une jambe, & les muscles du mme ct
du visage. Cette paralysie se guerit quelquefois peu  peu, par des
purgations rafraichissantes de tems en tems, & une diete trs peu
nourrissante. Tous les remedes chauds sont extrmement nuisibles, &
peuvent occasionner une nouvelle attaque. L'metique pourroit tre
mortel, & l'a t plus d'une fois. L'on doit absolument l'viter; il ne
faut pas mme aider, par de l'eau tiede, les efforts que le malade fait
pour vomir. Ils ne dpendent point des matieres qui sont dans l'estomac,
mais de l'embarras du cerveau; & plus ils sont considrables, plus cet
embarras augmente; parceque, pendant qu'ils ont lieu, le sang ne peut
pas revenir de la tte, & par-l-mme le cerveau en est surcharg.

. 139. L'autre espece a les mmes symptomes; except que le pouls n'est
ni si lev, ni si fort; que le visage est moins rouge, quelquefois mme
ple; la respiration paroit moins gne, & il y a quelquefois plus de
facilit & plus d'abondance dans les vomissemens. Comme elle attaque des
personnes moins sanguines, moins fortes, moins chauffes, la saigne
n'est souvent point ncessaire. Il n'est au moins jamais ncessaire de
la ritrer; & si le pouls est peu plein & point dur, elle pourroit tre
nuisible. Il faut au reste 1. situer le malade comme dans l'autre
espece, quoique cela soit un peu moins ncessaire. 2. Lui donner un
lavement; mais sans huile, avec le double de sel, & la grosseur d'un
petit oeuf de savon; ou avec quatre ou cinq tiges de gratiole, ou herbe
au pauvre homme. 3. On purge avec la poudre N. 21. 4. L'on peut, pour
boisson, donner une forte infusion de melisse, & ritrer deux fois par
jour le lavement. 5. Purger derechef le troisieme jour. 6. Appliquer
d'abord au gras des jambes des vesicatoires. 7. Si la nature paroit
vouloir se dgager par les sueurs, on doit l'aider; & j'ai vu souvent
qu'un th de chardon bnit produisoit trs bien cet effet. Si l'on prend
ce parti, il faut soutenir la sueur, sans bouger s'il est possible
pendant plusieurs jours: il est arriv alors qu'au bout de neuf jours,
le malade toit dlivr de toute paralysie, qui survient ordinairement
aprs cette apoplexie tout comme aprs l'autre.

. 140. Les apoplexies sont sujettes  des rechtes; & chaque nouvelle
attaque est plus dangereuse que la prcdente, ainsi il est extrmement
important de chercher  les prvenir. On prvient l'une & l'autre espece
par une diete severe, & en retranchant beaucoup de la quantit ordinaire
des alimens; & la prcaution la plus essentielle, pour quiconque a eu
une attaque, c'est de renoncer au souper. Ceux qui ont eu une attaque de
la premiere espece, doivent tre encore plus exacts que les autres; ils
doivent se priver de tout ce qui est succulent, aromatique, cre; du
vin, des liqueurs, du caff. Ils doivent faire un grand usage des
jardinages, des fruits, des acides; manger peu de viande, & point de
noire; prendre toutes les semaines deux ou trois prises de la poudre N.
23, le matin  jeun, dans un verre d'eau; se purger deux ou trois fois
par an, avec la potion N. 22; prendre journellement de l'exercice;
viter les chambres trop chaudes, & l'ardeur du soleil; se coucher de
bonheur, se lever matin; n'tre jamais plus de huit heures au lit; & si
l'on remarque qu'il se forme beaucoup de sang, & qu'il se porte  la
tte, il faut sans hsiter, faire une saigne, & se mettre perdant
quelques jours,  une diete totale, sans aucun aliment solide. Les bains
chauds sont pernicieux dans ces cas. Dans l'autre espece, . 139, au
lieu de se purger avec le remede N. 22, il faut se purger avec le N.
21.

. 141. Les mmes secours propres  prvenir une rechte, peuvent
empcher une premiere attaque, si on les emploie  tems; car quoique
l'attaque d'apoplexie soit trs prompte, cependant la maladie s'annonce
plusieurs semaines, quelquefois plusieurs mois, mme des annes, 
l'avance; par des vertiges, des pesanteurs de tte, de legers embarras
de langue, des paralysies momentanes, tantt d'une partie, tantt d'une
autre; quelquefois des dgots & des envies de vomir, sans qu'on puisse
souponner aucun embarras dans les premieres voies, ou aucune autre
cause dans l'estomac ou dans le voisinage; un changement difficile 
dcrire, dans la physionomie; des douleurs vives & passageres prs du
coeur; une diminution dans les forces, sans cause sensible; & quelques
autres signes, qui marquent que les humeurs se portent trop  la tte, &
que les fonctions du cerveau sont gnes.

Il y a des personnes qui sont sujettes  des attaques, qui dpendent de
la mme cause que l'apoplexie, & qu'on peut regarder comme de trs
legeres apoplexies, dont on soutient plusieurs attaques, & qui ne
drangent que trs peu la sant. Tout--coup le sang se porte  la tte,
le malade est tourdi, il perd toutes ses forces, il a quelquefois des
nauses, sans cependant que la connoissance, le sentiment & le mouvement
se perdent tout--fait. La tranquillit, une saigne, des lavemens
dissipent l'accs: on en prvient les retours par le rgime ordonn .
140. & sur-tout par un usage abondant de la poudre N. 23. A la fin, un
de ces accs dgnere en apoplexie mortelle; mais on peut la retarder
trs long-tems, par un rgime exact, & en vitant toutes les passions
fortes, & sur tout la colere.




CHAPITRE X.

_Des coups de Soleil._


. 142. L'on appelle _coup de Soleil_, les maux qui rsultent d'une trop
forte action du soleil sur la tte: c'est la mme chose que
_insolation_.

Si l'on fait attention que le bois, la pierre, les mtaux, exposs 
l'action du soleil, s'chauffent, mme dans les climats temprs, au
point qu'on ne peut pas les toucher sans se brler, on comprendra tout
le danger qu'on court, si la tte est expose  une telle chaleur. Les
vaisseaux se desschent, le sang s'paissit; il se forme une vritable
inflammation, qui quelquefois, tue en trs peu de tems. C'est un coup de
soleil qui tua _Manasss, mari de Judith; car comme il toit auprs de
ceux qui lioient les gerbes aux champs, la chaleur lui donna sur la
tte, & il tomba malade, & il se mit au lit, & il mourut_. Les signes
qui caractrisent un coup de soleil, sont le sjour dans un endroit o
il donnoit fortement; un violent mal de tte, avec la peau chaude, &
extrmement sche; les yeux rouges & secs, ne pouvant ni rester ouverts,
ni soutenir la lumiere; quelquefois un mouvement continuel dans la
paupiere, du soulagement par l'application de quelque liqueur fraiche;
souvent une impossibilit de dormir; d'autres fois un grand
assoupissement, mais accompagn de rveils violens: une fivre trs
forte; un abbatement & un dgot total; quelquefois beaucoup
d'altration, d'autres fois point; la peau du visage est souvent brle.

. 143. L'on est expos aux coups de soleil dans deux saisons de
l'anne, ou au printems, ou dans les grandes chaleurs; mais ils sont
bien diffrens dans leurs effets. Au printems, les gens de la campagne,
les ouvriers, y sont peu sujets; ce sont les gens de la ville, les
personnes dlicates, qui ont pris peu de mouvement pendant l'hiver, &
qui ont acquis beaucoup d'humeurs. Si dans ces circonstances elles vont
au soleil, comme il a dja une certaine force; que par le genre de vie
qu'elles ont men, les humeurs sont dja plus disposes  se porter  la
tte; que le fraicheur du terrein, sur-tout quand il a pl, fait qu'on
ne se rchauffe pas aussi aisment les pieds, il agit sur leur tte
comme un vsicatoire, & il dtermine une plus grande quantit d'humeur;
ce qui procure de violens maux de tte, accompagns souvent d'lancemens
vifs & frquens, & de douleur dans les yeux; mais ce mal est rarement
dangereux. Les gens de la campagne, les personnes de la ville, qui n'ont
point discontinu l'exercice pendant l'hiver, ne craignent point ces
soleils de printems. Les coups de soleil en t sont bien plus fcheux,
& ils attaquent les ouvriers ou les voyageurs, qui sont long-tems
exposs  l'ardeur: c'est alors que le mal est port  son plus haut
dgr, & que les malades meurent souvent sur la place. Dans les pays
chauds, cette cause tue plusieurs personnes dans les rues, & fait de
grands ravages dans les armes en marche. L'on en voit, dans les pays
temprs, de tristes effets. Aprs avoir march tout le jour au soleil,
un homme tomba en lthargie, & au bout de quelques heures mourut avec
des symptomes de rage. J'ai vu un couvreur, un jour trs chaud, se
plaindre  son camarade d'un violent mal de tte, qui augmentoit de
minute en minute. Au moment o il voulut se retirer, il tomba mort, &
fut prcipit. Cette cause produit trs frquemment dans les campagnes,
des phrnsies trs dangereuses, que le peuple appelle fivres chaudes.
L'on en voit plusieurs toutes les annes.

. 144. L'effet du soleil est encore plus dangereux, si l'on y est
expos pendant le sommeil. Deux faucheurs s'endormirent sur un tas de
foin la tte nue; ayant t rveills par les autres, ils chancelerent,
prononcerent quelques mots qui n'avoient point de bon sens, & moururent.
Quand l'effet du vin & celui du soleil se runissent, ils tuent trs
promptement, & il n'y a pas d'annes, qu'on ne trouve morts dans les
chemins des paysans, qui, tant ivres, vont tomber dans quelques coins,
o ils prissent par une apoplexie vineuse & solaire. Ceux qui
rchappent, conservent souvent toute leur vie des maux de tte, & mme
quelque lger drangement dans les ides. J'ai vu qu'aprs quelques
jours de violens maux de tte, le mal se jettoit sur les paupieres, qui
restoient longtems rouges & fort tendues, sans qu'on pt les ouvrir.
L'on a vu des personnes, chez lesquelles un coup de soleil occasionnoit
un dlire continuel, sans fivre, & sans qu'ils se plaignissent d'un mal
de tte. Quelquefois la goutte sereine en a t la suite; & il est fort
commun de voir des personnes, chez lesquelles un long sjour au soleil,
laisse une impression dans l'oeil qui leur fait appercevoir diffrens
corps voltigeants en l'air, & qui troublent la vision.

. 145. Chez les enfans fort jeunes, qui ne sont jamais exposs si
long-tems  une si violente ardeur, mais sur lesquels une petite cause
agit, le mal se manifeste, ou par un assoupissement profond, qui dure
plusieurs jours, ou par des rveries continuelles, mles de fureur & de
frayeur, presque comme quand ils ont eu quelque violente peur, par des
mouvemens convulsifs, par des maux de tte qui redoublent par accs, &
leur font pousser de hauts cris, par des vomissemens continuels. J'ai vu
des enfans qui, aprs un coup de soleil, ont conserv long-tems une
petite toux.

. 146. Les vieillards qui s'exposent souvent imprudemment au soleil, ne
savent pas tout le danger qu'ils courent. On a vu un homme qui, s'tant
tenu  dessein fort long-tems au soleil, le jour libre d'une fivre
tierce, et une attaque d'apoplexie qui l'emporta le lendemain. Lors
mme que le mal n'est pas prompt, cependant cette habitude dispose
certainement  l'apoplexie & aux maux de tte. Un des plus lgers effets
du soleil sur la tte, c'est de procurer un rhume de cerveau, un mal de
gorge, un enroument, un gonflement des glandes du col, une scheresse
dans les yeux, qui se fait quelquefois sentir long-tems.

. 147. L'effet de la trop violente chaleur du feu, est le mme que
celui du soleil. Un homme s'tant endormi la tte contre le feu, mourut
apoplectique dans ce sommeil.

. 148. L'action d'un soleil trop fort ne nuit pas seulement lorsqu'elle
tombe sur la tte, mais elle nuit aussi aux autres parties; & ceux qui y
restent exposs en prservant la tte, essuient des douleurs violentes,
un sentiment de chaleur, & une roideur considrable dans ces parties qui
ont t dessches, comme aux jambes, aux genoux, aux cuisses, aux
reins, aux bras; quelquefois il leur survient de la fivre.

. 149. En examinant une personne malade d'un coup de soleil, il faut
faire attention s'il n'y a point d'autres causes concourantes. Un
voyageur, un manoeuvre, sont souvent autant affects par la fatigue de
la route ou du travail, que par le soleil.

. 150. Il est trs important de traiter d'abord les coups de soleil. Si
on les nglige, ceux mmes qui auroient t aiss  gurir, deviennent
trs fcheux. On les traite, comme toutes les maladies prcdentes, par
les saignes & les rafraichissans de toute espece, en boissons, en
lavemens, en applications, en bains.

Si le mal est pressant, il faut commencer par une trs forte saigne, &
la ritrer. Il fallut saigner neuf fois Louis XIV, pour le sauver en
1658, aprs un coup de soleil qu'il reut  la chasse. Aprs la saigne,
on met les jambes dans l'eau tide; c'est un des remedes qui soulagent
le plus promptement, & j'ai vu le mal de tte se dissiper & revenir, 
proportion du nombre & de la longueur des bains de jambes. Il faut quand
le mal est grave, en venir au demi-bain, & mme au bain entier; mais il
ne doit tre que tide, non plus que les bains de pied, l'eau chaude
seroit trs nuisible. Les lavemens faits avec une dcoction d'herbes
mollientes quelconques, produisent aussi un trs bon effet. Il faut
boire abondamment du lait d'amande N. 4, de la limonade faite avec le
jus de citron dans de l'eau, (c'est la meilleure boisson dans ce cas) ou
de l'eau & du vinaigre, qui supple trs bien  la limonade; & ce qui
est encore plus efficace, du petit lait trs clair, avec un peu de
vinaigre. Toutes ces boissons peuvent tre bes fraiches; le remede N.
31 est trs efficace, on en prend cinq ou six verres par jour. L'on
applique sur le front, sur les tempes, sur toute la tte mme, des
linges tremps dans l'eau fraiche, & un peu de vinaigre rosat; ce qui
peut tenir lieu de tous les autres remedes employs dans ce cas. Ceux
qu'on vante le plus, sont les jus de pourpier, de laitue, d'artichaud
sauvage, & de verveine.

. 151. Les bains froids ont quelquefois guri des cas presque
dsesprs. Un homme de vingt ans, ayant t fort long-tems expos  un
soleil brlant, rvoit violemment sans fivre, & toit vritablement
maniaque. Aprs plusieurs saignes, on le jetta dans un bain froid,
qu'on ritra souvent, & en mme tems on lui jettoit de l'eau froide sur
la tte: ces secours le gurirent peu  peu. Un Officier qui avoit couru
la poste pendant plusieurs jours de suite par les grandes chaleurs, eut,
en descendant de cheval, un vanouissement qui rsista  tous les
remedes ordinaires. On le sauva en le faisant plonger dans un bain d'eau
glace. L'on ne doit jamais employer le bain froid dans ces cas,
qu'aprs les saignes.

. 152. Il est certain, que si l'on est tranquille, on recevra plus
aisment un coup de soleil, qu'en se donnant du mouvement; & l'usage des
chapeaux blancs, ou de quelques feuilles de papier sous un chapeau noir,
contribue sensiblement  prvenir les mauvais effets d'un soleil
mdiocre; mais il est inutile contre un trs fort.




CHAPITRE XI.

_Du Rhumatisme._


. 153. Le Rhumatisme est, ou avec fivre, ou sans fivre. Le premier
est une maladie de la mme espece que celles dont j'ai parl; une
inflammation qui est annonce par une fivre violente, avec frisson,
chaleur, pouls dur, mal de tte: l'on sent mme quelquefois un froid
extraordinaire, avec un mal-aise gnral, plusieurs jours avant que la
fivre se dclare. Le second jour, le troisime, quelquefois mme le
premier, le malade est saisi par une douleur violente dans quelques
parties du corps, sur tout aux articulations qui en empche absolument
le mouvement, & qui est bientt accompagne de chaleur, de rougeur, & de
gonflement dans la partie. Le genou est souvent la premiere partie
attaque; quelquefois tous deux le sont ensemble. Il arrive souvent que
la fivre diminue, quand la douleur est fixe; d'autres fois elle
persiste plusieurs jours, & redouble tous les soirs. La douleur diminue
au bout de quelques jours dans une partie, & en attaque une autre. Du
genou elle va au pied,  la hanche, aux reins, aux paules, au coude, au
poignet,  la nuque, & souvent dans les parties moyennes. Quelquefois
une partie se dgage tout--fait, quand l'autre est attaque;
d'autrefois plusieurs, & mme, comme je l'ai vu, toutes les
articulations sont attaques en mme tems, & alors l'tat du malade est
affreux; il est incapable d'aucun mouvement, & il craint le secours de
tous ceux qui voudroient l'aider, parcequ'on ne peut pas le toucher sans
le faire souffrir. Il ne peut pas soutenir le poids des couvertures,
qu'on est oblig d'appuyer sur des cerceaux; & le mouvement qu'on
imprime au plancher en marchant dans la chambre, redouble ses douleurs.
Les endroits o les douleurs sont ordinairement les plus cruelles & les
plus opinitres, sont les reins, les hanches & la nuque.

. 154. Le mal se jette aussi souvent sur la peau de la tte, & les
douleurs sont excessives. Je l'ai vu attaquer les paupieres & les dents
avec une violence qu'on ne peut pas dcrire. Tant que le mal est
extrieur, quelque douloureux qu'il soit, si le malade est bien conduit,
il n'y a pas un grand danger; mais si par quelque accident, par quelque
faute, ou par quelque cause cache, le mal se jette sur quelque partie
intrieure, il est extrmement dangereux. S'il attaque le cerveau, il
occasionne un dlire phrntique; en se jettant sur le poulmon, il
suffoque; & s'il attaque l'estomac ou les entrailles, il produit des
douleurs inouies, occasionnes par l'inflammation de ces parties, qui,
si elle est forte, tue promptement. Je vis il y a deux ans un homme
robuste, qui, quand on m'appella, avoit dja la gangrene dans les
boyaux, dont le mal avoit commenc par un rhumatisme aux bras &  un
genou. On avoit voulu le dissiper en le faisant suer avec des choses
chaudes; il avoit effectivement beaucoup su, mais l'humeur
inflammatoire se jetta sur les intestins; l'inflammation dgnra en
gangrene, aprs trente six heures de douleurs les plus aigus, & il
mourut deux heures aprs que je l'eus vu.

. 155. Souvent le mal est moins violent, la fievre est peu forte; elle
cesse entierement ds que les douleurs commencent, & les douleurs
n'attaquent qu'une ou deux parties.

. 156. Si le mal reste long-tems fix sur une articulation, le
mouvement en reste gn pour toute la vie. J'ai vu une personne  qui un
rhumatisme  la nuque, a laiss un torticolis qu'elle garde depuis vingt
ans, & un pauvre jeune homme qui avoit perdu le mouvement d'une hanche &
des deux genoux: il ne pouvoit tre ni debout, ni assis, & il n'avoit
que peu d'attitudes possibles dans le lit.

. 157. La cause la plus ordinaire du rhumatisme, c'est la transpiration
arrte. Il est lui-mme une maladie inflammatoire, & il veut tre
trait comme tel.

. 158. Ds que le mal est dclar, l'on donne un lavement N. 5; & une
heure aprs, on fait une saigne de douze onces au bras. L'on se met au
rgime, & l'on boit abondamment de la ptisane N. 2, & du lait d'amande
N. 4. Dans les campagnes, o les laits d'amande sont trop couteux pour
le peuple, on peut leur donner du petit lait extrmement clair, adouci
avec un peu de miel. J'ai vu un rhumatisme trs grave, guri aprs deux
saignes, sans autre remede ni aliment, pendant treize jours. Le petit
lait peut aussi servir avec succs pour les lavemens.

. 159. Si le mal ne diminue pas considrablement aprs la premiere
saigne, il faut la ritrer au bout de quelques heures. J'en ai fait
faire quatre dans les deux premiers jours, & quelques jours aprs une
cinquime; mais ordinairement aprs la seconde, la duret du pouls
diminue, & lors mme que les douleurs continuent galement fortes, le
malade est cependant moins inquiet. Il faut ritrer tous les jours le
lavement, mme deux fois, si chaque lavement n'vacue que peu, & si le
malade souffre de grands maux de tte. Dans les cas excessivement
douloureux, le malade ne peut pas se mettre dans l'attitude ncessaire
pour les prendre; alors il faut rendre les boissons aussi relchantes
qu'il est possible, & lui donner soir & matin une prise de crme de
tartre N. 23. Ce remede joint au petit lait, & pris pendant long-tems,
a guri deux personnes,  qui je l'avois conseill, de douleurs de
rhumatisme, qui, depuis plusieurs annes, revenoient trs frquemment
avec un peu de fievre.

Les pommes & les pruneaux cuits, les fruits d't bien mrs, sont les
meilleurs alimens. L'on pargne beaucoup de douleurs aux malades, en
tenant toujours une alaise sous leur dos, & une autre sous leurs
cuisses, qui servent  les remuer. Quand ils ont les mains libres, une
corde attache au ciel du lit, & termine par un morceau de bois qui est
attach en travers, ou par quelque autre poigne, leur est extrmement
utile pour s'aider eux-mmes.

. 160. Quand il n'y a plus de fievre, & que le pouls n'a plus de
duret, je purge avec succs, avec la potion N. 22; & si elle procure
au malade cinq ou six selles, il se trouve ordinairement trs soulag:
l'on ritere avec succs le surlendemain, & quelques jours aprs.

Quand les douleurs sont excessives, elles ne souffrent aucune
application; mais on peut employer les bains de vapeurs, qui, moyennant
qu'on les fasse souvent & long-tems, soulagent trs efficacement. Quand
il est possible, il faut employer continuellement quelqu'une des
applications mollientes N. 9. Un demi-bain ou un bain entier tiede,
dans lequel le malade reste une heure, aprs les saignes suffisantes &
plusieurs lavemens, soulage infiniment. J'ai vu un malade y entrer avec
les douleurs les plus aigus, des hanches & d'un genou; il souffrit
encore cruellement dans le bain & en le quittant; une heure aprs tre
rentr au lit, il sua pendant trente-six heures, plus qu'on ne peut le
croire, & fut guri. Mais le bain ne doit jamais prcder les saignes,
ou au moins quelqu'autre vacuation, il augmenteroit le mal. Les
douleurs redoublent ordinairement pendant la nuit, & l'on donne des
remedes pour faire dormir, mais fort mal--propos. Ils augmentent trs
rellement la cause du mal, & dtruisent l'effet des remedes; souvent
mme ils augmentent la douleur, bien loin de la calmer. Ils conviennent
si peu, que le sommeil mme, qui vient naturellement dans les
commencemens de cette maladie, est  charge aux malades. Ils ont au
moment o ils s'endorment, de violens tressaillemens ou soubresaults qui
les rveillent douloureusement; ou s'ils dorment quelques momens, les
douleurs sont plus fortes au rveil.

. 161. Le rhumatisme se termine, ou par les selles, ou par des urines
troubles, paisses, & qui dposent abondamment un sdiment jauntre, ou
par des sueurs, & il est rare que cette derniere vacuation n'ait pas
lieu sur la fin de la maladie. On l'aide en buvant de l'infusion de
fleurs de sureau. Mais dans les commencemens les sueurs sont
pernicieuses. Il arrive aussi, mais plus rarement, que les rhumatismes
se terminent par le dpt d'une matiere acre sur les jambes, o elle
forme d'abord des vessies qui s'ouvrent et dgnerent en ulceres, & si
on les ferme trop tt, les douleurs reviennent. D'autrefois il se forme
un abcs dans la partie mme malade, ou dans le voisinage. J'ai vu un
vigneron chez qui, aprs de violens maux de reins, il se forma un abcs
au haut de la cuisse, qu'il laissa empirer. Quand je le vis, l'abcs
toit monstrueux. Je le fis ouvrir, il en sortit tout  la fois plus de
trois pots de pus; mais il mourut au bout de quelque tems. Une autre
crise de rhumatisme, c'est une espece de galle qui survient dans le
voisinage des parties souffrantes. Ds que l'ruption est faite, les
douleurs se dissipent; mais les boutons durent quelquefois plusieurs
semaines.

. 162. Je n'ai jamais vu que les douleurs durassent avec quelque
violence plus de quatorze jours dans cette espece de rhumatisme; mais il
reste dans les parties, de la foiblesse, de l'engourdissement, de
l'enflure, & il faut plusieurs semaines, quelquefois des mois, surtout
si la maladie a attaqu en Automne, avant que le malade reprenne toutes
ses forces. J'en ai vu qui aprs un rhumatisme trs douloureux,
conservoient un sentiment de lassitude trs incommode, qui ne cessa
qu'aprs une ruption abondante, sur toute la peau, de petites vessies
pleines d'eau dont plusieurs s'ouvrirent, quelques-unes se scherent.

. 163. L'on peut hter le retour des forces dans les parties
affoiblies, par des frictions qu'on fait soir & matin avec un morceau de
flanelle, ou de quelqu'autre toffe de laine, en prenant de l'exercice &
en se conformant exactement aux conseils donns  l'article de la
convalescence.

On prvient cette maladie par les moyens que j'ai indiqus au . 95, en
parlant des pleursies.

. 164. Quelquefois le rhumatisme avec fievre attaque des personnes qui
ne sont pas aussi sanguines, ou dont le sang n'est pas aussi dispos 
l'inflammation, dont les chairs sont plus molles & qui ont plus d'cret
dans les humeurs que d'paississement. La saigne est moins ncessaire
pour eux, quoique la fievre soit trs forte, mais il faut des purgatifs,
& aprs qu'ils sont vacus, des vsicatoires qui soulagent souvent ds
qu'ils commencent  agir, mais qu'il ne faut jamais employer quand la
maladie est accompagne d'un pouls dur. La poudre N. 24, russit aussi
trs bien dans ce cas.

. 165. Il y a une autre espece de rhumatisme, qu'on appelle chronique.
Il a quelques caracteres qui le distinguent. 1. Il est ordinairement
sans fievre. 2. Il dure trs long-tems. 3. Il n'attaque pas
ordinairement autant de parties  la fois que l'autre. Souvent l'on
n'apperoit aucun changement dans la partie malade, qui n'est ni plus
chaude, ni plus rouge, ni plus enfle; quelquefois l'un ou l'autre de
ces accidens a lieu. Le premier rhumatisme attaque des personnes fortes,
robustes, vigoureuses; cette espece attaque plutt les personnes d'un
certain ge, ou les personnes languissantes.

La douleur abandonne  elle-mme, ou mal conduite, dure quelquefois
plusieurs mois, & mme des annes. Elle est surtout extrmement
opinitre quand elle se jette  la tte, aux reins, (les paysans dans ce
cas l'appellent _Maclet_), ou  la hanche & le long de la cuisse; c'est
ce qu'on appelle _Sciatique_. Il n'y a point de partie que cette douleur
n'attaque. Quelquefois elle se fixe sur une trs petite partie, comme
dans un coin de la tte,  l'angle de la machoire, sur l'extrmit d'un
doigt,  un genou, sur une cte, sur un sein o elle occasionne assez
frquemment des douleurs, qui font craindre  la malade un cancer. Elle
se jette aussi sur les parties intrieures: sur le poulmon, elle
occasionne des toux trs opinitres, qui enfin dgnerent en des maux de
poitrine trs graves: sur l'estomac & les boyaux, des douleurs de
coliques horribles: sur la vessie, des maux si semblables  ceux que
produit la pierre, que des gens qui ne manquoient ni de connoissance, ni
d'exprience, y ont t tromps plus d'une fois.

. 166. Le traitement est un peu diffrent du prcdent: cependant si la
douleur est trs violente, & que le malade soit robuste, une saigne ds
le commencement fait un trs bon effet. On dlaie le malade en lui
faisant boire une ptisane trs forte de racine de bardane N. 25. On le
purge, & on peut employer avec succs la poudre N. 21. C'est dans cette
espece qu'on a employ quelquefois utilement un remede qui a acquis
quelque rputation, surtout dans les campagnes. On le tire de Geneve, je
ne sais pourquoi, sous le nom d'opiate pour le rhumatisme; ce n'est
autre chose que _l'lectuaire caryocostin_, tel qu'on le trouve chez
tous les Apotiquaires. Mais j'avertis qu'il a fait du mal quand on s'en
est servi dans la premiere espece, & mme dans celle-ci, quand on l'a
employ pour des personnes foibles, maigres, chauffes, & sans avoir
fait prcder les dlayans, ou quand on l'a employ trop long-tems. Il
laisse dans une foiblesse dont on ne peut pas se dlivrer: il est
compos d'aromates trs chauds & de purgatifs cres.

. 167. Quand on a essay les remedes gnraux, si le mal subsiste, il
faut faire usage, pendant long-tems, des remedes propres  rtablir la
transpiration. Les pilules N. 18, & une forte infusion de sureau ont
souvent russi; & quand on a long-tems dlay, qu'il n'y a point de
fievre, que l'estomac fait bien ses fonctions, que le malade n'est point
resserr, qu'il n'est pas d'un tempramment sec, que la partie malade
n'est pas enflamme, l'on peut donner hardiment la poudre N. 24, le
soir en se couchant, avec une tasse ou deux de th de feuilles de
chardon bnit, & la grosseur d'une noisette de thriaque; ce remede
jette dans des sueurs abondantes, qui emportent souvent le mal. On peut
le rendre plus efficace, en enveloppant toute la partie dans une
flanelle trempe dans la dcoction N. 26.

. 168. De toutes les douleurs, la sciatique est une des plus
opinitres. J'ai vu les plus grands effets de l'application de sept ou
huit ventouses sur la partie souffrante, & j'ai guri par ce seul
secours, en peu d'heures, des sciatiques qui avoient rsist  plusieurs
annes de remede. Les vsicatoires, ou les empltres quelconques qui
occasionnent une suppuration dans cette partie, contribuent aussi
souvent  la gurison, mais moins efficacement que les ventouses. Il
faut les ritrer plusieurs fois. L'application d'une toile ou d'un
taffetas cirs verts sur la partie malade, la fait transpirer
abondamment, & vacuent par-l l'humeur cre qui occasionnoit la
douleur. Quelquefois mme l'une & l'autre de ces applications, mais
surtout le taffetas qui s'applique plus exactement, & dont le cirage est
diffrent, font lever des vessies comme les vsicatoires. Une empltre
de chaux vive & de miel ptris ensemble, a guri des sciatiques
opinitres. L'huile d'oeuf, qui n'est point une vraie huile, a guri
quelques personnes en en frottant fortement la partie malade. Souvent
les seules frictions soulagent. L'on fait avec succs un seton au bas de
la cuisse. Enfin des douleurs qui n'avoient cd  aucun de ces remedes,
ont t guries par une brlure artificielle.

. 169. Les bains chauds de Bourbonne, de Plombieres, d'Aix, & plusieurs
autres sont souvent d'une trs grande efficacit. Je suis pourtant
persuad qu'il n'y a point de douleur de rhumatisme qu'on ne puisse
gurir sans leurs secours. Le peuple leur substitue le bain de marc, qui
gurit quelques personnes en faisant beaucoup suer. Les bains froids
sont le meilleur remde pour en prserver; mais on ne peut pas toujours
les prendre. Plusieurs circonstances en rendent l'usage absolument
impossible pour quelques personnes. Celles qui sont sujettes  cette
espece de rhumatisme, feront trs bien de se frotter tous les matins,
tout le corps s'ils peuvent, mais sur-tout les parties souffrantes, avec
une flanelle. Ce secours entretient la transpiration mieux qu'aucun
autre; quelquefois mme il l'augmente trop. Il est aussi trs utile
d'avoir toute la peau couverte pendant l'hiver, immdiatement avec de la
laine.

Aprs un rhumatisme violent, on doit viter, pendant long-tems, l'air
froid & humide, qui occasionneroit une rechte.

. 170. L'on emploie souvent pour le rhumatisme des remedes trs
nuisibles & qui font tous les jours de trs grands maux; tels sont les
remedes spiritueux, l'eau-de-vie, l'eau d'arquebusade: ou ils rendent la
douleur plus opinitre & plus fixe en durcissant la peau, ou ils
obligent l'humeur  se jetter sur quelqu'autre partie, & l'on a des
exemples de gens morts promptement pour avoir appliqu de l'esprit de
vin sur des douleurs de rhumatisme. D'autrefois l'humeur n'ayant point
d'issue par la peau, se jette sur l'os & l'artere. Il est arriv ici un
fait singulier dont on pourroit profiter. Une femme frottoit le soir son
mari, qui avoit un rhumatisme trs douloureux au bras, avec de l'esprit
de vin. Un heureux accident dtruisit le mal qu'elle lui auroit fait. En
approchant la chandelle, le feu prit  l'esprit de vin; la partie malade
fut brule. On pansa la brulure; les douleurs de rhumatisme finirent
entierement.

Les onguens cres & gras produisent aussi de trs mauvais effets, & sont
galemens dangereux. L'on a vu des caries, aprs l'usage d'un remede
connu sous le nom de _baume de trebenthine_ soufr. En 1750, je fus
consult, trois jours avant sa mort, pour une femme, qui souffroit
depuis longtems des douleurs aiges. On lui avoit fait diffrens
remedes, & entr'autres elle avoit pris beaucoup d'une ptisane, dans
laquelle entroit l'antimoine avec quelques purgatifs, & on l'avoit
frotte avec un baume gras & spiritueux. La fievre, les douleurs, le
dessechement avoient augment; les os des cuisses & des bras s'toient
caris; & dans les mouvemens ncessaires pour la secourir, elle s'toit
cass, sans sortir de son lit, les deux cuisses, & un bras. Un exemple
aussi effrayant doit faire sentir le danger des remedes administrs
inconsidrment, mme dans les maux qui paroissent les moins graves par
eux-mmes. Je dois encore avertir, qu'il y a des douleurs de
rhumatismes, qui ne veulent aucune application, & que presque tous les
remedes irritent. L'on doit se contenter de garantir la partie, des
impressions de l'air.

. 171. Si la dure de la douleur, fixe dans le mme endroit,
occasionne un commencement de roideur  l'article qui en est affect, il
faut deux fois le jour exposer la partie  la vapeur d'eau chaude; la
bien essuyer aprs avec des linges chauffs; la frotter legerement, &
l'enduire ensuite d'onguent d'althea. La douche jointe  cette vapeur,
augmente beaucoup son efficacit. J'ai fait faire, pour un cas de cette
espece, une machine de fer blanc, trs simple, & qui runit la vapeur &
la douche.

. 172. Les enfans sont sujets  des douleurs si violentes & si
gnrales qu'on ne peut les toucher, dans aucun endroit, sans leur faire
jetter des cris violens. Il ne faut pas s'y mprendre, ni traiter ce mal
comme rhumatisme; il dpend des vers, & se dissipe quand ils ont rendu.




CHAPITRE XII.

_De la Rage._


. 173. Les hommes peuvent devenir enrags sans aucune morsure; mais ce
cas est extrmement rare. Il arrive souvent que la rage se dclare dans
un chien, il en mord d'autres; plusieurs deviennent enrags. Les autres
animaux, & les hommes eux-mmes sont mordus; & cette morsure produit
quelquefois la rage; car il ne faut point croire que cela arrive
toujours.

. 174. Si un chien, gai auparavant, est en mme tems triste & hargneux,
s'il a du dgot, quelque chose d'extraordinaire dans les yeux, une
inquitude qui se manifeste par ses dmarches, on doit craindre qu'il ne
devienne enrag; & l'on doit, ds cet instant, l'attacher; & le tuer,
ds que le mal sera tout--fait dclar. Il seroit mme plus prudent de
le tuer d'abord, quand il n'a mordu personne.

Bientt les symptomes augmentent. Son aversion pour les alimens, surtout
liquides, devient plus forte; il ne connot plus son matre, sa voix se
change, il ne veut plus qu'on l'aborde, & mord ceux qui veulent le
faire, il s'loigne de sa demeure, marchant la tte & la queue baisses,
la langue  demi pendante, & charge d'cume, (ce qui arrive au reste
assez ordinairement  tous les chiens). Les autres le fuient.
Quelquefois il se contente de mordre ce qui se trouve prs de lui;
d'autres fois plus furieux, il se jette  droite &  gauche sur tous les
hommes & les animaux qu'il apperoit. Il fuit avec horreur toutes les
eaux qu'il rencontre. Enfin il tombe par puisement; quelquefois il se
releve, se traine encore quelques instans, & prit ordinairement le
troisieme, ou au plus tard, le quatrieme jour de son vasion.

. 175. Quand quelqu'un a t mordu, la plaie se referme aussi aisment
que si elle n'toit point vnimeuse; mais au bout de quelque tems, plus
ou moins, depuis trois semaines, jusques  trois mois, le plus souvent
six semaines; on commence  sentir, dans l'endroit o toit la plaie,
une douleur sourde. La cicatrice se gonfle, rougit, se r'ouvre, & laisse
couler une humeur cre, puante, rougetre. Dans le mme tems le malade
sent de la tristesse, de la nonchalance, un engourdissement gnral, un
froid presque continuel, de la peine  respirer, une angoisse qui ne le
quitte point, des douleurs dans les boyaux; le pouls est foible &
irrgulier; le sommeil agit, inquiet, troubl par des rves, des
sursauts, des frayeurs. Les selles sont souvent dranges; il survient
d'un moment  l'autre, de petites sueurs froides; l'on prouve
quelquefois une legere douleur dans la gorge. C'est-l le premier degr
de la rage; ce que quelques Medecins appellent la _rage mue_.

. 176. Le second degr, la rage confirme, ou _rage blanche_, est
accompagn des symptomes suivans. Le malade est press par une soif
ardente, & il souffre en buvant. Bientt il hait la boisson,
particulierement l'eau; & quelques heures aprs, il l'abhore; & cette
horreur est si forte, que l'approche de l'eau prs de ses levres, sa
vue, son nom mme, ou celui de toute autre boisson; la vue des choses
qui par leur transparence ont quelque rapport avec l'eau, comme la
lumiere, lui occasionne une angoisse extrme, & quelquefois des
convulsions. Ils avalent cependant, mais violemment, un peu de viande ou
de pain, quelquefois de la soupe; plusieurs mme, les boissons qu'on
leur offre, comme remede, moyennant que ce ne soit pas de l'eau, ou
qu'en mme tems on ne leur parle pas d'eau. L'urine s'paissit &
s'enflamme; quelquefois elle se supprime. La voix devient rauque, ou ils
la perdent presqu'entierement; mais ce qu'on dit de leurs aboiemens,
semblables  ceux des chiens, sont des contes ridicules, superstitieux,
& dnus de tout fondement, aussi bien que plusieurs autres fables, dont
on a charg l'histoire de cette maladie. L'aboiement des chiens leur
fait peine. Ils ont des momens de dlire, mls quelquefois de fureur.
C'est dans ces momens qu'ils crachent autour d'eux, qu'ils cherchent
mme  mordre, & qu'ils ont mordu quelquefois. Le regard est fixe & un
peu furieux; le visage souvent rouge. Ordinairement ces infortuns
sentent venir l'accs, & conjurent les assistans d'tre sur leur garde.
Plusieurs n'ont jamais cette envie de mordre. Les angoisses & les
douleurs qu'ils ressentent sont inconcevables. Ils desirent ardemment la
mort: quelques-uns se sont tus eux-mmes, quand ils en ont eu les
moyens.

. 177. C'est  la salive, et  la salive seule, que le venin s'allie.
Voil ce qui fait, 1. que si les plaies sont faites au travers des
habits, elles sont moins dangereuses que celles qui ont atteint
immdiatement la peau. 2. Que les animaux, qui ont beaucoup de laine, ou
de poil pais, sont souvent prservs du venin; parceque, dans ces deux
cas, les habits, le poil, la laine ont essuy les dents. 3. Les plaies
que fait un animal, d'abord aprs en avoir dja mordu beaucoup d'autres,
sont moins dangereuses que les premieres; parceque sa salive est
puise. 4. S'il mord le visage, ou le col, le danger est plus grand, &
le mal se dveloppe plus promptement; parceque la salive est plutt
infecte. Dans des cas de cette espece, on a vu la rage se dclarer le
troisieme jour. 5. Plus la rage est avance, plus les morsures sont
dangereuses. L'on comprend, par ce que je viens de dire, pourquoi de
plusieurs personnes, qui ont t mordues par le mme animal, les unes
deviennent enrages & non pas les autres.

. 178. L'on vante une foule de remedes pour la rage; & sur-tout dans ce
pays, la racine d'glantier ou rosier sauvage, cueillie dans certains
tems, sous des aspects de la lune favorables, & seche avec plusieurs
prcautions. Ailleurs c'est la poudre de _Paulmier_, celle des coquilles
d'oeufs calcines, celle d'hpatique terrestre mle avec un tiers de
poivre, remede long-tems vant en Angleterre; celle d'caille d'huitre,
de verveine, d'origan, le bain de mer, la clef de S. Hubert. La mort
d'une foule d'enrags, qui les avoient presque tous pris, & la certitude
qu'ils n'ont jamais guri qui que ce soit, quand la rage toit
manifeste, en ont dmontr l'inutilit  toute l'Europe. Il est
certain, qu'avant l'an 1730, il n'toit rchap aucun malade, de ceux
chez qui la maladie avoit commenc  se dclarer, & que tous les remedes
leur toient inutiles. Quand on leur donnoit les remedes avant le mal,
les uns enrageoient, les autres n'enrageoient pas. Il en toit de mme
de ceux qui ne prenoient point de remedes. Ainsi les remedes ne
servoient  rien. Depuis cette poque, on a eu le bonheur d'en dcouvrir
un sr, qui est le Mercure & quelques autres.

. 179. Il faut dtruire le venin, & le Mercure produit cet effet; il en
est le contrepoison. Le venin occasionne une irritation gnrale des
nerfs. On la calme par des antispasmodiques; ainsi le Mercure & les
antispasmodiques, font tout ce qu'il y a  faire dans cette maladie.
L'on a actuellement plusieurs exemples de gens vritablement enrags,
guris par ces heureux secours; & ceux qui ont le malheur d'tre mordus
doivent tre persuads qu'en prenant les prcautions ncessaires ils
sont entierement  l'abri de la maladie. Ceux mme chez qui elle s'est
dja manifeste doivent employer ces mmes secours avec une entiere
confiance.

D'abord aprs la morsure, si elle est dans les chairs, & si l'on peut le
faire sans danger, il faut couper tout ce qui a t touch. Anciennement
on la brloit avec un fer rouge, car les scarifications sont assez
inutiles. L'on doit laver long-tems la plaie avec de l'eau tiede,
lgrement sale; ensuite on en frotte les bords & les environs,  deux
pouces de distance, avec un demi-quart d'once de l'onguent N. 27, & on
la panse deux fois par jour avec un onguent fort doux comme N. 28, pour
former une suppuration; mais l'on ne se sert de l'onguent N. 27, qu'une
fois par jour. Par rapport au rgime, il faut diminuer la quantit des
alimens, & sur-tout de la viande, se svrer de vin, de liqueurs,
d'piceries, de choses chaudes quelconques; ne boire qu'une ptisane
d'orge & de fleurs de tilleul; se tenir le ventre libre; mettre tous les
jours les jambes dans l'eau tiede. L'on peut prendre, de trois en trois
jours, une prise du remede N. 29, qui est tout  la fois compos de
Mercure, qui dtruit le venin, & de Musc, qui empche les spasmes.
J'avoue cependant que je compte peu sur le Mercure donn sous cette
forme: les frictions sont bien plus efficaces; elles suffiront toujours,
j'espere, pour prvenir le mal. Mais s'il toit dja dclar, que le
malade ft robuste & sanguin, il faudroit ordonner 1. une trs ample
saigne, qu'on ritere jusques  deux, trois, quatre fois, si les
circonstances paroissent le demander. 2. Un bain tiede, s'il est
possible d'y faire entrer le malade, & le ritrer une, & mme deux fois
par jour. 3. Lui donner tous les jours deux, ou mme trois lavemens
molliens N. 5. 4. Frotter la plaie r'ouverte & ses environs avec la
pomade N. 27, deux fois par jour. 5. Frotter d'huile tout le membre
mordu, & le laisser envelopp d'une flanelle huile. 6. Prendre, de
trois en trois heures, une prise du remede N. 29, avec quelques tasses
d'infusions de tilleul & de sureau. 7. Prendre tous les soirs le remede
N. 30, & mme le ritrer le matin, si le malade n'est pas tranquille,
& boire par-dessus de la mme infusion. 8. S'il y a des grands
soulvemens de coeur, de l'amertume dans la bouche, on peut donner la
poudre N. 34, qui fait rendre beaucoup de glaires & de bile. 9. Il est
fort peu question de la nourriture du malade. S'il en veut, on peut lui
donner des pannades, du bouillon, du pain, des soupes farineuses, du
lait.

. 180. En faisant usage de ces remedes, on verra tous les symptomes
disparotre peu--peu, & enfin la sant se rtablir tout--fait; mais si
le malade reste long-tems foible & craintif, l'on fera usage de la
poudre N. 14, trois fois par jour.

. 181. L'on a vu un garon, chez lequel la rage avoit commenc  se
manifester, tre trs bien guri, en frottant le voisinage de la plaie
avec de l'huile d'olive, dans laquelle on avoit dissous du camphre & de
l'opium, en lui faisant faire quelques frictions avec la pommade N. 27,
& en lui faisant avaler de l'_eau de Luce_ (c'est une liqueur
spiritueuse & antispasmodique) avec un peu de vin. Ce remede, dont on
peut prendre une cuillere  caff de quatre en quatre heures, calme
l'agitation, occasionne une sueur abondante, & fait disparotre tous les
symptomes.

. 182. On gurit les chiens en les frottant avec des doses de pommade
triples de celles qu'on emploie pour les hommes, & en leur donnant le
bol N. 32; mais il faut employer ces remedes ds qu'ils sont mordus.
Quand la rage est dclare, il y auroit trop de danger, & il faut
incessamment les tuer: l'on peut tenter cependant, si, en leur jettant
le bol, ils l'avaleront. Ds qu'ils sont mordus, il faut les tenir
enferms, & ne les relcher qu'au bout de trois ou quatre mois.

. 183. L'on a sur la morsure des chiens, un prjug dangereux & faux,
c'est que, si un chien qui a mordu quelqu'un sans tre enrag, le
devient une fois, la personne mordue le deviendra en mme tems. Une
telle ide est aussi ridicule, que si l'on disoit que quand deux
personnes ont couch dans le mme lit, si l'une prend au bout de dix ou
douze ans, la gale ou la petite vrole, ou quelque autre maladie
contagieuse, l'autre la prendra aussi. De deux choses l'une: ou le chien
qui mord, est dans un commencement de rage; dans ce cas, elle sera
manifeste au bout de quelques jours, & l'on doit dire qu'on a t mordu
par un chien enrag: ou il n'en a absolument aucun principe; dans ce
second cas, je demande  tout homme sens, s'il peut la donner? Personne
ne donne ce qu'il n'a pas. Cette ide baroque fait faire une action
dangereuse  ceux qui en sont imbus; ils se servent du droit que la loi
leur accorde de faire tuer le chien, & par-l ils restent dans
l'incertitude sur son tat & sur leur sort; incertitude effrayante, &
qui peut avoir des suites fcheuses, indpendantes de tout venin. Le
parti qu'on doit prendre, c'est de faire enfermer le chien sous ses
yeux, afin de s'assurer s'il est enrag, ou s'il ne l'est pas.

. 184. Il n'est plus ncessaire aujourd'hui de montrer l'horreur, la
barbarie & le crime de cette mthode, qui touffoit, il n'y a pas si
long-tems, les malades entre les couvertures. Elle est prohibe dans
plusieurs pays, & sans doute, elle seroit punie, au moins elle devroit
l'tre, dans ceux mme o elle ne l'est pas encore.

Une autre barbarie, dont il faut esprer aussi qu'on ne verra plus
d'exemples, c'est l'abandon de ces misrables, sans aucun secours:
abandon odieux, lors mme qu'on n'auroit pas d'esprance de les sauver,
& qui seroit criminel aujourd'hui, qu'on peut leur donner des secours
efficaces. Je le ritere, les malades n'ont trs souvent aucune envie de
mordre: lors mme qu'ils sont ports  cela, ils craignent de le faire,
& avertissent qu'on s'loigne d'eux; ainsi il n'y a aucun danger 
courir, ou lorsqu'il y en a, il est trs ais de le prvenir par
quelques prcautions.




CHAPITRE XIII.

_De la petite Vrole._


. 185. La petite vrole est la plus gnrale de toutes les maladies,
puisque de cent personnes il n'y en a que quatre ou cinq qui en soient
exemptes. Il est vrai, que si elle attaque tout le monde, elle n'attaque
qu'une fois; & quand on l'a eue, on en est  l'abri pour toujours: c'est
en mme tems une des plus meurtrieres; & si elle est souvent la plus
douce des maladies, elle est d'autres fois la plus horrible aprs la
peste. Il est dmontr, qu'en combinant les ravages des mauvaises & des
bnignes, cette maladie tue la septime partie de ceux qu'elle attaque.

. 186. On l'a ordinairement tant encore jeune. Il est rare qu'elle
n'attaque qu'une personne dans un endroit. Le plus souvent elle est
pidmique, & saisit une grande partie de ceux qui ne l'ont pas eue.
Elle finit au bout de quelques semaines ou de quelques mois, & ne
reparot dans le mme endroit, qu'au bout de quatre, cinq, ou six ans.

. 187. Le mal s'annonce souvent, trois ou quatre jours avant la fievre,
par un lger abattement, moins de vivacit, de gaiet; une facilit 
suer, moins d'aptit, le visage un peu chang, les yeux battus.
Cependant chez les enfans d'un tempramment lent & phlgmatique, j'ai vu
qu'une lgere agitation dans le sang, avant que le frisson et paru,
leur donnoit une vivacit, une gaiet, & un coloris qu'ils n'avoient
jamais eu. Il survient des alternatives de froid & de chaud, & enfin un
frisson bien marqu, qui dure une, deux, trois, quatre heures, & qui est
suivi d'une chaleur trs forte, accompagne de maux de tte, de maux de
reins, & de vomissemens, ou au moins d'envie de vomir. Cet tat dure
pendant quelques heures; la fievre diminue un peu, par une sueur qui est
quelquefois trs abondante; le malade se trouve mieux, mais cependant
accabl, engourdi, trs dgot, avec mal de tte & de reins, & un
penchant au sommeil, sur-tout s'il est jeune. La fievre ne finit pas
entierement; & au bout de quelques heures, ordinairement sur le soir,
elle reparot avec tous ses accidens, & se termine de la mme faon. Cet
tat dure trois ou quatre jours; au bout de ce tems, rarement plus tard,
les premiers boutons paroissent parmi la sueur qui termine le
redoublement. J'ai ordinairement vu les premiers au visage, ensuite aux
mains,  l'avant-bras, au col, au haut de la poitrine. Ds que cette
ruption est commence, la fievre finit presqu'entierement. L'on
continue  transpirer; le nombre des boutons augmente, & il en vient au
dos, aux flancs, au ventre, aux cuisses, aux jambes & aux pieds;
quelquefois mme il en pousse abondamment sous la plante des pieds, o,
en grossissant, ils occasionnent frquemment de trs grandes douleurs, 
cause de la duret de la surpeau dans cette partie.

Souvent le premier & le second jour de l'ruption, il y a encore un trs
leger mouvement de fievre sur le soir, vers la fin duquel il sort
beaucoup de boutons. Quand la fivre finit entierement aprs la premiere
ruption, l'on ne doit pas attendre une petite vrole abondante; car si
l'ruption est ou doit tre trs abondante, la fievre ne cesse pas
tout--fait, mais il en reste toujours un peu, & elle redouble tous les
soirs. Les boutons naissans sont une trs petite tache rouge assez
ressemblante  la morsure d'une puce, mais marque au milieu d'un petit
point blanc lev, qui grossit peu  peu, & la rougeur s'tend au tour.
Ils deviennent plus blancs  mesure qu'ils grossissent, & ordinairement
le sixieme jour aprs leur sortie ils sont  leur plus haut point de
grandeur, & remplis de pus. Il y en a qui sont aussi gros qu'un pois, &
mme plus; mais ce n'est pas le plus grand nombre. Ds ce moment ils
commencent  jaunir, schent & tombent en cailles brunes dix ou onze
jours aprs leur sortie. Comme ils sont venus en diffrens tems, ils
mrissent, schent & tombent ingalement. Le visage est quelquefois net
pendant qu'il y a encore des boutons qui ne sont pas mrs aux jambes;
ceux surtout de la plante des pieds durent trs long-tems.

. 188. La peau est ncessairement tendue par les boutons, & ds qu'il y
en une certaine quantit, tous les intervalles sont rouges, luisans, &
la peau trs enfle. Le visage est la premiere partie qui enfle,
parceque c'est celle o les boutons sont parvenus le plutt  leur
grosseur, & l'enflure est quelquefois si considrable qu'il est
monstrueux, aussi-bien que le col & les yeux, qui sont absolument
ferms. Le visage dsenfle  proportion que le desschement se fait, &
alors les mains enflent prodigieusement, ensuite les jambes, parceque le
gonflement est la suite du plus haut dgr de la grosseur des boutons, &
que ce degr a lieu successivement dans ces diffrentes parties.

. 189. Quand on a beaucoup de boutons, la fivre se releve dans le tems
de la suppuration, & cela n'est point tonnant, un seul furoncle ou clou
donne la fievre; comment des centaines ou des milliers de ces petits
abcs ne la donneroient-ils pas? Et cette fivre est le priode le plus
dangereux de la maladie, ce qui tombe entre le neuvieme & le treizieme
jour; car plusieurs circonstances varient le tems de la maturit. Le
malade  cette poque a de la chaleur, de la soif, des douleurs, de la
peine  trouver une attitude favorable. Si le mal est considrable, il
ne dort point, il a des rveries, de l'oppression, de l'assoupissement;
& quand il meurt, il meurt suffoqu ou lthargique, souvent tous les
deux  la fois. Le pouls, dans cette fivre, est quelquefois d'une
vtesse tonnante, & l'enflre des poignets fait qu'il parot dans
quelques sujets trs petit. Le tems du plus grand danger, c'est quand le
visage, la tte, le col sont extrmement enfls. Ds que ces parties
commencent  dsenfler, que les crotes du visage commencent  scher, &
que la peau se fltrit, le pouls devient un peu moins frquent, & le
danger diminue. Quand il n'y a que trs peu de boutons, cette seconde
fivre est si legere, qu'il faut tre attentif pour s'en appercevoir, &
elle n'est pas dangereuse.

. 190. Outre tous ces symptmes, il y en a quelques autres qui
demandent aussi beaucoup d'attention. L'un, c'est le mal de gorge, dont
plusieurs malades sont atteints ds que la fivre est un peu forte. Il
dure deux ou trois jours, & gne quand on veut avaler; & mme quand la
maladie est extrmement grave, il en empche absolument. On l'attribue
ordinairement aux boutons qui poussent dans la gorge. C'est une erreur,
& ces boutons sont presque toujours une chimere. Il nat le plus souvent
avant le temps de l'ruption. Si le mal est leger, il finit quand elle
est faite; & quand il reparot dans le courant de la maladie, il est
toujours proportionn au dgr de la fivre; ainsi il ne dpend point
des boutons, mais de l'inflammation, & s'il est de dure, il est presque
toujours suivi du second symptme, qui est la salivation, c'est--dire
le crachement d'une grande quantit de salive. Elle a rarement lieu,
quand la maladie est trs legere, ou le malade trs jeune; elle manque
rarement quand la maladie est considrable, & que le malade a plus de
sept ou huit ans. Elle est prodigieuse quand la petite vrole est trs
abondante & le malade adulte. Dans ce cas elle est continuelle, elle ne
laisse aucun repos au malade & l'incommode  l'excs, d'autant plus
qu'au bout de quelques jours les lvres, l'intrieur des joues, la
langue, le palais sont entirement corchs. Quelqu'incommode que soit
cette vacuation, elle est trs salutaire. Les petits enfans y sont
moins sujets, quelques-uns en change ont la diarrhe; mais j'ai vu que
cette vacuation est beaucoup plus rare chez eux, que la salivation chez
les adultes.

Les enfans jusqu' l'ge de cinq ou six ans, sont sujets aux convulsions
avant la sortie des boutons; elles ne sont point dangereuses,  moins
qu'elles ne soient accompagnes d'autres symptmes violens & fcheux.
Celles qui surviennent, ou quand l'ruption dja faite rentre
tout--coup, ou dans le tems de la fievre de suppuration, sont beaucoup
plus  craindre. Il survient souvent des saignemens de nez, les premiers
jours de la maladie, qui sont extrmement utiles, & qui diminuent
ordinairement le mal de tte. Les petits enfans y sont moins sujets; ils
en ont cependant quelquefois, & j'ai v des assoupissemens considrables
finir d'abord aprs le saignement.

. 191. L'on distingue ordinairement la petite vrole en deux especes,
la confluente & la discrette, & cette division est dans la nature. Mais
comme le traitement de l'une, est le mme que celui de l'autre, & qu'il
ne faut que proportionner la dose des remedes au danger, pour ne pas
entrer dans des dtails trop longs & trop difficiles  saisir pour la
plpart des lecteurs, aussi bien que tout ce qui regarde les petites
vroles malignes; je me bornerai  la description que j'ai donne, qui
contient les symptmes essentiels communs  l'une &  l'autre espece. Je
me contente d'ajouter que l'on doit s'attendre  une petite vrole trs
abondante, si ds le commencement le malade est attaqu brusquement par
plusieurs symptmes violens, sur-tout si les yeux sont extrmement vifs,
les vomissemens continus, les maux de reins forts, & s'il a en mme-tems
beaucoup d'angoisse & d'inquitudes, si les enfans ont beaucoup
d'assoupissement, si l'ruption se fait ds le troisieme jour,
quelquefois mme ds le second; car plus l'ruption est prompte dans
cette maladie, plus la maladie est dangereuse. Au contraire, plus
l'ruption est tardive & mieux c'est,  moins que ce retard ne ft caus
par une trs grande foiblesse.

. 192. La maladie est quelquefois si legere, que l'ruption se fait
presque sans qu'on ait souponn que l'enfant ft malade, & la suite
rpond au commencement. Les boutons passent, grossissent, suppurent &
mrissent sans que le malade garde le lit, dorme moins, & ait moins
d'apptit. Il est trs commun dans les campagnes de voir des enfans, &
ce n'est presque que les enfans qui l'ont si legere, passer en plein air
tout le tems de leur maladie, courant & mangeant comme en sant. Ceux
mmes qui l'ont eue un peu plus grave, sortent ordinairement ds que
l'ruption est entierement finie, & se livrent sans mnagement  la
voracit de leur apptit. Nonobstant ce peu de soin, plusieurs se
gurissent parfaitement; mais ce n'est cependant point un exemple qu'on
doive suivre, parcequ'un grand nombre prouve des suites trs fcheuses,
& l'on m'a amen une foule de ces enfans, qui, aprs avoir eu de ces
petites vroles heureuses mais mal soignes, toient tombs dans des
infirmits de diffrentes especes, qu'il est trs difficile de dtruire.

. 193. C'est encore ici une de ces maladies dont le mauvais traitement,
& sur-tout l'envie de faire suer, a augment le danger pendant
long-tems, & l'augmente encore parmi le peuple, sur-tout dans les
campagnes. L'on voit que l'ruption se fait pendant que le malade sue, &
qu'il se trouve mieux quand l'ruption est faite; l'on conclut qu'en
htant cette ruption, l'on contribue au soulagement du malade, & l'on
imagine qu'en augmentant la quantit de la sueur & des boutons, le sang
se dpure mieux de tout le venin. Ce sont des erreurs funestes dont de
tristes exemples prouvent tous les jours le danger. Quand le venin a
pass dans le sang, il faut un certain tems pour qu'il produise son
effet; alors le sang tant gt par le venin qui y est entr & par celui
qui s'est form, la nature fait effort pour s'en dbarrasser, et le
jetter  la peau, prcisment dans le moment o tout est dispos pour
cela. Ordinairement cet effort est suffisant, & fort souvent mme trs
violent, trs rarement trop foible. L'on voit par-l, que quand l'effort
est suffisant, il ne faut point l'augmenter par des remedes chauds, qui
le rendroient trop violent & dangereux. Quand il est dja trop violent,
l'augmenter, c'est le rendre mortel. Les cas o il est trop foible sont
trs rares, surtout dans les campagnes, & trs difficiles  juger; aussi
il faut tre trs rserv sur l'usage des remedes chauds, qui sont
meurtriers dans cette maladie. Le vin, la thriaque, la confection,
l'air chaud, les couvertures pesantes, font prir annuellement des
milliers d'enfans, qui auroient t guris si on ne leur avoit donn que
de l'eau tiede; & toutes les personnes qui s'intressent  la
conservation de ceux qui sont atteints de cette maladie, doivent
soigneusement empcher qu'ils ne fassent aucun usage de ces drogues,
qui, lors mme qu'elles ne rendent pas la maladie mortelle, la rendent
cruelle & accompagne des suites les plus funestes. Le prjug est
enracin, il se dtruira difficilement; mais je ne souhaite que de faire
ouvrir les yeux sur le succs de la mthode chaude, & sur celui de celle
que je vais proposer; le jugement alors ne restera pas long-tems
suspendu. Je dois mme dire, que j'ai trouv parmi le peuple de la ville
plus de docilit  cet gard, surtout dans la derniere pidmie, que je
n'aurois os l'esprer. Non-seulement ceux qui me consultoient ds le
commencement, observoient avec assez d'exactitude le rgime
rafraichissant que je leur conseillois; mais mme leurs voisins
l'employoient, quand leurs enfans toient attaqus, & ayant t souvent
appell aprs plusieurs jours de maladie, j'ai vu avec plaisir, dans
plusieurs maisons, qu'on n'avoit donn aucun remede chaud, & qu'on avoit
eu grand soin de rafraichir l'air. J'ai lieu d'esprer que cette mthode
sera bientt gnrale ici; & ce qui l'accreditera, c'est que cette
pidmie, quoiqu'aussi nombreuse, a t moins meurtriere que les
prcdentes.

. 194. Ds que la maladie commence, ce qu'on souponne si l'on trouve
les signes que j'ai dcrits plus haut, si le malade ne l'a pas eue, & si
elle est actuellement dans le lieu, on le met trs exactement au rgime,
. 29-42, & on lui donne soir & matin un bain de jambes tiede; c'est le
remede le plus propre  diminuer le nombre des boutons  la tte, & 
faciliter l'ruption dans le reste du corps. Les lavemens contribuent
aussi beaucoup  abattre le mal de tte, &  diminuer les envies de
vomir & les vomissemens, qui incommodent beaucoup le malade, mais qu'on
cherche trs mal--propos  arrter par la confection ou la thriaque; &
dont il est plus dangereux encore de vouloir emporter la cause, avec un
mtique ou un purgatif, qui sont des remedes pernicieux dans les
commencemens de cette maladie. Si la fievre est legere, les bains de
pieds du premier jour, & le premier lavement suffisent; alors on se
contente du rgime, & l'on peut mme au lieu des ptisanes N. 1, 2, 4,
ne donner  l'enfant que du lait coup avec les deux tiers, ou la
moiti, de th de sureau, ou de tilleul, ou mme, s'il n'a point du tout
de fievre, de melisse; enfin, s'ils craignent tous ces gouts, avec de
l'eau de fontaine. On peut joindre  cela quelques pommes cuites, &
s'ils ont faim, quelques tranches de pain; mais il ne leur faut ni
viande, ni bouillon  la viande, ni oeufs, ni vin; parcequ'une
observation ritre a prouv que les enfans, qui avoient pris de ces
nourritures, toient plus mal & se remettoient plus lentement que les
autres. L'on peut aussi  cette poque, leur donner pour toute boisson
du petit lait, dont j'ai vu souvent de trs bons effets; ou de la
battue. Quand la maladie n'est pas forte, elle se gurit parfaitement
sans aucun autre secours & sans aucun autre remede. Il faut seulement
avoir soin de purger, ds que les boutons du visage sont en partie secs,
avec le remede N. 11, & de ritrer la mme purgation six jours aprs.
Ils ne doivent manger de la viande, qu'aprs cette derniere purgation,
mais aprs la premiere on peut leur donner des legumes ou jardinages, &
du pain assez pour qu'ils ne souffrent pas de la faim.

. 195. Quand la fievre est forte, le pouls dur, le mal de tte & de
reins violens, il faut sur-le-champ faire une saigne au bras; donner
deux heures aprs un lavement, & si la fievre continue, ritrer la
saigne. J'en ai fait faire jusques  quatre les deux premiers jours, 
des gens qui n'avoient pas dix-huit ans. La saigne est surtout
ncessaire, quand avec un pouls dur & plein, il y a assoupissement ou
rveries. L'on donne, tant que la fievre est trop forte, deux, trois, &
mme quatre lavemens par jour, & deux bains de pieds. On sort le malade
du lit, & on le tient sur une chaise aussi long-tems que l'on peut. On
change souvent l'air de la chambre; & s'il est trop chaud, comme cela
arrive souvent en t, on emploie pour le rafraichir, les moyens dcrits
(. 34). Le malade ne boit que des ptisanes N. 2, ou 4; & si cela ne
modre pas suffisamment la fievre, on donne la potion N. 10. Aprs
l'ruption, la fievre tant moins forte, on diminue la quantit des
secours, & mme si elle cessoit entierement, on se conduiroit comme .
194.

. 196. Quand aprs quelques jours de calme, la suppuration renouvelle
la fievre, il faut,  la saigne & aux bains de pieds prs, se conduire
comme dans le . prcdent. L'on doit surtout avoir soin d'entretenir le
ventre trs libre; pour cela, on peut mettre dans les lavemens une once
de catholicon, ou simplement les faire de petit lait, avec du miel, de
l'huile & du sel. Donner trois fois par jour dans la matine,  deux
heures de distance l'un de l'autre, trois verres de la ptisane N. 31.
Purger de deux jours l'un avec la potion N. 22: mais ce jour-l on ne
prendra pas celle N. 31. Prodiguer, si le mal est violent, le remede
N. 10. Sortir le malade du lit, & le tenir lev, dans une chambre bien
aire, jour & nuit jusques  ce que la fievre ait baiss. Plusieurs
personnes s'tonneront de ce conseil; cependant c'est celui qui m'a paru
souvent le plus efficace, & sans lequel les autres sont inutiles.
Comment dormira le malade, dira-t-on? Il n'est pas ncessaire qu'il
dorme  cette poque; au contraire, le sommeil lui nuiroit: d'ailleurs
il ne peut pas dormir; la salivation qui est continuelle l'en empche, &
il est trs important de l'entretenir; on la facilite en injectant
souvent dans la gorge de l'eau mielle. Il est aussi trs utile d'en
injecter dans les narines, & de les ntoyer souvent des croutes qui s'y
amassent. Ces attentions diminuent non-seulement le mal-aise du malade,
mais elles contribuent mme trs efficacement  la gurison. Si le
visage & le col sont fort enfls, on met des cataplasmes molliens  la
plante des pieds; & si cela ne suffit pas, l'on y applique des
sinapismes N. 35. Ils occasionnent quelquefois des douleurs excessives
 la plante des pieds; mais  mesure que ces douleurs augmentent, la
tte & le col se dgagent.

. 197. Les paupieres s'enflent, quand la maladie est grave, au point de
couvrir les yeux qui restent ferms pendant plusieurs jours. Il ne faut
rien faire que de les arroser souvent avec un peu de lait & d'eau tiede.
Ces prcautions qu'on prend de les frotter avec du safran, une piece
d'or, de l'eau rose, sont aussi inutiles que puriles. Ce qui contribue
le plus  prvenir la rougeur des yeux, aprs la maladie, & en gnral
toutes les autres suites, c'est de se contenter, pendant long tems, de
trs peu d'alimens, & surtout de ne prendre ni viande ni vin. Dans les
petites vroles mauvaises, & chez les petits enfans, les yeux se ferment
ds le commencement de l'ruption.

. 198. Un secours extrmement efficace, & qui n'avoit t employ
pendant long-tems que comme un moyen de conserver le visage, mais qui a
les plus grandes influences sur la conservation de la vie, c'est
d'ouvrir les boutons, non-seulement au visage, mais par tout le corps.
En les ouvrant trs soigneusement au visage, premierement, on prvient
le sjour du pus, & par l on empche qu'il ne ronge, & ne laisse des
cicatrices, des creux profonds, ou d'autres dfigurations de cette
espece; en second lieu, en donnant ainsi issue au venin, l'on empche
qu'il ne repasse dans le sang, & par-l on enleve une des grandes causes
du danger, & l'on dtend la peau; l'enflure du visage, celle du col,
diminuent  mesure qu'on ouvre, & l'on facilite ainsi le retour du sang
du cerveau; ce qui est un avantage trs grand. Il faut ouvrir
successivement par tout,  mesure que les boutons sont mrs. Le moment
de le faire, c'est quand ils sont tout--fait blancs, qu'ils commencent
 jaunir tant soit peu, & que le cercle rouge qui les entoure a
entierement pli. On ouvre avec des ciseaux trs pointus, ce qui n'est
absolument point douloureux pour le malade; & quand on en a coup une
certaine quantit, on applique plusieurs fois une ponge trempe dans
l'eau tiede, pour enlever ce pus qui se forme aisment en croutes. Mais
comme les boutons vuids se remplissent aisment, il faut ritrer
l'ouverture au bout de quelques heures, & y revenir quelquefois cinq ou
six fois de suite. Ces soins parotront minutieux, & ne deviendront sans
doute jamais une pratique gnrale, mais je rpete qu'ils sont beaucoup
plus importans qu'on ne l'imagine, & que dans une fievre de suppuration
fort grave, une ouverture gnrale, exacte, & ritre, est le remede le
plus efficace, parcequ'elle te les deux causes du danger, qui sont le
pus & la tension de la peau.

. 199. Je n'ai point parl, dans le traitement, des remedes anodins ou
propres  faire dormir, qu'on emploie gnralement, mais que je
n'emploie presque jamais, & dont j'ai prouv tout le danger, dans cette
mme lettre  M. HALLER, dont j'ai dja parl: ainsi par-tout o l'on
n'a point de Mdecin, on doit viter avec le plus grand soin, la
thriaque, le laudanum, le syrop de pavot blanc, celui mme de pavot
rouge, celui de karab, les pilules de styrax ou de cynoglosse, en un
mot tout ce qui peut faire dormir. On doit sur-tout les bannir
absolument dans le tems de la seconde fievre, pendant laquelle le
sommeil mme naturel est dangereux. Un cas dans lequel il est permis
quelquefois de les employer, c'est pour les enfans foibles ou sujets aux
convulsions, chez lesquels l'ruption se fait avec peine; mais, je le
rpete, il faut tre circonspect dans l'usage de ces remedes, qui sont
mortels, quand les vaisseaux sont pleins, quand il y a de
l'inflammation, de la fievre, quand la peau est tendue, quand le malade
a des rveries, ou de l'oppression, & quand il convient que le ventre
soit libre, que les urines coulent abondamment, & qu'on salive beaucoup.

. 200. Si l'ruption commence rentroit tout--coup, il faudroit bien
se garder de donner des remedes sudorifiques, chauds, spiritueux,
volatils; mais il faut donner beaucoup du remede N. 12, qu'on boira
chaudement, et appliquer des vsicatoires aux gras des jambes. Ce cas
est fcheux, & les diffrentes circonstances qui l'accompagnent, peuvent
exiger quelques secours, dans le dtail desquels je ne puis pas entrer
ici. Quelquefois une saigne fait reparotre l'ruption sur le champ.

. 201. La meilleure prparation, pour disposer les enfans  avoir
heureuse cette maladie, c'est d'empcher qu'ils ne mangent trop, &
sur-tout de ne leur donner que peu de viande, point de sal, & point de
vin.

. 202. Le seul moyen sr d'en loigner tout le danger, c'est de
l'inoculer: mais ce moyen salutaire, qu'on doit regarder comme une grace
particuliere de la Providence, ne peut tre  l'usage du peuple, que
dans les pays o l'on a fond des hpitaux pour l'inoculation.




CHAPITRE XIV.

_De la Rougeole._


. 203. La rougeole,  laquelle les hommes sont aussi gnralement
assujetis qu' la petite vrole, est une maladie -peu-prs de la mme
espece, mais moins meurtriere, quoique dans quelques pays elle fasse
d'assez grands ravages. Dans celui-ci, l'on meurt plus rarement de la
maladie, que de ses suites.

Quelquefois il y a en mme tems pidmie de petite vrole & de rougeole
dans le mme endroit; plus souvent cependant, j'ai vu qu'elles rgnoient
dans des annes diffrentes. Il arrive aussi, que les deux maladies se
mlent, & l'une survient  l'autre avant qu'elle soit finie; ce qui est
dangereux.

. 204. Chez quelques malades, le mal s'annonce plusieurs jours 
l'avance, par une petite toux frquente & seche, sans aucun autre mal.
Plus ordinairement elle s'annonce par un mal-aise gnral, des
alternatives de frissons & de chaleur, un mal de tte violent chez les
adultes, un assoupissement chez les enfans, un mal de gorge trs fort,
&, ce qui caractrise la maladie, une rougeur & une chaleur
considrables dans les yeux, accompagnes d'un gonflement des paupieres,
d'un coulement de larmes extrmement cres, & d'une si grande
sensibilit, qu'ils ne peuvent pas soutenir la lumiere; des ternmens
trs frquens, & un coulement par le nez, de la mme matiere qui coule
des yeux. La chaleur & la fievre augmentent, le malade a de la toux, de
l'oppression, de l'angoisse, des envies de vomir continuelles, de
violentes douleurs dans les reins; quelquefois la diarrhe, & alors les
vomissemens sont moins considrables. D'autres fois un peu de sueur,
mais moins abondamment que dans la petite vrole; la langue est blanche,
la soif est souvent ardente; les accidens sont gnralement plus
violens, qu'avant les petites vroles bnignes. Enfin le quatrime, ou
le cinquime jour, quelquefois sur la fin du troisime, l'ruption se
fait trs promptement, & trs abondamment sur tout le visage, qui, dans
peu d'heures, est couvert de taches, donc chacune ressemble  une
morsure de puce, mais d'un rouge plus fonc, & dont plusieurs se
runissant, forment des plaques rouges, plus ou moins larges; & qui
enflammant la peau, produisent une enflre sensible au visage,
quelquefois mme les yeux sont ferms. Chaque petite tache est un peu
leve, sur tout au visage, o l'on s'en apperoit  l'oeil & au doigt.
Dans le reste du corps, cette lvation n'est presque sensible que par
la rudesse qu'elle donne  la peau. Aprs avoir commenc par le visage,
l'ruption se continue sur la poitrine, le dos, les bras, les cuisses,
les jambes. Elle est ordinairement trs abondante sur la poitrine & sur
le dos; il arrive mme quelquefois, qu'on trouve des plaques rouges sur
la poitrine, avant qu'il se soit fait aucune ruption sur le visage. Le
malade a souvent, comme dans les petites vroles, des saignemens de nez
abondans, qui emportent le mal de tte, d'yeux & de gorge.

Quand la maladie est fort douce, presque tous les accidens diminuent
aprs l'ruption, comme dans la petite vrole; mais ordinairement le
changement en bien, n'est pas aussi sensible que dans cette premiere
maladie. Les vomissemens cessent, il est vrai, presqu'entierement, mais
la fievre, la toux, le mal de tte continuent; & j'ai vu quelquefois,
qu'un vomissement de matieres bilieuses, un ou deux jours aprs
l'ruption, soulageoit beaucoup plus que l'ruption mme. Le troisime
ou le quatrime jour de l'ruption, la rougeur diminue, les taches ou
boutons se desschent, & tombent en petites cailles; la peau mme
intermdiaire tombe de la mme maniere, & se trouve remplace par une
nouvelle, qui s'est forme dessous. Le neuvime jour, quand la maladie
est alle vite; le onzime, quand elle a t fort lente, il ne reste
aucun vestige de rougeur, & la peau est d'abord trs bien racommode.

. 205. Mais le malade n'est pas guri,  moins que pendant le tems de
la maladie, ou d'abord aprs, il n'ait eu quelqu'vacuation
considrable, comme les vomissemens dont j'ai parl tout  l'heure, ou
une diarrhe bilieuse, ou des urines, ou des sueurs abondantes; car,
quand il survient quelqu'une de ces vacuations, la fievre disparot, le
malade reprend des forces, & se gurit entierement. Quelquefois aussi,
sans aucune de ces vacuations, la transpiration insensible dissipe les
restes du venin, & le malade se porte trs bien; mais d'autres fois, ce
venin, s'il ne s'vacue pas entierement, se jette sur le poulmon, y
produit une lgere inflammation; l'oppression, la toux, l'angoisse, la
fievre reviennent, & le malade est dans un grand danger. Souvent l'orage
est moins violent; mais il est long, & il reste des toux trs
opinitres, qui ont plusieurs caracteres de coqueluches. En 1758, il y
eut ici une pidmie de rougeoles extrmement nombreuse: presque tous
ceux qui l'eurent, & qui ne furent pas extrmement bien soigns, eurent
aussi cette toux, qui toit trs forte & trs rebelle.

. 206. Quoique ce soit-l la marche de la maladie abandonne 
elle-mme, ou mal soigne, & sur-tout traite par un rgime chaud; quand
on a soin de modrer la fievre dans les commencemens, de dlayer, &
d'entretenir les vacuations, ces mauvaises suites sont extrmement
rares.

. 207. La faon de traiter cette maladie est la mme que pour la petite
vrole. 1. Si la fievre est forte, le pouls dur, l'oppression violente,
tous les symptomes graves, on fait une ou deux saignes. 2. L'on donne
des lavemens & des bains de jambes; la violence du mal en regle la
quantit. 3. Les ptisanes N. 2 ou 4, ou un th de sureau ou de tilleul,
auquel on mle une cinquime partie de lait. 4. Les parfums d'eau
chaude. 5. Ds que les rougeurs commencent  plir, on purge avec la
potion N. 22. 6. On tient le malade au rgime, aprs cette purgation,
encore une couple de jours, & ensuite on le met  celui des
convalescens. 7. S'il survient, dans le tems que l'ruption doit se
faire, des accidens semblables  ceux qui surviennent dans la petite
vrole, on y remdie de la mme maniere.

. 208. Quand on n'a pas suivi cette mthode, & que les accidens dcrits
. 205 surviennent, il faut traiter la maladie comme une inflammation
commenante, & faire tout ce qui vient d'tre dit . 207. Si le mal
n'est pas violent, l'on peut se passer de la saigne. S'il y a long-tems
qu'il dure dans des enfans gras, chargs d'humeurs, lents, ples, il
faut joindre aux mmes secours, sans saignes, la potion N. 8, & les
vsicatoires aux jambes.

. 209. Il arrive souvent que l'loignement des secours les fait
ngliger, & il se forme une vritable suppuration dans le poulmon, avec
une fievre lente. J'ai vu plusieurs enfans dans des villages, prir de
cette faon. Alors cet tat est de la mme nature que celui dcrit . 63
& 77, & finit de mme, souvent par une diarrhe trs peu douloureuse, &
quelquefois puante, qui emmene la malade. Dans ces cas il faut employer
tous les secours prescrits . 70, art. 2, 3, 4, la poudre N. 14, le
lait & l'exercice. Mais il est si difficile de faire prendre la poudre
aux enfans, qu'il faut quelquefois se borner au lait, & j'ai vu souvent
que dans ces cas il oproit seul des gurisons trs difficiles.
J'avertis que jamais il n'opere aussi efficacement que quand on le prend
seul sans aucun autre aliment, & qu'il est trs important de ne lui en
associer aucun qui ait le plus petit dgr d'aigreur. Les personnes
aises peuvent prendre en mme-tems avec succs pour leur boisson, les
eaux de Passy, de Forges, de Selter, ou quelques autres trs legeres, &
qui n'ont que trs peu de minral. On les emploie galement avec succs
dans tous les cas dans lesquels la cure dont je parle est ncessaire.

. 210. Quelquefois il reste une toux fort sche, avec beaucoup de
chaleur dans la poitrine & dans tout le corps, de l'altration, la
langue sche & la peau aussi extrmement sche. J'ai guri cet tat, en
faisant respirer la vapeur d'eau chaude, en faisant prendre des bains
tiedes, & en ne donnant, pendant plusieurs jours, que de l'eau & du
lait.

Je ritre, avant que de finir, que le venin de la rougeole est
extrmement cre. Il parot avoir quelque rapport avec l'humeur
bilieuse, qui produit les rsipelles, & par-l mme cette maladie
demande des soins, sans quoi il est  craindre qu'elle n'ait des suites
fcheuses. J'ai vu depuis peu une jeune fille qui avoit un peu langui
depuis une rougeole essuye il y a trois ans, & chez laquelle il avoit
enfin form une ulcration au col; le lait coup avec la salse pareille
l'a rtablie.

. 211. L'on a inocul la rougeole dans les pas o elle est trs
mauvaise, & cette mthode auroit aussi de grands avantages dans
celui-ci; mais il en est comme de l'inoculation de la petite vrole,
elle ne peut tre utile au peuple qu'au moyen d'un hpital.




CHAPITRE XV.

_De la Fivre ardente, ou chaude._


. 212. Presque toutes les maladies dont j'ai parl jusqu' prsent,
sont produites par l'inflammation du sang, jointe  l'inflammation
particuliere de quelque partie, ou  quelque venin qui doit s'vacuer.
Quand le sang s'enflamme sans qu'il y ait aucune partie particulierement
attaque, il produit cette fivre, qu'on appelle fivre ardente ou
chaude.

. 213. Les signes qui la font connotre sont la duret du pouls & sa
plnitude plus considrables dans cette maladie que dans aucune autre,
une chaleur trs forte, une grande soif, une scheresse extraordinaire
des yeux, des narines, des lvres, de la langue, de la gorge, un violent
mal de tte, & quelquefois des rveries dans le tems du redoublement,
qui est considrable tous les soirs; la respiration un peu gne,
sur-tout dans le tems du redoublement, avec une toux de tems en tems,
sans point dans la poitrine & sans crachats, le ventre resserr, les
urines rouges chaudes, peu abondantes; quelques tressaillemens ou
soubresauts, surtout quand le malade s'endort, peu ou point de bon
sommeil, mais presque toujours une espece d'assoupissement qui rend les
malades assez peu sensibles  ce qui se passe au tour d'eux &  leur
propre tat; quelquefois un peu de sueur, mais  l'ordinaire la peau
trs sche; de la foiblesse; peu ou point de got & d'odorat.

. 214. Cette maladie est produite comme toutes les maladies
inflammatoires par les causes qui paississent le sang & en augmentent
le mouvement, comme l'excs du travail, la trop grande chaleur, les
veilles, l'abus du vin ou des liqueurs, un air trop long-tems sec, des
excs en tout genre, des alimens chauffans.

. 215. L'on doit mettre d'abord le malade au rgime . 29, & mme ne
donner des alimens que de huit en huit heures, & quelquefois mme
seulement deux fois par jour. L'on pourroit dans les cas graves s'en
passer tout--fait. L'on ritere les saignes jusqu' ce que le pouls
s'amollisse. La premiere doit tre considrable. On en fait une seconde
quatre heures aprs. Si le pouls s'amollit, on peut suspendre & n'y
revenir que quand il prendroit assez de duret pour faire craindre de
nouveau le danger; mais s'il continue  tre fort & dur, on fait dans le
mme jour la troisieme saigne, qui souvent est la derniere. On donne
deux & mme trois lavemens par jour N. 5. On baigne deux fois par jour
les jambes dans l'eau tide; on lave en mme-tems les mains avec la mme
eau; on met des linges ou des flanelles trempes dedans, sur la poitrine
& sur le ventre, & l'on fait boire trs rgulirement le lait d'amande
N. 4, & la ptisane N. 7; le pauvre peut se tenir  cette derniere,
mais il faut en boire prodigieusement. Aprs les saignes, l'air frais &
la quantit de boisson font le salut du malade. Si aprs les saignes,
la fivre continuoit  tre trs forte, il faut l'abattre en donnant de
la potion N. 10, une tasse toutes les heures, jusqu' ce qu'elle ait
diminu, & ensuite de trois en trois heures, jusqu' ce qu'elle soit
trs modre.

. 216. Il survient souvent dans cette maladie des saignemens de nez,
qui sont trs salutaires. Les premiers signes d'amandement sont
l'amollissement du pouls, qui ne perd cependant tout--fait sa duret,
que quand la maladie est entirement termine; la diminution du mal de
tte, l'augmentation des urines, la diminution dans leur rougeur, un
commencement d'humidit sur la langue. Tous ces signes favorables vont
en augmentant, & entre le neuf & le quatorze il survient ordinairement
souvent aprs quelques heures d'orages, des selles beaucoup plus
abondantes, une grande quantit d'urine qui dpose un sdiment d'un
blanc roux au-dessus duquel l'urine reste trs claire & d'une couleur
naturelle, & des sueurs plus ou moins abondantes. En mme-tems les
narines & la bouche s'humectent; cette crote sche & brune qui couvroit
la langue & que rien ne pouvoit enlever, se dissipe d'elle mme. Le got
revient, la soif diminue, la clart des ides renat, l'assoupissement
se dissipe, le sommeil & les forces reviennent. A cette poque il faut
donner la potion N. 22, & mettre le malade au rgime des convalescens.
On peut au bout de huit ou dix jours redonner la mme potion. Chez
quelques malades, les urines ne dposent jamais; mais ils gurissent
trs bien sans cela.

. 217. On juge que le mal empire, si le pouls reste dur & perd sa
force, si le cerveau est plus embarrass, la respiration plus gne; les
yeux, le nez, les lvres, la langue plus secs, la voix plus change. Si
 ces symptmes se joignent le gonflement du ventre, la diminution des
urines, un dlire continuel, l'angoisse, l'garement des yeux, le mal
est presque desespr, le malade n'a plus que quelques heures  vivre,
quand ses mains & ses doigts sont continuellement en mouvement, comme
pour chercher quelque chose sur ses draps; c'est ce qu'on appelle
_chasser aux mouches_.




CHAPITRE XVI.

_Des Fivres putrides._


. 218. Aprs avoir parl des maladies fivreuses qui dpendent de
l'inflammation du sang, je parlerai de celles que produisent les
matieres corrompues qui croupissent dans l'estomac, dans les boyaux,
dans les visceres du bas ventre, ou qui ont dja pass dans le sang, &
qu'on appelle fivres putrides, ou quelquefois fivres bilieuses, quand
la bile parot avoir le plus de part  la maladie.

. 219. Cette maladie s'annonce souvent plusieurs jours  l'avance par
un grand abattement, une pesanteur de tte, des douleurs de reins & de
genoux, la bouche mauvaise le matin, peu d'apptit, un sommeil inquiet;
quelquefois un mal de tte excessif pendant plusieurs jours, sans aucun
autre symptme. Ensuite il survient un frisson suivi d'une chaleur cre
& sche, le pouls qui est petit & vte pendant le frisson, s'leve
pendant la chaleur, & est souvent trs fort, mais il n'a pas la mme
duret que dans les maladies prcdentes,  moins que la fivre putride
ne soit complique avec une fivre inflammatoire; ce qui arrive
quelquefois. Pendant ce tems-l le mal de tte est ordinairement trs
violent, le malade a presque toujours des nauses, & mme quelquefois
des vomissemens; de l'altration, des rapports dsagrables, la bouche
amere; il urine peu. Cette chaleur dure plusieurs heures, souvent toute
la nuit; elle diminue un peu le matin; & le pouls, toujours fivreux,
l'est alors un peu moins; le malade souffre moins; mais il est trs
abattu.

La langue est blanche, sale, les dents se salissent, l'haleine a une
mauvaise odeur. La couleur, la qualit, & la consistence des urines
varient beaucoup. Quelques malades sont resserrs, d'autres font
frquemment de petites selles, qui ne les soulagent point. La peau est
quelquefois seche, d'autres fois il y a de sa transpiration, mais qui ne
fait aucun bien. La fievre redouble tous les jours, & souvent  des
heures irrgulieres. Outre le grand redoublement qu'on observe chez tous
les malades, il y en a souvent des petits chez quelques-uns.

. 220. Quand le mal est abandonn  lui-mme, ou mal soign, ou plus
fort que les remedes, ce qui n'est pas rare, la fievre augmente, les
redoublemens deviennent plus longs, plus frquens, irrguliers; il n'y a
point de bons momens; le ventre se tend comme un ballon, ce qu'on
appelle metorisme; les rveries surviennent; le malade ne sent plus ses
besoins, & se salit dans son lit; il refuse les secours, parle
continuellement, il a le pouls vite, petit, irregulier. Il parot
quelquefois de petites taches, d'un brun livide, sur la peau, surtout du
col, du dos, & de la poitrine. Toutes les matieres qui sortent du corps
du malade, ont une odeur trs puante; il survient des mouvemens
convulsifs, surtout au visage; il ne se couche que sur le dos, & tombe
insensiblement vers les pieds du lit; _il chasse aux mouches_. Le pouls
devient si petit & si vite, qu'on ne peut qu' peine le sentir, & point
le compter. L'angoisse parot inexprimable; il coule une sueur de
dtresse; la poitrine s'emplit, & l'on meurt misrablement.

. 221. Quand la maladie est moins violente, ou qu'elle est bien
traite, & que les remedes russissent; le mal reste quelques jours dans
l'tat dcrit (. 219) sans empirer & sans diminuer; alors il ne
survient aucun des symptomes (. 220); mais au contraire tous les
symptomes diminuent. Les redoublemens sont moins longs, & moins violens;
le mal de tte plus supportable; les selles sont moins frquentes, plus
abondantes & soulagent; les urines coulent abondamment, quoiqu'elles
continuent  varier; il revient un peu de sommeil, & il est plus
tranquille; la langue se ntoie, & chaque jour la sant revient.

. 222. Cette maladie n'a pas de terme fixe, ni pour gurir ni pour
tuer. Quand elle est trs violente, ou mal conduite, elle tue
quelquefois le neuvieme jour. Souvent l'on en meurt du dix-huitieme au
vingtieme; quelquefois seulement environ le quarantieme, aprs avoir eu
des alternatives de mieux & de pire. La maladie, quand elle est legere,
est quelquefois gurie au bout de peu de jours, aprs les premieres
vacuations. Il y a des malades qui ne sont hors de danger qu'au bout de
six semaines, & mme pltard; mais il est vrai que ces maladies si
longues, dpendent souvent, en grande partie, du traitement; &
qu'ordinairement le cours en doit tre dcid entre le quatorzieme & le
trentieme jour.

. 223. Pour gurir les fievres de cette espece, 1. S'il y a
inflammation, ce qu'on connot par la force & la duret du pouls & par
le temperamment du malade, s'il est fort & robuste, ou s'il est chauff
par quelqu'une des causes marques (. 214), il faut faire une saigne,
& mme, s'il est ncessaire, une seconde quelques heures aprs. Mais
j'avertis que trs souvent il n'y a point d'inflammation, & qu'alors la
saigne seroit nuisible. 2. On _met le malade au rgime_ (. 29-42), &
quoiqu'il ait le ventre libre, quelquefois mme un peu de diarrhe, il
faut galement donner tous les jours un lavement. La boisson ordinaire
est de la limonade, ou la ptisane N. 3. 3. Quand il a bu, deux jours,
abondamment de cette ptisane, s'il a encore la bouche trs mauvaise & de
fortes envies de vomir, on lui donne la poudre N. 33, dlaye dans un
demi pot d'eau tiede, dont il boit un verre tous les demi
quarts-d'heure. Mais comme ce remede fait vomir, il ne faut le prendre
que quand on est sr qu'il n'y a aucune circonstance qui doive en
empcher l'usage; ces circonstances seront indiques dans le chapitre
des remedes de prcaution . 441 & suiv. Si, ds les premiers verres, le
malade commenoit  vomir abondamment, on ne lui en donneroit plus &
l'on se contenteroit de lui faire boire, une trs grande quantit d'eau
tiede. S'il ne vomit pas, ou s'il ne vomit que peu, on continue. Ceux
qui craindroient ce remede, qui est ce qu'on appelle ordinairement
l'mtique, pourroient prendre celui N. 34 en buvant aussi beaucoup
d'eau tiede, quand il opreroit; mais le premier est  prfrer dans les
cas graves. L'on ne doit au reste jamais employer ni l'un ni l'autre
quand il y a inflammation; ce seroit alors donner un vrai poison; & mme
si la fievre est trs forte, quoique sans inflammation, l'on ne doit pas
s'en servir. Le moment de les placer, c'est aprs le redoublement, quand
la fivre a beaucoup baiss. Ordinairement aprs avoir fait vomir, le
remde N. 33 purge; le N. 34 opre plus rarement cet effet. Ds que
les vomissemens ont fini, on recommence la ptisane, & il faut bien se
garder de donner du bouillon au malade, sous prtexte qu'il est purg.
Les jours suivans on continue comme les premiers; mais comme il est
important de tenir le ventre libre, il faut prendre tous les jours la
ptisane N. 31. Ceux pour qui elle seroit trop dispendieuse, y
suppleront en mettant tous les jours le quart de la poudre N. 33, dans
cinq ou six tasses d'eau, dont ils prendroient une tasse toutes les deux
heures, en commenant de grand matin. Mais si la fivre toit trs
forte, le N. 31 doit tre prfr. 4. Aprs l'effet de l'mtique, si
la fivre continue, si les selles restent puantes, si le ventre est un
peu tendu, si les urines ne coulent pas abondamment, il faut donner, de
deux en deux heures, une tasse de la potion N. 10, qui arrte la
putridit & abbat la fivre. Quand le mal est trs pressant, on peut en
donner toutes les heures. 5. Quand malgr ces secours, la fivre
continue, & que le cerveau n'est pas net, que le malade a de violens
maux de tte ou de l'inquitude, il faut mettre au gras des jambes les
empltres vsicatoires N. 35, & les laisser suppurer le plus long-tems
qu'il sera possible. 6. Quand la fivre est trs forte, il faut
absolument retrancher toute nourriture. 7. Quand on ne peut pas donner
l'mtique, l'on doit donner le matin, deux jours de suite, trois prises
de la poudre N. 23,  une heure de distance l'une de l'autre: ce remede
procure quelques selles bilieuses qui abbattent beaucoup la fivre &
diminuent considrablement la violence de tout le reste de la maladie.
On l'emploie avec succs dans les cas o la fivre trop forte empche
l'mtique, & l'on doit se borner  ce remede toutes les fois qu'on est
incertain si les circonstances du mal permettent le vomissement, dont on
peut d'ailleurs se passer dans un trs grand nombre de cas. 8. Quand le
mal a beaucoup diminu, que les redoublemens sont foibles & que le
malade est quelques heures sans fivre, on doit discontinuer l'usage
journalier des boissons purgatives; mais l'on continue celui de la
ptisane, & l'on fait trs bien de donner, de deux en deux jours, deux
prises de la poudre N. 23 qui prvient trs bien toutes les suites
facheuses de la maladie. 9. Si la fievre a fini pendant la plus grande
partie du jour, si la langue est bonne, si le malade a t bien purg, &
qu'il reste cependant un accs de fievre tous les jours, il faut donner
la poudre N. 14 quatre prises entre la fin d'un accs & le commencement
d'un autre: l'on continue quelques jours sur ce pied. Ceux qui ne
seroient pas en tat de se procurer ce remede, pourroient y suppler par
la boisson amere N. 36; dont ils prendroient quatre verres  distances
gales entre les accs. 10. Comme les organes qui servent  la
digestion, ont t extrmement fatigus dans cette maladie, il est trs
important de se menager long tems, pour la quantit & la qualit des
alimens; & de prendre de l'exercice ds que les forces le permettent,
sans quoi, l'on pourroit tomber dans quelque maladie de langueur.




CHAPITRE XVII.

_Des Fievres malignes._


. 224. L'on appelle fivres malignes, celles dans lesquelles le danger
est plus grand que les symptomes ne sont effrayans. Elles font du mal
sans qu'on les croie dangereuses. C'est, comme on l'a fort bien dit, un
chien qui mord sans aboyer.

. 225. Le caractere distinctif des fievres malignes, c'est la perte
totale des forces ds le commencement. Elles dpendent d'une corruption
des humeurs, qui est pernicieuse au principe des forces, dont la
destruction est prcisment la cause du peu de violence des accidens;
parcequ'aucun organe n'est plus en tat de faire une dfense vigoureuse,
contre la cause de la maladie. Si au moment o deux armes vont se
battre, on enleve  l'une presque toutes ses armes, le combat sera peu
violent, peu bruyant, horriblement meurtrier. Le spectateur, qui, sans
s'appercevoir de ce dsarmement, ne jugeroit du carnage qui se fait que
par le bruit, seroit extrmement tromp. Le nombre des morts sera
prodigieux: il l'eut t beaucoup moins, & le bruit plus grand, si les
combattans avoient t arms de part & d'autre.

. 226. Les causes de cette maladie sont: un long usage des viandes,
sans lgumes, sans fruits, sans acides; des alimens mal conditionns,
comme le pain fait avec de mauvaises graines; des viandes corrompues
(huit personnes mangerent du poisson gt; elles furent toutes attaques
d'une fievre maligne, & il en prit cinq, malgr les soins des plus
habiles Mdecins); la disette; un air trop chaud & trop humide, un air
surtout qui runit ces deux qualits; aussi ces maladies sont frquentes
dans les annes chaudes, au bord des tangs & des marais: un air
enferm, surtout s'il est habit par plusieurs personnes; un principe
singulier de corruption dans l'air; les chagrins.

. 227. Les symptomes des fievres malignes sont, je l'ai dja dit, une
perte totale des forces, sans aucune cause prcdente sensible, qui ait
pu les dtruire; en mme tems un abbattement de l'ame, qui devient
presqu'insensible  tout, & mme  la maladie; un changement prompt dans
le visage, & sur-tout dans les yeux; de petits frissons qui, en
vingt-quatre heures, se renouvellent plusieurs fois, avec de petits
accs de chaleur; quelquefois un grand mal de tte & de reins,
d'autrefois il n'y a point de douleur. Des especes de dfaillance, ds
le commencement du mal, ce qui est toujours fcheux; point de bon
sommeil, souvent un demi-assoupissement; une rverie lgere & sourde,
qui se manifeste sur-tout par l'air extraordinaire & tonn du malade,
qui parot s'occuper profondment de quelque chose, & qui ne pense 
rien. Quelques malades ont cependant des rveries violentes. Un
sentiment de pesanteur, d'autrefois de serrement dans le voisinage du
creux de l'estomac. Le malade parot avoir beaucoup d'angoisse. Il a
quelquefois de lgers mouvemens convulsifs, dans le visage, dans les
mains, & mme dans les bras & les jambes; les sens paroissent
s'engourdir. J'ai vu plusieurs malades perdre les cinq sens; &
quelques-uns ont guri. La voix s'altere, s'affoiblit; quelquefois elle
se perd entierement. Il n'est point rare de voir des malades, qui ne
voient, n'entendent, ni ne parlent. Quelques-uns ont une douleur fixe
dans quelque partie du bas-ventre. Elle dpend d'un engorgement, qui
finit souvent par la gangrene; aussi ce symptome est trs fcheux. La
langue est quelquefois trs peu change; d'autrefois, charge d'un
sdiment d'un jaune brun; plus rarement seche que dans les autres
especes de fievre; quelquefois cependant elle ressemble exactement  une
langue long-tems fume. Le ventre reste quelquefois trs mol;
d'autrefois il est tendu. Le pouls est foible; quelquefois assez
rgulier; toujours plus vite que dans l'tat naturel; quelquefois mme
trs vite; & je l'ai toujours trouv tel, quand le ventre toit tendu.
La peau n'est souvent, ni froide, ni chaude, ni seche, ni humide; elle
se couvre souvent de taches ptchiales, (ce sont de petites taches d'un
rouge livide) sur tout au col, autour des paules, au dos; d'autrefois
ce sont de plus grandes taches brunes, comme aprs des coups de bton.
Les urines sont presque toujours crues, c'est--dire, moins colores
qu' l'ordinaire. J'en ai vu qu'on ne pouvoit point  l'oeil distinguer
du lait. Il y a quelquefois une diarrhe noire & ftide, qui est
mortelle, si elle ne soulage pas. Il se forme chez quelques malades, des
ulceres livides, dans l'intrieur de la bouche & dans le palais;
d'autrefois il se fait des dpts, dans les glandes qui sont aux aines,
sous les aisselles, entre les oreilles & la machoire; ou il se forme une
gangrene dans quelque partie, aux pieds, aux mains, au dos. Les forces
se perdent entierement; le cerveau s'embarrasse tout--fait. Le malade
tendu sur son dos, meurt souvent avec des convulsions, une sueur
prodigieuse, & la poitrine embarrasse. Quelquefois ce sont des
hmorragies qui tuent: elles sont presque toujours mortelles dans cette
maladie. Il y a dans cette fievre, comme dans toutes les autres, un
redoublement le soir.

. 228. Le terme de ces maladies est, comme celui des fievres putrides,
trs irrgulier. L'on meurt quelquefois le septime ou le huitime jour;
plus ordinairement entre le douzime & le quinzime; souvent au bout de
cinq ou six semaines: cela dpend de la force de la maladie. Il y en a
dont les commencemens sont tout--fait lents, & pendant les premiers
jours, le malade, avec beaucoup de foiblesse, & un air trs chang, se
croit  peine malade.

Il en est du terme de la gurison, comme de celui de la mort. Il y a des
malades hors de danger au bout de quinze jours, & mme plutt, d'autres
seulement au bout de quelques semaines.

Les signes qui annoncent une gurison sont: un peu plus de force dans le
poulx; des urines plus cuites, moins d'abbattement & de dcouragement,
le cerveau plus net, une chaleur gale, une sueur chaude, mdiocrement
abondante, sans angoisse, le retour des sens perdus pendant la maladie,
quoique ce ne soit point un mal quand le malade devient sourd, si en
mme-tems les autres symptmes s'amandent.

Cette maladie laisse ordinairement beaucoup de foiblesse, & il faut
long-tems, avant que les malades aient repris entirement leurs forces.

. 229. Il est plus important, dans cette maladie, soit pour le malade,
soit pour les assistans, que dans aucune autre, de rafrachir & de
purifier l'air. Il faut souvent bruler du vinaigre dans la chambre, &
avoir presque toujours une fentre ouverte. La diette doit tre legere &
aigre. On peut donner du jus d'oseille; mettre du jus de citron dans les
farineux; manger des fruits aigres, comme griottes, groseilles, merises,
& pour ceux qui sont en tat, citrons, oranges, grenades. L'on doit
aussi changer les linges le plus souvent possible. La saigne est
rarement ncessaire, & les exceptions ne peuvent tre dtermines
srement qu'en voyant le malade. Les lavemens sont souvent trs peu
ncessaires, quelquefois dangereux. La boisson ordinaire doit tre une
ptisane d'orge rendue aigre avec l'esprit acide N. 10, dont on met deux
gros sur une pinte, ou de la limonade. Il est important d'vacuer les
premieres voies, o il y a ordinairement une quantit de matieres
corrompues. Pour cela l'on donne la poudre N. 34, & ordinairement,
aprs son effet, le malade est mieux au moins pendant quelques heures.
Il est trs important de donner ce remede dans les commencemens; mais
quand on l'a nglig, on peut le donner plus tard, moyennant qu'il ne
soit point survenu d'inflammation particuliere, & qu'il reste encore un
peu de force au malade. Je l'ai donn, & avec un succs marqu, le
vingtieme jour. Aprs avoir enlev par ce remde une grande partie des
matieres qui contribuent  entretenir la fivre, l'on fait prendre, de
deux jours l'un, tant que la maladie dure, quelquefois mme tous les
jours, une prise de crme de tartre & de rhubarbe N. 37. Ce remede
vacue les matieres corrompues, prvient la corruption des autres,
chasse les vers qui sont trs frquens dans ces maladies, que le malade
rend quelquefois par en haut & par en bas, & qui ont souvent beaucoup de
part aux accidens bisarres qu'on observe: enfin il fortifie les
intestins; & sans arrter les vacuations ncessaires, il modere la
diarrhe quand elle est nuisible. Si avec la diarrhe la peau est sche,
& qu'en arrtant la diarrhe on veuille aider la transpiration, on peut,
au lieu de rhubarbe, mler  la crme de tartre de l'ipecacuana N. 38,
qui, donn  petites doses & frquemment, arrte la diarrhe & chasse le
venin  la peau. Les remedes N. 37 & 38 se prennent le matin; deux
heures aprs il faut commencer la potion N. 39, & la continuer
rgulirement de trois en trois heures, jusqu' ce qu'on l'interrompe
pour redonner l'un des remedes N. 37 ou 38, & on la recommence ensuite
jusqu' ce que le malade soit beaucoup mieux. Si les forces toient
extrmement abattues, & que le malade eut des foiblesses frquentes &
des angoisses, il faudroit donner avec chaque prise de potion un bol N.
40. Si la diarrhe toit trs forte, on joindroit une ou deux fois par
jour  ce bol, vingt grains, ou la grosseur d'une petite fve de
_diascordium_; ou, si l'on n'en avoit point, de _thriaque_. Quand,
malgr ces secours, le malade reste dans son tat de foiblesse &
d'insensibilit, il faut appliquer de grands vsicatoires au gras des
jambes ou  la nuque: quelquefois mme, quand il y a beaucoup
d'assoupissement ou d'embarras de cerveau, on les met avec grand succs
sur toute la tte. On les fait suppurer abondamment; & s'ils se schent
au bout de quelques jours, on en remet d'autres. Il faut entretenir
long-tems un coulement. Ds que le mal est assez amand, pour que le
malade soit quelques heures avec trs peu ou point de fivre, il faut
profiter de cet intervalle pour donner six, ou au moins cinq prises du
remde N. 14, & ritrer la mme dose le lendemain, ce qui arrte les
accs. On continue ensuite  en donner deux doses pendant quelques
jours. Ds qu'il n'y a plus de fivre, on met le malade au rgime des
convalescens . 42; & si les forces ne reviennent pas, on lui donne avec
succs pour les rtablir plus vte, deux prises par jour, une  jeun, &
l'autre douze heures aprs, de la thriaque des pauvres N. 41, qu'il
seroit  souhaiter qu'on introduist dans toutes les apoticaireries,
comme un excellent stomachique fort  prfrer  cet gard  l'autre
thriaque, qui est une composition ridicule, chere & souvent dangereuse.
Il est vrai que celle des pauvres ne fait pas dormir; mais quand on veut
procurer du sommeil, il y a beaucoup d'autres remdes qui valent mieux
que la thriaque. Ceux qui ne craindront pas la dpense, au lieu du
remde N. 41, continueront  prendre tous les jours, pendant quelques
semaines, trois prises du N. 14.

. 230. L'on a dans les campagnes, sur le traitement de ces fivres, un
prjug qu'il faut dtruire, non-seulement parcequ'il est faux &
ridicule, mais encore parcequ'il est dangereux. L'on imagine que des
animaux peuvent attirer le venin; pour cela on met ou des poules, ou des
pigeons, ou des chats, ou des cochons de lait aux pieds ou sur la tte
du malade, aprs les avoir ouverts en vie. On les retire quelques heures
aprs corrompus & rpandans une odeur horrible; on se persuade que c'est
le venin dont ils sont chargs. C'est une erreur, ils puent non point
parcequ'ils ont tir le venin, mais parcequ'ils se sont pourris par
l'humidit & par la chaleur, & ils n'ont que l'odeur qu'ils auroient si
on les avoit mis dans tout autre endroit que le corps du malade,
galement chaud & humide. Bien loin d'ter le venin, ils augmentent la
corruption, & il n'y auroit qu' appliquer plusieurs de ces animaux sur
un corps sain, dans le lit, & le laisser long-tems dans cet air, pour
lui donner une fivre maligne. Dans le mme but, on attache un mouton au
pied du lit pendant plusieurs heures; ce qui n'est pas aussi dangereux,
quoique ce soit toujours un mal, parceque plus il y a d'animaux dans la
chambre, plutt l'air est corrompu, mais cela est tout aussi peu sens.
Il est bien certain que les animaux qui environnent le malade, respirent
le venin qui sort de son corps; mais ils n'en font pas sortir: au
contraire, en contribuant aussi  corrompre l'air, ils augmentent la
maladie. Du faux principe, on tire une fausse consquence; l'on dit que
si le mouton meurt, le malade gurira: ordinairement le mouton ne meurt
pas, & quelquefois cependant le malade gurit, d'autrefois ils meurent
tous les deux.

. 231. Souvent la cause qui produit les fivres malignes, s'allie avec
d'autres maladies, & en augmente extrmement le danger: elle se mle,
par exemple, avec le venin de la petite vrole & celui de la rougeole.
On le connot par la runion des accidens qui caractrisent la malignit
avec les symptmes de ces maladies. Ces cas sont extrmement dangereux;
ils demandent toute l'attention d'un Mdecin, & il n'est pas possible
d'en prescrire ici le traitement, qui dpend, en gnral, de la
combinaison du traitement des deux maladies; mais la malignit demande
ordinairement le plus d'attention.




CHAPITRE XVIII.

_Des Fivres d'accs._


. 232. Les fivres d'accs, que le peuple appelle fivres tremblantes,
sont celles qui, aprs un accs de quelques heures, diminuent
sensiblement ainsi que les symptmes, & cessent enfin absolument, de
faon cependant que l'accs revient ensuite. Il y en a toujours
beaucoup dans tous les lieux o l'on respire un air marcageux.

. 233. Il y en a de plusieurs especes. Elles tirent leurs noms de
l'ordre dans lequel les accs reviennent. Si l'accs revient tous les
jours, c'est ou une vraie quotidienne, ou une double tierce. On peut les
distinguer l'une de l'autre, en ce que dans la quotidienne les accs
sont longs & se ressemblent tous. Elle n'est pas frquente. Dans la
double tierce ils sont moins longs, & il y en a alternativement un plus
leger & un plus fort. Dans la fivre tierce, les accs reviennent de
deux jours l'un. Dans la quarte, seulement le quatrieme jour, & le
malade a deux jours de bons. Les autres especes sont trs rares. J'ai vu
une vritable quinte; & une vritable septimane, qui revenoit tous les
dimanches.

. 234. Le premier accs de fivre intermittente, attaque souvent dans
le tems qu'on se croit le mieux portant. D'autres fois, il est prcd
par un sentiment de froid & d'engourdissement, qui dure quelques jours
avant que l'accs se dclare. Il commence par des billemens, des
lassitudes, une foiblesse, des froids, des frissons, des tremblemens;
par la pleur des extrmits, par des nauses, & quelquefois par un
vomissement. Le pouls est vte, foible & petit, & la soif assez grande.

Au bout d'une heure ou deux, rarement trois ou quatre, il survient une
chaleur qui augmente insensiblement, & devient extrme. Alors le corps
devient rouge, l'anxit diminue, le pouls est plus fort & plus grand,
la soif est excessive, le malade se plaint d'un mal de tte violent &
d'une douleur dans tous les membres, enfin l'on tombe dans une sueur
gnrale de quelques heures. Tous les symptmes, dont on vient de
parler, diminuent, & souvent le sommeil survient. Aprs ce sommeil, le
malade se rveille souvent sans fivre; il ne lui reste alors qu'une
lassitude & de la foiblesse. Quelquefois le pouls, entre les accs, est
dans son tat naturel, souvent il reste un peu plus vte qu'en sant, &
ne reprend sa premiere lenteur que quelques jours aprs le dernier
accs. Un des symptmes qui caractrise le plus particulierement les
fivres d'accs, c'est la nature des urines que le malade rend sur la
fin de l'accs. Elles sont rougetres, & elles dposent un sdiment qui
ressemble exactement  de la brique pile. Quelquefois elles sont
cumeuses, & il se forme au-dessus une pellicule qui s'attache aux cts
du verre.

. 235. La dure de chaque accs n'est point fixe, elle varie suivant
l'espece de la fivre & plusieurs autres circonstances. L'accs revient
quelquefois prcisment  la mme heure; d'autre fois chaque accs
avance d'une, deux, trois heures; quelquefois ils retardent d'autant.
L'on a cru remarquer que les fivres dont les accs anticipoient, se
terminoient plutt que les autres; mais ce n'est point une rgle
gnrale.

. 236. L'on distingue les fivres d'accs, en fivres de printems ou
d'automne. L'on appelle fivres de printems, celles qui rgnent depuis
le mois de Fvrier jusqu' la fin de Juin; fivres d'automne, celles qui
rgnent depuis le mois de Juillet jusqu'au mois de Janvier. Leurs
caracteres essentiels sont les mmes. Ce ne sont point proprement des
maladies diffrentes; mais les circonstances qui les accompagnent
mritent quelqu'attention. Les circonstances dpendent de la saison & de
la constitution des corps dans ces saisons. Les fivres de printems sont
quelquefois jointes  une disposition inflammatoire; parceque c'est la
disposition des corps dans ce tems l; & comme tous les jours la saison
devient plus favorable, elles sont ordinairement assez courtes. Celles
d'automne sont souvent mles d'un principe de putridit, & comme la
saison devient fcheuse, elles sont plus opinitres.

. 237. Les fivres d'automne commencent trs rarement en Juillet,
beaucoup plus souvent en Aot, & leur longueur a rpandu cette frayeur
qu'on a des fivres qui commencent dans ce mois; mais le prjug a cru
que leur danger venoit des influences du mois d'Aot: c'est une
misrable erreur, il vaut mieux qu'elles commencent en Aot que dans les
mois suivans, parcequ'elles sont d'autant plus opinitres, qu'elles
paroissent pltard. Ces fivres s'annoncent quelquefois comme des
fivres putrides, & ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'elles se
rglent en fivres d'accs; mais il n'y a pas de danger  s'y tromper, &
 employer le traitement marqu pour les fivres putrides. Le sdiment
couleur de brique, & sur-tout la pellicule au-dessus des urines, sont
ordinaires dans les fivres d'automne, & manquent souvent dans celles de
printems. Dans celles-ci les urines sont d'ordinaire moins rouges, &
tirent plutt sur le jaune; il se forme dans le milieu une espece de
nuage. Elles dposent un sdiment blanc, qui est d'un bon augure.

. 238. Ordinairement les fivres d'accs ne sont pas mortelles. Celles
de printems se dissipent mme souvent sans aucun remede aprs quelques
accs. Il n'en est pas de mme de celles d'automne, qui durent trs
long-tems, & mme quelquefois jusqu'au printems, si on les laisse sans
remede, ou si on ne les traite pas bien. Les fivres quartes sont
toujours plus rebelles que les tierces; ce sont celles que les malades
gardent quelquefois pendant des annes. Dans les pays marcageux, quand
on a la fivre, non-seulement elle est trs longue, mais elle a de
frquentes rcidives.

. 239. Quelques accs de fievre ne sont pas extrmement nuisibles. Il
arrive mme quelquefois, qu'ils produisent quelque changement favorable
dans la sant, & dtruisent quelques maladies de langueur. Mais on se
trompe en les regardant gnralement comme salutaires. S'ils durent
long-tems, s'ils sont longs & violens, ils affoiblissent tout le corps,
ils drangent toutes les fonctions, & surtout les digestions; ils
rendent les humeurs cres, & jettent dans plusieurs maladies chroniques,
entre autres la jaunisse, l'hydropisie, l'asthme, & les fivres lentes.
Quelquefois les vieillards et les gens trs foibles meurent dans
l'accs; & c'est toujours dans le tems du froid.

. 240. L'on a un remede immanquable pour la guerison de ces fivres;
c'est le _Kina_ ou _Kinkina_; ainsi l'on est toujours sr de les
dissiper, & il n'y a de difficult que celle de savoir, s'il n'y a point
d'autre cause de maladie complique avec la fievre. S'il y en a, il faut
les dtruire par leurs remedes particuliers.

. 241. Dans les fivres de printems, si les accs ne sont pas violens,
si le malade est bien entre les accs, que son apptit, ses forces, son
sommeil, ne se perdent pas, il ne faut rien faire du tout, que mettre le
malade _au rgime des convalescens_. . 42, 45. C'est celui qui convient
dans toutes les fievres d'accs; parceque si on les mettoit au rgime
des maladies aiges, on les affoibliroit inutilement; & si l'on ne
retranchoit rien de leurs alimens, comme il ne se fait point de
digestion pendant tout le tems de l'accs, & que l'estomac est toujours
un peu affoibli, il se formeroit des crudits qui entretiendroient la
fivre. L'on doit ne point prendre d'alimens solides au moins deux
heures avant l'accs. Si la fivre revient, aprs le sixieme ou le
septieme, & que le malade ne paroisse avoir aucun besoin de purger, ce
qu'on apprendra  connotre dans le chapitre des remedes de prcaution
. 416, on lui donne le quinquina, qui est la poudre N. 14. Si la
fivre est quotidienne, ou double tierce, on en donne trois quarts
d'once, ou six prises, entre deux accs; & comme l'on n'a que dix ou
douze, tout au plus quatorze ou quinze heures, il ne faut mettre qu'une
heure & demie d'intervalle entre chaque prise. On peut placer un seul
bouillon, dans tout ce tems-l, entre deux prises.

Quand la fivre est tierce, il faut en donner une once, ou huit prises.
On en prend une de trois en trois heures. Quand elle est quarte, j'en
donne une once & demie de la mme faon. Il est inutile de vouloir
arrter les accs avec de moindres doses. C'est en les donnant trop
petites qu'on choue si souvent, & l'on croit le remede inutile; au lieu
qu'il ne l'est que par la faute de ceux qui l'emploient. Il faut que la
derniere prise soit donne deux heures avant l'accs.

Souvent aprs ces doses de kina, l'accs manque; mais soit qu'il manque,
ou qu'il revienne, il faut aprs que son tems est pass, en redonner la
mme quantit, qui emporte certainement le second accs. On continue
ensuite, pendant six jours, de donner la moiti de cette dose, entre le
tems qu'auroient rempli ces accs, s'ils toient venus; & pendant tout
ce tems-l le malade prend le plus d'exercice qu'il peut.

. 242. Si les accs sont trs forts, le mal de tte trs violent, le
visage rouge, le pouls plein & dur; s'il y a de la toux; si lors mme
que l'accs est pass, le pouls conserve de la duret; si les urines
sont ardentes, la langue fort seche, il faut saigner & faire boire
beaucoup de ptisane d'orge N. 3. Ces deux remedes mettent ordinairement
dans l'tat dcrit . 241. L'on peut donner, dans un jour libre, trois
ou quatre prises de la poudre N. 23. & ensuite l'on abandonne la
maladie pendant quelques accs. Si elle ne finit pas, on vient au
quinquina.

Si le malade, hors mme des accs, avoit la bouche mauvaise, du dgot,
des maux de reins, des douleurs de genou; on pourroit le purger, avant
que de lui donner le quinquina, avec la poudre N. 21 ou la potion N.
22.

. 243. Dans les fivres d'automne, si elles s'annoncent continues
-peu-prs comme les fivres putrides, on fait prendre abondamment de la
ptisane d'orge N. 3; & au bout de deux ou trois jours, si les signes
d'embarras dans l'estomac continuent, on donne le remede N. 33 ou celui
N. 34[14]. Aprs ce remede si les signes de putridit continuent
encore, on purge avec plusieurs prises de la poudre N. 23, ou, les gens
robustes, avec celle N. 21; & quand la fivre est tout--fait regle,
on donne le quinquina comme . 241. Mais comme les fivres d'automne
sont plus opinitres, aprs l'avoir discontinu huit jours, quoiqu'il ne
soit revenu aucun accs, il faut le redonner encore pendant huit autres
jours, trois prises par jour; surtout si la fivre toit quarte; & mme
dans cette espece, je l'ai souvent fait prendre six fois, de huit en
huit jours. Le peuple aura de la peine  se soumettre  cette cure, qui
est couteuse par le prix du quinquina; mais je n'ai pas cru que cela dt
m'empcher de l'indiquer comme la seule qui soit certaine, car rien ne
peut remplacer le quinquina; c'est le seul remede sr, c'est le seul
innocent dans tous les cas. L'on a t imbu pendant long-tems de
prjugs contraires. L'on croyoit qu'il gtoit l'estomac; & pour
prvenir cela, on donnoit  manger une heure aprs. Bien loin de gter
l'estomac, c'est le remede du monde qui le fortifie & le rtablit le
mieux; & c'est une coutume nuisible, quand on est oblig de le donner
souvent, que de manger une heure aprs. L'on croyoit qu'il laissoit des
obstructions, & qu'il conduisoit  l'hydropisie. Ce qui obstrue &
conduit  l'hydropisie, c'est la longueur de la fivre. Non-seulement le
quinquina empche ce malheur, mais lorsqu'il est arriv, parcequ'on ne
s'en est pas servi, son usage gurit cette maladie. En un mot, s'il y a
quelque maladie jointe  la fivre, quelquefois cela empche l'effet du
quinquina sans le rendre nuisible. Mais quand la fievre est seule, il a
toujours fait, & fera toujours, tout le bien possible. Je parlerai
ailleurs des moyens qui peuvent y suppler quoiqu'imparfaitement.

  [14] Voyez, . 223, les cas dans lesquels on doit employer ce second
    remede, prfrablement au premier.

. 244. Ds qu'on a commenc le quinquina, il faut bien se garder de se
purger, la purgation redonneroit la fivre.

. 245. La saigne n'est jamais, ou presque jamais, ncessaire dans la
fivre quarte, qui attaque en automne plutt qu'au printems; & avec des
symptmes de putridit, plutt que d'inflammation.

. 246. Le malade doit, une couple d'heures avant que l'accs commence,
boire tous les quarts d'heures, un petit verre tiede, de th de sureau,
adouci avec du miel, & se promener doucement; cela le dispose  un peu
de moiteur, qui rend le froid, & par l mme, tout l'accs plus doux. Il
continue la mme boisson pendant tout le tems du froid; & quand la
chaleur est venue, il peut, ou la continuer, ou lui substituer celle N.
2, qui est plus rafraichissante; mais il n'est plus ncessaire de boire
tiede; il suffit de ne pas boire trop froid. Quand la sueur est finie,
on essuie bien le malade, & il peut se lever. Si l'accs toit fort
long, on pourroit donner, pendant la sueur, un peu de gruau, ou quelque
autre aliment semblable . 35.

. 247. Quelquefois la premiere dose, & mme les premieres doses de
quinquina purgent. Ce n'est pas un mal; mais, pendant qu'il purge, il
n'arrte ordinairement pas la fivre; ainsi il faut regarder ces doses
comme perdues  cet gard, & en redonner d'autres, qui cessent de
purger, & arrtent les accs. Si la diarrhe continuoit, on le
suspendroit un jour, pour donner un demi quart d'once de rhubarbe;
ensuite on le recommenceroit; & si la diarrhe persistoit, on mleroit 
chaque prise de quinquina, quinze grains de thiraque. Mais ce n'est que
dans ce cas qu'on doit le mler; toutes les autres choses auxquelles on
l'associe affoiblissent sa vertu.

. 248. Avant que l'on connt l'usage du quinquina, l'on se servoit des
autres amers, qui ont aussi beaucoup de qualits. L'on trouvera N. 42,
trois remedes de cette espece, qui sont trs bons, & dont j'ai souvent
prouv l'efficacit; mais d'autres fois, j'ai t oblig de les
abandonner pour venir au quinquina. La limaille de fer, qui entre dans
la composition N. 42, est trs febrifuge dans certains cas. J'ai guri
avec ce remede, au milieu de l'hiver 1753, d'une fivre quarte, un
malade que je n'avois pas p dterminer  prendre du quinquina. Il est
vrai qu'il toit extrmement docile pour le rgime; & au plus fort de
l'hiver, il montoit tous les jours  cheval, & prenoit d'autres
exercices en plein air, jusques  ce qu'il comment  transpirer
abondamment.

. 249. Un autre moyen ais dont je me suis servi souvent, avec un
succs entier, contre les fivres tierces; mais qui ne m'a russi que
deux fois dans les quartes; c'est de faire suer abondamment le malade,
dans le tems que l'accs doit venir. Pour cela il boit, trois ou quatre
heures avant l'accs, l'infusion de sureau miele, & une heure avant le
moment du frisson il se met au lit, & on lui donne, aussi chaud qu'il
peut le boire, le remede N. 43. J'en ai aussi guri quelques-unes, &
tierces & quartes, en 1751 & 1752, en donnant de quatre en quatre heures
entre les accs, la poudre N. 44; mais outre qu'elle m'a manqu
plusieurs fois, & qu'elle ne gurissoit point aussi promptement, elle
affoiblissoit les malades; elle leur drangeoit l'estomac; & deux fois,
quoiqu'elle et guri la fivre, je fus oblig de recourir au quinquina,
pour rtablir entirement la sant. Mais comme ces moyens sont peu
coteux & russissent souvent, j'ai cru devoir les indiquer.

. 250. L'on vante une quantit d'autres remdes pour les fivres. Aucun
n'est aussi efficace que ceux que je viens d'indiquer. Plusieurs sont
dangereux; ainsi il est prudent de ne pas s'en servir. Un quinquina
choisi & fraichement prpar, est fort  prfrer.

. 251. J'ai vu souvent des paysans qui avoient une fivre d'accs
depuis plusieurs mois, & qui avoient employ beaucoup de mauvais
remedes, & n'avoient observ aucun rgime. Je me suis trs bien trouv
de leur donner le remede N. 33 ou 34; & ensuite, pendant quelques
jours, celui N. 37; aprs cela on leur donne le quinquina (voyez .
241); ou les autres fbrifuges (voyez . 248, 249), aprs quoi on les
met, pendant quelque tems,  l'usage de la thriaque des pauvres (voyez
. 229), afin de rtablir les digestions qui sont tout--fait dranges.

. 252. Il y a quelques fivres d'accs, qu'on appelle _pernicieuses_,
dont chaque accs est accompagn des plus violens symptmes: le pouls
est petit & irrgulier; le malade excessivement abattu, s'vanouissant
frquemment, ayant des angoisses inexprimables, des convulsions, un
assoupissement profond, un dlire continuel, des envies d'aller  la
selle ou d'uriner, continues & inutiles. Le mal est trs pressant; le
malade peut mourir ds le troisieme accs, & passe rarement le sixieme,
s'il n'est pas bien conduit. Il n'y a pas un moment  perdre; & il n'y a
qu'un parti  prendre, c'est de lui donner incessamment le quinquina,
comme . 241, afin de supprimer les accs suivans.

. 253. La mme cause qui produit ces fivres d'accs, occasionne
souvent des maladies qui reviennent priodiquement  la mme heure, sans
frisson, sans chaleur, & souvent sans vitesse dans le pouls: ces maux
suivent presque toujours l'ordre des fivres quotidiennes, ou tierces;
plus rarement celui des quartes. J'ai vu des vomissemens & des envies de
vomir trs violentes avec une angoisse inexprimable, des oppressions
trs fortes, des coliques les plus cruelles, des palpitations
effrayantes, des maux de dents excessifs, des maux de tte, & trs
frquemment des douleurs inouies sur un oeil, la paupiere, le sourcil &
la temple du mme ct, avec une rougeur de l'oeil & un larmoiement
continuel. J'ai mme vu deux fois un gonflement si prodigieux, que
l'oeil sortoit de plus d'un pouce de la tte couvert par la paupiere,
qui elle-mme toit extrmement enfle. Tous ces maux commencent trs
rgulirement  une certaine heure, durent  peu prs le tems d'un
accs, & finissent sans aucune vacuation sensible, pour revenir
prcisment  pareille heure le lendemain ou le surlendemain. Il n'y a
qu'un remede; c'est le quinquina donn comme . 241. Rien ne soulage
pendant l'accs, & tous les remedes, except le quinquina, n'arrtent
point le mal. J'ai guri avec ce remede, de ces maux, & sur-tout de ceux
des yeux qui sont trs frequens, qui duroient depuis plusieurs semaines,
& pour lesquels on avoit employ inutilement saignes, purgatifs, bains,
eaux & une foule d'autres remedes. Si l'on donne une dose suffisante, le
premier accs est trs leger; le second manque, & je n'ai point vu de
rechute comme quand il y a eu de la fivre.

. 254. Dans les endroits o la nature de l'air rend ces fivres
frquentes, l'on doit brler souvent dans les chambres, sur-tout dans
celles o l'on couche, quelques herbes ou quelques bois aromatiques,
mcher tous les jours des grains de genivre, & employer pour boisson
une infusion fermente de cette mme graine. Ces deux remedes sont d'une
trs grande efficacit pour raccommoder les estomacs les plus foibles,
pour prvenir les obstructions, & pour entretenir la transpiration; &
comme ce sont-l les causes qui entretiennent le plus opinitrement ces
fivres, rien n'en prservera plus srement que ces secours, qui sont si
faciles.




CHAPITRE XIX.

_Des Ersipelles. Piquures d'Animaux._


. 255. L'rsipelle, que le peuple appelle _le violet_, est quelquefois
une maladie trs legere, qui parot sur la peau, sans que le malade ait
eu aucune indisposition. Elle attaque ordinairement le visage, ou les
jambes. La peau se tend, devient rude & rouge; mais la rougeur
disparot, si l'on presse avec le doigt, & reparot ds qu'on le retire.
Le malade sent dans la partie une chaleur brlante qui l'inquiette, &
quelquefois l'empche de dormir. Le mal augmente pendant deux ou trois
jours, reste dans son plus haut priode un jour ou deux, & diminue. La
peau malade tombe en grosses cailles, & tout est fini.

. 256. D'autrefois c'est une maladie plus grave, qui commence par un
frisson trs fort, suivi d'une chaleur brlante, d'un mal de tte
violent, de maux de coeur ou envies de vomir, qui ne cessent que quand
l'rsipelle parot, ce qui n'arrive quelquefois que le second, ou mme
le troisieme jour. Alors la fivre diminue & les maux de coeur
finissent, mais souvent il reste un peu de fivre & du dgot pendant
tout le tems que l'rsipelle augmente. Quand elle attaque le visage, le
mal de tte continue, jusqu' ce qu'elle soit sur son dclin, la
paupiere se gonfle, l'oeil se ferme, le malade n'a aucun moment de
tranquillit. Souvent le mal passe d'une joue  l'autre, & se rpand
successivement sur le front, le col, la nuque; alors la maladie dure
plus long-tems qu' l'ordinaire. Souvent mme, si la maladie est forte,
la fivre subsiste, le cerveau s'engorge, le malade rve, son tat est
trs dangereux, et quelquefois s'il n'est pas trs bien secouru il
succombe, sur-tout quand l'ge se joint  la maladie. Une rsipelle
trs forte sur le col, occasionne une esquinancie qui peut tre trs
fcheuse.

Quand elle attaque la jambe, toute la jambe enfle, & l'irritation se
communique mme  la cuisse. Ds que l'rsipelle est un peu forte, elle
est couverte de petites pustules, pleines d'une eau claire, comme celles
qui surviennent  une brlure, qui ensuite schent & s'caillent. J'ai
vu quelquefois, sur-tout quand l'rsipelle attaquoit le visage, que
l'humeur qui sortoit de ces pustules, toit extrmement visqueuse &
formoit des crotes paisses qui ressembloient presque aux crotes de
lait des petits enfans, & restoient plusieurs jours avant que de tomber.
Quand l'rsipelle est violente, elle dure quelquefois huit, dix, douze
jours dans le mme tat, & enfin elle se dissipe par une sueur
abondante, qui est quelquefois annonce par un mal-aise accompagn de
frisson & d'un peu d'angoisse qui dure quelques heures. Pendant tout le
tems de la maladie, toute la peau est trs sche, & mme l'intrieur de
la bouche.

. 257. Il est rare que l'rsipelle suppure. Quand cela arrive, c'est
toujours une mauvaise suppuration qui dgnere en ulcere; mais il y a
quelquefois des pidmies d'rsipelles malignes qui se gangrennent
aisment.

. 258. L'rsipelle change souvent de place; elle se retire
tout--coup: le malade est mal  son aise; il a des envies de vomir, de
l'angoisse; l'rsipelle reparot ailleurs, & il est gueri. Mais si au
lieu de reparotre sur une autre partie de la peau, l'humeur se jette
sur le cerveau ou la poitrine; le malade prit en peu d'heures, & ces
changemens funestes arrivent quelquefois sans qu'il soit possible de
l'attribuer  aucune erreur du malade ou du Mdecin. Quand le transport
se fait sur le cerveau, le malade tombe d'abord dans les rveries avec
un visage allum & des yeux trs vifs; il devient bien-tt phrntique,
& meurt lthargique. Si le poulmon est attaqu, l'oppression,
l'angoisse, la chaleur sont inexprimables. L'humeur se jette aussi sur
la gorge, & produit une esquinancie promptement mortelle.

. 259. Il y a des personnes pour qui l'rsipelle est une maladie
habituelle. Si elle attaque souvent le visage, c'est ordinairement le
mme ct, & l'oeil en est  la fin considrablement affoibli.

. 260. L'rsipelle dpend de deux causes; d'une humeur cre &
ordinairement bilieuse, rpandue dans le sang, & de ce que cette humeur
ne s'vacue pas bien par la transpiration.

. 261. Quand le mal est lger, tel qu'il est dcrit . 255, il suffit
d'entretenir une transpiration abondante, sans chauffer. Il n'y a rien
de tel dans ces cas-l, que le rgime & un usage abondant de nitre & de
sureau. Ainsi l'on se prive de viande, d'oeufs & de vin; l'on vit d'un
peu de lgumes & de fruits; l'on boit beaucoup d'infusion de sureau, &
l'on prend, de trois en trois heures, demi gros de nitre; ou, ce qui
revient au mme, on en mle trois gros  la quantit d'infusion de
sureau qu'on peut boire dans un jour. L'on peut aussi mettre le nitre en
bol, avec de la conserve de sureau. Ces remedes entretiennent la libert
du ventre, & augmentent les urines & la transpiration.

. 262. Quand le mal est plus grave, si la fivre est trs forte, & le
pouls en mme-tems fort ou dur, il faut faire une saigne; mais dans
cette maladie, il ne faut jamais la faire abondante; il vaut mieux,
suppos qu'on n'ait pas tir assez de sang, en faire ensuite une
seconde. Aprs la saigne, _on met au rgime_ . 29; on donne des
lavemens jusqu' ce que la fivre ait diminu sensiblement, & l'on fait
boire abondamment de la ptisane N. 3. Quand la fivre a un peu diminu,
on purge avec le remede N. 22; ou en donnant tous les matins quelques
prises de crme de tartre N. 23. Il faut absolument purger pour vacuer
la bile croupissante, qui est ordinairement la cause premiere de ces
rsipelles violentes. L'on est mme quelquefois oblig, si le mal est
long, le dgot opinitre, la bouche mauvaise, la langue sale, s'il n'y
a que peu de fivre, & point de crainte d'inflammation, de donner les
remedes N. 33 ou 34, qui, par les secousses qu'ils occasionnent,
dissipent ces embarras mieux que les purgatifs.

Aprs ces vacuations, ordinairement le mal diminue, mais il faut
quelquefois y revenir le lendemain, ou le surlendemain, sur-tout si le
mal est  la tte. Les purgatifs sont le vrai remede de cette maladie,
quand elle occupe cette partie; en emportant la cause du mal, ils le
diminuent, & ils en prviennent les suites fcheuses.

Il est trs utile, quand le mal est  la tte, de baigner souvent les
jambes dans l'eau tiede. L'on peut mme appliquer  la plante des pieds
des sinapismes. J'ai vu ce remede attirer sur les jambes, au bout de
quatre heures, une rsipelle qui couvroit le nez & les yeux. Quand le
mal commence  se dissiper par la sueur, il faut l'aider par le th de
sureau & le nitre (voyez . 261). Il est utile d'entretenir la
transpiration pendant quelques jours.

. 263. Les meilleures applications qu'on puisse employer sont, 1.
l'herbe  robert (_geranium robertianum_), ou le cerfeuil, ou le persil,
ou la fleur de sureau. Souvent mme, si le mal est leger, il suffit d'y
mettre un linge fort doux, que quelques personnes poudrent de farine
sche. 2. Des flanelles trempes dans une forte dcoction de sureau, &
appliques tides, sont trs utiles dans les grandes inflammations, si
on les renouvelle souvent. J'ai soulag promptement par ce remede, il
n'y a que peu de semaines, les douleurs horribles d'un _feu saint
Antoine_, qui est une espece d'rsipelle, mais cruelle, & qui a des
caracteres singuliers. 3. L'on emploie aussi, avec grand succs,
l'empltre d'mail N. 45, & la poudre d'mail indique dans le mme N.
Les farines, cette poudre, les autres poudres vantes dans cette
maladie, conviennent surtout quand il suinte, des petites vessies, une
eau qu'il est bon d'absorber par l'application de ces poudres, sans quoi
elle pourroit corcher, & mme ulcrer la partie. Toutes les empltres
dans lesquelles il entre des graisses ou rsines, sont trs dangereuses.
Elles ont souvent produit la rentre de l'rsipelle, son ulcration, la
gangrenne. Si les personnes sujettes  cette maladie, appliquent quelque
empltre de cette espece sur la peau, lors mme qu'elle est la plus
saine, il survient d'abord une rsipelle.

. 264. Quand l'humeur d'rsipelle rentre, & se jette sur le cerveau,
sur la gorge, sur le poulmon, il faut faire une saigne, appliquer des
vsicatoires aux jambes, & faire boire abondamment du th de sureau
nitr.

. 265. Les personnes sujettes aux rsipelles habituelles qui
reviennent souvent, doivent s'imposer la loi d'viter le lait, la crme,
tous les alimens gras & visqueux, les ptes, les viandes noires, les
aromates, les vins pais & fumeux; la vie sdentaire, les passions
vives, & sur-tout la colere; &, s'il est possible, le chagrin. Elles
doivent vivre principalement d'herbages, de fruits, de choses un peu
aigres & qui tiennent le ventre libre; boire de l'eau & quelques vins
blancs legers, & sur-tout faire usage souvent de la crme de tartre. Ces
attentions sont importantes, parcequ'outre le danger de ces frquentes
rsipelles, elles dnotent un leger vice dans le foie & dans la
vsicule du fiel, qui, si on le nglige, devient enfin trs grave. Des
eaux legerement purgatives leur sont trs utiles, aussi-bien que le jus
des plantes chicoraces, & une pinte de petit lait bien clair, dont ils
feront trs bien de boire tous les matins pendant cinq ou six mois de
l't. Il est encore plus efficace, s'ils prennent en mme-tems de la
crme de tartre, & s'ils y mettent du miel.


_Piqures d'Animaux._

. 266. Comme les piqures d'Animaux produisent souvent une espece
d'rsipelle, j'en dirai un mot. Nous n'avons de serpens venimeux dans
ce pays, que les viperes. Nous n'avons point de scorpions, qui sont peu
venimeux. Les crapauds ne le sont pas. Ainsi les seules piqures
auxquelles on soit expos, sont celles d'abeilles, de gupes, de
frelons, de cousins, de demoiselles, qui quelquefois procurent beaucoup
de douleurs; une enflre & une rougeur rsipellateuses trs
considrable, qui, si elle est au visage, ferme quelquefois absolument
les yeux; de la fivre, des maux de tte, des insomnies, des maux de
coeur; & si les douleurs sont violentes, des vanouissemens & des
convulsions, sans que jamais ces accidens aient des suites funestes. Ils
passent au bout de quelques jours sans aucun secours. Mais on peut les
prvenir; ou au moins les diminuer & les abrger, 1. en retirant d'abord
l'aiguillon de l'animal, s'il est rest. 2. En appliquant
continuellement quelqu'une des applications indiques . 263, surtout
l'infusion de sureau, dans laquelle on dlaie un peu de thriaque; ou en
appliquant un cataplasme de mie de pain, de lait & de miel. 3. En
faisant prendre quelques bains de pied. 4. En diminuant les alimens,
sur-tout le soir, & en buvant de l'infusion de fleur de sureau nitre.
L'huile applique d'abord, empche quelquefois l'enflure de parotre, &
par-l prvient le mal.




CHAPITRE XX.

_Des inflammations de Poitrine, & des Pleursies fausses & bilieuses._


. 267. L'inflammation de poitrine & la pleursie qu'on appelle
bilieuses, sont la mme maladie. C'est proprement une fivre putride,
avec un engorgement du poulmon, qui est, ou sans douleur, alors on
l'appelle peripneumonie putride ou bilieuse; ou avec cette douleur de
ct qu'on nomme _point_, & on l'appelle pleursie.

. 268. Les signes qui distinguent ces maladies, des maladies
inflammatoires du mme nom, que j'ai dcrites Chap. IV & V, sont un
pouls moins dur, moins fort, plus vite, sans qu'il y ait les symptomes
qui le rendent tel mme dans les maladies inflammatoires (voyez . 46 &
85). La bouche est mauvaise & amere, la chaleur cre & seche; le malade
a un sentiment de pesanteur & de malaise, dans les environs de
l'estomac; il a le teint moins rouge, mais un peu jaune; il a l'air
dfait, les urines ressemblent  celles des fivres putrides, & non
point  celles des fivres inflammatoires. Il y a trs souvent une
petite diarrhe bilieuse & trs ftide. La peau est ordinairement trs
seche; les crachats moins pais, moins rouges, mais plus jaunes, que
dans l'espece inflammatoire.

. 269. Le traitement est le mme que celui des fivres putrides . 212.
S'il paroit y avoir un peu d'inflammation, on la dtruit par une
saigne. On donne la ptisane d'orge N. 3, & des lavemens; & ds qu'il
n'y a plus d'inflammation, la potion mtique & purgative N. 33.
Ensuite on peut repurger au bout de quelques jours, avec le remede N.
22. La poudre N. 24 russit aussi trs bien comme vomitif. Et si la
fivre devient trs forte, il faut donner beaucoup de la potion N. 10.
Ces maladies sont souvent pidmiques, comme les fivres putrides
simples. Il y en eut une nombreuse pidmie ici en 1753; & le traitement
que je viens de proposer russit trs bien. Les vsicatoires aux jambes
sont trs utiles, quand l'oppression ne diminue pas aprs les
vacuations gnrales.

. 270. La _fausse inflammation de poitrine_ est un engorgement du
poulmon, produit par des matieres extrmement tenaces, glaireuses,
adhrentes, & non point par un vrai sang inflammatoire, ou par une
humeur putride & bilieuse.

. 271. Cette maladie attaque plus au printems que dans une autre
saison. Les vieillards, les enfans foibles & mal constitus, les femmes
languissantes, les hommes foibles & particulierement ceux qui sont uss
par la boisson, sont les personnes qui en sont trs frquemment
attaques; surtout si elles ont pris peu de mouvement, pendant l'hyver;
si elles ont vcu d'alimens visqueux, farineux, gras; comme ptes,
chataignes bouillies, fromages. Toutes leurs humeurs ont pris un
caractere d'paississement visqueux; elles circulent avec peine; & quand
au printems, la chaleur ou l'exercice augmente le mouvement tout--coup,
les humeurs qui trouvent un engorgement dans le poulmon l'augmentent.
Cette partie se remplit, & le malade meurt.

. 272. L'on reconnot cette maladie, 1. quand les circonstances, dont
j'ai parl, ont prced. 2. Par les symptomes qui la prcedent. Le
malade, plusieurs jours  l'avance, a un peu de toux, une legere
oppression quand il se donne du mouvement, un peu d'inquitude,
quelquefois un peu de mauvaise humeur; le visage est plus rouge qu'il ne
devroit tre, il a du penchant au sommeil, & dort mal. 3. Quand cet tat
a dur quelques jours, il survient un frisson plus long que violent;
ensuite une chaleur peu forte, mais accompagne de beaucoup d'inquitude
& d'oppression. Le malade ne peut pas tenir au lit; il va & vient dans
la chambre quoique trs abattu; le pouls est foible & assez vite; les
urines ne sont quelquefois que peu changes; d'autres fois en petite
quantit & assez rouges; il ne tousse pas beaucoup, & ne crache qu'avec
peine. Le visage est ordinairement trs rouge & mme livide, il ne peut
ni veiller ni dormir; il a des momens de rveries; dans d'autre l'esprit
est libre. Quelquefois, surtout chez les vieillards, cet tat finit
tout--coup par un vanouissement mortel. D'autres fois l'oppression &
l'angoisse augmentent; le malade ne peut respirer qu'assis, & avec un
travail cruel; le cerveau s'embarrasse tout--fait, le pouls est trs
vite & trs petit. Cet tat dure quelques heures, & finit aussi
tout--coup.

. 273. Cette maladie est trs dangereuse; premierement, parcequ'elle
attaque des sujets dont le tempramment n'a pas de ressources: en second
lieu, parcequ'elle est prompte; car on meurt quelquefois ds le
troisieme jour, & on passe rarement le septieme: pendant que la cause du
mal demanderoit de longs secours. D'ailleurs, s'il y a des raisons pour
employer un remede, il y en a souvent d'autres qui l'empchent, & tout
ce qu'on peut faire se rduit  ceci: 1. Si le malade a encore beaucoup
de vigueur, s'il n'est pas d'un ge trop avanc, si le pouls a de la
duret, & en mme tems de la force, si le tems est sec, & que le vent du
nord domine, on doit faire une saigne raisonnable; mais si la plpart
de ces circonstances manquoient, elle seroit trs nuisible. S'il falloit
faire une regle gnrale, il vaudroit mieux bannir la saigne que de
l'employer. 2. L'on dbarrasse l'estomac & les intestins, des matieres
glaireuses qu'ils contiennent; & les remedes qui russissent le mieux,
sont le remede N. 34, quand il y a des symptomes qui indiquent un grand
besoin de vomir, ou celui N. 24, qui, aprs avoir fait vomir, purge par
les selles, fait uriner, brise les glaires qui causent la maladie, &
augmente la transpiration. Quand on craint le vomissement on donne la
potion N. 11. Il faut tre circonspect avec les vieillards; ils peuvent
mourir pendant que le remede agit. 3. L'on fait boire, ds le
commencement du mal, beaucoup de ptisane N. 25, qui est la meilleure
boisson dans cette maladie, ou de celle N. 12,  chaque livre de
laquelle on ajoute une demi dragme de nitre. 4. On donne de deux en deux
heures, une tasse de la potion N. 8. 5. L'on applique des vsicatoires
aux gras des jambes.

Quand on n'est pas sr de sa marche, il faut s'en tenir  ces trois
derniers remedes, qui ont souvent suffi dans des cas assez graves, & qui
ne peuvent point nuire.

. 274. Quand cette maladie attaque les vieillards, quoiqu'ils
gurissent en partie, cependant ils ne se remettent pas toujours
entierement; & si l'on ne prend pas des prcautions, ils tombent
aisment dans l'hydropisie de poitrine.

. 275. La _fausse pleursie_ est une maladie qui n'intresse point le
poulmon, mais seulement la peau & les muscles qui couvrent les ctes.
C'est une humeur rhumatismale, qui se jette sur ces parties, & qui, y
produisant des douleurs trs vives, qui ressemblent  celle qu'on
appelle _point_; a fait donner ce nom  la maladie. On croit
ordinairement parmi le peuple, & mme parmi beaucoup de gens d'un autre
ordre, qu'une fausse pleursie est plus dangereuse qu'une vritable;
c'est une erreur. Elle est souvent prcde d'un frisson, & presque
toujours accompagne d'un peu de fivre, d'une petite toux, & d'une
legere difficult de respirer, qui nait, aussi bien que la toux, de ce
que le malade, souffrant dans les mouvemens de la respiration, les
diminue autant qu'il peut; ce qui fait qu'il s'amasse un peu trop de
sang dans le poulmon. Mais il n'a ni l'angoisse, ni les autres symptomes
des vraies pleursies. La douleur s'tend chez quelques malades, presque
sur toute la poitrine, & jusques  la nuque. L'on ne peut pas se coucher
sur le ct malade.

Cette maladie n'a pas plus de danger qu'un rhumatisme, except dans deux
cas. 1. Quand la douleur est si forte, que le malade fait des efforts
pour ne pas respirer; ce qui produit un engorgement dans le poulmon. 2.
Quand cette humeur, comme toute autre humeur rhumatismale, se jette sur
quelque partie intrieure.

. 276. Il faut la traiter tout comme le rhumatisme (voyez . 157, 158,
159). Aprs la saigne, ou les saignes, un vsicatoire sur l'endroit
malade produit souvent un trs bon effet: c'est vritablement l'espece
de pleursie dans laquelle il convient.

. 277. Ce mal cede quelquefois  la premiere saigne, souvent il se
termine le troisieme, le quatrieme, ou le cinquieme jour, par une sueur
abondante: rarement il passe le septieme. Quelquefois il nat
tout--coup, aprs une transpiration arrte; si ds ce moment & avant
que la fivre ait paru, & ait eu le tems d'enflammer le sang; on donne
une infusion de faltran ou vulnraires de Suisse, il gurit trs
promptement, en rtablissant la transpiration. Ce sont des cas
semblables, ou celui . 91, qui ont acquis  ce remede la rputation
qu'il a contre cette maladie; rputation funeste, toutes les annes, 
plusieurs paysans, qui tromps par une fausse ressemblance, emploient
hardiment ce remede dans les vraies inflammations.




CHAPITRE XXI.

_Des Coliques._


. 278. L'on donne ordinairement le nom de colique  toutes les douleurs
qu'on sent dans le ventre. Je n'entens ici, par ce mot, que les douleurs
qui attaquent l'estomac ou les boyaux. Elles peuvent dpendre d'un trs
grand nombre de causes: & la plpart sont des maladies chroniques: plus
frquentes parmi les gens dsoeuvrs des villes, ou les artisans
sdentaires, que parmi le peuple des campagnes. Ainsi je ne parlerai que
du petit nombre d'especes, qui sont les plus communes dans les villages.
J'ai prouv plus haut, que, dans quelques maladies, on tuoit en
cherchant  faire suer. On tue dans les coliques, en voulant toujours
chasser les vents, avec des liqueurs spiritueuses.


_Colique inflammatoire._

. 279. L'espece de colique la plus violente, & la plus dangereuse,
c'est celle qui dpend de l'inflammation de l'estomac, ou des intestins.
Elle commence le plus souvent, sans frisson, par une douleur violente
dans le ventre: la douleur augmente par degrs; le pouls devient vte &
dur, le malade sent une chaleur brulante dans tout le ventre;
quelquefois il a une diarrhe aqueuse, d'autre fois il est plutt
resserr, avec des vomissemens, ce qui est trs facheux; le visage
devient rouge, le ventre se tend, on ne peut pas le toucher sans
augmenter cruellement les douleurs du malade, qui a, outre les douleurs,
une inquitude extrme. L'altration est trs grande, & la boisson
n'tanche point la soif. La douleur s'tend souvent jusques aux reins,
o elle est trs vive. Le malade urine peu; les urines sont brulantes &
rouges: il n'a pas un instant de sommeil, quelquefois il a des momens de
rveries. Si l'on n'arrte pas le mal, aprs que les douleurs sont
parvenues au plus haut point, le malade commence  se plaindre moins; le
pouls moins fort, moins dur; mais plus vte; le visage perd de sa
rougeur; bientt il plit, & le tour des yeux devient livide; le malade
tombe dans une rverie sourde; il perd entierement ses forces; le
visage, les mains, les pieds, tout le corps, except le ventre, se
refroidissent; la peau du ventre devient bleutre, il survient des
foiblesses, & le malade prit.

Quand le mal attaque l'estomac, les symptmes sont les mmes; mais la
douleur se fait sentir plus haut, au creux de l'estomac; l'on vomit
presque tout ce qu'on prend, l'angoisse est horrible, les rveries
viennent promptement. Cette maladie tue en trs peu de jours.

. 280. La seule faon de la gurir, c'est 1. de faire une trs grande
saigne du bras; elle diminue presque sur-le-champ la frocit des
douleurs, & elle calme les vomissemens; elle rend d'ailleurs les autres
remedes beaucoup plus efficaces. Souvent il faut la ritrer deux heures
aprs. 2. On donne toutes les deux heures, soit qu'il y ait diarrhe,
soit qu'il n'y en ait point, un lavement fait avec une dcoction de
mauve & de l'huile, ou avec une dcoction d'orge & de l'huile. 3. On
fait boire au malade beaucoup de lait d'amande N. 4, ou d'une ptisane
de fleurs de mauve ou de celle d'orge. 4. L'on tient continuellement sur
le ventre des flanelles trempes dans de l'eau tiede, & on les change
toutes les heures, & mme plus souvent; elles sont sches presque
d'abord. 5. Si le mal s'opinitre, on met le malade dans un bain tide,
dont j'ai vu les plus grands effets.

. 281. Cette maladie est quelquefois l'effet d'une inflammation
gnrale du sang, & elle est produite, comme les autres maladies
inflammatoires, par des travaux forcs, une grande chaleur, des alimens
ou des boissons chauffantes; mais souvent aussi elle est la suite des
autres coliques mal traites, qui n'auroient point t inflammatoires,
mais qui le deviennent, & j'ai vu nombre de fois ces coliques natre
aprs les remedes chauds (voyez-en un exemple . 154).

. 282. Il n'y a que quelques semaines, que j'avois guri une femme
d'une colique assez forte. Dix jours aprs, les douleurs revinrent
violemment dans la nuit: elle crut que ce n'toit que des vents, & prit
beaucoup d'eau de noix. Les douleurs devinrent inouies, elle me demanda
de grand matin; le pouls toit fort, vite, dur; le ventre tendu, les
reins souffroient beaucoup, les urines toient presque entierement
supprimes; elle n'en rendoit que quelques gouttes qui toient ardentes,
avec des douleurs trs fortes; elle alloit trs souvent sur la chaise,
presque pour rien. L'angoisse, la chaleur, l'altration, la scheresse
de la langue toient effrayantes; & son tat, qui toit l'effet de la
liqueur qu'elle avoit prise, me fit craindre pour elle. Une saigne de
quatorze onces calma un peu toutes les douleurs; elle prit plusieurs
lavemens, & elle but quelques pots d'orgeat en peu d'heures. Ces secours
adoucirent un peu le mal; en continuant la boisson & les lavemens, la
diarrhe diminua, le mal de reins finit, & il vint beaucoup d'urines qui
se troublerent, dposerent; & elle guerit. Je suis persuad que si la
saigne avoit t faite deux heures plus tard, la liqueur lui auroit
cot la vie. Pendant que le mal dure, il ne faut donner aucun aliment,
& l'on ne doit jamais ngliger les restes de douleurs, crainte qu'il ne
se forme une duret ou squirrhe, qui occasionneroit les maux chroniques
les plus fcheux.

. 283. On doit croire qu'il se forme un abcs dans la partie enflamme,
quand la violence des douleurs diminue, & qu'il reste une douleur
sourde, un mal-aise gnral, peu d'apptit, des frissons frquens, & que
le malade ne reprend pas les forces. L'on ne doit donner, dans ce cas;
que les boissons indiques dans ce chapitre, & quelques bouillons
farineux.

La rupture de l'abcs est quelquefois indique par une petite
dfaillance, suivie d'une cessation de pesanteur dans la partie malade,
& quand le pus s'panche dans l'intestin, le malade a quelquefois des
envies de vomir, un peu de vertige, & le pus parot dans les premieres
selles. Il reste alors un ulcere dans l'intrieur du boyau, qui peut
conduire  une fivre lente &  la mort, & que j'ai guri en faisant
vivre uniquement de lait crm, coup avec un tiers d'eau, & en
donnant, de deux jours l'un, un lavement avec parties gales d'eau & de
lait, & un peu de miel.

Quand l'abcs creve en dehors de l'intestin, & que le pus s'panche dans
le ventre, c'est un cas trs grave, qui demande des secours que je ne
puis pas dtailler ici.


_Colique bilieuse._

. 284. La colique bilieuse se manifeste par des douleurs trs aiges;
mais elle est assez rarement accompagne de fivre,  moins qu'elle
n'ait dja dur un jour ou deux. Lors mme qu'il y en a, le pouls,
quoique vte, n'est pas fort, ni trs dur; le ventre n'est ni tendu, ni
brlant, comme dans la colique prcdente; les urines coulent mieux, &
sont moins rouges; la chaleur intrieure & la soif sont assez
pressantes; la bouche est amere; les vomissemens ou la diarrhe, quand
l'un ou l'autre existent, vacuent des matieres jaunes; souvent la tte
tourne.

. 285. On gurit 1. par des lavemens de petit lait & de miel; ou, si
l'on n'a pas de petit lait, par celui du N. 5. 2. En faisant boire de
grandes quantits de ce mme petit lait, ou d'une ptisane faite avec la
racine de chiendent & un peu de jus de citron; ou, si l'on n'en a point,
un peu de vinaigre & de miel. 3. En donnant d'heure en heure une tasse
du remede N. 31; ou, si on ne l'a pas, une demi-dragme de crme de
tartre. 4. Les fomentations d'eau tide & le demi bain, sont aussi trs
favorables. 5. Si dans un sujet fort & robuste, les douleurs toient
aiges & le pouls fort tendu, il faudroit saigner, pour prvenir
l'inflammation. 6. L'on ne donnera de nourriture que quelques bouillons
d'herbes, surtout d'oseille. 7. Aprs avoir beaucoup dlay, si la
fivre ne survient pas, si la douleur continue, si les vacuations ne
sont pas considrables, il faut donner un purgatif. Celui N. 46, est
trs convenable.

. 286. Cette colique est habituelle pour plusieurs personnes; on la
prvient par l'usage habituel de la poudre N. 23, en vitant le grand
usage des viandes, les choses chaudes, les graisses & le lait.


_Coliques d'Indigestion. Indigestions._

. 287. J'appelle de ce nom toutes les coliques qui sont produites ou
par trop d'alimens pris  la fois, ou par des amas faits  la longue
chez les personnes qui ne digerent pas parfaitement, ou par des mlanges
nuisibles, comme des aigres & du lait, ou par des alimens malsains en
eux-mmes, ou mal conditionns.

On connot cette espece, par ce qui a prcd, par des douleurs qui sont
accompagnes de beaucoup de mal-aises qui viennent peu--peu, qui ne
sont pas aussi fixes que dans les especes prcdentes, qui sont sans
fivre, sans chaleur, sans altration, mais accompagnes de vertiges ou
tourdissemens, d'efforts pour vomir, de pleur plutt que de rougeur.

. 288. Elles ne sont jamais dangereuses,  moins qu'on ne les rende
telles par beaucoup de soins mal entendus. Il n'y a qu'une seule chose 
faire; c'est d'aider les vacuations par beaucoup de boisson tide. Il y
en a plusieurs galement bonnes; l'eau tide, ou pure, ou un peu sucre,
ou un peu sale, du th de fleurs de camomille peu charg, celui de
sureau, de mlisse, du th ordinaire; il importe peu lequel, pourvu
qu'on boive beaucoup. Alors les matieres s'vacuent ou par les
vomissemens, ou par une diarrhe abondante. Plus ces vacuations sont
promptes ou copieuses, plutt le malade est soulag.

Si le ventre est fort rempli, & qu'il ne se fasse pas de dbouchement,
il faut donner des lavemens avec de l'eau tiede & du sel.

L'on aide aussi le dgagement des matieres, en faisant frotter fortement
le ventre avec des linges chauds.

Quelquefois les matieres nuisent moins par leur quantit que par leur
qualit; alors le mal se dissipe sans vacuation, quand cette matiere
irritante est noye dans beaucoup d'eau. Si les douleurs commencent par
l'estomac, elles deviennent moins vives, & le malade est moins angoiss,
ds que les matieres ont pass dans les boyaux, qui sont moins
sensibles.

Aprs les vacuations abondantes & la cessation des douleurs, il reste
souvent  la bouche un got d'oeufs pourris; il faut donner quelques
prises de poudre N. 23, & beaucoup d'eau frache.

L'essentiel, c'est de ne prendre aucune nourriture, qu'on ne soit
parfaitement bien.

. 289. L'on a la fureur de donner d'abord de la confection, de la
thriaque, de l'eau d'anis, de celle de genievre, du vin rouge pour
arrter les vacuations. Il n'y a pas de pratique plus dtestable. Ces
vacuations sont la seule chose qui peut gurir le malade; les arrter,
c'est ter la planche  celui qui se noie; & si l'on russit, on le
jette dans quelque fivre putride, ou dans quelque maladie de langueur,
 moins que la nature plus sage, ne surmonte les obstacles qu'on lui
oppose, & ne renouvelle les vacuations au bout de quelques jours.

. 290. Quelquefois l'on a une indigestion, sans douleur de colique bien
marque, mais avec de violens efforts pour vomir, une angoisse
inexprimable, des dfaillances, des sueurs froides. Souvent mme le mal
ne s'annonce que par une dfaillance qui saisit le malade tout--coup:
il perd l'usage de tous ses sens; le visage est ple, dfait; il a
quelques hoquets plutt que des efforts pour vomir; ce qui, joint  la
petitesse du pouls,  ce que la respiration n'est pas embarrasse,  ce
que le mal a attaqu aprs un repas,  ce que l'on sent l'estomac tendu,
fait distinguer ce mal d'une vritable apoplexie. S'il est parvenu  ce
degr, il tue quelquefois en peu d'heures. Il faut commencer par donner
un lavement cre, avec du sel & du savon; on fait avaler, autant qu'il
est possible, d'eau sale; & si cela est inutile, on fait fondre la
poudre N. 33, dans trois tasses d'eau. On en donne d'abord la moiti;
si au bout d'un quart-d'heure elle n'opere pas, on donne le reste.
Ordinairement la connoissance commence  revenir d'abord que le malade a
commenc  vomir.


_Colique venteuse._

. 291. Tous nos alimens & toutes nos boissons contiennent beaucoup
d'air, plus cependant les uns que les autres; s'ils ne se digerent pas
assez vte, ou si la digestion en est mauvaise; ce qui fait qu'il se
dveloppe plus de cet air; s'ils en contiennent une trs grande
quantit, ou si les intestins se serrant dans quelque point de leur
longueur, empchent que cet air ne se distribue galement; ce qui fait
qu'il s'en amasse beaucoup dans quelques endroits; alors l'estomac & les
boyaux sont tendus par ces vents, & cette tension produit des douleurs
qu'on appelle colique venteuse.

Cette espece se trouve assez rarement seule; mais elle se joint souvent
aux autres especes dont elle est l'effet, & sur-tout  la prcdente, &
elle contribue beaucoup  en augmenter les symptmes. On la connot par
les causes qui ont prcd; parcequ'il n'y a ni fivre, ni chaleur, ni
altration; parceque le ventre est gros sans duret, qu'il est
ingalement gros, parcequ'il se forme des poches de vents, tantt dans
un endroit, tantt dans un autre; parcequ'en frottant le ventre du
malade, on fait remuer les vents, ce qui le soulage, & que quand il en
rend par en haut ou par en bas, il est encore plus soulag.

. 292. Quand elle est jointe  une autre, elle ne demande point de
traitement particulier; elle se dissipe par les remedes qui dissipent la
colique principale.

Quelquefois elle est seule, & elle dpend d'alimens ou de boissons
pleines d'air, comme le mot ou vin mut ou prompt, la biere, quelques
fruits, quelques lgumes. On la gurit par un lavement, en frottant le
ventre avec des linges chauds, & en buvant quelque boisson un peu
aromatique, & surtout du th de camomille, auquel on peut joindre un peu
de confection stomachique, ou mme de thriaque. Quand les douleurs ont
presque fini, si l'on n'a ni chaleur ni fivre, & si l'on sent l'estomac
affoibli, on peut alors (mais c'est presque le seul cas de colique o on
le puisse); donner un peu de vin aromatique, ou un peu de quelque
liqueur stomachique.

. 293. Quand on est sujet  de frquentes douleurs de coliques; c'est
une preuve que les digestions ne se font pas bien, & l'on doit y
remdier, sans quoi la sant se drange, & l'on tombe dans des maux
fcheux.


_Coliques aprs le froid._

. 294. Quand on a eu trs froid, surtout aux pieds, l'on est
quelquefois attaqu, peu d'heures aprs, de violentes coliques dans
lesquelles les remedes chauds & spiritueux sont trs nuisibles, mais qui
se gurissent aisment en frottant les jambes avec des linges chauds, en
les trempant ensuite dans l'eau tide pendant long tems, & en faisant
boire beaucoup de th lger de camomille ou de sureau. La gurison sera
encore plus prompte, si le malade se met au lit, & peut un peu suer,
sur-tout aux jambes. Si les douleurs toient trs fortes, on donneroit
des lavemens. Une femme s'tant trempe les jambes dans une source assez
frache, aprs avoir march pendant un tems fort chaud, fut d'abord
attaque d'une colique trs violente. On lui donna des choses chaudes,
le mal empira; on la purgea, le mal empira; on m'appelle le troisieme
jour, peu d'heures avant sa mort. Il faut dans ces cas-l, si la douleur
est excessive, saigner, donner un lavement d'eau tide, tenir les jambes
plusieurs heures d'abord  la vapeur de l'eau chaude, ensuite de l'eau
tide; faire boire abondamment d'une infusion de fleurs de tilleul avec
un peu de lait, donner ensuite un grain d'opium; & si le mal ne cdoit
pas, mettre aux jambes des vsicatoires dont j'ai vu de grands effets.

. 295. On voit, par ce chapitre, qu'il faut tre extrmement en garde
contre les choses chaudes & spiritueuses dans les coliques; que ces
remedes peuvent non-seulement les empirer, mais mme les rendre
mortelles. L'on doit donc n'en jamais donner; & quand on ne sait pas
dmler la cause de la colique, je conseille de s'en tenir  ces trois
secours qui ne peuvent nuire  aucune espece, & peuvent gurir toutes
celles qui ne sont pas extrmement fortes: 1. Des lavemens ritrs. 2.
Une grande quantit d'eau tide, ou du th de sureau en boisson. 3. Des
fomentations sur le bas ventre; celles d'eau tide sont  prfrer 
toutes les autres.

. 296. Je n'ai rien dit des huiles, parcequ'elles ne conviennent que
dans trs peu d'especes de coliques, & point du tout dans celles dont
j'ai parl; ainsi j'en dconseille tout--fait l'usage, qui peut nuire 
plusieurs gards.




CHAPITRE XXII.

_Du Miserere, ou passion iliaque, & du Cholera morbus, ou trousse
galant._


. 297. Ces maladies emportent plusieurs personnes dans les campagnes,
sans qu'on sache de quoi elles sont mortes; & la superstition attribue
la mort aux _poisons_ donns, ou aux sortileges.

. 298. Le _Miserere_ est la maladie la plus cruelle. Si les intestins
se ferment dans quelqu'endroit par quelque cause que ce soit, tous les
alimens sont arrts; il arrive alors que le mouvement continuel qu'on
remarque dans les boyaux, pour pousser tout vers le fondement, se fait
dans un sens contraire, & pousse tout vers la bouche.

Le mal commence quelquefois aprs quelques jours de constipation;
d'autrefois, sans qu'elle ait prcd, par des douleurs dans quelque
partie du ventre, surtout autour du nombril, qui augmentant peu  peu,
deviennent enfin trs violentes: en mme-tems le malade est angoiss:
l'on sent, chez quelques-uns, une tumeur dure, qui fait le tour du
ventre comme une corde; on entend des vents, il en sort quelques-uns par
en haut, ils sont suivis d'envie de vomir; bientt il survient quelques
vomissemens, qui vont en augmentant, jusques  ce que le malade rende
tout ce qu'il prend, avec un surcroit de douleurs inouies. Il ne rend
d'abord que les derniers alimens, quelques matieres jaunes, les boissons
qu'il prend: ensuite les matieres deviennent puantes, ftides. Quand le
mal est trs avanc, elles ont une odeur qu'on appelle d'excrmens, mais
qui ressemble plutt  celle de cadavre corrompu. Quelquefois aussi, si
l'on a pris des lavemens qui eussent une odeur forte, on la retrouve
dans ce qui est vomi; mais je n'ai jamais vu vomir ni de vrais
excrmens, ni la matiere des lavemens, ni moins encore, des
suppositoires introduits par le fondement. S'il faut croire que cela est
arriv il est bien difficile de comprendre comment. Pendant tout ce
tems-l il n'y a pas une seule selle; le ventre se tend, les urines
quelquefois sont supprimes, d'autre fois sont troubles & puantes. Le
pouls, d'abord assez dur, devient vte & petit; les forces se perdent
entierement; les malades rvent, le hocquet survient, & quelquefois
ensuite des convulsions. Les extrmits se refroidissent, le malade
meurt trs promptement.

. 299. Comme cette maladie est accompagne du plus grand danger, l'on
doit, sans attendre un moment, commencer les remedes ds qu'on souponne
le mal. La plus petite faute est mortelle; & l'on a vu les liqueurs
chaudes tuer au bout de peu d'heures. J'ai t appell le second jour de
la maladie, pour une jeune personne, qui avoit pris beaucoup de
thriaque, rien ne put mme la soulager. Elle mourut au commencement du
troisieme jour.

Le mal doit tre trait prcisment comme les coliques inflammatoires; &
surtout, l'on doit dbuter par une trs forte saigne. Il faut
multiplier les bains, & la seule diffrence qu'il y a entre cette
maladie & la colique inflammatoire, c'est que, dans ce cas, il n'y a
point de selles, mais des vomissemens continuels. Il faut 1. faire une
forte saigne. 2. Donner des lavemens laxatifs (on les fait avec une
dcoction d'orge & l'on y ajoute cinq ou six onces d'huile): 3. Chercher
 modrer les efforts des vomissemens, en donnant de deux en deux
heures, une cuillere de la potion N. 47. 4. Rendre les boissons un peu
purgatives; il n'y a rien de mieux que le petit lait N. 48, si on peut
l'avoir d'abord; si-non, on donne le petit lait pur avec du miel, & les
boissons marques . 280. 5. Aprs la saigne, les bains, beaucoup de
lavemens, les fomentations, on peut, si rien n'a russi, donner un
lavement de fume de tabac. Il en sera reparl en traitant des noys. .
366.

J'ai guri un homme en le faisant entrer dans le bain, immdiatement
aprs la saigne, & en lui donnant un purgatif en entrant au bain.

. 300. Si les douleurs diminuent avant que le malade ait entierement
perdu ses forces: si en mme-tems le pouls va mieux; s'il vomit moins,
si les matieres paroissent moins corrompues; si le malade sent quelque
remuement dans son ventre, s'il rend quelques matieres par les selles,
si en mme tems il se trouve plus fort, on peut compter sur sa gurison:
mais sans cela il meurt bien vte. Souvent, une heure avant la mort, les
douleurs paroissent se calmer; il survient une vacuation prodigieuse
par les selles, de matieres extrmement ftides; le malade a des
foiblesses, une sueur froide, & meurt.

. 301. C'est cette maladie, que le peuple attribue  ce que les boyaux
sont nous, & dans laquelle il fait avaler des bales de plomb, ou de
grosses quantits de mercure. Ce noeud des intestins, est une chimere
impossible. Cette maladie dpend d'un grand nombre de causes, qu'on a
dcouvertes, en ouvrant les cadavres de ceux qui en sont morts: sage
mthode, extrmement propre  enrichir la Medecine, & qu'il seroit 
propos qu'on pratiqut plus gnralement, & dont, bien loin de se faire
une peine, on devroit se faire un devoir: parceque c'en est un, que de
contribuer  perfectionner une science  laquelle le bonheur des hommes
est attach. Je ne dtaillerai point ces causes: mais quelles qu'elles
soient, l'usage d'avaler des bales & du mercure, est toujours
pernicieux; il aggrave la maladie, & met un obstacle insurmontable  la
gurison. Il y a un misrr qui est un accident des hernies, j'en
parlerai ailleurs.


_Trousse galant._

. 302. Le _trousse galant_ ou _cholera morbus_ est une vacuation
prompte, abondante, & douloureuse, par les vomissemens & par les selles.

Il commence par des vents, des gonflemens, de legeres douleurs dans le
bas ventre, un grand abattement; ensuite il survient des vacuations
abondantes, ou par les selles, ou par les vomissemens; & quand une de
ces vacuations a commenc, l'autre suit de bien prs. Les matieres sont
jaunes, vertes, brunes, blanches, noires: les douleurs fortes dans le
bas ventre, le pouls presque toujours fivreux est quelquefois fort dans
le commencement, mais il ne tarde pas  s'affoiblir, par la prodigieuse
vacuation qui se fait. Il y a des malades, qui ont jusques  cent
selles dans quelques heures. Le malade maigrit  vue; & au bout de trois
ou quatre heures, si le mal est violent, il est mconnoissable. Ds
qu'il y a eu beaucoup d'vacuations, il est fatigu par des crampes dans
les jambes, dans les cuisses, dans les bras, qui sont aussi douloureuses
que le mal de ventre. Quand le mal ne peut point tre adouci, le hoquet,
les convulsions, le froid des extrmits surviennent; les dfaillances
se succedent continuellement, une tue le malade, ou il meurt dans les
convulsions.

. 303. Cette maladie, qui dpend toujours d'une bile devenue
excessivement cre, a lieu ordinairement  la fin du mois de Juillet &
dans le mois d'Aot, surtout s'il a fait de grandes chaleurs & s'il n'y
a pas eu des fruits d't.

. 304. Quelque violente que soit cette maladie, elle est moins
dangereuse, & mme moins cruelle que la prcdente; beaucoup de gens en
gurissent.

L'on doit 1. chercher  noyer cette bile cre, par des torrens de la
boisson la plus adoucissante, parceque l'irritation est si grande, que
tout ce qui a la plus petite cret nuiroit. Ainsi on donnera
continuellement au malade, en boisson & en lavement, ou de l'eau d'orge,
ou des laits d'amandes, ou de l'eau avec une huitieme partie de lait,
remede qui m'a trs bien russi, ou une trs legere ptisane de pain, qui
se fait, en cuisant une livre de pain roti, avec trois ou quatre pots
d'eau, pendant une demi heure. L'on prfre le pain d'aveine. L'on
grille aussi avec succs du bled, qu'on pile, & dont on fait une legere
ptisane. Un bouillon fait avec un poulet, ou une livre de chair maigre
de veau, cuits pendant une heure, avec trois pots d'eau, est trs bon
dans ce cas. L'on emploie avec succs le petit lait, & dans les endroits
o l'on peut en avoir, le petit lait de beurre (la battue) est la
meilleure de toutes les boissons. Mais il faut ncessairement en donner
une grande quantit: & les lavemens doivent tre donns de deux en deux
heures. 2. Si le malade toit robuste & sanguin, que le pouls ft fort
dans les commencemens, & les douleurs extrmement violentes, une ou deux
saignes faites d'abord, diminuent la violence du mal, & donnent plus de
loisir pour les autres remedes. J'ai vu les vomissemens finir,
presqu'entierement, aprs la premiere saigne. 3. La furie du mal
s'arrte un peu, au bout de cinq ou six heures; mais il ne faut point,
pendant ce calme, se relcher pour les remedes: car il revient bientt
aprs avec beaucoup de force. Ce retour ne change rien au traitement.
Ordinairement le bain tiede soulage pendant qu'on est dedans; mais
quoique les douleurs reviennent bientt aprs, ce n'est point une raison
pour le ngliger, d'autant plus, que quelquefois, il procure un
soulagement plus long. On doit y tenir le malade long-tems, & profiter
de ce tems pour lui faire prendre sept ou huit verres du remede N. 31,
ce qui m'a russi trs bien: les vomissemens s'arrterent, & au sortir
du bain, le malade eut plusieurs selles prodigieuses, qui diminuerent
considrablement la force du mal. 4. Si l'on se laisse effrayer par la
quantit des vacuations, & qu'on veuille les arrter trop-tt, par la
thriaque, de l'eau de menthe, du syrop de pavot blanc, de l'opium, du
mithridate; il arrive de deux choses l'une, ou l'on aigrit le mal, comme
je l'ai vu arriver; ou si l'on russit  arrter les vacuations, on
jette le malade dans un tat plus dangereux. J'ai t oblig de donner
un purgatif, qui rappella le _cholera_,  un homme, qu'un remede compos
de thriaque, de mithridate, & d'huile avoit jett dans une fivre
violente accompagne d'un dlire furieux. L'on ne doit employer ces
remedes, que quand la petitesse du pouls, l'affoiblissement
considrable, les crampes violentes & continues, & la foiblesse mme des
efforts pour vomir, font craindre que le malade ne succombe. Dans ces
cas, il faut donner, tous les demi quarts d'heures, une cuillere du
remede N. 49 en continuant les dlayans. Aprs la premiere heure, l'on
n'en donne plus, que d'heure en heure, encore huit prises. Mais je
ritre qu'on ne doit point venir trop-tt  ce remede.

. 305. Si le malade doit gurir, peu--peu les douleurs & les
vacuations diminuent, l'altration est moindre, le pouls reste trs
vte, mais il devient rgulier; il y a des instans d'assoupissemens, car
le bon sommeil se fait attendre long tems. Il faut persister dans les
mmes secours, mais un peu moins frquemment. On peut venir  donner
quelques bouillons farineux; & quand les vacuations sont finies, qu'il
ne reste plus de douleurs, mais une grande foiblesse, & beaucoup de
sensibilit, on peut donner des oeufs frais, peu ou point cuits, pendant
quelques jours, & les mmes bouillons; ensuite on met au rgime des
convalescens; & l'usage de la poudre N. 14, hte beaucoup la
convalescence.




CHAPITRE XXIII.

_De la Diarrhe._


. 306. Chacun connot la _diarrhe_, que le peuple appelle dvoiement,
cours de ventre, & mme souvent colique. Il y en a de longues &
invteres, qui dpendent de quelque vice essentiel, dans la
constitution. Je n'en parlerai pas. Celles qui attaquent tout--coup,
sans aucun mal prcdent, si ce n'est quelquefois un peu de dgot, & de
pesanteur dans les reins & dans les genoux; qui ne sont accompagnes ni
de douleurs fortes, ni de fivres, (souvent mme il n'y a point de
douleur du tout), sont plutt un bien qu'un mal. Elles vacuent des
matieres amasses ds long-tems, & corrompues, qui, si elles ne
s'vacuoient pas, produiroient quelque maladie.

Bien loin d'affoiblir, ces diarrhes rendent plus fort, plus leger, plus
dispos.

. 307. Il faut bien se garder de les arrter; elles finissent
ordinairement d'elles-mmes, quand toutes les matieres nuisibles sont
vacues. Elles ne demandent aucun remede, il faut seulement diminuer
considrablement la quantit des alimens, se priver de viande, d'oeufs,
de vin; ne vivre que de quelques soupes, de quelques legumes, ou d'un
peu de fruit, crud ou cuit; & boire plus qu' l'ordinaire. Une ptisane
de capillaire est trs suffisante dans ce cas. Il ne faut ni thriaque,
ni confection, ni autres drogues de cette espece.

. 308. S'il arrive qu'aprs cinq ou six jours, le mal dure encore,
qu'il affoiblisse le malade, que les douleurs deviennent un peu trop
fortes, & surtout si les envies d'aller  la selle devenoient plus
frquentes, alors il faudroit l'arrter. Pour cela on mettroit le malade
tout--fait au rgime; & si la diarrhe toit accompagne d'un grand
dgot, de soulevemens de coeur, d'ordures sur la langue, de mauvais
got  la bouche, on lui donneroit la poudre N. 34. Si ces accidens ne
se trouvoient pas, on lui donneroit celle N. 50: & pendant trois
heures, on lui feroit prendre toutes les demi heures, une tasse de
bouillon foible.

Si la diarrhe, arrte par ce remede, revenoit au bout de quelques
jours; ce seroit une preuve qu'il y a quelque matiere tenace, qui n'a
pas encore t vacue. Il faudroit en ce cas, purger avec un des
remedes N. 21, 22, 46, & ensuite donner  jeun, pendant deux matins, la
moiti de la poudre N. 50.

Le soir du jour que le malade a pris le remede N. 34, ou celui N. 50,
ou qu'il a t purg, on peut lui donner une prise de thriaque.

. 309. Souvent on nglige les diarrhes pendant long-tems, sans
observer mme aucun rgime; elles se perptuent & affoiblissent
entierement le malade. Il faut, dans ces cas l, commencer par le remede
N. 34; ensuite, on donne de deux jours l'un, quatre fois de suite,
celui N. 50: & pendant tout ce tems-l, le malade ne vit que de panades
(voyez . 35), ou de ris cuit au bouillon. L'on met avec succs, sur
l'estomac, une empltre stomachique, ou une flanelle, souvent trempe
dans une dcoction d'herbes fortes, cuites avec du vin. Il faut viter
le froid & l'humidit.




CHAPITRE XXIV.

_De la Dyssenterie._


. 310. La dyssenterie est un flux de ventre, accompagn d'un mal-aise
gnral, de fortes tranches, & d'envies frquentes d'aller  la selle.
Ordinairement il y a un peu de sang dans les selles; mais cela n'arrive
pas toujours, & n'est point ncessaire pour constituer la dyssenterie:
celle o il n'y en a point, n'est pas moins dangereuse que l'autre.

. 311. La dyssenterie est ordinairement pidmique; elle commence
quelquefois  la fin de Juillet, plus souvent au mois d'Aot, & finit
quand les geles commencent. Les grandes chaleurs rendent le sang & la
bile cres; tant qu'elles durent, la transpiration se fait; mais ds
qu'elles diminuent, surtout le soir & le matin, elle se fait moins bien,
d'autant plus que les humeurs ont acquis de l'paississement; alors
cette humeur cre arrte se rejette sur les intestins, & les irrite;
les douleurs & les vacuations surviennent. Cette dyssenterie est de
tous les tems & de tous les pas. Si  cette cause il s'en joint
d'autres, & sur-tout la runion d'un grand nombre de gens dans un
endroit trop serr, tel que les hpitaux, les camps, les prisons, cela
porte dans les humeurs un principe de malignit, qui, s'alliant  la
cause de la dyssenterie, rend cette maladie plus fcheuse.

. 312. Le mal commence par un froid gnral qui dure quelques heures,
plutt que par un frisson; le malade s'affoiblit, il souffre des
douleurs vives dans le ventre, qui quelquefois durent plusieurs heures
avant que les vacuations viennent. L'on a des vertiges, des envies de
vomir; l'on plit; le pouls n'est cependant que peu ou point fivreux;
mais ordinairement petit. Enfin les selles surviennent, les premieres ne
sont souvent que des matieres liquides & jauntres; mais bientt elles
ne sont mles que de glaires, & ces glaires souvent teintes de sang.
Leurs couleurs varient, elles sont brunes, vertes, noires, plus ou moins
liquides, foetides. Les douleurs augmentent avant chaque selle, & les
selles deviennent trs frquentes. L'on en a jusqu' huit, dix, douze,
quinze par heures; alors le fondement s'irrite, le tenesme (qui est une
envie d'aller  la selle, quoiqu'il n'y ait point de matiere), se joint
 la dyssenterie, & occasionne une chte du fondement. L'tat du malade
est trs cruel. L'on rend quelquefois des vers, des glaires paissies
qui ressemblent  des morceaux d'intestins, quelquefois des grumeaux de
sang. Si le mal devient trs fcheux, les boyaux s'enflamment; il se
forme des suppurations, des gangrennes; l'on rend du pus, des eaux
noires & puantes; le hoquet survient, le malade rve, son pouls
s'affoiblit; il tombe dans des sueurs froides & dans des dfaillances
qui finissent par la mort.

Quelquefois il survient une espece de phrnsie ou dlire violent, avant
le dernier moment. J'ai vu chez deux sujets, un symptme assez rare;
c'est une impossibilit d'avaler, trois jours avant la mort. Mais le mal
n'est pas ordinairement de cette violence; les selles ne sont pas si
frquentes; cela va de vingt-cinq  quarante dans le jour. Les matieres
sont mles de moins de choses trangeres, & de peu de sang. Le malade
conserve quelques forces; peu--peu les selles diminuent, le sang
disparot, les matieres s'paississent, l'apptit & le sommeil
reviennent, le malade se remet.

Il y a beaucoup de malades qui n'ont point de fivre & point
d'altration, qui est peut-tre moins ordinaire dans cette maladie, que
dans une diarrhe ordinaire.

Les urines sont quelquefois peu abondantes, & plusieurs malades ont des
envies d'uriner inutiles.

. 313. Le grand remede de cette maladie, c'est l'mtique. Le remede
N. 33, quand il n'y a point de raison de ne pas l'employer, pris ds
les commencemens, emporte souvent le mal d'abord, & toujours l'abrge
beaucoup. Le remede N. 34, n'est pas moins efficace dans cette maladie;
il en a t regard long tems comme le spcifique. Il ne l'est pas, mais
il est trs utile. Si aprs qu'ils ont produit leur effet, les selles
sont moins frquentes, c'est une trs bonne marque. Si elles ne
diminuent point, il est  craindre que la maladie ne soit longue &
opinitre.

L'on met le malade au rgime, & l'on vite avec grand soin surtout toute
viande, jusqu' l'entiere gurison de la maladie. La ptisane N. 3, est
la meilleure boisson.

Le lendemain de l'mtique, on lui donne le remede N. 50, en deux
prises. On le laisse un jour sans autre remede que la ptisane; on
ritere la rhubarbe; alors ordinairement la force du mal est passe; on
continue la diette pendant quelques jours, & l'on met le malade au
rgime des convalescens.

. 314. Quelquefois la dyssenterie s'annonce avec une fivre
inflammatoire, un pouls fivreux, dur, plein, un violent mal de tte &
de reins, le ventre tendu. Dans ces cas, il faut faire une saigne,
donner tous les jours trois, & mme quatre lavemens N. 6, ou plus, &
boire beaucoup de la ptisane N. 3.

Quand toute crainte d'inflammation est absolument passe, on vient au
traitement marqu dans le paragraphe prcdent.

J'ai guri plusieurs dyssenteriques, en ne leur ordonnant pour tout
remede, qu'une tasse d'eau tiede tous les quarts-d'heure; & il vaudroit
mieux s'en tenir  ce remede, qui ne peut tre qu'utile, que d'en
employer d'autres dont on ignore les effets, & qui en produisent souvent
de trs dangereux.

. 315. Il arrive aussi que la dyssenterie se joint  une fivre
putride; ce qui oblige  donner, aprs l'mtique, les purgatifs N. 22
ou 46, & plusieurs doses du N. 23, avant que d'en venir  la rhubarbe.
Le N. 31 est excellent dans ce cas.

En 1755, il y eut ici, en automne, quand l'pidmie nombreuse de fivres
putrides commena  cesser, un grand nombre de dyssenteries, qui avoient
beaucoup de rapport avec ces fivres. Je commenai par le remede N. 33,
& ensuite je donnai le N. 31. Je ne fis prendre la rhubarbe qu' trs
peu de malades sur la fin de la maladie. Presque tous furent guris au
bout de quatre ou cinq jours. Un petit nombre,  qui je n'avois pas p
donner l'mtique, ou qui avoient quelque complication, languirent assez
long temps; mais sans danger.

. 316. Quand la dyssenterie est complique avec des symptmes de
malignit (voyez . 227.), l'on emploie, avec succs, aprs le remede
N. 34, ceux N. 37 & 39.

. 317. Quand le mal a dja dur plusieurs jours, sans remede ou avec de
mauvais remedes, il faut se conduire tout comme s'il commenoit,  moins
qu'il ne ft survenu des accidens trangers  la maladie.

. 318. Cette maladie a quelquefois des rechtes au bout de quelques
jours; elles sont presque toutes occasionnes ou par le manque de
diette, ou par l'air froid, ou par l'chauffement. On les prvient en
vitant ces causes; on les gurit en se mettant au rgime & en prenant
une prise du remede N. 50. Si sans aucune cause sensible, le mal
revenoit, & s'annonoit comme une nouvelle maladie, il faudrait la
traiter comme telle.

. 319. Quelquefois elle est complique avec une fivre d'accs; il faut
gurir premierement la dyssenterie, et ensuite la fivre. Si cependant
les accs de fivre toient violens, on donneroit le quinquina (voyez .
241).

. 320. Un prjug pernicieux, dont l'on est encore gnralement imbu,
c'est que les fruits sont nuisibles dans la dyssenterie, qu'ils la
procurent, & qu'ils l'augmentent. Il n'y a peut-tre point de prjug
plus faux. Les mauvais fruits, les fruits mal mrs dans les mauvaises
annes, peuvent occasionner des coliques, quelquefois des diarrhes,
plus souvent des constipations, des maladies des nerfs & de la peau;
jamais la dyssenterie pidmique. Les fruits mrs de quelques especes
qu'ils soient, & surtout ceux d't, sont le vrai prservatif de cette
maladie. Le plus grand mal qu'ils puissent faire, c'est, en fondant les
humeurs, & sur-tout la bile paissie s'il y en a, dont ils sont le vrai
dissolvant, d'occasionner une diarrhe; mais cette diarrhe mme
mettroit  l'abri de cette dyssenterie. L'anne derniere & la prcdente
ont t extrmement abondantes en fruits; point de dyssenterie. On croit
mme remarquer qu'elle est plus rare & moins fcheuse qu'autrefois; &
l'on ne peut assurment l'attribuer, si le fait est vrai, qu'aux
nombreuses plantations d'arbres, qui ont rendu les fruits extrmement
communs. Toutes les fois que j'ai vu des dyssenteries, j'ai mang moins
de viande & beaucoup de fruits; je n'en ai jamais eu la plus legere
attaque. Plusieurs Mdecins suivent la mme mthode. J'ai vu onze
malades dans une maison; neuf furent dociles, & mangerent des fruits;
ils gurirent. La grand'-mere & un enfant, qu'elle aimoit mieux que les
autres, prirent. Elle conduisit d'abord l'enfant  sa mode, avec du vin
brl, de l'huile, quelques aromates & point de fruit; il mourut. Elle
se conduisit de la mme faon, & eut le mme sort. Dans une campagne
prs de Berne, en 1750, dans le tems que la dyssenterie faisoit beaucoup
de ravages, & que l'on dfendoit svrement les fruits; de onze
personnes qui composoient la maison, dix mangerent beaucoup de prunes, &
ne furent point attaques. Le cocher, seul docile au prjug, s'en
abstint soigneusement, & eut une dyssenterie terrible.

Cette maladie dtruisoit un rgiment Suisse, qui se trouvoit en garnison
dans les Provinces mridionales de France; les Capitaines acheterent le
fruit de plusieurs arpens de vignes: l'on y portoit les soldats malades;
l'on cueilloit du raisin pour ceux qui ne pouvoient pas tre ports; les
sains ne mangeoient rien autre chose. Il n'en mourut pas un seul, & il
n'y en eut plus d'attaqus.

Un Ministre toit attaqu d'une dyssenterie, que les remedes qu'il
prenoit ne gurissoient point; il vit par hasard des groseilles rouges;
il en eut envie, il en mangea trois livres depuis sept heures du matin
jusqu' neuf: il fut dja mieux ce jour-l, & entirement guri le
lendemain.

Je pourrois accumuler un grand nombre de faits pareils: ceux-l
suffiront pour convaincre les plus incrdules, & il m'a paru important
de le faire. Loin de s'interdire les fruits quand la dyssenterie rgne,
l'on peut en manger davantage. Les Directeurs de la Police, loin de les
prohiber, doivent en faire fournir les marchs; c'est une vrit que les
gens instruits ne rvoquent plus en doute nulle part. L'exprience la
dmontre, & elle est fonde en raison, puisque les fruits remdient 
toutes les causes des dyssenteries.

. 321. Il est extrmement important que les malades aillent  la selle
dans des endroits  part, parceque les excrmens sont trs contagieux; &
s'ils vont sur des bassins, on doit les sortir trs promptement de la
chambre, dans laquelle on doit renouveller continuellement l'air, &
brler beaucoup de vinaigre. Il est aussi trs ncessaire de changer
souvent les linges; sans ces prcautions, la maladie devient plus
mauvaise, & elle attaque ceux qui habitent la mme maison. Il seroit
fort  souhaiter qu'on pt convaincre le peuple de ces vrits. Monsieur
BOERHAAVE conseilloit, quand la dyssenterie toit pidmique, de mettre
de l'eau-de-vie dans toute l'eau qu'on boit.

. 322. Je ne sais par quelle fatalit il n'y a point de maladie pour
laquelle on conseille un plus grand nombre de remedes diffrens; il n'y
a personne qui ne vante le sien, qui ne l'leve au-dessus des autres, &
qui ne promette hardiment de gurir en quelques heures une maladie
longue, dont il n'a aucune ide juste, avec un remede dont il ignore
parfaitement les effets. Le malade souffrant, inquiet, impatient, prend
de toutes mains, & s'empoisonne par peur, par ennui, ou par
complaisance. De ces diffrens remedes, il y en a qui ne sont
qu'indiffrens, d'autres sont pernicieux. Je n'entreprendrai point de
rapporter ceux-mmes que je connois; mais aprs avoir ritr que la
seule vritable mthode est celle que j'ai indique, & qui a pour but
d'vacuer les matieres; & que celles qui ne vont pas  ce but, sont
mauvaises, je me borne  avertir que la pire de tous, c'est celle qui
est la plus gnralement suivie, & qui consiste  arrter les
vacuations par des remedes adstringens, ou ceux qu'on tire de l'opium;
mthode mortelle, qui tue, toutes les annes, un grand nombre de
personnes, & qui en jette d'autres dans des maux incurables. En
empchant l'vacuation de ces matieres, en renfermant le loup dans la
bergerie, il arrive ou que cette matiere irrite les intestins, les
enflamme, & de l'inflammation naissent les douleurs horribles, la vraie
colique inflammatoire, & ensuite ou la gangrenne & la mort, ou un
squirrhe, qui dgnere en cancer (j'ai vu ce cas horrible); ou un abcs,
la suppuration, un ulcere; ou elle se jette ailleurs, produit des
squirrhes au foie, des asthmes, l'apoplexie, l'pilepsie ou mal-caduc,
des douleurs de rhumatismes horribles, des maux d'yeux & des maux de
peau incurables. Telles sont les suites de tous les remedes adstringens,
& de ceux qu'on donne pour faire dormir; thriaque, mithridate,
diascordium, quand on les donne trop tt.

J'ai t appell pour un rhumatisme cruel, qui avoit succed
immdiatement  un mlange de thriaque & d'eau de plantain donn le
second jour d'une dyssenterie. Ceux qui ordonnent ces remedes, en
ignorent sans doute les consquences; il suffira j'espere de les leur
avoir fait connoitre.

. 323. L'abus des purgatifs a aussi ses dangers. L'on dtermine toutes
les humeurs  se jetter sur les parties malades; le corps s'puise, les
digestions ne se font plus, les boyaux s'affoiblissent; quelquefois mme
il s'y fait de legeres ulcerations; il nait des diarrhes
presqu'incurables, & qui tuent aprs plusieurs annes de souffrances.

. 324. Si les vacuations sont excessives, & le mal long, on tombe dans
l'hydropisie; mais en l'attaquant d'abord, on peut la dissiper.




CHAPITRE XXV.

_La Galle._


. 325. La galle est une maladie contagieuse par l'attouchement de la
personne, ou des habits; mais non point par l'air; ainsi en vitant ces
moyens d'infection, on peut tre sr de ne pas la prendre.

Quoique toutes les parties du corps puissent en tre attaques, la
galle se montre d'ordinaire, d'abord aux mains, & principalement entre
les doigts. Il paroit au commencement, une ou deux pustules, qui sont
remplies d'une espece d'eau claire, & qui donnent des dmangeaisons trs
incommodes. Si on perce ces pustules en les grattant, l'eau qui en
dcoule, communique le mal aux parties voisines. Dans le commencement,
on ne peut gueres distinguer la galle,  moins qu'on ne soit bien au
fait de ce mal; mais dans son progrs, les pustules augmentent en
nombre, & en grandeur. Lorsqu'on les ouvre en les grattant, il s'y forme
des croutes dgotantes, & le mal gagne toute la superficie du corps. Si
elles durent long-tems, elles forment de petits ulceres, & elles sont en
mme-tems trs contagieuses.

. 326. Le mauvais rgime, surtout l'abus du sal & des fruits mal mrs;
& la malpropret occasionnent cette maladie.

Quand elle paroit chez une personne, sans qu'on puisse souponner
qu'elle l'a gagne par contagion, il faut commencer par lui retrancher
absolument le sal, & les choses aigres, les graisses, & les piceries.
On lui fait boire une ptisane de racine de chicore amere, ou celle N.
25, dont on prend cinq ou six verres par jour; & on purge avec le N.
21, ou avec une once de sel de Sedlitz. On continue le rgime: on
repurge au bout de six ou sept jours; & ensuite on frotte toutes les
parties malades, & les environs, le matin  jeun, avec le quart de
l'onguent N. 51. Le lendemain, le surlendemain, & le quatrieme jour, on
frotte de nouveau: & ensuite on emploie une seconde dose d'onguent, en
frottant seulement de deux jours l'un. Il est rare que ces remedes
n'emportent pas le mal; mais quelquefois, il revient. Il faut repurger,
& revenir  l'onguent, dont j'ai prouv, & dont j'prouve tous les
jours les bons effets.

Si le mal est gagn par contagion, l'on peut hardiment employer
l'onguent ds qu'on s'en apperoit, sans l'avoir fait prceder d'aucun
purgatif. Mais au contraire, quand on a nglig long-tems le mal, &
qu'il est parvenu  un degr considrable, il faut que le malade ait t
long-tems au rgime que j'ai indiqu, & qu'il ait t purg avant que
d'en venir  l'onguent; & dans ces cas, j'ai toujours commenc par
l'onguent N. 27, dont on emploie le demi quart tous les matins. Souvent
mme je n'emploie point l'autre, & j'ai toujours trouv ce dernier tout
aussi sr, mais un peu plus lent.

. 327. Pendant qu'on prend des remedes, il faut viter le froid &
l'humidit, sur-tout quand on fait usage du remede N. 27, dans lequel
il entre du mercure, qui pourroit, si l'on ngligeoit ces prcautions,
occasionner de l'enflure  la gorge, & aux gencives, & mme une
salivation. Cet onguent a un avantage sur l'autre, c'est qu'il n'a point
d'odeur, & qu'on peut mme lui donner une odeur agrable; mais il est
trs difficile de dguiser celle de l'autre.

Il faut aussi changer souvent de linge; mais il faut viter de changer
d'habit; parceque, les habits s'infectant, ceux qu'on a port pourroient
redonner la galle, quand on les reprendroit aprs tre guri.

Il faut parfumer de soufre les chemises, culotes, bas, avant qu'on les
mette; mais cette fumigation doit se faire en plein air.

. 328. Quand cette maladie dure trs long-tems, elle puise le malade
par l'insomnie, l'inquitude, des dmangeaisons, & quelquefois la
fivre. Le malade maigrit extrmement. Dans ces cas, il faut, aprs un
purgatif doux, ordonner quelques bains tiedes. On met le malade au
rgime des convalescens, & en mme-tems on lui fait prendre, soir &
matin, la poudre N. 52, pendant quinze jours. Souvent la maladie est
rebelle, & il faut varier les remedes suivant les circonstances; dtail
dans lequel je ne puis pas entrer.

. 329. Aprs quelques purgatifs, des bains soufrs, tels que ceux
d'Yverdun, gurissent trs souvent. Et les simples bains froids de
rivieres ou de lac, ont emport des galles trs rebelles.

Il n'y a rien qui entretienne plus long-tems la galle, que l'abus des
eaux chaudes.

. 330. Je ritre, qu'on ne doit jamais employer tourdiment l'onguent
N. 51, ou les autres remedes qui font disparotre la galle. Il n'y a
point de maux qu'on n'ait vu suivre la trop prompte gurison de cette
maladie par des remedes extrieurs, employs avant que d'avoir vacu &
un peu diminu l'cret des humeurs.




CHAPITRE XXVI.

_Avis pour les Femmes._


. 331. Les femmes sont sujettes  toutes les maladies que je viens de
dcrire, & leur sexe les expose  quelques autres qui dpendent de
quatre causes principales; les regles, les grossesses, les couches, &
les suites de couches. Je ne pense point  traiter ici de toutes ces
maladies; elles exigeroient un volume plus gros que celui-ci, & je suis
oblig de me borner  des avis gnraux, sur ces quatre objets.

. 332. La nature, qui destinoit les femmes  lever le genre humain
dans leur sein, les a assujetties  un coulement de sang priodique,
qui est la source d'o l'enfant tirera un jour sa subsistance. Cette
vacuation commence gnralement dans ce pays entre quatorze & seize
ans. Souvent, avant qu'elle paroisse, les jeunes filles sont pendant
long-tems dans un tat de langueur, qu'on appelle _chlorose_,
_oppilation_, _ples couleurs_; & quand elle tarde trop  venir, elles
tombent dans des maladies trs graves, & fort souvent mortelles. Mais on
attribue cependant, fort mal--propos,  cette cause, tous les maux
auxquels le sexe est sujet; ils dpendent d'une autre, dont les
oppilations mmes ne sont souvent que l'effet; c'est la foiblesse qui
lui est naturelle & ncessaire. Les fibres des femmes, destines 
ceder, quand elles seront tendues par tout le volume de l'enfant, & de
ses accompagnemens, volume souvent trs considerable, devoient tre
moins roides, moins fortes, plus lches que celles des hommes;
par-l-mme la circulation se fait chez elles avec moins de force; le
sang est moins pais, plus aqueux; les humeurs ont plus de panchant 
croupir dans les visceres, &  former des engorgemens.

L'on prviendroit les maux auxquels cette constitution peut conduire, en
aidant la foiblesse des mouvemens naturels, par les mouvemens trangers,
que fournit l'exercice: mais ce secours, qui seroit plus ncessaire aux
femmes qu'aux hommes, leur manque: on les applique aux ouvrages du
menage, qui exercent beaucoup moins que ceux auxquels la vocation des
hommes les appelle. Elles se donnent peu de mouvement; la disposition
naturelle s'accroit, & elle devient alors maladive: le sang ne circule
pas; il perd ses qualits; les humeurs croupissent par tout; aucune
fonction ne se fait bien. Elles commencent  languir, quelquefois trs
jeunes, & plusieurs annes avant qu'il soit question des regles. La
langueur les rend paresseuses; le mouvement les fatigue un peu, elles
n'en prennent point. Il seroit le remede de ce mal commenant; mais le
remede est un peu difficile  prendre, elles le rejettent, & le mal
augmente. L'apptit se drange comme les autres fonctions: elles en ont
peu; les alimens ordinaires ne le reveillent point, elles se livrent 
des fantaisies, qui achevent de ruiner l'estomac, les digestions, & la
sant. Quelques annes s'coulent, le tems des regles approche, & elles
ne paroissent point: premierement, parceque la sant est trop affoiblie
pour tablir cette nouvelle fonction, dans le tems que toutes les autres
languissent: secondement, parcequ'elles ne sont point ncessaires. Elles
sont destines  vacuer, hors de la grossesse, le sang superflu que la
femme est destine  produire, afin qu'elle ne fournisse pas de son
ncessaire  l'enfant; il se passe bien du tems avant que ce sang
superflu existe chez les filles languissantes.

Cependant le mal augmente, parceque toute maladie, qui ne gurit pas,
fait des progrs journaliers: on l'attribue  la suppression; on se
trompe: la maladie ne vient point toujours de la suppression; la
suppression vient de la maladie. Cela est si vrai, que lors mme que
cette vacuation arrive, si la foiblesse subsiste, les malades n'en sont
pas mieux, au contraire; & souvent l'on voit de jeunes garons, qui
ayant reu de la nature une constitution, & de leurs parens une
ducation fminines, ont les mmes maux que les jeunes filles oppiles.
Les filles de la campagne, qui menent souvent le genre de vie des
hommes, sont moins sujettes  ce mal que celles de la ville.

. 333. Qu'on ne s'y trompe donc point: tous les maux des jeunes filles
ne viennent point du manque des regles; mais il y en a, qui en viennent
rellement. C'est quand une jeune fille forte, robuste, bien portante, 
qui il reste peu  crotre, qui a beaucoup de sang, n'a point cette
vacuation dans l'ge marqu; alors ce superflu de sang occasionne mille
maux, & beaucoup plus violens que ceux qui dpendent de la cause
prcdente.

Les filles de la campagne sont plus sujettes  cette espece
d'oppilation, que celles de la ville; & c'est ce qui procure ces
maladies singulieres qui paroissent surnaturelles au peuple; & que, par
l-mme, il attribue aux sortileges.

. 334. Les regles venues, elles se suppriment souvent, il n'y a aucune
maladie quelconque, que cette suppression n'ait produite. Elles se
suppriment souvent, dans le cas du . 332, par la continuation de la
maladie, qui avoit mis obstacle  leur arrive; & trs souvent par
d'autres causes, telles que le froid, l'humidit, une passion trop
forte, une peur violente, des alimens trop froids, ou indigestes, ou
trop chauds, un exercice port trop loin, les veilles. Les accidens que
ces suppressions occasionnent, sont quelquefois plus violens, que ceux
qui prcedent la premiere venue.

. 335. Ces mmes regles peuvent tre trop abondantes, & elles jettent
dans des maladies trs graves; mais je n'en parlerai pas.

. 336. Enfin, lors mmes qu'elles sont les plus rgulieres, aprs avoir
dur un certain nombre d'annes (il est rare que cela aille 
trente-cinq), elles finissent naturellement & ncessairement entre
quarante cinq & cinquante ans, quelquefois mme plutt, & rarement
pltard, & l'poque de cette cessation est ordinairement fcheuse pour
les femmes qui ont eu ou qui ont des maladies dpendantes du drangement
des regles.

. 337. Jusqu' prsent l'on ne voit que les maux que cette vacuation
procure. Il n'en est pas moins vrai que quand elle se fait bien &
rgulierement, elle contribue beaucoup  la sant du sexe, dont l'objet
principal doit donc tre de l'entretenir dans un bon ordre.

L'on prvient les maux . 332, en vitant les causes qui les produisent,
& 1. en faisant prendre beaucoup de mouvement aux jeunes filles, surtout
ds que l'on remarque la plus legere atteinte du mal.

2. En ayant l'oeil sur elles, pour qu'elles ne mangent point de choses
contraires, non-seulement en alimens, mais en toutes autres choses,
puisqu'il y a peu de corps dans la nature qui n'aient t l'objet de
leur bisarre fantaisie. Les alimens gras, pteux, farineux, aigres,
aqueux, leur sont nuisibles. Les ths d'herbes qu'on leur fait souvent
boire pour les gurir, suffiroient pour leur procurer la maladie. Si on
veut leur faire boire des infusions de quelques herbes, qu'elles boivent
froid. La meilleure boisson pour elles, c'est l'eau de Forges & l'eau
minerale ferrugineuse.

3. Il faut viter les remedes chauds, cres, & destins uniquement 
forcer les regles. Ils font quelquefois des maux affreux, & ne font
jamais de bien. Ils sont surtout d'autant plus pernicieux, que la malade
est plus jeune.

4. Si cependant le mal empire, il faut leur ordonner quelques remedes,
non point des purgatifs, des dlayans, des bouillons d'herbes, des sels,
& je ne sais combien d'autres choses nuisibles; mais la limaille de fer,
qui est le vrai remede de ces maux. Il faut prendre la limaille de vrai
fer, & non point celle d'acier, & faire attention qu'elle ne soit point
rouille; ds qu'elle l'est, elle n'a presque plus aucune efficacit.
Dans les commencemens du mal, & pour les jeunes filles, il suffit d'en
donner quinze ou vingt grains par jour, en y joignant l'exercice & une
diette convenable. Quand le mal est plus grave & la malade moins jeune,
on peut aller hardiment jusqu' un quart d'once. On fait bien de joindre
 la limaille quelques amers, ou quelques aromates; voyez les recettes
N. 53, 54, 56. Quand on se propose de dterminer les rgles, on peut
employer le N. 54, qui russit ordinairement.

. 338. Pendant que l'on prend ce remede, il ne faut prendre aucune des
choses que j'ai dfendues dans les . prcdens, & l'on doit en aider
l'effet par le mouvement. Celui des voitures un peu rudes & qui
secouent, est trs salutaire: celui de la danse l'est aussi beaucoup,
moyennant qu'il ne soit pas port jusqu' l'excs.

. 339. Quand le mal a des rechutes, on se conduit tout comme si c'toit
une premiere attaque. Mais le cas du . 327, demande une conduite trs
diffrente. La saigne, qui est pernicieuse dans la premiere espece, &
dont l'usage jette plusieurs jeunes filles dans une langueur incurable,
a souvent emport cette espece dans le moment. Les bains de pied tiedes,
les poudres N. 20, le petit lait, ont souvent russi; mais il faut
souvent des soins appropris  chaque cas particulier: c'est pourquoi on
doit consulter un Mdecin.

. 340. Quand les rgles cessent par l'ge (. 336), si elles cessent
tout--coup, & si elles toient abondantes auparavant, il faut
ncessairement faire une saigne, & la ritrer tous les six, ou mme
tous les quatre, ou tous les trois mois. Diminuer la quantit des
alimens, sur-tout de la viande & du vin; augmenter l'exercice; prendre
souvent, le matin  jeun, la poudre N. 23, qui est excellente dans ce
cas.

Si cette cessation est annonce, ou accompagne, comme il arrive
souvent, de pertes abondantes, la saigne n'est pas aussi ncessaire;
mais le rgime & la poudre N. 23 le sont beaucoup; & il faut y joindre,
de tems-en-tems, la purgation N. 22. Les remedes adstringens donns 
cette poque, occasionnent des cancers de matrice.

Il prit plusieurs femmes  cet ge, parcequ'il est trs ais de leur
faire du mal; ce qui doit les rendre trs prudentes sur tous les remedes
qu'elles font; mais aussi il arrive souvent que leur constitution change
 leur avantage; leurs fibres deviennent plus fortes; elles se trouvent
plus robustes, plusieurs petites infirmits finissent, & elles jouissent
ensuite d'une vieillesse trs heureuse.

Le rgime que je viens d'indiquer, la poudre N. 23, la boisson N. 31,
conviennent beaucoup dans presque toutes les pertes habituelles (je
parle des femmes du peuple)  quelqu'ge que ce soit.

. 341. Je finis cet article par un avis gnral. Si les femmes savoient
combien il leur importe de se mnager pendant le tems des rgles, il n'y
en a pas une qui, ds la premiere fois jusqu' la derniere, n'observt
un rgime trs scrupuleux; voyez . 334. Leur conduite  cette poque
dcide de leur sant, & l'on peut dire de leur bonheur ou de leur
malheur, &, souvent de celui des personnes avec qui elles ont  vivre.
Plus elles sont jeunes & dlicates, plus il leur importe de se mnager.
Je sais que la robuste campagnarde se mnage peu, & ne s'en trouve pas
toujours mal; mais je pourrois cependant produire une longue liste de
celles qui se sont jettes, par leur imprudence, dans les situations les
plus tristes. L'importance de la matiere, fait que cet article est d'une
longueur disproportionne  celle de l'ouvrage.


_Grossesse._

. 342. Les grossesses sont gnralement beaucoup plus heureuses dans
les campagnes qu' la ville. Les paysanes sont cependant aussi sujettes
aux maux de coeur & aux vomissemens le matin, aux maux de tte & aux
maux de dents. Ces maux cedent  la saigne, qui est presque le seul
remede dont elles aient besoin.

. 343. Quelquefois aprs avoir port des fardeaux trop pesans, avoir
fait des travaux violens, avoir soutenu des cahotemens trop forts, avoir
fait quelque chte, elles sont attaques de violentes douleurs de reins,
qui se rpandent jusques sur les cuisses, & aboutissent tout--fait au
bas du ventre. Le danger de se blesser est trs grand. Il faut pour
prvenir cet accident, qu'elles se mettent sur le champ au lit, &
qu'elles se couchent sur la paillasse si elles n'ont point de matelas,
la plume est trs mauvaise dans ce cas; qu'on leur fasse une ample
saigne; qu'elles restent plusieurs jours dans cette situation, ne
bougeant & ne parlant presque point; ne prenant ni viande, ni bouillon,
ni oeufs, mais vivant uniquement de quelques soupes farineuses; prenant,
de deux en deux heures, la moiti de la poudre N. 20, & ne buvant que
de la ptisane N. 2. Il y a des femmes robustes, sanguines, qui sont
sujettes  se blesser  une certaine poque: elles prviennent cet
accident, en se faisant saigner quelques jours avant cette poque, & en
observant un rgime tel que je viens de l'indiquer. Mais cette mthode
ne vaudroit rien pour les femmes dlicates de la ville, qui se blessent
par une toute autre cause.


_Couches._

. 344. L'on remarque qu'il prit plus de femme  la campagne, dans le
tems de l'accouchement, & cela par le manque des bons secours &
l'abondance des mauvais; & qu'il en meurt plus en ville, aprs les
couches, par une suite de la mauvaise sant.

Le besoin de sages-femmes un peu claires, dans la plus grande partie
du pays, est un malheur trop prouv, qui a les suites les plus
horribles, & qui demanderoit toute l'attention de la police. Les fautes
qui se commettent dans le tems des accouchemens sont sans nombre, & trop
souvent sans remede. Il faudroit un livre exprs, comme on en a donn
dans quelques pays, pour donner les moyens propres  les prvenir, & il
faudroit avoir form des sages-femmes capables de les comprendre. Tout
cela sort du plan que je me suis propos. J'indiquerai seulement une des
causes qui font le plus de mal; c'est l'usage des choses chaudes que
l'on donne ds que l'accouchement est pnible ou lent; castor, teinture
de castor, safran, sauge, rhue, sabine, huile d'ambre, vin, thriaque,
vin brl avec des aromates, caff, eau-de-vie. Toutes ces choses sont
de vrais poisons qui, bien loin de hter l'accouchement, le rendent plus
difficile, en enflammant & la matrice qui ne peut plus se contracter, &
les parties qui servent de passage, qui par-l mme se gonflent,
rtrcissent les voies, & ne peuvent plus prter. D'autrefois il
survient une hmorrhagie, qui tue en peu d'heures.

. 345. L'on sauveroit un grand nombre de meres & d'enfans, par une
mthode directement contraire. Ds qu'une femme bien portante avant ses
couches, robuste, bien faite, se trouveroit en travail, & que le travail
parotroit douloureux & difficile, bien loin d'encourager la femme  des
efforts prcoces qui perdent tout, & de les aider par les remedes
destructifs dont je viens de parler, il faut leur ordonner une saigne
du bras, qui prviendra l'engorgement & l'inflammation, calmera les
douleurs, relchera les parties, & tout se disposera mieux. L'on ne doit
pas donner d'autre nourriture, qu'un peu de panade toutes les trois
heures, & de l'eau pane autant que la malade en veut. On donne, de
quatre en quatre heures, un lavement avec une dcoction de mauve & un
peu d'huile; dans l'intervalle on fait mettre sur un vase plein d'eau
chaude pour recevoir la vapeur; l'on frotte le passage avec un peu de
beure, & l'on tient sur le ventre des fomentations d'eau chaude; ce sont
les plus efficaces.

En suivant cette route, non-seulement les sages-femmes ne font point de
mal; mais elles laissent  la nature le tems de faire du bien; un grand
nombre d'accouchemens qui paroissoient difficiles, se terminent
heureusement, & l'on a au moins le tems d'aller chercher des secours;
d'ailleurs les suites des couches sont heureuses. Au lieu qu'en suivant
la mthode chauffante, lors mme que l'accouchement est fait, la mere &
l'enfant ont si cruellement souffert, qu'ils prissent souvent l'un &
l'autre.

. 346. Je sais que ces moyens sont insuffisans, lorsque la situation de
l'enfant est mauvaise, ou qu'il y a quelque vice de conformation chez la
mere; mais au moins ils empchent l'augmentation du mal; &, comme je
l'ai dit, laissent le tems de recourir aux chirurgiens-accoucheurs, ou 
quelques sages-femmes un peu moins mal instruites.

Je ritere encore que les sages-femmes doivent bien se garder de presser
les femmes  faire des efforts qui leur font un mal infini, & qui
peuvent rendre fcheux l'accouchement, qui, avec un peu de patience, eut
t le plus heureux.

L'on craint la foiblesse dans laquelle les malades paroissent tre, on
imagine qu'elles n'auront pas la force d'accoucher, & c'est la raison
dont on s'autorise pour leur donner des cordiaux; mais cette raison est
chimrique. L'on ne perd pas si promptement les forces; les douleurs
legeres abattent, mais  mesure qu'elles augmentent, les forces se
relevent & ne manquent jamais, quand il n'y a point d'accident tranger.


_Suites de Couches._

. 347. Les suites de couche les plus frquentes dans les campagnes,
sont 1. les pertes excessives. 2. L'inflammation de matrice. 3. La
suppression subite des _Lochies_, c'est le nom qu'on donne 
l'vacuation de la matrice qui suit ordinairement la couche. 4. Les
ravages du lait.

Les lochies trop abondantes doivent tre traites par les moyens . 343;
& si la perte est excessive, l'on applique sur le ventre, les reins, les
cuisses, des linges tremps dans un mlange de parties gales d'eau & de
vinaigre, qu'on change ds qu'ils commencent  tre secs, & qu'on quitte
ds que la perte commence  diminuer.

. 348. L'inflammation se manifeste par les douleurs dans tout le bas du
ventre, la tension de tout le ventre, l'augmentation des douleurs quand
on le touche, une espece de tache rouge qui monte au milieu du ventre
jusqu'au nombril, & qui, quand le mal empire, devient noire, ce qui est
toujours mortel; une foiblesse tonnante, le visage prodigieusement
chang, un lger dlire, une fivre continue avec un pouls foible & dur,
quelquefois des vomissemens continuels, souvent le hoquet, une perte
trs peu, abondante d'une eau rousse, puante, cre, des envies
frquentes d'aller  la selle, des ardeurs, & quelquefois une
suppression d'urine.

. 349. Ce mal trs grave & souvent mortel, doit tre trait comme les
maladies inflammatoires. Il faut surtout aprs la saigne donner
frquemment des lavemens d'eau tide, en injecter dans la matrice, en
appliquer continuellement sur le ventre, & boire abondamment ou de la
ptisane d'orge toute simple, sur chaque pot de laquelle on met un
demi-quart d'once de nitre, ou des laits d'amandes N. 4.

. 350. La suppression totale des lochies, qui occasionne les maladies
les plus violentes, se traite prcisment de la mme faon. Si l'on
donne quelques remedes chauds pour en forcer la sortie, l'on te dans le
moment toute esprance de gurison.

. 351. Si la fivre de lait est trs forte, la ptisane d'orge . 349, &
les lavemens, avec une diette trs legere, uniquement de panade ou de
quelqu'autre farineux trs clair, la dissipent.

. 352. Les femmes dlicates, qui ne sont pas soignes comme il seroit
ncessaire, ou celles que la ncessit oblige  travailler trop tt,
sont exposes  plusieurs accidens, qui dpendent souvent de ce que la
transpiration & l'vacuation des lochies ne se faisant pas bien, & la
sparation du lait dans les mammelles tant trouble, il se forme ce
qu'on appelle des dpts laiteux, qui sont toujours trs fcheux, &
surtout quand ils se font sur quelque partie intrieure. Il s'en fait
frquemment sur les cuisses. Dans ce cas, il faut faire usage de la
ptisane N. 57, & appliquer sur la tumeur les cataplasmes N. 58. Ces
deux remedes dissipent insensiblement le mal, s'il peut se dissiper sans
suppuration. Si cela n'est pas possible, & qu'il se forme du pus, un
chirurgien ouvre l'abcs, & le traite comme un autre.

. 353. Si le lait se durcit dans le sein, il est de la plus grande
importance de dissiper incessamment cette grosseur, sans quoi elle se
durcit & devient squirrhe, & de squirrhe, souvent au bout d'un certain
tems, cancer; c'est--dire, la plus cruelle des maladies.

L'on prvient cet horrible mal, en remdiant  ces petites tumeurs ds
le commencement. Il n'y a rien de plus efficace pour cela que les
remedes N. 57 & 58: mais il est toujours prudent de consulter.

Ds qu'il y a une duret invtre & exempte de douleur, il ne faut
faire aucune application quelconque; toutes sont nuisibles: celles qui
sont grasses, irritantes, rsineuses, spiritueuses, changent promptement
le squirrhe en cancer. Quand le cancer est manifest, toutes les
applications sont aussi galement nuisibles, except celles N. 59. Le
cancer a t long-tems incurable. Depuis quelques annes, l'on en a
guri quelques-uns avec le remede N. 55; mais il n'est pas infaillible.
L'on doit cependant toujours l'essayer.

. 354. Les bouts des mammelles des nourrices s'corchent souvent, & les
font cruellement souffrir. Un des meilleurs remedes, c'est la pommade la
plus simple, un mlange d'huile & de cire fondus ensemble, ou l'onguent
N. 65. Et si le mal est opinitre, il faut purger, ce qui russit
ordinairement.




CHAPITRE XXVII.

_Avis pour les enfans._


. 355. Les maladies des enfans, & tout ce qui regarde leur conduite
sont des objets qui ont t gnralement trop ngligs, par les
Medecins; l'on en confioit la direction aux personnes les moins propres
 s'en charger. Leur sant est cependant bien importante; il faut les
conserver, si l'on veut avoir des hommes; & leur mdecine est
susceptible d'un assez grand degr de perfection. Elle a un avantage sur
celle des adultes, c'est que l'on ne trouve pas des complications de
maux aussi frquentes. L'on dit qu'ils ne savent pas se faire entendre;
cela est vrai jusques  un certain point; mais cela ne l'est pas
exactement. Il est vrai qu'ils ne parlent pas notre langage; mais ils en
ont un, qu'il faut tudier. Chaque maladie a proprement le sien, qu'un
Medecin attentif apprend; il doit donner tous ses soins  comprendre
celui des enfans, &  en profiter pour perfectionner les moyens de les
rendre sains & vigoureux, & de les gurir des diffrens maux auxquels
ils sont exposs. Je ne me propose point de remplir cette tche
actuellement; mais j'indiquerai les principales causes de leurs maux, &
la faon gnrale de les traiter. Je leur pargnerai au moins par-l,
une partie du mal qu'on leur fait, & l'pargne des maux artificiels est
un des grands buts de cet ouvrage.

. 356. L'estomac & les intestins de l'enfant, sont remplis, quand il
vient au monde, d'une matiere noire, mdiocrement paisse & assez
gluante, qu'on appelle _meconium_. Il faut que cette matiere sorte,
avant que l'enfant prenne du lait; sans quoi elle le corromproit, &
devenant elle-mme extrmement cre, il en rsulteroit une double source
de maux, auxquels l'enfant ne rsisteroit point.

La maladie qui les tue  cet ge, c'est les convulsions. Leurs nerfs
sont extrmement sensibles, & ds que quelque chose les irrite, les
convulsions naissent. L'on prvient le mal en tant la cause. On ne leur
donne point de lait les vingt-quatre premieres heures; mais on leur fait
boire de l'eau dans laquelle on met un peu de sucre ou de miel; ce qui
dlaie ce _meconium_, & en facilite l'vacuation; mais pour tre plus
sr qu'elle s'opere, il faut leur donner une once de _syrop de chicore
compos_, qu'on dlaie avec un peu d'eau, & qu'on leur fait boire dans
l'espace de quatre ou cinq heures. Cette pratique a les plus grands
avantages, & il est  souhaiter qu'elle devienne gnrale. Le syrop que
j'indique est  prfrer de beaucoup  tous les autres, & surtout 
l'huile d'amandes douces.

S'ils avoient besoin de quelque aliment, il n'y a point d'inconvnient 
leur donner un peu de biscuit dans l'eau, comme on fait ordinairement,
ou un peu de panade trs claire.

. 357. Quoiqu'ils aient t bien vacus d'abord aprs leur naissance,
trs souvent le lait s'aigrit, & produit des coliques violentes, des
convulsions, la diarrhe, la mort. Il n'y a que deux choses  faire;
vacuer ces matieres, & leur donner des absorbans. Le syrop de chicore
est encore dans ce cas, le meilleur remede. On donne ensuite, trois
prises par jour de la poudre N. 60, & on leur fait boire un th de
mlisse & de tilleul. L'on est dans l'usage de donner aux enfans
beaucoup d'huile d'amandes douces ds qu'ils ont quelques tranches,
c'est une habitude pernicieuse, & dont les consquences sont trs
dangereuses. Il est vrai que l'huile appaise quelquefois d'abord les
douleurs, en envelopant les acides, & en moussant la sensibilit des
nerfs; mais c'est un remede palliatif, qui, loin d'enlever la cause,
l'augmente, aussi le mal revient bientt; & plus on donne d'huile, plus
l'enfant devient sujet aux tranches. J'en ai guri, sans autre remede,
que la privation de l'huile, qui leur affoiblit l'estomac; par l-mme,
le lait se digere moins bien, moins vte, & s'aigrit plus aisment. Cet
affoiblissement que l'estomac reoit  cette poque, a quelquefois des
influences sur le temprament de l'enfant pour le reste de ses jours. Il
importe aux enfans d'avoir le ventre trs libre, & il est certain que
trs souvent l'huile les resserre, en diminuant les forces des
intestins: il n'y a personne qui ne puisse remarquer ces inconvniens;
on continue cependant  l'ordonner, dans un but contraire: telle est la
force du prjug, dans ce cas & dans tant d'autres. On est dans l'ide
que tel remede doit produire tel effet; il a beau ne le produire jamais,
la prvention subsiste, & l'on attribue son efficacit  de trop petites
doses. On les double; le mauvais effet augmente, & ne fait point finir
l'aveuglement. L'abus de l'huile dispose aussi  la noueure ou rachitis,
& enfin il devient souvent la cause premiere des maladies de peau, qui
sont extrmement difficiles  gurir. Ainsi l'on ne doit l'employer que
trs rarement, & on l'ordonne toujours trs mal  propos, dans les
coliques qui viennent d'un principe d'aigreur dans l'estomac, ou les
intestins.

Les enfans sont ordinairement plus sujets  ces coliques pendant les
premiers mois: ensuite elles diminuent, parceque leur estomac se
fortifie. On les soulage en leur donnant des lavemens avec une dcoction
de fleurs de camomille, & la grosseur d'une noisette de savon. Une
flanelle trempe dans une dcoction de camomille avec un peu de
thriaque, applique chaude sur l'estomac & le ventre, les soulage aussi
beaucoup.

Un des plus srs moyens de dissiper ces coliques, qui viennent de ce que
le lait ne se digere pas, c'est de leur donner autant de mouvement qu'il
est possible, vu leur ge.

On ne peut pas toujours leur donner des lavemens; cela auroit son
danger. Chacun connoit la mthode d'y suppler par des suppositoires,
avec quelques ctes de plantes, ou du savon, ou du miel cuit.

. 358. Tout le corps de l'enfant qui nait, est couvert d'une crasse,
qui vient de la liqueur dans laquelle il a vcu. Il est important de le
nettoyer d'abord, & il n'y a rien d'aussi bon, que le mlange d'un tiers
de vin avec deux tiers d'eau. On peut ritrer quelques jours de suite;
mais c'est une trs mauvaise coutume, que de continuer  les laver ainsi
tiedement. La base de la sant, c'est la rgularit avec laquelle se
fait la transpiration; pour obtenir cette regularit, il faut fortifier
la peau, & les lavages tiedes l'affoiblissent. On augmente encore le mal
en y mettant du beurre. Quand la peau a la force ncessaire elle fait
toujours ses fonctions, & la transpiration ne se drange pas  tous les
changemens de tems. Pour parvenir  ce point important, il faut laver
les enfans, peu de jours aprs leur naissance, avec de l'eau froide,
telle qu'on l'apporte de la fontaine.

On se sert d'une ponge, & l'on commence par le visage, les oreilles, le
derriere de la tte, (on vite la fontanelle), le col, les reins, tout
le corps, les cuisses, les jambes, les bras, en un mot partout. Cette
mthode usite il y a tant de siecles, & pratique de nos jours, par
plusieurs peuples qui s'en trouvent trs bien, parotra rvoltante 
nombre de meres; elles croiront tuer leurs enfans, & elles n'auront
point le courage, surtout de rsister aux cris qu'ils font souvent
pendant les premieres fois qu'on les lave. Mais si elles les aiment
vritablement, elles ne peuvent pas leur donner une marque plus relle
de cette tendresse, qu'en surmontant, en leur faveur, cette rpugnance.
Les enfans les plus foibles sont ceux qui en ont le plus besoin; ceux
qui sont trs robustes peuvent s'en passer, & l'on ne peut croire,
qu'aprs l'avoir vu souvent, combien cette mthode contribue  leur
donner promptement des forces. J'ai le plaisir de voir, depuis que j'ai
cherch  l'introduire ici que plusieurs meres, les plus tendres & les
plus raisonnables, l'ont employe avec les plus grands succs. Les sages
femmes qui en ont t les excuteurs la rpandent, & si elle peut
devenir gnrale, je suis pleinement persuad, qu'en conservant un trs
grand nombre d'enfans, elle contribuera  arrter les progrs de la
dpopulation. Il faut les laver trs rgulierement tous les jours,
quelque tems, & quelque saison qu'il fasse; & dans la belle saison, les
plonger dans des seaux, dans des bassins de fontaine, dans des
ruisseaux, dans des rivieres.

Aprs quelques jours de pleurs, ils s'accoutument tous si bien  cet
exercice, qu'il devient un de leurs plaisirs, & qu'ils rient pendant
toute l'opration.

Le premier avantage de cette mthode, c'est comme je l'ai dit,
d'entretenir la transpiration, & de rendre moins sensible aux
impressions de l'air, mais de ce premier avantage, il rsulte, qu'on les
prserve d'un grand nombre de maux, surtout de la noueure, des
obstructions, des maladies de la peau, & des convulsions; & on leur
assure une sant ferme & robuste.

. 359. Mais il ne faut pas dtruire le bien qu'on leur fait en les
lavant, par la mauvaise habitude de les tenir trop au chaud; il n'y en a
point de plus pernicieuse, & qui tue plus d'enfans, il faut les
accoutumer  tre trs peu habills, tant le jour que la nuit,  avoir
surtout la tte trs peu couverte, & point du tout, depuis l'ge de deux
ans; viter qu'ils ne soient dans des chambres trop chaudes, & les faire
vivre au grand air, soit l't soit l'hyver, le plus qu'il est possible.
Les enfans levs au chaud, sont souvent enrhums, foibles, ples,
languissans, bouffis, tristes, meurent, ou tombent dans la noueure &c.
Ceux qu'on leve,  l'eau froide sont l'oppos.

. 360. Je crois devoir ajouter, que l'enfance n'est pas le seul tems de
la vie, dans le quel les bains froids soient utiles. Je les ai employs,
avec un succs marqu, pour des personnes de tout ge; & il y a deux
especes de maladies, plus frquentes, il est vrai,  la ville qu' la
campagne, dans lesquelles ils russissent trs bien; c'est dans les
foiblesses de nerfs, & quand la transpiration se fait mal, qu'on craint
l'air, qu'on est fluxionnaire, foible, languissant. Le bain froid
rtablit la transpiration, redonne de la force aux nerfs, & dissipe par
l, tous les drangemens que ces deux causes occasionnoient dans
l'oeconomie animale. On doit les prendre avant diner. Mais autant les
bains froids sont utiles, autant l'usage habituel des bains chauds est
pernicieux; ils disposent  l'apoplexie,  l'hydropisie, aux vapeurs, &
l'on voit les villes o l'usage en est frquent, dsoles par toutes ces
maladies.

. 361. La sortie des dents coute souvent beaucoup aux enfans, &
quelques-uns succombent aux maux qu'elles occasionnent. L'on doit 
cette poque, si elle est douloureuse, 1. leur tenir le ventre libre par
des lavemens, faits avec une dcoction de mauve sans y rien ajouter;
mais ils ne sont point ncessaires si l'enfant a en mme-tems la
diarrhe. 2. Leur diminuer un peu la quantit des alimens; par deux
raisons; l'une, c'est que l'estomac est foible; l'autre, c'est qu'il y a
quelquefois un peu de fivre. 3. Leur augmenter un peu la quantit de la
boisson; la meilleure pour eux, c'est sans contredit, l'infusion des
fleurs de tilleul, qu'on blanchit avec un peu de lait. 4. On leur frotte
souvent les gencives, avec un mlange d'autant de miel que de mucilage
de pepins de coins, & on leur donne  mcher une racine d'althea, ou de
reglisse. C'est souvent dans le tems de la sortie des dents que les
enfans se nouent.

. 362. Le meconium, l'aigreur du lait, & les dents, sont trois grandes
causes des maladies des enfans: il y en a une quatrieme, les vers, qui
leur fait aussi trs souvent du mal; mais qui n'est point cependant, 
beaucoup prs, la cause gnrale de leurs maux, comme on est
gnralement port  le croire, ds qu'on voit un enfant, de plus de
deux ans malade. Il y a un grand nombre de symptomes, qui font juger
qu'un enfant a des vers. Il n'y en a qu'un seul, c'est leur sortie par
haut ou par bas, qui le dmontre videmment. Il y a d'ailleurs,  cet
gard, beaucoup de varits; quelques enfans ayant beaucoup de vers,
sans en tre incommods; d'autres tant rellement malades avec un petit
nombre. Les vers nuisent, 1. en obstruant les intestins, & en comprimant
les parties voisines par leur volume. 2. En suant le chile destin 
nourrir le malade, & le privant par-l mme de sa subsistance. 3. En
irritant les intestins & mme en les rongeant. Les signes qui les font
connotre sont, de legeres coliques; une abondance de salive  jeun; une
odeur dsagrable, d'une espece singuliere, dans l'haleine, surtout le
matin; des dmangeaisons dans les narines, qui font qu'ils les grattent
souvent; un apptit trs irrgulier, ayant quelquefois un appetit
vorace, d'autrefois point du tout; des maux de coeur, des vomissemens;
quelquefois de la constipation; plus souvent une diarrhe de matieres
mal cuites, le ventre assez gros, le reste du corps maigre. Une soif,
que la boisson ne diminue pas; souvent beaucoup de foiblesse; de la
tristesse; le visage est assez ordinairement mauvais, & change d'un
quart d'heure  l'autre; les yeux sont souvent teints, & entours d'un
cercle livide: on en voit souvent le blanc pendant le tems du sommeil,
qui est quelquefois accompagn de rves effrayans, de sursauts
continuels, de grincemens de dents. Quelques enfans sont dans
l'impossibilit d'tre un seul moment tranquilles. Les urines sont
souvent blanches, je les ai vues comme du lait. Ils ont des
palpitations, des vanouissemens, des convulsions, des assoupissemens
longs & profonds, des sueurs froides tout--coup; des fivres, qui ont
des caracteres de malignit; des pertes de la vue & de la voix, qui
durent long-tems. Des paralysies ou des mains, ou des bras, ou des
jambes. Les gencives sont en mauvais tat, & comme ronges. Ils ont
souvent le hoquet, un pouls petit & irrgulier, des rveries, & ce qui
est un des symptomes les moins quivoques, frquemment une petite toux
seche; souvent une espece de mucosit, dans les selles; quelquefois de
trs longues & violentes coliques, qui se terminent par un abcs 
l'extrieur du ventre, dont il sort des vers.

. 363. L'on a une foule de remedes pour les vers. La _grenette_, ou
_semen contra_, ou poudre aux vers, qui est un des plus ordinaires, est
trs bon. L'on se sert aussi, avec succs, de celui N. 61. La poudre
N. 14, est un des meilleurs. La fleur de soufre, le jus de cresson, les
acides, l'eau de miel, ont souvent russi. Mais les trois premiers que
j'ai indiqus, suivis d'un purgatif, sont les meilleurs. L'on trouvera
N. 62, un remede purgatif, qu'on peut faire prendre aisment aux enfans
les plus difficiles. Quand malgr ces remedes, les vers subsistent, il
convient de consulter quelqu'un pour en employer de plus efficaces; ce
qui est trs important; puisque, quoique peut-tre la moiti des enfans
ait des vers, & que plusieurs se portent trs bien, il y en a cependant,
que les vers tuent trs rellement, aprs leur avoir fait des maux
cruels pendant plusieurs annes.

Cette disposition  avoir des vers, prouve toujours des digestions
imparfaites; ainsi, il faut viter de donner aux enfans, qui sont dans
ce cas, des choses difficiles  digrer. Il faut surtout bien se garder
de leur donner comme remede, des huiles, qui, suppos mme qu'elles
dtruisissent quelques vers d'abord, augmentent la cause qui en laisse
reproduire de nouveaux. Un long usage de limaille de fer, est ce qui
dtruit le mieux cette disposition vermineuse.

. 364. Les convulsions sont une des maladies les plus frquentes des
enfans. L'on sera surpris que je n'en parle pas particulierement; mais
si l'on fait attention, qu'elles dpendent presque toujours, ou du
_meconium_, ou des aigres, ou des dents, ou des vers, on comprendra,
qu'en traitant ces quatre articles, j'ai trait des convulsions, qu'on
ne gurit qu'en combattant la cause qui les produit. La plus frquente
de ces causes, c'est les mauvaises matieres qui irritent l'estomac ou
les intestins, & qui sont le produit du trop d'alimens, ou des alimens
indigestes, qu'on a donns aux enfans, dont une grande partie prit par
cette cause. Vouloir calmer le mal en les faisant encore manger, c'est
jetter de l'huile sur le feu. Il ne faut que les purger doucement; tous
les remedes qui ne produisent point cet effet sont nuisibles; & il n'y a
rien de si pernicieux, que plusieurs remedes chauds, qu'on emploie
indistinctement dans toutes les convulsions, & qui tuent d'autant plus
surement les enfans, qu'ils sont plus jeunes; tel est surtout l'huile
d'ambre jaune ou d'agathe, qu'on emploie trs souvent. La thriaque &
les autres prparations de ce genre nuisent aussi au moins aux neuf
dixiemes des enfans auxquels on les donne: & en gnral les remedes
tirs de l'opium, qui souvent cependant leur sont d'une absolue
ncessit, ne doivent tre ordonns que trs sobrement, parcequ'ils
dtruisent l'estomac, jettent dans la constipation, qui est pernicieuse
aux enfans, & moussant le sentiment, laissent former sourdement des
engorgemens, qu'une plus grande sensibilit auroit fait connotre ds
leur commencement.

Il y en a qui ont reu une constitution trs susceptible de convulsions,
& qui en sont attaqus pour la plus legere cause. Cet tat demande une
trs srieuse attention; & si on le nglige, il peut dgnrer en
maladies trs fcheuses. Il est trs ais de l'empirer par des remedes
mal indiqus; ainsi l'on doit tre circonspect. Les bains froids & la
poudre N. 14, sont trs efficaces.

. 365. Je finirai par cet avis gnral. L'on peut prserver les enfans
d'un trs grand nombre de maux, & les rendre sains & robustes, 1. En
vitant de leur donner trop  manger, & les rglant pour les heures du
manger; ce qui est possible, mme ds leur bas-ge, quand la mere ou la
nourrice le veulent. En ne leur donnant pas des nourritures trop fortes
pour leur estomac, & surtout en vitant les mlanges. Je ne sais par
quelle tendresse pernicieuse & insense l'on croit que le comble du
bonheur pour les enfans, c'est de beaucoup manger. L'on s'imagine que
plus ils mangent, plus ils se fortifient: il n'y a point de prjug qui
dtruise plus d'enfans. Ces alimens qu'ils ne digerent pas, ruinent leur
estomac, produisent des obstructions, les affoiblissent, & les jettent
dans une fivre lente qui les conduit  la mort. Les mlanges ou les
alimens indigestes, ont les mmes inconvniens. Il faut, dit-on,
accotumer leur estomac  tout; c'est une sottise. Il faut leur faire
l'estomac bon, alors ils supporteront tout, & on ne le rend point bon en
leur causant de frquentes indigestions. Pour rendre un poulain robuste,
on le laisse quatre ans sans en exiger aucun travail; & alors il est
capable des plus pnibles, sans en tre incommod. Si, pour l'accotumer
 la fatigue, on l'avoit, ds sa naissance, oblig  porter des fardeaux
au-dessus de ses forces, il n'auroit jamais t qu'une rosse incapable
d'aucun travail. C'est l'histoire de l'estomac. J'ajouterai une
observation trs importante; c'est que le travail prcoce, auquel
l'enfant du paysan est astreint, est un mal rel pour le pays. Par-l
mme que les familles sont moins nombreuses, & que plusieurs enfans sont
tirs trs jeunes de la maison paternelle, ceux qui restent sont obligs
de travailler, & mme  des ouvrages pnibles, dans un ge o ils ne
devroient tre occups que des jeux de l'enfance. Ils s'usent avant
l'ge; ils ne deviennent pas aussi forts qu'ils auroient p l'tre; leur
corps ne se dveloppe pas autant qu'il auroit fait sans ces fatigues
prmatures; & l'on voit runies des physionomies de vingt ans, & des
tailles de douze ou treize; souvent mme ils succombent  ces travaux
forcs, ils tombent dans une espece de consomption & de desschement qui
les tue. 2. Il faut les laver ou les baigner  l'eau froide. 3. Leur
donner le plus de mouvement qu'il est possible, ds qu'ils ont quelques
semaines; car les premiers jours de leur vie paroissent consacrs par la
nature  un repos presque total, & le trop de mouvement pourroit avoir,
dans cet ge si tendre, des suites funestes. Mais ds que les organes
ont pris un peu de consistance, plus on leur donne de mouvement,
moyennant qu'on ne prenne rien sur le tems de leur sommeil, qui doit
tre trs long, plus on leur fait de bien; & en allant par dgrs, on
les accotume trs vte & sans danger  des exercices assez forts.
L'exercice qu'ils prennent dans des voitures un peu rudes, ou par le
moyen de quelques autres machines destines  leur usage, leur est plus
salutaire que celui qu'ils prennent aux bras, parcequ'ils sont dans une
meilleure attitude, & en t on les chauffe moins, ce qui est
important, la chaleur & la sueur tant des causes de noueure. 4. Les
faire vivre au grand air. Si les enfans ont le malheur d'avoir t
ngligs, & qu'ils paroissent foibles, maigres, languissans, obstrus,
nous (ce qu'on appelle _rachitique_, ou _tre en chartre_), ces quatre
secours les tirent souvent de cet tat, moyennant qu'on n'attende pas
trop tard.

5. S'ils ont quelque coulement naturel par la peau, ou quelque
ruption, il faut bien se garder de les arrter par quelques remedes
gras ou adstringens. Il n'y a pas d'annes qu'on ne voie plusieurs
enfans que des imprudences de ce genre tuent, ou jettent dans les maux
de langueur les plus cruels.

J'ai vu les exemples les plus fcheux des remedes extrieurs employs
pour la rache & les _crotes de lait_, qui, quelques horribles qu'elles
paroissent, ne sont jamais dangereuses, moyennant qu'on n'applique rien
dessus sans l'avis d'une personne entendue.




CHAPITRE XXVIII.

_Secours pour les Noys_[15].

  [15] Le malheur d'un jeune homme noy en se baignant le premier jour
    des bains, dtermina  publier ce chapitre sparment. Peu de jours
    aprs un ouvrier alloit prouver le mme sort; mais il fut
    heureusement retir plus vte que le premier, qui avoit t environ
    trente minutes sous l'eau, & on le gurit en suivant une partie des
    conseils indiqus dans cette instruction, dont plusieurs habitans
    avoient des exemplaires.


. 366. Lorsqu'un noy a t plus d'un quart-d'heure sous l'eau l'on ne
doit pas avoir de grandes esprances de le r'animer; il suffit souvent
d'y avoir t deux ou trois minutes, pour tre absolument mort.
Cependant plusieurs circonstances pouvant avoir prolong la vie au-del
du terme ordinaire, l'on doit toujours essayer de leur donner les
secours les plus efficaces, & il faut dans ce cas ne pas se lasser trop
tt. Ce n'est souvent qu'au bout de deux ou trois heures qu'ils donnent
quelques marques non quivoques de vie.

. 367. L'on a trouv quelquefois de l'eau dans l'estomac des noys,
plus souvent il n'y en a point; d'ailleurs la plus grande quantit qu'on
y en ait jamais trouv, n'excede pas ce qu'on peut en boire sans
s'incommoder; ainsi ce n'est point l la cause de la mort. Il n'est pas
ais de dire comment ils peuvent avaler cette eau. Ce qui les tue, c'est
l'eau qui passe dans le poulmon, & qui y est porte dans les mouvemens
qu'ils font ncessairement & involontairement pour respirer lorsqu'ils
sont sous l'eau; car il n'entre absolument point d'eau dans l'estomac ou
dans le poulmon de ceux qu'on met sous l'eau aprs leur mort; ce qui
sert  fonder un jugement dans plusieurs cas criminels. Cette eau
intimement mle avec l'air qui est dans le poulmon, forme une cume
visqueuse, sans ressort, qui empche absolument les fonctions du
poulmon; & par-l non-seulement le malade est suffoqu, mais de plus le
sang ne pouvant pas revenir de la tte, les vaisseaux du cerveau se
remplissent, & l'apoplexie se joint  la suffocation.

. 368. Le but qu'on doit avoir, c'est de dgorger le poulmon & le
cerveau, & de ranimer la circulation teinte. L'on doit 1. dpouiller
le patient de tous ses habits mouills, le frotter fortement avec un
linge sec; le mettre, s'il est possible, dans un lit chaud, & continuer
les frictions. 2. Une personne saine & robuste doit souffler dans ses
poulmons de l'air chaud, & de la fume de tabac si l'on peut en avoir,
par le moyen de quelque tuyau de pipe, de paille ou d'entonnoir, de
chalumeau &c. qu'on introduit dans la bouche. Cet air souffl avec
force, si l'on bouche en mme-tems les narines, pnetre dans le poulmon,
& rarfie par sa chaleur l'air, qui, ml  l'eau, forme l'cume; il se
dgage de cette eau, il reprend du ressort, dilate le poulmon, & s'il
reste encore un principe de vie, la circulation recommence dans ce
moment. 3. Dans le mme-tems, si l'on a un Chirurgien un peu adroit, il
ouvre la veine jugulaire ou grosse veine du col, & laisse couler huit,
dix, douze onces de sang. Cette saigne fait du bien de plusieurs
faons: premierement comme saigne, elle rtablit la circulation;
parceque c'est l'effet constant de la saigne dans les vanouissemens
qui dpendent d'une circulation suffoque; en second lieu, c'est celle
qui, dans ce cas, soulage le plus promptement l'engorgement de la tte &
du poulmon; en troisieme lieu, c'est quelquefois la seule qui fournisse
du sang; celle du pied n'en donne point, ou presque jamais; celle du
bras rarement; celle de la jugulaire en donne presque toujours.

4. On introduit le plus vte qu'on peut, & en aussi grande quantit
possible, de la fume de tabac dans les intestins par le fondement. L'on
a des machines trs commodes destines  cet usage; mais elles sont trs
rares. On peut y suppler par plusieurs moyens prompts; l'un, par lequel
on a sauv une femme, consiste  introduire dans le fondement, le tuyau
d'une pipe allume; on enveloppe le fourneau d'un papier perc de
plusieurs trous, on le met dans la bouche, & on souffle de toutes ses
forces;  la cinquieme gorge, on entendit dans le ventre de la femme,
un grouillement considrable; elle rendit de l'eau par la bouche, & un
moment aprs la connoissance lui revint. L'on peut aussi allumer deux
pipes dont on abbouche les fourneaux; on met le tuyau de l'une dans le
fondement, & on souffle par celui de l'autre. L'on peut encore
introduire une vapeur quelconque, en mettant une canule ou un autre
tuyau dans le fondement; on le lie fortement  une vessie; cette vessie
tient par son autre bout  un gros entonnoir de fer blanc, sous lequel
brle le tabac. Ce moyen m'a russi dans d'autres cas o le besoin me le
fit imaginer.

5. L'on fait sentir au malade les eaux fortes les plus volatiles; on lui
souffle dans le nez de la poudre de quelque herbe forte, sche, comme de
sauge, de romarin, de rhue, de mente, & surtout de marjolaine, ou de
tabac trs sec, ou quelque fume des mmes herbes. Il convient au reste
de n'employer ces derniers secours, qu'aprs la saigne; ils sont plus
efficaces & plus srs. 6. Tant que le malade ne donne _aucun signe de
vie_, il n'avalera pas, & il est inutile & mme dangereux de lui mettre
dans la bouche beaucoup de liquides; il suffit d'y mettre quelques
gouttes de quelque liqueur irritante qui ranime. Mais ds qu'il a repris
quelque mouvement, il faut lui donner dans l'espace d'une heure cinq ou
six cuilleres  soupe d'oxymel scillitique, dlay avec de l'eau tide,
ou si l'on n'avoit pas ce remede, on y suppleroit par une forte
infusion de chardon bnit, ou de sauge, ou de camomille adoucie avec du
miel. Quelques personnes recommandent les remedes vomitifs; mais ils ne
sont pas sans inconvnient. 7. Quoique le malade donne quelques signes
de vie, il ne faut pas discontinuer les secours; car quelquefois ils
meurent aprs ces premiers mouvemens. 8. Lors mme qu'ils sont
entierement rappells  la vie, il reste de l'oppression, de la toux, de
la fivre, en un mot une maladie. Il faut quelquefois saigner au bras, &
ensuite on leur donne beaucoup de ptisane d'orge, ou, si elle manque, du
th de sureau.

. 369. Aprs avoir indiqu les secours ncessaires, je dirai un mot de
quelques autres. On enveloppe dans des peaux de mouton, ou de veau, ou
de chiens, qu'on corche sur-le-champ; ces secours ont quelquefois
ranim la chaleur; mais ils sont plus lents, & ne sont pas plus
efficaces que la chaleur d'un lit bien chauff, parfum de sucre, & que
les frictions avec des flanelles chaudes. La mthode de les rouler dans
un tonneau est dangereuse, & fait perdre un tems prcieux. Celle de les
pendre par les pieds, est aussi accompagne de danger, & ne peut avoir
aucun usage. Cette cume, qui cause la mort, est trop adhrente pour
s'vacuer par son propre poids; c'est cependant le seul secours qu'on
pourroit retirer de la suspension, qui augmente l'engorgement de la tte
& du poulmon.

. 370. Il y a quelques annes qu'on sauva une fille de dix huit ans,
(on ignore si elle avoit t sous l'eau peu de tems ou quelques heures)
qui toit sans mouvement, glace, insensible, les yeux ferms, la
bouche bante, le teint livide, le visage bouffi, tout le corps enfl,
charg d'eau, en tendant sur un lit quatre doigts de cendres,
promptement chauffes dans des chaudieres, en la couchant toute nue sur
ces cendres, en la couvrant avec d'autres cendres aussi chauffes; en
lui mettant sur la tte un bonnet, autour du col un bas qui en toient
remplis; & en mettant par-dessus le tout des couvertures. Au bout de
demi heure le pouls revint, elle reprit la voix, & cria: _je gele, je
gele_. On lui donna un peu d'eau & on la laissa huit heures ensevelie
sous les cendres. Elle en sortit sans aucun autre mal qu'une lassitude,
qui se dissipa le troisieme jour. Ce remede doit certainement tre
efficace, & n'est pas  ngliger; mais il ne doit pas faire ngliger les
autres. Du sable ml avec du sel, ou du sel seul auroient la mme
efficacit.

Dans ce moment on vient de ressusciter deux petits canards qui s'toient
noys, par un bain de cendres chaudes. Celui de fumier peut aussi tre
utile.

Je viens d'apprendre, par un tmoin oculaire, trs digne de foi, & trs
clair, qu'il contribua efficacement  rappeller  la vie, un homme qui
avoit t certainement six heures sous l'eau.

. 371. Je finirai par un article qui se trouve dans un petit ouvrage
imprim  Paris, il y a vingt ans, par ordre du Roi; & auquel il n'y a
sans doute aucune personne qui ne souscrive.

Quoique le peuple soit assez gnralement port  la compassion, &
quoiqu'il souhaitt de donner des secours aux noys, souvent il ne le
fait pas, parcequ'il ne l'ose. Il s'est imagin qu'il s'exposeroit aux
poursuites de la Justice. Il est donc essentiel qu'on sache, & on ne
sauroit trop le redire, pour dtruire le prjug o l'on est, que les
Magistrats n'ont jamais prtendu empcher, qu'on tentt tout ce qui peut
tre tent, en faveur des malheureux qui viennent d'tre tirs de l'eau.
Ce n'est que quand leur mort est trs certaine, que des raisons exigent
que la Justice s'empare de leurs cadavres.




CHAPITRE XXIX.

_Des corps arrts entre la bouche & l'estomac._


. 372. Du fond de la bouche, les alimens passent dans un canal plus
troit, qu'on appelle _l'oesophage_, qui, en suivant l'pine du dos, va
aboutir  l'estomac.

Il arrive souvent que plusieurs corps sont arrts dans ce canal, sans
pouvoir ni descendre, ni remonter; soit parcequ'ils sont trop gros, soit
parcequ'ils se trouvent avoir quelques pointes, qui, s'enfonant dans
les parois de l'oesophage, les empchent de faire aucun mouvement.

. 373. Il rsulte de cet arrt, des accidens trs graves; qui font,
souvent une douleur trs vive dans la partie; d'autres fois un sentiment
incommode, plutt que douloureux; quelquefois des soulevemens de coeur
inutiles; une angoisse extraordinaire; & si l'arrt est tel que la
_glotte_ soit bouche, ou la _trache artre_ comprime, le malade ne
peut pas respirer; il a des suffocations horribles, & le sang ne pouvant
pas revenir de la tte, il devient rouge, livide; le visage, le col, se
gonflent, l'oppression augmente, & il prit trs promptement.

Quand la respiration n'est pas arrte ou gne, si le passage n'est pas
entierement bouch, & que le malade puisse avaler quelque chose, il vit
trs bien; & la maladie est alors une maladie particuliere de
l'oesophage; mais si le passage est absolument ferm, & qu'on ne puisse
point le dboucher pendant plusieurs jours, il en rsulte une mort
cruelle.

. 374. Le danger ne dpend pas autant de la nature du corps qu'on
avale, que de sa grosseur relativement au passage, de l'endroit o il
s'arrte, & de la faon dont il s'arrte; & souvent les alimens tuent,
pendant que les corps les moins faits pour tre avals, n'occasionnent
pas de grands maux.

Un enfant de six jours, avala une drage sucre qui s'arrta; il mourut
d'abord. Un homme sentoit qu'un morceau de mouton s'toit arrt; pour
n'effrayer personne, il sortit de table. Un moment aprs on veut savoir
o il est, on le trouve mort. Un second prit par un morceau de gteau;
un troisieme par un morceau de couenne de jambon; un quatrieme par un
oeuf, qu'il avaloit par dfi. Une chataigne, qu'un enfant avaloit
entiere, le tua. Un second prit promptement touff (car c'est toujours
d'touffement qu'on prit si vite), par une poire qu'il avoit jette en
l'air, & reue dans sa bouche. Une poire a aussi tu une femme. Un
morceau de tendon, (ce qu'on appelle ordinairement nerf) resta arrt
huit jours, sans que le malade pt rien prendre. Au bout de ce tems, il
tomba dans l'estomac, dgag par la pourriture; mais le malade mourut
bientt aprs, tu par l'inflammation, la gangrene & la foiblesse.

. 375. Quand un corps est arrt, il y a deux moyens de le dgager; il
faut ou le retirer, ou le pousser. Le plus sr est toujours de le
retirer; mais ce n'est pas toujours le plus ais; & comme les efforts
qu'on fait, fatiguent beaucoup le malade, & ont quelquefois des suites
facheuses; que d'ailleurs le mal est souvent extrmement pressant, il
convient de pousser, si cela est plus ais, & s'il n'y a point
d'inconvniens  faire entrer les corps arrts dans l'estomac.

Les corps qu'on peut pousser sans risque, sont tous les alimens
ordinaires, le pain, les viandes, les gteaux, les fruits, les legumes,
les morceaux de boyaux. L'on peut aussi pousser le cuir. Ce n'est pas
que de trs gros morceaux de certains alimens, ne soient presque
indigestibles; mais il est rare qu'ils soient mortels.

. 376. Les corps qu'on doit chercher  retirer, quoique cela soit
beaucoup plus pnible que de les pousser, sont tous ceux dont l'effet
pourroit tre trs dangereux, & mme mortel, si on les avaloit. De cette
classe sont tous les corps indigestibles: le liege, les paquets de
linge, les gros noyaux de fruits; les os, les bois, les verres, les
pierres, les mtaux; surtout si au danger de l'indigestibilit, se
joignent ceux qui rsultent de la figure de ces corps. Ainsi l'on doit
retirer, principalement, les pingles, les guilles, les arrtes, les os
pointus, les fragmens de verre, les ciseaux, les canifs, les bagues, les
boucles. Il n'y a aucun de ces corps qui n'ait t aval; & les accidens
qui en rsultent le plus ordinairement, sont de violentes douleurs dans
l'estomac, & les intestins; des inflammations, des suppurations, des
abcs, des ulceres, la fivre lente, la gangrene, des coliques de
miserr, des abcs extrieurs, par lesquels ces corps ressortent, &
souvent aprs beaucoup de maux, une mort cruelle.

. 377. Quand les corps ne sont que peu avancs, & qu'ils se trouvent 
l'entre de l'oesophage, on peut essayer de les retirer avec les doigts,
ce qui russit souvent. S'ils sont plus avancs, il faut se servir de
pincettes; les Chirurgiens en ont de plusieurs especes. L'on en a, dont
quelques fumeurs se servent, qui seroient trs commodes pour cela. L'on
peut en faire trs promptement avec deux morceaux de bois. Ce moyen est
peu utile, si le corps est fort avanc dans l'oesophage, & si c'est un
corps flexible, qui soit exactement appliqu, & remplisse tout le canal.

. 378. Mais quand les doigts ou les pincettes chouent, ou ne peuvent
pas tre employs, il faut se servir des crochets. On en fait dans le
moment, avec un fil de fer un peu fort, qu'on courbe par le bout; on
l'introduit plat, & pour s'assurer de cette direction, on fait, au bout
par lequel on le tient, un autre crochet, ou une anse dans le mme sens;
ce qui sert en mme-tems,  l'assurer  la main par un fil: moyen qu'on
devroit employer dans ce cas, pour tous les instrumens, afin d'viter
les malheurs arrivs plus d'une fois, quand ces instrumens chapent.
Aprs que le crochet a pass l'obstacle, ce qui est presque toujours
possible, on le retourne, & il accroche le corps qu'on amene en le
retirant. Le crochet est aussi trs commode, quand un corps un peu
flexible, comme une pingle, ou une arrte, se sont mis en travers de
l'oesophage; alors ce crochet, les prenant par le milieu, les courbe, &
les dgage. S'ils toient trs fragiles, il serviroit  les casser; &
alors, si les fragmens ne se dgageoient pas, on pourroit les retirer
par quelqu'un des autres moyens.

. 379. Quand ce sont des corps minces, qui n'occupent qu'une partie du
passage, & qui pourroient aisment, ou chapper au crochet, ou par leur
rsistance le redresser, on se sert d'anneaux. On en fait de solides; ou
de flexibles. On en fait de solides avec un fil de fer, ou un cordon de
quelques fils d'archal trs minces. Pour cela on plie ces fils en cercle
par le milieu, o on ne les rapproche pas; mais on y laisse un anneau
d'un doigt de diametre; on rapproche les branches l'une de l'autre, & on
introduit l'anneau dans l'oesophage. On cherche  engager le corps, &
alors on le ramene. On en fait aussi de trs flexibles avec de la laine,
des fils, des soies, de petites ficelles, qu'il convient de cirer, afin
qu'ils aient un peu plus de consistance; on les attache fortement  un
manche ou de fil de fer, ou de baleine, ou de bois flexible; on les
introduit, on cherche  engager le corps, & on le retire. On met souvent
plusieurs de ces anneaux de fils, passs l'un dans l'autre, afin
d'engager plus surement le corps, qui entrera dans l'un, s'il chappe 
l'autre. Cette espece d'anneau a un avantage, c'est que, quand on a
engag le corps, on peut alors, en tournant le manche, le serrer si
fortement, dans l'anneau ainsi tordu, qu'on est le matre de le remuer
en tout sens; ce qui est un avantage trs considrable, dans un grand
nombre de cas.

. 380. Un quatrieme moyen, c'est l'ponge. La proprit qu'elle a de se
gonfler en s'humectant, fonde son usage dans ce cas. Si un corps est
arrt sans remplir toute la cavit de l'oesophage, on fait passer une
ponge, par le vuide qui reste, au-del de ce corps; elle se gonfle
bientt dans cet endroit humide, & l'on peut mme en hter le
gonflement, en faisant avaler quelques gouttes d'eau; alors, en la
retirant au moyen du manche qui a servi  l'introduire, comme elle est
trop grosse pour ressortir par le mme endroit par lequel elle toit
entre, elle entraine avec elle le corps qui lui fait obstacle, & par-l
elle dbouche le gosier.

Comme l'ponge seche peut se resserrer, on a quelquefois profit de ce
moyen pour en faire passer un morceau assez gros par un fort petit
espace. On la resserre, en l'entourant fortement, avec un fil ou un
ruban, qu'on peut desserrer trs aisment, & retirer quand l'ponge a
pass. On l'assujettit aussi dans un morceau de baleine, fendu en quatre
 un bout, & qui ayant beaucoup de ressort, resserre sur l'ponge; on
accommode la baleine de faon qu'elle ne puisse pas blesser; l'ponge
est galement attache  un cordon trs fort, afin qu'aprs l'avoir
dgage de la baleine, le Chirurgien puisse la retirer. On s'est aussi
servi de l'ponge d'une autre faon. Quand il n'y a pas de place pour la
faire passer, parceque le corps remplit tout le canal, & que ce corps
n'est point accroch, mais seulement engag par la petitesse du passage,
on introduit un morceau d'ponge un peu gros dans l'oesophage, jusques
prs du corps aval; alors cette ponge se gonfle, elle dilate le canal
en dessus du corps, on la retire un peu, mais trs peu, & le corps tant
moins press en dessus qu'en dessous, quelquefois le resserrement de la
partie infrieure de l'oesophage, peut le faire remonter; & ds qu'un
premier dgagement est fait, le reste s'opere aisment.

. 381. Enfin quand tous ces moyens sont inutiles, il en reste un autre,
c'est de faire vomir le malade; mais ce remede ne peut gueres tre utile
que pour les corps engags. Dans les cas o ils seroient accrochs ou
plants, il pourroit faire du mal.

Si l'on peut avaler, on fait vomir en donnant le remede N. 8, ou un
remede mtique. L'on a dgag, par ce moyen, un os arrt depuis
vingt-quatre heures.

Quand on ne le peut pas, on doit essayer si l'irritation d'une plume
promene dans le fond de la gorge produira cet effet; ce qui n'arrivera
pas si le corps comprime fortement tout l'oesophage; & en ce cas, il
faut donner un lavement de tabac. Un homme avala un gros morceau de
poulmon de veau, qui s'arrta au milieu de l'oesophage & bouchoit
exactement le passage. Un Chirurgien essaya inutilement un trs grand
nombre de moyens. Un second voyant leur inutilit, & le malade ayant le
visage noir & tumfi, les yeux pour ainsi dire hors de la tte, tombant
dans des syncopes frquentes avec des mouvemens convulsifs, il lui fit
donner en lavement la dcoction d'une once de tabac en corde; ce remede
procura un vomissement violent, qui fit rejetter le corps tranger, qui
alloit causer la mort du malade.

Un sixieme moyen, que je ne crois point qu'on ait employ, mais qui
pourroit tre trs utile dans plusieurs cas, quand les corps avals ne
sont pas trop durs, & qu'ils sont fort gros, ce seroit de fixer un
tire-boure solidement  un manche flexible, &  un fil cir, afin qu'on
pt le retirer, suppos qu'il quittt le bton, il seroit ais, sur tout
si le corps n'toit pas extrmement bas, d'y planter le tire boure, & de
le retirer par ce moyen.

L'on a vu une pine fixe dans la gorge, dgage & rejette en riant.

. 382. Dans le cas du . 375, quand il convient de pousser les corps,
on emploie ou des porreaux, qui ont l'avantage de se trouver par-tout,
mais qui sont sujets  se casser, ou une bougie huile & tant soit peu
chauffe, afin qu'elle soit flexible, ou une baleine, ou un fil de fer,
dont on paissit dans le moment un des bouts avec du plomb fondu, ce qui
est trs vite fait. L'on peut employer, avec le mme succs, quelques
btons de bois flexible, comme le bouleau, le coudrier, le frne, le
saule, une sonde flexible, une baguette de plomb. Tous ces corps doivent
tre trs unis & polis, afin qu'ils n'occasionnent point d'irritation.
Quelquefois dans cette vue on les enveloppe avec un boyau mince de
mouton. L'on attache quelquefois au bout une ponge, qui remplissant
tout le canal, entraine tous les obstacles qu'elle rencontre.

L'on fait aussi quelquefois dans ces cas, avaler de gros corps, comme de
la mie ou de la croute de pain, un navet, une tige de laitue, une bale,
dans l'esprance qu'ils entraineront l'obstacle; mais ce sont des moyens
bien foibles, & si on les fait avaler sans les avoir assujettis  un
fil, il est  craindre que, s'arrtant eux-mmes, ils ne doublent le
mal.

Il est arriv quelquefois, fort heureusement, que les corps qu'on
vouloit pousser s'engageoient dans la bougie, ou dans le porreau dont on
se servoit pour les pousser, & ressortoient avec: mais cela n'arrive
qu'aux corps pointus.

. 383. S'il est impossible de retirer les corps . 376, & tous ceux
qu'il est dangereux d'avaler, il faut alors, de deux maux choisir le
moindre, & courir les risques de les pousser, plutt que de laisser
prir horriblement le malade en peu de momens. L'on doit d'autant moins
balancer  prendre ce parti, qu'un grand nombre d'exemples prouvent,
que, s'il est arriv souvent de grands maux, aprs avoir aval ces
corps, & mme une mort cruelle, d'autrefois ils n'ont occasionn que peu
ou point d'accidens.

. 384. Il arrive quand ces corps ont t avals, de quatre choses
l'une; ou ils ressortent avec les excrmens au bout de peu de tems, sans
avoir occasionn presque aucun mal, ou cette sortie ne se fait que
long-tems aprs, & est prcde par beaucoup de douleurs. L'on a vu
ressortir peu de jours aprs, sans avoir souffert, un os de jambe de
poule, un noyau de pche, un couvercle de bote de thriaque, des
pingles, des aiguilles, des monnoies de toute espece, une petite flte
longue de quatre pouces, elle causa de vives douleurs pendant trois
jours, & sortit heureusement; des couteaux, des rasoirs, une boucle de
souliers. J'ai vu il n'y a que peu de jours, un enfant de deux ans &
demi, qui avala un clou long de plus d'un pouce, & dont la tte avoit
plus de trois lignes de largeur; il s'arrta quelques momens au col,
mais il passa pendant qu'on vint me chercher, & ressortit pendant la
nuit, avec une selle, sans avoir occasionn aucun accident. Plus
rcemment encore, un os entier d'aleron de poulet n'a occasionn qu'un
peu de douleur d'estomac pendant trois ou quatre jours. Quelquefois ces
corps restent plus long-tems, & ne ressortent qu'au bout de plusieurs
mois, & mme des annes, sans avoir cependant fait aucun mal.

. 385. L'vnement n'est pas toujours si heureux; quelquefois ils
ressortent naturellement, mais ce n'est qu'aprs avoir fait souffrir les
douleurs les plus vives dans l'estomac & les boyaux. Il arrive
quelquefois que ces corps, aprs avoir parcouru tous les intestins, sont
arrts au fondement, & occasionnent de fcheux accidens, mais auxquels
un chirurgien adroit peut presque toujours remdier, s'il est possible
de les couper, comme des os minces, des machoires de poissons, des
pingles, ils sortent alors avec beaucoup de facilit.

. 386. Une seconde terminaison, c'est quand ces corps ne ressortent
point, mails occasionnent des accidens fcheux qui tuent le malade, & il
y a beaucoup de ces cas. Une Demoiselle ayant avall des pingles
qu'elle tenoit dans sa bouche, une partie ressortit par les selles; mais
l'autre partie pera les intestins, & mme le ventre avec des douleurs
inouies; la malade prit au bout de trois semaines. Un homme avala une
aiguille, elle pera l'estomac, pntra dans le foie, & fit prir le
malade en consomption. L'on mange tous les jours des noyaux, mais on a
des exemples de gens chez lesquels il s'en est fait des amas, qui sont
devenus cause de mort aprs beaucoup de douleurs.

. 387. Le troisieme cas, c'est quand ces corps ressortent avec les
urines. Ces cas sont rares; l'on en a cependant quelques exemples. Une
pingle de moyenne grandeur, ressortit en urinant trois jours aprs, &
l'on a rendu, par la mme voie, un petit os, des noyaux de cerises, de
prunes, & mme un de pche.

. 388. Enfin le quatrieme cas, c'est quand ils percent l'estomac ou les
boyaux, & qu'ils vont jusqu' la peau, occasionnent un abcs, & se font
jour eux-mmes, ou sont tirs en ouvrant l'abcs. Ils sont souvent trs
long-tems  faire ce trajet. Quelquefois les douleurs sont continues,
d'autres fois le malade souffre pendant quelque tems, les douleurs
cessent & recommencent. L'abcs se forme ou sur l'estomac, ou dans
d'autres parties du ventre; quelquefois mme ces corps, aprs avoir
perc les intestins, font des routes singulieres, & vont ressortir loin
du ventre. Une aiguille avalle ressortit au bout de quatre ans  la
jambe.

. 389. Tous ces exemples, & une foule d'autres, de morts cruelles aprs
des corps avals, prouvent la ncessit d'tre sur ses gardes  cet
gard, & dposent contre l'imprudence horrible, j'oserois dire
criminelle, de s'amuser de jeux qui peuvent occasionner ces malheurs, ou
mme de tenir dans la bouche des corps, qui chappans, deviennent cause
de mort. Peut-on, sans frmir, mettre dans la bouche des aiguilles & des
pingles, quand on pense aux maux horribles &  la mort cruelle qu'elles
peuvent occasionner?

. 390. L'on a vu plus haut, que quelquefois les corps arrts
touffoient le malade; d'autrefois on ne peut pas les faire passer, mais
ils restent dans l'oesophage, sans que le malade meure, au moins
d'abord. Cela arrive quand ils sont situs de faon qu'ils ne compriment
pas la trache artere, & qu'ils n'empchent pas le passage des alimens;
ce qui ne peut gueres arriver qu'aux corps pointus. Ces corps ainsi
arrts, quelquefois occasionnent sans beaucoup de violence, une petite
suppuration qui les dgage; ils ressortent par la bouche, ou tombent
dans, l'estomac. D'autrefois ils occasionnent une inflammation
prodigieuse qui tue le malade; ou si la matiere de l'abcs se porte en
dehors, il se forme une tumeur  l'extrieur du col; on l'ouvre, & le
corps ressort par-l. D'autres enfin se font une route qu'ils parcourent
avec peu ou point de douleurs, & ils vont ressortir derriere le col sur
la poitrine,  l'paule, enfin en diffrens endroits.

. 391. Quelques personnes tonnes des marches singulieres de ces
corps, qui, par leur volume, & surtout par leur figure, paroissent ne
pouvoir s'introduire dans le corps qu'en le dtruisant, souhaiteront
qu'on leur explique comment & o ces corps font leur route; l'on me
permettra en leur faveur une courte digression; elle est peut-tre
d'autant moins hors de mon plan, qu'en faisant disparotre le
merveilleux de la chose, elle fera tomber le prjug superstitieux qui a
souvent attribu aux sortilges des faits de cette espece, qui
s'expliquent avec beaucoup de facilit. Cette mme raison est une de
celles qui m'ont dtermin  tendre autant ce chapitre.

L'on trouve sous la peau, dans quelqu'endroit qu'on l'ouvre, une
membrane compose de deux lames, spares l'une & l'autre par de petites
cellules qui communiquent toutes les unes aux autres, & qui sont
remplies plus ou moins de graisse. Il n'y a aucune graisse dans tout le
corps, qui ne soit renferme dans cette membrane, qu'on appelle
_membrane graisseuse_. Non-seulement elle se trouve sous la peau, mais
de-l, en se repliant de diffrentes faons, elle se rpand dans tout le
corps, elle spare tous les muscles, elle fait partie de l'estomac, des
boyaux, de la vessie, de tous les visceres, c'est elle qui forme ce
qu'on appelle la _coeffe_, ou dans les animaux, _penne_; elle fournit
une enveloppe aux veines, aux arteres, aux nerfs. Dans quelques endroits
elle est trs paisse & remplie de beaucoup de graisse; dans d'autres
elle est extrmement mince & dnue de graisse; par tout elle est prive
de tout sentiment. On pourroit se la reprsenter comme une couverture
pique, dont le coton est ingalement distribu; dans quelques endroits
il y en a beaucoup; dans d'autres il n'y en a point, & les deux doubles
se touchent. C'est dans cette membrane que se font les mouvemens de ces
corps trangers, & comme la communication est gnrale, il n'est point
tonnant qu'ils aillent d'un endroit  un autre trs loign, en
parcourant de trs longs chemins. Les officiers & les soldats sentent
trs frquemment des bales qu'on n'a pas p faire sortir, faire des
trajets considrables.

La communication gnrale entre toutes les parties de cette membrane,
est dmontre par un fait qui se ritere tous les jours contre les loix
de la Police, les bouchers font une petite incision  la peau d'un veau,
 laquelle ils appliquent un soufflet; ils soufflent fortement, & il n'y
a pas une partie de tout le veau qui ne se ressente de ce gonflement
artificiel. Des sclrats se sont servis de cette indigne manoeuvre,
pour rendre monstrueux des enfans qu'ils faisoient voir ensuite pour de
l'argent. C'est dans cette membrane que les eaux des hydropiques sont
ordinairement panches, & dans laquelle elles suivent les mouvemens que
leur imprime la pesanteur. L'on demandera; cette membrane tant
traverse en diffrens endroits par des nerfs, des veines, des arteres,
&c. qui sont des parties dont les blessures occasionneroient
ncessairement des accidens fcheux; comment n'en arrive-t-il pas? Je
rpons 1. que ces accidens arrivent quelquefois. 2. Qu'ils doivent
cependant arriver rarement, parceque toutes ces parties qui traversent
la membrane graisseuse, tant plus durs que la graisse, ces corps
doivent presque ncessairement, quand ils les rencontrent, tre
dtourns vers les graisses qui les entourent, o la rsistance est
beaucoup moins considrable, & cela d'autant plus srement, que ces
corps sont toujours cilindriques.

. 392. A tous les secours que j'ai indiqus jusqu' prsent, je dois
ajouter encore quelques conseils gnraux.

1. Il est souvent utile & mme ncessaire de faire une ample saigne du
bras, surtout quand la respiration est extrmement gne, ou quand l'on
ne peut pas russir d'abord  dplacer le corps; parcequ'alors la
saigne prvient l'inflammation que produiroient les irritations
frquentes. Il peut arriver que la saigne, qui jette toutes les parties
dans le relchement, opere sur-le-champ le dgagement du corps.

2. Quand on voit que toutes les tentatives, pour retirer ou pour
pousser, sont inutiles, il faut les cesser; parceque l'inflammation
qu'on occasionneroit, seroit aussi fcheuse que le mal mme, & que l'on
a des exemples de gens morts  cause de cette inflammation, quoique le
corps et t dplac.

3. Pendant qu'on fait ces tentatives, il faut faire avaler souvent au
malade, ou injecter avec un canal courbe qui aille plus loin que la
glotte, quelque liqueur fort molliente, comme de l'eau tiede, ou pure,
ou mle avec du lait, ou une dcoction d'orge, de mauve, de son. Il en
rsulte ce double avantage; c'est que l'on adoucit par-l les parties
irrites, ce qui retarde l'inflammation; & en second lieu souvent une
injection faite avec force, russit mieux pour dgager un corps charnu,
que toutes les tentatives avec des instrumens.

4. Quand on est oblig de laisser dans la gorge un corps arrt, il
faut conduire le malade tout comme s'il avoit une maladie inflammatoire;
le saigner, le mettre au rgime; lui envelopper tout le col avec des
cataplasmes molliens. Il convient d'employer la mme mthode, quoique
le corps soit dplac, si l'on a lieu de croire qu'il y a de
l'inflammation dans l'oesophage.

5. Quelquefois un peu de mouvement dgage mieux que les instrumens.
L'on sait qu'un coup de poing derriere l'pine, a souvent dgag des
corps fortement arrts, & j'ai deux exemples que les malades qui
avoient des pingles arrtes, tant monts  cheval, pour aller, de la
campagne, chercher du secours dans la ville voisine, sentirent le corps
se dgager aprs une heure de marche; l'un le cracha; l'autre l'avala
sans mauvaise suite.

6. Quand le danger de suffocation est pressant, que la saigne est
insuffisante, qu'on n'a point d'esprance de dgager promptement le col,
& que la mort est proche, si l'on ne rend pas la respiration au malade;
il faut, sur-le-champ, faire la _bronchotomie_; c'est--dire ouvrir la
trache artere; ce qui n'est ni difficile pour un Chirurgien un peu
entendu, ni fort douloureux.

7. Quand le corps arrt passe dans l'estomac, il faut d'abord mettre
le malade  un rgime trs doux, viter tous les alimens cres,
irritans, chauds; le vin, les liqueurs; ne prendre que peu d'alimens 
la fois; n'en point prendre de solides, qu'aprs les avoir extrmement
mchs. Le meilleur rgime seroit de vivre de soupes farineuses, de
quelques lgumes, d'eau & de lait; ce qui vaut beaucoup mieux que
l'usage des huiles.

. 393. L'auteur de la nature a pourvu  ce qu'en mangeant, rien ne
passt par la glotte, dans la trache artere; ce malheur arrive
cependant quelquefois. Il survient dans le moment une toux continue &
violente, une douleur aige, une suffocation; tout le sang se porte  la
tte; le malade est angoiss & agit par des mouvemens violens &
involontaires, il meurt quelquefois sur-le-champ. Un grenadier hongrois,
cordonnier de son mtier, travailloit & mangeoit en mme-tems, il tomba
de sa chaise sans dire un seul mot; ses camarades appellerent du
secours, des Chirurgiens arriverent aussi tt; il ne donna, malgr
plusieurs secours, aucun signe de vie. On trouva dans le cadavre un
morceau de viande de boeuf fort gros qui toit enfonc dans la trache
artere, qu'il bouchoit si exactement, qu'elle ne pouvoit laisser passer
le moindre air au poulmon.

. 394. Il faut frapper frquemment sur l'pine du dos, occasionner
quelques efforts pour vomir, faire ternuer avec du poivre blanc, du
muguet, de la sauge, des tabacs cphaliques quelconques, qu'on souffle
fortement dans les narines. Un pois jett en badinant dans la bouche,
entra dans la trache artere, & ressortit en faisant vomir avec de
l'huile. Un petit os fut chass en faisant ternuer avec de la poudre de
muguet. Enfin si ces secours ne russissent pas d'abord, il faut, sans
hsiter, faire la _bronchotomie_ (voyez le . prcdent N. 6.). L'on a
retir par ce moyen des os, une fve, une arrete, & sauv par-l les
malades.

. 395. L'on tente tout, quand il s'agit de la vie humaine. Dans le cas
o un corps ne pourroit ni tre dgag de l'oesophage, ni y rester sans
tuer promptement le malade, l'on a propos de faire une incision 
l'oesophage mme, par laquelle on le tireroit, & d'employer le mme
moyen lorsqu'un corps tomb dans l'estomac, seroit de nature &
occasionneroit des accidens propres  tuer promptement le malade. Quand
l'oesophage est ferm, on nourrit par des lavemens de bouillon.




CHAPITRE XXX.

_Maladies chirurgicales. Des brulures, des Plaies, des Meurtrissures,
des Ulceres, des Membres gels, des Hernies, des Clous, des Panaris, des
Verrues & des Cors._


. 396. Les paysans sont exposs par leurs travaux,  plusieurs accidens
extrieurs; coupures, meurtrissures &c. qui, quelques graves qu'ils
soient, se termineroient presque toujours aisment, & cela par une suite
de la nature du sang, qui a ordinairement beaucoup moins d'cret que
dans les villes; mais un traitement pernicieux rend souvent facheux les
maux les plus legers en eux-mmes; & j'ai vu un si grand nombre de ces
malheurs, qu'il me paroit ncessaire d'indiquer ici le traitement qui
convient  ces maux externes, quand ils n'exigent pas ncessairement la
main du Chirurgien. Je dirai aussi un mot de quelques maladies
extrieures, qui dpendent cependant d'une cause interne.


_Des Brulures._

. 397. Quand la brulure est trs legere, & qu'il n'y a point de vessie
leve, il suffit d'y mettre une compresse trempe dans l'eau fraiche, &
de la changer tous les quarts d'heures, jusques  ce qu'on ne sente plus
de douleur. Quand il s'est lev une vessie, il faut y faire une trs
petite ouverture, qui laisse couler l'humeur, & l'on applique dessus
une compresse de linge trs fin, enduite de la pommade N. 63, qu'on
change deux fois par jour. Si la peau est brule & les chairs mmes
endommages, il faut se servir de la mme pommade; mais au lieu d'une
compresse, il faut se servir de charpie, qui s'applique plus exactement;
& par dessus la charpie, on met une simple toile cire, que chacun peut
aisment prparer, N. 64, ou, si l'on veut, un _sparadrap_, N. 65.
Mais indpendamment de ces secours extrieurs, qui sont les plus
efficaces qu'on puisse employer; quand la brulure est trs forte & trs
enflamme, & qu'on craint les progrs & les suites de cette
inflammation, il faut employer les mmes remedes que dans les fortes
inflammations. L'on doit faire une saigne, & _mettre au rgime_; ne
faire boire que les ptisanes N. 2 ou 4, & donner tous les jours deux
lavemens simples.

Quand le mal est proche de sa fin, & qu'il ne reste plus qu'une trs
petite plaie, il suffit d'appliquer le sparadrap N. 65.


_Des Plaies._

. 398. Si une plaie a pntr dans l'intrieur des cavits, & a bless
quelque partie contenue dans la poitrine & dans le ventre; si sans
pntrer dans les cavits, elle a ouvert quelque grosse artere; si elle
a bless quelque nerf, ce qui occasionne des accidens beaucoup plus
violens qu'ils ne devroient tre sans cela; si elle est alle jusques 
l'os, & qu'il ait souffert; enfin s'il survient quelque symptme
extraordinaire, il faut ncessairement appeller un Chirurgien. Mais
quand la plaie n'est accompagne d'aucune de ces circonstances, qu'elle
n'intresse que la peau, les graisses, les chairs, & des petits
vaisseaux, l'on peut la panser aisment sans secours,
parcequ'ordinairement tout se rduit  la prserver des impressions de
l'air, &  donner cependant issue au pus.

. 399. Si le sang ne sort d'aucun vaisseau considrable, mais coule
-peu-prs galement de tous les points de la plaie, on peut hardiment
le laisser couler, pendant qu'on prpare promptement de la charpie.
Quand elle est prte, on en met ce qu'on peut dans la plaie, sans la
presser, ce qui seroit trs facheux, & auroit les mmes inconvniens que
les tentes & les bourdonnets; on la couvre avec une compresse huile
avec un peu d'huile d'olive, ou la toile cire N. 64, je prfere la
compresse pour les premiers pansemens; & l'on soutient le tout avec une
bande large de deux doigts, longue proportionnellement au volume de la
partie qu'il faut bander, & qu'on serre assez pour qu'elle ne se drange
pas; assez peu, pour qu'elle n'occasionne aucune inflammation. On laisse
cet appareil vingt-quatre heures; les plaies tant d'autant plutt
guries, qu'on les panse moins souvent. Alors on te la charpie qu'on
peut ter aisment; & s'il y en a qui se soit attache par le
dessechement du sang, on la laisse, l'on se contente d'en remettre un
peu de nouvelle, & le reste du pansement se fait comme la premiere fois.

Au bout de vingt-quatre heures, on trouve ordinairement la premiere
charpie dtache, & la plaie commence  suppurer. On continue  y mettre
un peu de charpie, point serre, & d'appliquer la toile cire. Quand la
plaie est devenue tout--fait superficiele, il suffit d'appliquer la
toile cire, ou le sparadrap N. 65, sans charpie.

Les personnes qui ont quelque prdilection pour les huiles impregnes
des vertus de quelques plantes, peuvent, si cela augmente leur
confiance, employer celles de millepertuis, de trefle, de lis, de
camomille, de balsamines, de roses rouges.

. 400. Quand la plaie est considrable, on doit s'attendre qu'elle
s'enflammera, avant que la suppuration, qui alors paroit plus tard, ait
p s'tablir, & que cette inflammation sera accompagne de douleurs,
fivre, quelquefois de rveries; il faut dans ce cas, au lieu de la
compresse ou de la toile cire, appliquer un cataplasme de mie de pain &
de lait, dans lequel on met un peu d'huile, afin qu'il ne s'attache pas;
& on le change, sans toucher  la plaie, deux & mme trois fois par
jour.

. 401. S'il y avoit quelque vaisseau un peu gros ouvert, il faudroit
appliquer dessus un morceau d'agaric de chne, N. 66, dont on devroit
avoir par-tout. On le contient en appliquant dessus beaucoup de charpie,
& en couvrant le tout avec une grosse compresse, & un bandage un peu
plus serr qu' l'ordinaire. Si cela ne suffisoit pas, & que la plaie
ft  un bras, ou  une jambe, il faudroit faire une forte ligature, en
dessus de la plaie, avec un tourniquet, qui se fait dans le moment, avec
un cheveau de fil, ou de chanvre, qu'on passe autour du bras en forme
d'anneau; on introduit entre deux une piece de bois paisse d'un pouce,
& longue de quatre ou cinq, & en tournant cette piece de bois, on serre
autant que l'on veut; tout comme le paysan serre un tonneau, ou une
piece de bois sur sa charette, avec la chane & le levier ou garrot.
Mais il faut avoir soin; 1. d'arranger l'cheveau de faon qu'il
conserve une largeur de deux pouces; & 2. de ne pas serrer assez fort
pour occasionner une inflammation, qui dgnereroit bientt en gangrene.

. 402. Tous les loges prodigus  une quantit d'onguens, sont une
pure charlatannerie; l'art ne contribue pas le moins du monde  la
guerison des plaies; c'est la nature qui fait tout; & tout ce que nous
pouvons, c'est d'loigner les obstacles qui s'opposent  la runion.
Pour cela, s'il y a quelque corps tranger dans la plaie, comme fer,
plomb, bois, verre, morceaux d'habits & de linge, il faut les ter, si
l'on peut le faire avec beaucoup de facilit, si-non, il faut s'adresser
 un bon Chirurgien, qui dcide quel parti l'on doit prendre. Ensuite on
panse comme je l'ai dit. Bien loin d'tre utiles, il y a beaucoup
d'onguens qui pourroient faire beaucoup de mal; & les seuls cas dans
lesquels on doit en employer, c'est quand il y a dans la plaie quelques
vices, qu'il faut dtruire par des secours particuliers; mais une plaie
fraiche, dans un homme sain, n'en veut point d'autres que ceux que je
viens d'indiquer, & ceux du rgime.

Les applications spiritueuses sont ordinairement nuisibles. Quand les
plaies sont  la tte, au lieu de la compresse huile, ou du sparadrap,
on couvre la plaie avec une empltre de btoine, ou si l'on n'en a
point, on trempe la compresse dans du vin chaud.

. 403. Comme les accidens qu'on a  craindre, sont ceux de
l'inflammation, les secours qu'on doit employer, sont ceux qui
dtruisent cette maladie; la saigne, le rgime, les rafraichissans, les
lavemens. Quand la plaie est trs legere, il suffit de ne rien prendre
d'chauffant; & sur-tout il faut retrancher l'usage du vin & de la
viande. Quand elle est considrable, & qu'on craint l'inflammation, il
faut ncessairement faire une saigne, ordonner un repos total, & mettre
au rgime: quelquefois mme, il faut ritrer la saigne. Ces secours
sont sur-tout indispensablement ncessaires, quand la blessure a attaqu
quelque partie intrieure; & il n'y a pas de remede plus sr, qu'une
diette extrmement legere. Des malades jugs ne devoir vivre que
quelques heures, aprs des plaies de la poitrine, du bas-ventre, des
reins, ont t complettement guris, en ne vivant, pendant plusieurs
semaines, que de ptisane d'orge, ou d'autres ptisanes farineuses, sans
sel, sans bouillon, sans aucun remede quelconque, & sur-tout sans
onguents.

. 404. Les baumes & les plantes vulnraires si vants, sont trs
nuisibles, pris intrieurement, parceque leur usage donne la fievre &
qu'il faut l'abattre.

. 405. Autant la saigne, faite modrment, est utile, autant son excs
est nuisible. Les grandes blessures sont ordinairement accompagnes
d'une hmorrhagie considrable, qui puise dja le malade, & souvent la
vitesse du pouls est une suite de cette hmorrhagie. Si, dans ces
circonstances, l'on ordonne encore des saignes, l'on dtruit totalement
les forces; les humeurs croupissent, se corrompent; la gangrene
survient, & le malade meurt misrablement, au bout de deux ou trois
jours, par une suite des saignes, & non pas de la blessure. Le
Chirurgien se glorifie de dix, douze, quinze saignes, & prouve que la
blessure toit ncessairement mortelle, puisque tant de sang rpandu,
n'a pas pu sauver le malade; pendant que c'est rellement cette
profusion qui l'a tu. Les plaisirs de l'amour sont mortels aux blesss.


_Des Meurtrissures._

. 406. L'on appelle meurtrissure ou contusion, _cassein_, parmi le
peuple, l'effet du coup d'un corps non tranchant, sur le corps de
l'homme ou d'un animal; soit qu'il soit jett contre l'homme, comme
quand on reoit un coup de pierre ou de bton; soit que l'homme soit
port contre lui, comme dans une chte; soit enfin que l'on se trouve
serr entre deux corps, comme quand le doigt est pris entre la porte &
le montant, ou tout le corps froiss entre une voiture & une muraille.
Les meurtrissures sont encore plus frquentes  la campagne que les
plaies, & ordinairement plus dangereuses; d'autant plus que souvent on
ne peut pas juger exactement de tout le mal, & que le dsordre qui se
manifeste d'abord, n'est qu'une petite partie du mal rel; souvent mme
il ne s'en manifeste point d'abord, & il ne se dclare que quand il
n'est plus tems d'y remdier.

Il n'y a que quelques semaines, qu'un Tonnelier vint me consulter; sa
respiration, sa physionomie, la vitesse, la petitesse & le peu de
rgularit de son pouls, me firent d'abord juger qu'il y avoit du pus
dans la poitrine. Il alloit & venoit cependant encore, & travailloit
mme  quelques fonctions de son mtier. Il avoit fait une chte en
remuant des tonneaux, & tout le poids de son corps avoit port sur le
ct droit de la poitrine. Il ne sentit cependant presque rien d'abord;
mais quelques jours aprs, il commena  avoir une douleur sourde dans
cette partie, qui continua & amena la gne dans la respiration, la
foiblesse, le mauvais sommeil, le manque d'apptit. Je lui ordonnai le
repos; je lui dfendis la viande & le vin, & je lui conseillai la
ptisane d'orge, avec un peu de miel, bue abondamment. Il ne suivit
exactement que le dernier conseil. Quelques jours aprs, l'ayant
rencontr, il me dit qu'il se trouvoit mieux. Dans la mme semaine, je
ss qu'on l'avoit trouv mort dans son lit: l'abcs s'toit surement
rompu, & l'avoit touff.

Un jeune homme, emport par un cheval, fut froiss contre la porte d'une
curie, sans ressentir d'abord aucun mal. Au bout d'une douzaine de
jours, il eut les malaises qu'on a au commencement d'une fievre: l'on
crut qu'il avoit une fievre putride, & il fut trs mal trait pendant
plus d'un mois. Enfin une consultation dcida qu'il y avoit du pus dans
la poitrine; on l'envoya chez lui, & l'opration de l'empyeme put
heureusement le gurir. J'ai cit ces deux exemples, pour prouver le
danger qu'il y a  ngliger les coups violens.

Ces deux malades auroient vit vraisemblablement, l'un, la mort,
l'autre, une maladie longue & cruelle, s'ils avoient pris, d'abord aprs
l'accident, les prcautions ncessaires dans ces cas.

. 407. Quand une partie est meurtrie, il arrive de deux choses l'une, &
ordinairement toutes deux  la fois, sur-tout si la meurtrissure est un
peu considrable; ou les petits vaisseaux de la partie meurtrie sont
briss, & le sang qu'ils contenoient s'panche dans le voisinage; ou,
sans panchement, ces vaisseaux perdent leur force, &, n'aidant plus la
circulation, le sang croupit. Dans l'un & l'autre cas, si la nature, ou
seule, ou aide, n'y remdie pas, il survient une inflammation,
suppuration de mauvaise espece, pourriture, gangrene, sans parler des
accidens qui dpendent de la meurtrissure de quelque partie
particuliere, comme nerf, gros vaisseau, os. L'on comprend aussi tous
les dangers de la meurtrissure, quand elle a attaqu quelque partie
intrieure, & que le sang s'est panch, ou que la circulation ne se
fait plus dans quelque partie importante  la vie: c'est-l la cause de
la mort subite des personnes qui ont fait quelque chte violente, ou
reu quelques corps pesants sur la tte, ou quelques coups, sans qu'il
paroisse aucun mal extrieurement.

L'on a plusieurs exemples de morts subites aprs un coup de poing sur le
creux de l'estomac, qui occasionnoit la rupture de la ratte: c'est
parceque les chtes occasionnent une legere meurtrissure gnrale, tant
intrieure qu'extrieure, qu'elles ont quelquefois des suites si
fcheuses, sur-tout pour les vieillards, chez lesquels la nature, dja
affoiblie, ne rtablit point les dsordres; aussi l'on en voit
plusieurs, qui, ayant joui d'une excellente sant, la perdent au moment
d'une chte, qui paroit d'abord ne leur faire aucun mal, & languissent
continuellement jusques  leur mort, que ces accidens accelerent presque
toujours.

. 408. Il y a pour les meurtrissures, des remedes internes & externes.
Quand le mal est leger, & qu'il n'y a point eu de secousse gnrale, qui
ait pu occasionner des meurtrissures intrieurement, les remedes
externes suffisent. Ils doivent tre propres 1.  rsoudre ce sang
panch, qu'on voit d'une maniere si marque, & qui, de noir qu'il est
un peu aprs la contusion, devient successivement brun, jaune, gristre,
 mesure que la grosseur diminue: elle disparot enfin totalement, & la
peau reprend sa couleur, sans que ce sang soit sorti extrieurement;
mais peu--peu il se dissout, & il est repomp par les vaisseaux. 2. A
redonner un peu de force aux vaisseaux. Le meilleur, c'est le vinaigre,
ml, s'il est fort, avec le double d'eau tiede. Dans ce mlange, on
trempe des linges, qui servent  envelopper la partie meurtrie, & qu'on
change toutes les deux heures, pendant le premier jour.

L'on applique aussi, avec grand succs, le persil, le cerfeuil,
l'artichaud sauvage, legerement concasss; & ces remedes sont  prfrer
au vinaigre, quand il y a, en mme tems, plaie & meurtrissure: l'on peut
aussi appliquer les cataplasmes N. 67.

. 409. L'on est dans l'usage d'employer d'abord les liqueurs
spiritueuses, telles que l'eau de vie, l'eau d'arquebusade; mais un long
abus ne doit pas faire loi. Ces liqueurs qui paississent le sang, au
lieu de le dissoudre, sont rellement nuisibles, quoiqu'on les emploie
quelquefois impunment dans les cas trs legers. Souvent, en dterminant
ce sang panch vers les entre-deux des muscles, ou mme en l'empchant
de s'pancher, & en le figeant dans les vaisseaux meurtris, elles
paroissent gurir: mais ce n'est qu'en concentrant le mal, qui se
reproduit sous une forme fcheuse, au bout de quelques mois. J'ai vu de
tristes exemples de ce cas; ainsi l'on ne doit jamais employer les
remedes de cette espece, & le vinaigre doit les remplacer. L'on peut,
tout au plus, quand on juge que tout le sang panch est dissout &
repomp, mler un tiers d'eau d'arquebusade au vinaigre, afin de
redonner un peu de force aux parties affoiblies.

. 410. C'est une mthode encore plus pernicieuse, d'appliquer des
empltres composes de graisses, de rsines, de gommes, de terres, &c.
Le plus vant est toujours nuisible; & l'on a plusieurs exemples de
contusions, extrmement legeres, qui auroient t guries en quatre
jours, si on en avoit remis tout le soin  la nature, & que des
empltres, appliqus par des ignorans, ont fait dgnrer en gangrene.

. 411. L'on ne doit jamais ouvrir ces sacs de sang coagul, qu'on
apperoit sous la peau,  moins de quelque raison pressante; parceque,
quelques gros qu'ils soient, ils se dissipent peu  peu; au lieu qu'en
les ouvrant, ils laissent quelquefois une ulcration dangereuse.

. 412. Le traitement intrieur est prcisment le mme, que celui des
plaies. Mais dans ce cas, la meilleure boisson, c'est le remede N. 1,
auquel on joint une dragme de nitre par pinte.

Quand quelqu'un a fait une violente chte, qu'il a perdu connoissance,
ou qu'il est fort tourdi; que le sang sort par les narines, ou par les
oreilles, qu'il est fort oppress, ou qu'il a le ventre fort tendu, ce
qui dnote panchement de sang dans la tte, la poitrine, ou le bas
ventre, il faut sur-le-champ, en commenant par la saigne, employer
tous les secours, . 403, & donner au malade le moins de mouvement qu'il
est possible. Il faut surtout viter de le secouer, ou de l'agiter, dans
la vue de rappeller le sentiment; c'est exactement le tuer, en
augmentant l'panchement. Il faut fomenter tout le corps avec quelqu'une
des dcoctions indiques. Quand le mal est  la tte, il faut les faire
avec de l'eau & du vin, au lieu de vinaigre. L'on a vu des chtes
accompagnes de blessure & de fracture du crne, avec les accidens les
plus graves, se gurir par ces secours internes, & sans autres secours
externes, que des fomentations aromatiques.

Un homme de _Pully-petit_ vint me consulter, il y a quelques mois pour
son pere, qui avoit fait une chute de dessus un arbre: il toit depuis
vingt-quatre heures sans sentiment, sans connoissance, & sans autre
mouvement que des efforts frquens pour vomir; il perdoit du sang par le
nez & les oreilles; il n'y avoit point de mal extrieur, ni  la tte ni
ailleurs. Heureusement on ne lui avoit rien fait. Je lui conseillai une
ample saigne, & beaucoup de petit lait miell, en boisson & en
lavement; on excuta ponctuellement l'ordonnance. Quinze jours aprs le
pere vint  _Lausanne_, qui est  quatre lieues de _Pully-petit_, & me
dit qu'il se portoit trs bien. Il convient, dans toutes les contusions
considrables, de purger avec quelque purgatif rafraichissant; comme
Ns. 11, 22, 31, 46. Le remede N. 23, & le petit lait miell sont
excellens par la mme raison.

. 413. Dans ces circonstances, le vin, les liqueurs, tout ce qui anime,
tue; ainsi il ne faut point s'impatienter de ce que les malades sont
sans connoissance & sans sentiment. L'usage de la trbenthine peut
faire plus de mal, que de bien. Si elle a t utile quelquefois, c'est
en purgeant un malade, qui, peut-tre en avoit besoin. Le blanc de
baleine, le sang dragon, les yeux d'crevisses, les graisses
quelconques, sont des remedes au moins inutiles, & dangereux, si le cas
est grave, soit par le mal rel qu'ils font, soit par le bien qu'ils
empchent de faire.

. 414. Quand un vieillard a fait une chute, ce qui est d'autant plus
dangereux, qu'il est plus g & plus replet, quoiqu'il ne paroisse point
incommod, il faut, s'il est sanguin, & encore vigoureux, lui faire une
petite saigne de trois ou quatre onces; lui donner tout de suite
quelques tasses d'une boisson un peu aromatique, qu'il boit chaude,
comme de la melisse avec du miel, & le faire promener doucement. Il faut
qu'il diminue un peu la quantit de ses alimens, pendant quelques jours,
que deux fois par jour, il ritre sa boisson; & qu'il continue
regulierement un petit exercice.

. 415. Les entorses, ou foulures, qui arrivent trs frquemment, sont
une espece de meurtrissure, occasionne par le violent frottement des
os, contre les parties voisines; & quand les os se remettent d'abord 
leur place, le mal ne doit tre trait, que comme contusion; s'ils ne se
remettent pas, il faut la main d'un Chirurgien.

Le meilleur remede, c'est la compresse de vinaigre & d'eau, & le parfait
repos, jusques  ce que toute la contusion soit dissipe, & qu'on soit
sr qu'il n'y a point d'inflammation  craindre. Alors on fait bien de
joindre au vinaigre, un peu d'eau de vie, ou d'eau d'arquebusade; & l'on
doit porter la partie (c'est presque toujours le pied) bande assez
long-tems; sans quoi, elle fait souvent de faux mouvemens, ou elle
reoit de nouvelles entorses, qui l'affoiblissent journellement
davantage; & si l'on nglige trop long-tems ce mal commenant, la force
ne revient jamais en entier: & souvent il survient une legere enflure
pour toute la vie.

Quand le mal est extrmement leger, le bain d'eau froide est bon. Si on
ne le fait pas dans le premier moment, ou si la contusion est forte, il
est nuisible.

La mthode de rouler le pied nud sur quelque corps rond, est
insuffisante quand les os ne sont pas parfaitement replacs, nuisible
quand il y a contusion.

Il arrive tous les jours que les paysans s'adressent  des ignorans ou 
des gens de mauvaise foi, qui trouvent, ou veulent trouver, un
drangement des os, l o il n'y en a point; & qui, par la violence avec
laquelle ils manient ces parties, ou par les empltres dont ils les
couvrent, y attirent une inflammation dangereuse, & changent en mal trs
grave, la crainte d'un mal trs leger.

Ce sont ces mmes gens, qui ont cr des maladies impossibles; telles
que l'estomac & les reins ouverts. Mais ces grands mots effraient, & ils
dupent plus aisment.


_Des Ulceres._

. 416. Quand les ulceres dpendent d'une corruption gnrale de la
masse du sang, on ne peut les gurir, qu'en dtruisant la cause, qui les
entretient; & c'est mme une imprudence, que de vouloir les fermer par
des remedes extrieurs, & un malheur, que de russir.

Mais le plus souvent les ulceres,  la campagne, sont les restes de
quelque plaie, de quelque meurtrissure, ou de quelques tumeurs mal
traites & surtout panses avec des remedes trop cres ou trop
spiritueux. Les huiles rances, sont aussi une des causes, qui changent
en ulceres rebelles, les plaies les plus simples; ainsi l'on doit les
viter, & les Apoticaires doivent avoir cette attention; quand ils
prparent des onguens gras, qu'il convient de prparer souvent;
parcequ'une grosse provision est rancie avant que d'tre dbite,
quoiqu'on et employ de l'huile trs fraiche en la prparant.

. 417. Ce qui distingue les ulceres des plaies, c'est la duret & la
secheresse de leurs bords, & la nature de l'humeur qui en dcoule, qui,
au lieu d'tre un vrai pus, est une liqueur moins paisse, moins
blanche, qui exhale quelquefois une mauvaise odeur, & si cre, que
souvent, si elle touche la peau du voisinage, elle y produit de la
rougeur, de l'inflammation, des boutons, des especes de dartres, & mme
de nouvelles ulcerations.

. 418. Les ulceres qui durent trop long-tems, qui sont tendus, ou qui
fluent beaucoup, minent le malade & le jettent dans une fivre lente,
qui le tue.

Quand un ulcere a dur long-tems, il est trs dangereux de le tarir, &
l'on ne doit jamais le faire, qu'en supplant  cette vacuation, qui
est presque devenue naturelle, par quelqu'autre; comme les purgations de
tems en tems.

L'on voit tous les jours des morts subites, ou des maladies cruelles,
aprs avoir arrt tout--coup ces coulemens, qui duroient depuis long
tems; & quand quelque _Charlatan_, (tous ceux qui font cette promesse
mritent ce nom) promet de gurir, en peu de jours, un ulcere invter,
il prouve qu'il est un ignorant dangereux; qui, s'il russissoit,
rendroit un office mortel. L'on en voit qui appliquent des remedes
extrmement rongeans, & mme arsenicaux; mais l'on voit aussi la mort la
plus violente tre la suite de ces applications dangereuses.

. 419. Tout ce que l'art peut faire, relativement aux ulceres, c'est de
les changer en plaies. Pour cela, il faut diminuer la duret & la
scheresse des bords, & mme de tout l'ulcere, & en ter l'inflammation.
Quelquefois ce vice est tel, qu'on ne peut amollir les bords, qu'en les
scarifiant par des coups de lancette. Quand cela n'est pas ncessaire,
il faut appliquer sur tout l'ulcere un plumaceau enduit de l'onguent N.
68, & recouvrir, avec une compresse plie en plusieurs doubles, trempe
dans la liqueur N. 69, qu'on change trois fois par jour, & le plumaceau
seulement deux fois.

Comme j'ai dit que les ulceres toient souvent le produit des remedes
cres & spiritueux, l'on sent qu'il faut absolument les viter dans les
traitemens; sans quoi l'on ne gurira jamais.

Il faut, pour avancer la gurison, viter le sal, le vin, les pices,
manger peu de viande, & entretenir la libert du ventre par un rgime de
legumes, & par l'usage du petit lait miell.

Quand les ulceres sont aux jambes, ce qui est trs ordinaire, il est
trs important, aussi bien que dans les plaies des mmes parties, de
marcher peu, & de ne se tenir jamais debout sans marcher. C'est ici un
de ces cas dans lesquels je souhaite que les personnes qui ont quelque
crdit sur l'esprit du peuple, ne ngligent rien pour lui faire
comprendre la ncessit de prendre quelques jours d'un repos absolu, &
lui prouver que bien loin que ce soit un tems perdu, c'est le tems de sa
vie le plus chrement pay. La ngligence  cet gard change les plaies
les plus legeres en ulceres; les ulceres les moins fcheux, en ulceres
incurables; & il n'y a personne qui ne puisse trouver dans son
voisinage, quelque famille rduite  l'hpital, parcequ'on a nglig
quelque mal de cette espece.

Je ritre que les ulceres qui viennent de cause interne, ou ceux qui
viennent de cause externe, mais chez une personne d'un mauvais
tempramment, demandent souvent d'autres soins.


_Des Membres gels._

. 420. Il arrive souvent dans les hyvers rigoureux, que quelques
personnes sont saisies par un froid si fort, que les mains ou les pieds,
ou ces deux parties  la fois gelent tout comme un morceau de viande
expos  l'air.

Si l'on se laisse aller au mouvement si naturel de les rchauffer, &
surtout de rchauffer les parties geles, tout est perdu. Il survient
des douleurs insupportables, & une gangrene incurable. Il n'y a plus de
ressource pour les sauver, que de leur couper les membres gangrens.

L'on a vu, il n'y a que peu de tems,  Cossonay, le triste cas d'un
homme qui eut les mains geles. On lui appliqua chaudement des onguens
gras; la gangrene suivit, & l'on fut oblig de lui couper les dix
doigts.

. 421. Il n'y a qu'un seul remede dans ce cas-l, c'est de mettre les
malades dans un endroit o il ne puisse pas geler; mais o il fasse trs
peu chaud, & de leur appliquer continuellement, sur les parties geles,
de la neige si l'on en a, sinon de les laver continuellement, mais fort
doucement, car toute friction forte seroit dangereuse, avec des linges
tremps dans de l'eau de glace,  mesure qu'elle se fond. Ils
s'apperoivent peu--peu que le sentiment renat; ils prouvent une
grande chaleur dans la partie, & commencent  en recouvrer le mouvement;
alors on peut les porter dans un endroit un peu plus chaud, & leur
donner quelques tasses de la potion N. 13, ou de quelqu'autre de mme
espece.

. 422. Il n'y a personne qui ne puisse juger du danger de la mthode
chauffante, & de l'utilit de l'eau glace, par une exprience qui se
fait tous les jours. Les poires, les pommes, les raves geles, mises
dans l'eau prte  geler, reprennent leur premier tat, & peuvent tre
manges. Si on les met dans l'eau tiede, ou dans un endroit chaud, la
pourriture, qui est une gangrene, s'en empare d'abord. Je joindrai ici
une observation, qui fera mieux comprendre ce traitement, & en
constatera l'efficacit.

Un homme avoit une route de dix lieues  faire, par un tems froid, & un
chemin plein de neige & de glace. Ses souliers lui manquerent; il fit
les trois dernieres lieues  pieds nuds, & eut, ds la premiere demi
lieue, des douleurs assez vives aux jambes & aux pieds, qui allerent en
augmentant. Il arriva presque perclus des extrmits infrieures. On le
mit devant un grand feu, on chauffa bien un lit, & on l'y coucha. Les
douleurs devinrent insupportables; il ne cessoit d'tre dans de
violentes agitations, & de pousser des cris perans. On demanda un
Medecin dans la nuit, qui trouva les doigts des pieds d'une couleur
noirtre, & commenant  perdre le sentiment. Les jambes & le dessus des
pieds excessivement enfls, d'un rouge pourpre, vari de taches
violettes, souffroient encore les douleurs les plus aiges. Le poulx
toit dur & frquent, & le mal de tte trs violent. Le Medecin fit
apporter un seau d'eau de la riviere, & y fit ajouter de la glace; & il
obligea le malade  plonger les jambes dedans: ce premier bain dura prs
d'une heure; & les douleurs, pendant ce tems l, furent moins violentes:
une heure aprs il ordonna un second bain, & le malade s'y trouvant de
nouveau soulag, le prolongea deux heures. Pendant ce tems l, on
enlevoit de l'eau du seau; & l'on y remettoit de la glace & de la neige.
Les doigts des pieds, qui toient noirs, devinrent rouges; les taches
violettes des jambes se dissiperent, l'enflure diminua; les douleurs
toient legeres & avec intervalle. L'on ritera cependant six fois:
aprs quoi il ne resta d'autre mal, qu'une sensibilit  la plante des
pieds, qui empchoit le malade de marcher. On lui fit quelques
fomentations aromatiques, on lui fit boire une ptisane de salsepareille;
(celle de sureau est toute aussi bonne & moins couteuse.) Le huitieme
jour il fut parfaitement guri, & s'en retourna le quinzieme jour, 
pied.

. 423. Quand le froid est trs fort, & qu'on y reste long-tems expos,
il tue; il congele le sang, & il en dtermine une trop grande quantit
au cerveau; ainsi on meurt d'apoplexie, & cette apoplexie commence par
un sommeil: aussi le voyageur, qui se sent assoupi, doit redoubler
d'efforts pour se tirer du danger minent auquel il est expos: ce
sommeil, qui paroit devoir adoucir ses souffrances, seroit pour lui le
dernier sommeil.

. 424. Les remedes, dans ce cas, sont les mmes que dans le cas
prcdent . 421, 422. Il faut mettre le malade dans un endroit plutt
froid que chaud; le frotter avec de la neige, ou de l'eau glace, l'on a
mme plusieurs exemples constats, & ils sont frquens dans les pas
plus froids, qu'un bain d'eau trs froide est trs salutaire.

L'on a rappell  la vie plusieurs personnes, qui avoient t dans la
neige, ou expos  l'air pendant une forte gele cinq ou six jours, &
qui ne donnoient aucun signe de vie, pendant plusieurs heures; ainsi il
faut toujours essayer de donner du secours.


_Des Hernies._

. 425. Les _Hernies_, _descentes_, _ruptures_, que le pasan dsigne,
en disant, _qu'il est rompu_, sont quelquefois une maladie de naissance,
plus souvent l'effet des cris excessifs, d'une toux forte, ou d'efforts
ritrs pour vomir dans la premiere enfance. Dans la suite, elles sont
produites  tout ge, ou par quelques maladies, ou par des efforts
violens: elles sont beaucoup plus frquentes chez les hommes, que chez
les femmes; & l'espece la plus commune, la seule dont je me propose de
dire un mot, c'est celle qui dpend du passage d'une partie des
intestins, ou de la coffe, dans les bourses.

Elle est aise  connotre. Quand elle se trouve chez de petits enfans,
on la gurit presque toujours en faisant porter constamment un bandage,
qui ne doit tre que de triege, avec une pelotte de linge, de crin, ou
de son. Il faut en avoir au moins deux, afin de les changer de
tems-en-tems, & avoir le plus grand soin de ne jamais le mettre, que
quand l'enfant est couch sur le dos, & qu'on est sr, que tout est bien
rentr. Sans cette prcaution, il feroit les plus grands maux.

L'on peut aider l'effet du bandage, en appliquant sur la peau dans le
pli de l'aine,  l'endroit du passage, une empltre astringente
quelconque, comme celui _pour les fractures_, ou celui dont j'ai parl.

L'on ne doit point laisser monter  cheval les enfans, jusques  ce
qu'ils soient entierement guris.

. 426. Dans un ge plus avanc, un bandage simplement de triege est
insuffisant; il en faut un o il y ait du fer; &, quelque gnant qu'il
paroisse d'abord, l'on s'accoutume bien vite  cet usage, & l'on n'en
est plus incommod.

. 427. Les hernies acquierent quelquefois, un volume prodigieux; & la
plus grande partie des intestins passe dans les bourses, sans aucun
symptome de maladie; mais cela entraine une incommodit trs grande, qui
met ordinairement ces gens hors d'tat de travailler; & quand le mal est
aussi considrable, & en mme tems invtr, il y a ordinairement des
obstacles, qui empchent qu'il ne rentre tout  fait; l'usage du bandage
est impossible, & ces infortuns sont condamns  porter toute leur vie
cette incommodit, qu'on peut un peu soulager, par l'usage d'un
suspensoir, adapt  la taille de la hernie. Cette crainte
d'augmentation, est une raison bien forte pour en arrter le progrs ds
les commencemens; il y en a une encore plus forte, c'est que les hernies
sont susceptibles d'un accident, qui est trs souvent mortel. Il arrive,
quand la partie des intestins, qui est dans les bourses, s'enflamme,
qu'alors, acqurant plus de volume, & se trouvant extrmement comprims,
il survient des douleurs aiges; le volume tant plus considrable, le
passage qui les avoit laiss sortir, ne peut les laisser rentrer; les
vaisseaux mmes tant gns, l'inflammation augmente d'un moment 
l'autre; la communication entre l'estomac & le fondement, est souvent
entirement intercepte; il ne passe rien: il survient des vomissemens
continuels, (c'est l'espece de _misrr_ dont j'ai parl . 301.) le
hoquet, le dlire, les dfaillances, les sueurs froides, la mort.

. 428. Cet accident des hernies arrive, quand les excrmens viennent 
se durcir dans la partie des boyaux renferms dans les bourses; quand le
malade s'est chauff par le vin, les liqueurs, le rgime; quand il a
reu quelque coup sur cette partie, ou qu'il a fait quelque chute.

. 429. Le meilleur remede est, 1. ds qu'on s'apperoit de cet
accident, une trs forte saigne, faite dans le lit, le malade tant
couch sur le dos, la tte cependant un peu leve, & les jambes un peu
flechies, de faon que les genoux soient en l'air. C'est mme l'attitude
qu'ils doivent toujours conserver, autant qu'il est possible. Quand le
mal n'est pas trop avanc, souvent la premiere saigne gurit
radicalement, & les intestins rentrent ds qu'elle est faite. D'autres
fois, cela ne russit pas aussi bien, & il faut alors ritrer la
saigne. 2. On ordonne un lavement N. 46. Il faut appliquer sur toute
la tumeur, des linges tremps dans l'eau glace, & les changer
constamment tous les quarts d'heures. Ce remede appliqu d'abord, a
produit les plus grands effets; mais si le mal a dur violemment plus de
dix ou douze heures, il est trop tard, & alors il convient mieux
d'appliquer des flanelles trempes dans une dcoction tiede de fleurs de
mauve & de sureau, & les changer souvent. 3. Quand ces secours ne sont
pas suffisans, il faut essayer les lavemens de fume de tabac, qui ont
souvent dgag des hernies qui rsistoient  tout. Enfin, si ces remedes
ne russissent pas, il faut se dterminer  faire l'opration, sans
perdre un seul moment; car ce mal tue quelquefois au bout de deux jours;
mais pour cela il faut avoir un trs bon Chirurgien.

L'on a vu ici une femme, morte depuis quelques annes, qui entreprenoit
effrontment cette opration, & tuoit les malades, aprs les tourmens
les plus cruels, & l'amputation du testicule, que font toujours les
Charlatans, & les Chirurgiens ignorans; mais qu'un Chirurgien entendu ne
fait jamais dans ce cas.

Je ne parlerai point de la faon de la faire, parceque je ne pourrois
pas m'tendre assez pour instruire un Chirurgien qui l'ignoreroit; &
qu'un Chirurgien clair sait tout ce que je pourrois lui dire.


_Des Furoncles ou Clous._

. 430. Tout le monde connot les furoncles, ou clous, qui font
quelquefois souffrir beaucoup, s'ils sont gros, fort enflamms, ou
situs de faon  gner les mouvemens, ou les positions. Quand
l'inflammation est trs considrable, qu'il y en a plusieurs  la fois,
qu'ils empchent de dormir, il convient de se mettre  un rgime
rafraichissant, de prendre quelques lavemens, de boire beaucoup de
ptisane N. 2.

Si l'inflammation est trs forte, on applique extrieurement un
cataplasme de mie de pain & de lait, ou d'oseille un peu bouillie &
pile. Si elle est moins forte, l'on se sert de l'empltre de _mucilage_
ou _diachilon simple_ tendu sur de la peau. Le _diachilon gomm_ est
plus actif; mais chez quelques personnes, il augmente si fort les
douleurs, qu'elles ne peuvent pas le soutenir.

Les furoncles, qui reviennent souvent, indiquent quelque vice dans le
tempramment, & souvent un vice assez considrable, & dont les suites
pourroient tre  craindre; ainsi il faut chercher  en connotre la
cause, &  la dtruire. C'est un dtail que je ne puis pas donner ici.

. 431. Le clou se termine ordinairement par la suppuration; mais c'est
une suppuration d'une espece singuliere. Il s'ouvre d'abord dans son
sommet, & il en sort quelques gouttes d'un pus tel que celui de tous les
abcs, & alors on dcouvre ce qu'on appelle le _germe_ ou le
_bourbillon_; c'est une matiere purulente, mais si paisse & si ferme,
qu'elle a l'apparence d'un corps solide, & on la tire en entier, sous la
forme d'un petit cilindre, comme de la moelle de sureau, de la longueur
de quelques lignes, quelquefois mme d'un pouce & au-del. La sortie de
ce _bourbillon_ est suivie ordinairement de celle d'une certaine
quantit de pus liquide, panch au fond de la tumeur. Ds que cette
vacuation est faite, les douleurs cessent entierement, & la grosseur
disparot au bout de peu de jours, en continuant le _diachilon_ simple,
ou l'onguent N. 65.


_Des Panaris._

. 432. Le danger des panaris est beaucoup plus grand qu'on ne le croit
ordinairement. C'est une inflammation  l'extrmit d'un doigt, qui est
souvent l'effet d'un peu d'humeur extravase dans cette partie, soit par
une meurtrissure, soit par une piquure; d'autres fois, il parot qu'il
n'a aucune cause extrieure, & qu'il est l'effet d'un vice intrieur.

L'on en distingue plusieurs especes, suivant l'endroit dans lequel
l'inflammation commence; mais la nature du mal est toujours la mme, &
demande des remedes de mme espece; ainsi les personnes qui ne sont ni
Mdecins, ni Chirurgiens peuvent se passer de la connoissance de ces
divisions, qui, quoiqu'elles varient le danger, & l'opration du
Chirurgien, n'influent point sur le traitement, dont l'activit doit
tre regle par la violence des symptomes.

. 433. Le mal commence par une douleur sourde avec un leger battement;
sans enflure, sans rougeur, sans chaleur, mais bientt la douleur, la
chaleur, le battement deviennent insupportables. La partie devient
extrmement grosse & rouge; les doigts voisins, toute la main enflent.
On observe, dans quelques cas, une fuse enfle & rouge, qui commenant
 la partie malade, se continue presque jusques au coude, & il n'est pas
rare, que les malades se plaignent d'une douleur trs vive sous
l'paule. Ils ne dorment point, & la fivre avec ses accidens, ne
tardent pas  parotre. Si le mal est grave, le dlire & les convulsions
surviennent.

L'inflammation du doigt se termine, ou par la suppuration, ou par la
gangrene. Quand ce dernier accident arrive, le malade est dans un danger
trs pressant, s'il n'est promptement secouru; & il a fallu, plus d'une
fois, couper le bras, pour sauver la vie. Quand la suppuration se fait,
si elle est trs profonde, cre, ou si les secours du Chirurgien
arrivent trop tard, la derniere phalange du doigt est ordinairement
carie, & on la perd. Quelque leger qu'ait t le mal, il est rare que
l'ongle ne prisse pas.

. 434. Le traitement intrieur des panaris, est le mme que celui des
autres maladies inflammatoires. Il faut se mettre au rgime, plus ou
moins exactement,  proportion du degr de la fivre; & si elle est trs
forte, & l'inflammation considrable, faire une ou plusieurs saignes.

Le traitement extrieur, consiste  diminuer l'inflammation,  amollir
la peau, &  donner issue au pus, ds qu'il est form. Pour cela l'on
trempe long-tems le doigt ds les commencemens du mal, dans l'eau un peu
plus que tiede; on reoit aussi la vapeur de l'eau bouillante; en
faisant cela presque continuellement, pendant le premier jour, on est
souvent parvenu  dissiper entierement le mal. Mais malheureusement on
croit que ces petits commencemens n'auront point de suites, & l'on se
nglige, jusques  ce que le mal ait fait de grands progrs; alors il
faut ncessairement qu'il suppure. On hte cette suppuration, en
enveloppant continuellement le doigt avec une dcoction de fleurs de
mauves cuites dans du lait, ou un cataplasme de mie de pain & de lait.
On peut le rendre plus actif, en y ajoutant quelques oignons de lis, ou
un peu de miel; mais il ne faut le faire que quand l'inflammation
diminue, & que la suppuration commence; avant ce tems-l, tous les
remedes cres sont trs dangereux. L'on emploie aussi  cette poque, le
levain, qui hte puissamment la suppuration. Le cataplasme d'oseilles,
. 430, est trs efficace.

. 435. L'vacuation prompte du pus est trs importante; mais c'est
l'affaire du Chirurgien, parcequ'il ne convient point d'attendre que
l'ouverture se fasse naturellement; d'autant plus que la peau tant
quelquefois extrmement dure, le pus se rpandroit dans l'intrieur des
chairs, avant qu'elle se pert. Ainsi, ds qu'on souponne que le pus
est form, il faut voir un Chirurgien, qui dcide du moment o
l'ouverture doit se faire. Il vaut beaucoup mieux la faire un peu trop
tt, qu'un peu trop tard; & il vaut mieux qu'elle soit trop profonde que
pas assez.

Quand l'ouverture est faite, on panse avec l'empltre N. 65, tendu sur
une toile, ou avec le sparadrap N. 64, & l'on change tous les jours.

. 436. Quand le panaris est occasionn par une humeur extravase dans
le voisinage de l'ongle, un Chirurgien adroit en arrte trs promptement
les progrs, & gurit radicalement, par une incision, qui donne issue 
cette liqueur. Mais quoique cette opration ne soit pas difficile, tous
les Chirurgiens ne savent pas l'excuter; plusieurs mme n'en ont point
d'ide.

. 437. Quelquefois il se forme des chairs fongueuses, ou baveuses; on
les desseche en les poudrant avec un peu de _minium_, ou d'alun brl.

. 438. Quand il y a carie, il faut ncessairement voir un Chirurgien,
aussi bien que quand il y a gangrene; ainsi je ne parlerai point de ces
deux cas. J'avertis seulement, qu'il y a trois remedes essentiels,
contre la gangrene, le quinquina, N. 14, dont on donne une dragme
toutes les deux heures; les scarifications sur toute la partie
gangrene; & les fomentations avec la dcoction de quinquina,  laquelle
on ajoute l'esprit de soufre. Il est vrai que ce remede est trs cher;
mais on peut y suppler par une dcoction d'autres herbes ameres, &
l'esprit de sel. J'ajoute encore, qu'il convient, dans la plpart des
cas de membres gangrens, de ne faire l'amputation que quand la gangrene
s'arrte d'elle-mme; ce qu'on connot par un cercle trs sensible, &
trs ais  distinguer par les plus ignorans, qui en marque les bornes,
& fait la sparation entre le vif & le mort.


_Des Verres._

. 439. Quelquefois les verrues sont la suite d'un vice particulier de
la masse du sang, & il en nat des quantits tonnantes. Cela arrive 
quelques enfans de quatre  dix ans, qui prennent trop de laitages; ils
gurissent par le changement de rgime, & les pilules N. 18.
D'autrefois c'est un vice accidentel de la peau, qui dpend de quelques
causes extrieures. Dans ce cas, si elles incommodent par leur grosseur,
par leur situation, par leur dure, on peut les dtruire, 1. en les
liant avec une soie, ou un fil cir. 2. En les coupant avec des ciseaux
ou un bistouri, & en couvrant la plaie avec un peu de diachilon gomm,
qui occasionne une petite suppuration destine  dtruire la racine de
la verrue. 3. En la schant par quelque application un peu corrosive,
comme le lait de feuille de pourpier, de figuier, de chelidoine, de
thitimale; mais outre que ces sucs ne se trouvent qu'en t, les
personnes qui ont la peau dlicate ne doivent pas s'en servir; ils
pourroient leur occasionner une enflure considrable & douloureuse. Un
vinaigre fort, dans lequel on a fait dissoudre autant de sel qu'il est
possible, est trs bon. L'on fait aussi des empltres avec du sel
ammoniac & du galbanum ptris ensemble, & appliqus sur la verrue, qui
ne manquent gueres de la dtruire.

Les corrosifs plus forts ne doivent tre employs que sous la direction
d'un Chirurgien; & il est mme plus sage, de ne point les employer, non
plus que les brlures artificielles. L'amputation est un moyen plus sr,
moins douloureux & sans danger. Les loupes, ds qu'elles sont un peu
grosses, & qu'elles durent depuis quelque tems, ne gurissent que par
l'amputation.


_Des Cors._

. 440. Les cors sont toujours l'effet de souliers trop rudes ou trop
troits. Toute la gurison consiste  les amollir par plusieurs bains de
pieds chauds;  les couper au sortir du bain avec un canif, sans
attaquer les parties saines, qui sont d'autant plus sensibles qu'elles
sont plus tendues; &  appliquer dessus une feuille de joubarbe, ou de
lierre grimpant, ou de pourpier, qu'on peut tremper dans du vinaigre. On
peut, au lieu de ces feuilles, si l'on veut s'pargner la petite peine
du pansement journalier, y appliquer une empltre de diachilon simple,
ou de gomme ammoniac amollie dans le vinaigre. Il n'y a point d'autre
moyen de prvenir les retours des cors, que d'viter les causes qui les
ont produits.




ADDITIONS[16]

FAITES A LA PRESENTE DITION.

  [16] Voyez l'Avertissement sur cette nouvelle dition.


_Anasarque, Bouffissure, Hydropisie gnrale._

. 441. On donne ces noms  la maladie dans laquelle tout le corps, ou
la plus grande partie du corps tant enfl, on sent, en touchant les
parties enfles, qu'elles sont molles & froides, qu'elles cedent sous le
doigt, & on voit que l'impression, ou le creux que l'on a fait en
appuyant le doigt, subsiste encore quelque tems aprs qu'on l'a retir.
Dans cette maladie le tissu cellulaire, qui est cette membrane qui unit
& enveloppe toutes les parties du corps, contient dans les cavits ou
cellules dont elle est forme, de l'eau, ou la srosit qui se spare du
sang.

. 442. L'enflure commence ordinairement aux pieds, jambes, cuisses, &
elle est toujours plus considrable dans ces parties, proportion garde,
que dans les autres; elle s'tend de proche en proche, & gagne en plus
ou moins de tems tout le reste du corps. On remarque aux reins une
espece de bourlet; le ventre grossit, les bourses acquerrent un volume
considrable; toute, ou presque toute la peau du corps est ple, peu
sensible, froide, un peu luisante; le visage est blme, les yeux sont
languissans; la respiration se fait difficilement, surtout aprs le
repas & le soir: le malade perd les forces & l'apptit; il tousse plus
ou moins frquemment; il est assoupi; il ne sue point, ou trs rarement;
son pouls est petit, enfonc, frquent, ingal; ses urines sont crues,
claires & en petite quantit; les selles sont crues, quelquefois mles
de sang, elles changent presque tous les jours de qualit: le malade est
foible, sent toujours de la lassitude; sa soif est continuelle &
pressante; il a souvent la langue sche, il prouve des feux passagers;
bientt il survient de la fivre cause par l'eau qui se corrompt; alors
son haleine, ses crachats, ses urines rpandent une mauvaise odeur. Tous
les accidens augmentent le soir, & sont moins forts le matin.

Ils ne se trouvent pas toujours runis dans le mme sujet; mais plus il
y en a, plus ils sont considrables & marqus, plus aussi la maladie est
fcheuse; tantt ses progrs sont trs lents, tantt ils sont trs
prompts, ce qui est de mauvais augure.

. 443. Les causes de l'Anasarque sont un air humide & froid, tel que
celui des lieux marcageux, des habitations plus basses que le sol; les
alimens de mauvaise qualit, l'excs de l'eau, de la bierre, & de toutes
boissons relachantes & froides, surtout si on les prend dans un lieu
froid, ayant fort chaud; l'abus du vin & des liqueurs spiritueuses; un
temprament pituiteux; les obstructions des visceres du bas ventre, des
fivres intermittentes mal traites ou dans des sujets mal constitus,
l'asthme, les vacuations excessives par les saignes, les pertes ou
hmorrhagies, diarrhes, dyssenteries excessives, les purgations trop
fortes ou continues trop long-tems; les vacuations supprimes ou
arrtes trop tt, comme les hmorrhodes, le dvoiement; les ruptions
comme dartres, galle, &c. que l'on a fait rentrer mal--propos. Toutes
ces causes, en produisant un abord considrable de la partie aqueuse du
sang dans toutes les petites cavits du tissu cellulaire, ou en
empchant que lorsqu'elle y est amasse, elle ne soit reprise par les
vaisseaux qui sont destins  cela; toutes ces causes, dis je, donnent
lieu  l'anasarque.

. 444. Il y a quelques cas o l'anasarque est facile  gurir, mais ils
sont rares, & on doit gnralement regarder cette maladie, comme une des
plus funestes & des plus opinitres; cela n'tonnera point ceux qui
ayant quelque connoissance de l'oeconomie animale, verront combien il y
a de parties importantes qui ne sont plus dans leur tat naturel, & de
fonctions qui ne se font plus, ou se font mal.

. 445. On sait qu'il est trs ncessaire de consulter la nature pour
gurir les maladies; mais ce n'est qu'aprs avoir vu un grand nombre
d'hydropisies, qu'on peut se former une ide de la diffrence des
mthodes qu'il faut employer pour les gurir, le nombre des causes tant
aussi grand qu'il l'est. Il n'est peut-tre point de cas o il soit
aussi ncessaire de savoir varier les traitemens, les tenter
successivement, & insister sur les remedes qui russissent. On ne
s'attend point aprs cet aveu, que nous donnions une mthode gnrale, &
que nous rpondions de son succs: heureux sont ceux qui peuvent avoir
les conseils & les soins d'un Mdecin habile; mais comme il y a bien des
circonstances o le malade ne le peut point, & que cette maladie est
assez commune, nous allons exposer, suivant le plan & le but de cet
ouvrage, les moyens les plus aiss, les moins couteux & les plus utiles
pour gurir, ou du moins soulager les hydropiques. Si la cause n'est
point incurable, ou la maladie trs ancienne, il y a tout lieu d'esprer
de procurer l'vacuation de l'eau par le traitement qui suit.

. 446. Il faut 1. rgler le rgime du malade. Il est important qu'il
soit toujours dans un air chaud & sec, qualits qu'on lui procurera avec
le feu, s'il ne les a pas naturellement, & alors il vaudroit encore
mieux changer d'habitation, du moins pour quelque tems. On garantira
surtout de la fracheur de la nuit, ce qui demande souvent beaucoup de
soins, le malade se tenant sur son sant hors des couvertures. Il fera
sa nourriture d'alimens secs, comme du pain rassis ou dur, grill, de
viandes ou poissons rotis & grills. On assaisonnera ces alimens avec un
peu d'acide, comme jus de citron, verjus, vinaigre, pour prvenir ou
corriger la corruption des humeurs, qui est funeste dans les
hydropisies. Il fera tout son possible pour s'abstenir de boire; & afin
de tromper pour ainsi dire la soif, il tiendra dans sa bouche, & se
gargarisera avec quelques gouttes de liqueurs acides seules ou mles,
dans un peu d'eau; s'il ne peut rsister  la soif, il boira le moins
qu'il lui sera possible, & la meilleure boisson est celle qui fait
couler les urines; du vin pur, & principalement du blanc, de la bierre
dans lesquels on aura fait infuser quelques plantes aromatiques ameres.
Le malade fera autant d'exercice que ses forces lui permettront,  pied,
 cheval, en voiture, en bon air. Les frictions sur les parties enfles,
rptes le plus souvent qu'il se pourra, seront trs utiles: on les
fera avec une brosse, avec une grosse toile, &, ce qui est prfrable,
avec de la flanelle chaude ou autre toffe de laine claire, & propre 
absorber l'humidit: il seroit mme avantageux que le malade et tout le
corps couvert immdiatement de cette toffe. Une douce compression faite
par des habits troits ou des bandes, empche que les fibres ne cedent
ou ne s'tendent trop, prvient des ruptures, & facilite le
rtablissement de l'lasticit. Je viens aux mdicamens.

. 447. On fera prendre le matin au malade une cuillere du remede N.
75, aprs lequel il survient quelquefois un vomissement, alors il ne
faut plus en donner qu'une demi-cuillere; une simple nause en est
cependant la suite la plus ordinaire. Les urines sont aprs cela trs
abondantes, & procurent beaucoup de soulagement. Il est rare que ce
remede purge: si nanmoins ce cas arrive, il ne s'ensuit aucun mal. L'on
continue tous les jours l'usage de ce remede, jusqu' ce que les
srosits soient vacues, & que le corps dsenfle absolument. Si la
dose que l'on donne fait peu d'effet dans des corps robustes, on doit
l'augmenter insensiblement jusqu' ce que les urines sortent en
abondance. Alors si l'enflure diminue, on observera scrupuleusement ce
qui a t dit  l'article du rgime, surtout au sujet de la compression,
pour prvenir la rechute & favoriser la gurison; & on fera prendre au
malade, une heure avant dner & avant souper, deux onces du vin N. 77.
Quand avec l'vacuation des eaux les accidens diminuent, il y a beaucoup
 esprer; il faut continuer le remede N. 75, jusqu' parfaite
gurison, & le vin N. 77, encore long-tems aprs.

. 448. Si l'anasarque succede  une longue fivre intermittente, les
vacuations ne sont pas extrmement ncessaires; mais on la gurit
d'ordinaire en faisant observer au malade ce qui est dit . 446, 447, &
en donnant le matin  jeun, puis une heure avant le dner & une heure
avant le souper, deux onces du vin N. 77.

. 449. On traite aussi cette maladie par les purgatifs & les
sudorifiques; mais outre qu'ils russissent peu, il y a bien des cas o
ils font beaucoup de mal: l'usage des setons, des scarifications est
encore plus dangereux; enfin de tous les moyens que l'on connot de
procurer l'vacuation de l'eau dans l'anasarque, celui que nous avons
propos est, selon le clebre Van Swieten, le plus sr & le plus
efficace: il est aussi le plus ais  pratiquer par ceux pour qui ce
Livre est fait. S'il ne russit pas, il faut s'adresser  un Mdecin.


_Aphtes._

. 450. Les Aphtes sont de petites pustules blanches ou jauntres, qui
deviennent des ulceres ronds, superficiels, & bords d'un cercle rouge,
qui occupent en plus ou moins grande quantit l'intrieur de la bouche,
le gosier, l'oesophage, & s'tendent quelquefois, en suivant les
conduits de l'air & des alimens, jusqu'aux poulmons & aux derniers
intestins. Cette maladie est assez commune parmi les enfans & les
vieillards: elle est quelquefois pidmique parmi les adultes, dans les
saisons chaudes, humides, & les lieux marcageux.

. 451. Quelquefois les Aphtes se dissipent sans qu'on ait besoin
d'employer de remedes; mais elles sont souvent accompagnes d'ardeur, de
douleur, de rougeur, d'inflammation, de la perte du got, d'inquitudes,
d'insomnie, quelquefois de fivre. Les enfans crient & ne veulent point
tetter, la suction tant douloureuse & la dglutition difficile, soit 
cause de la sensibilit des parties ulcres, soit  cause de leur
enflure, qui est assez ordinaire.

. 452. Si la fivre, la douleur, l'inflammation, la difficult d'avaler
sont considrables, on fera une saigne du bras. On donnera 1. pour
nourriture de la panade, ou une dcoction d'orge ou de ris. 2. Trs
souvent quelques gorges de th de fleurs de sureau nitr. 3. Quatre
prises par jour du N. 60, dans une cuillere de th de sureau. 4. Tous
les deux ou trois jours on purgera avec du syrop de chicore compos, ou
le N. 62. Ce traitement suffira presque toujours pour dissiper les
Aphtes des enfans.

. 453. Il est  propos d'examiner si l'cret du lait de la nourrice,
n'est pas la cause de la maladie des enfans, si elle n'a point de
boutons, de dartres, d'rsipelles; s'il n'y a ni haleine mauvaise, ni
drangemens dans les digestions qui indiquent qu'elle n'est pas
parfaitement saine; & quand mme on ne dcouvriroit rien, on peut la
faire user, pendant que l'enfant ne tette point, de boissons dlayantes,
rafrachissantes, adoucissantes, & d'alimens farineux.

. 454. Si le malade n'est point un enfant qui tette, on le mettra au
rgime; on saignera dans le cas o la douleur, l'inflammation & la
fivre seront considrables; il usera des boissons N. 2, ou 4, du
gargarisme N. 19, & il sera purg avec le N. 22.

. 455. Lorsque les aphtes ne tombent point, l'humeur qu'elles
renferment devient cre & rongeante, alors il faudra faire son possible
pour toucher les aphtes des enfans avec un pinceau ou un linge attach 
un bton, tremps dans le N. 81, dans du suc de _sedum_ ou joubarbe, ou
dans l'huile d'olive chaude. On fera de mme pour les autres malades. Si
les aphtes sont accompagnes de symptmes plus fcheux, ou viennent  la
suite d'une maladie, voyez ce qui suit.

. 456. Les fivres continues, aiges, intermittentes; celles qui sont
avec dyssenteries & diarrhes, les fivres putrides & malignes, sont
assez souvent accompagnes d'aphtes, surtout dans les pays froids &
humides; & si on a donn au malade des remdes chauffans, ou qu'on lui
ait fait suivre un rgime de cette nature. Pour l'ordinaire ces aphtes
sont des pustules blanches ou vessies remplies d'une humeur cre qui
souleve la surpeau dans plusieurs points de l'intrieur de la bouche,
sans intresser la peau, puisque quand la crote blanche qui les forme
vient  tomber, il n'en reste point de vestige; ce qui tablit une
diffrence entre ces aphtes & celles des enfans dont on a parl
ci-dessus.

. 457. Les aphtes paroissent d'abord au palais en petit nombre &
spares; on est heureux si elles n'augmentent pas; mais souvent
s'tendant de proche en proche, elles occupent toute la bouche
intrieurement, & descendent mme dans la poitrine & les intestins: il
survient alors de la toux, de la difficult de respirer, des nauses,
vomissemens, anxits, foiblesses, pesanteur & douleur d'estomac,
assoupissement, difficult d'avaler, douleurs & ulceres au gosier,
hoquets, diarrhe, dyssenteries, des selles noires, sanguinolentes,
sanieuses, & qui infectent.

. 458. Souvent ces accidens prcedent & amenent les aphtes; elles ne
sont pas de mauvais augure, blanchtres & jaunes; mais quand elles sont
noires ou recouvertes d'une crote dure, paisse comme du lard, ou
excessivement blanches, elles sont souvent funestes. Lorsqu'elles ont
subsist quelques jours, elles tombent par parties & en diffrens tems,
quelquefois de nouvelles succedent aux premieres & rendent la maladie
plus longue: si les aphtes subsistent long-tems, il se forme autant
d'ulceres, & la gangrene s'y met.

. 459. Tant que la fivre est mdiocre, & les autres symptmes modrs,
on doit regarder les aphtes comme une crise, comme un dpt de l'humeur
de la maladie, opr par la nature, surtout si l'on voit alors quelque
diminution dans les accidens depuis l'ruption des aphtes, il faudra
l'entretenir par des boissons chaudes & dlayantes N. 7, ou une
dcoction de raves, de ris, gruaux: on usera du gargarisme dtersif N.
19, ou 81. Lorsque les aphtes deviennent brunes ou noires, que le pouls
est foible, petit; qu'il y a nauses, angoisses, hoquets, & que les
crotes sont dures & paisses, ou qu'elles subsistent long-tems, & se
renouvellent; on donnera une ou deux fois le jour une prise du N. 14,
ou N. 82, & les mmes boissons serviront de gargarismes; on touchera
les aphtes avec le N. 81, ou avec les autres liqueurs . 455, comme il
est dit dans ce . Lorsque les crotes tomberont, s'il n'y a point de
dyssenterie, on purgera avec le N. 22, pour faire sortir de l'estomac &
du canal intestinal les crotes qui se dtachent encore plutt que
celles de la bouche, & qui augmenteroient la corruption par leur sjour,
on usera d'une boisson adoucissante comme le petit lait, ou les N. 12,
13, qui serviront pour gargariser souvent, si la bouche est douloureuse
& brlante.

Quelquefois il survient alors une salivation considrable: on fera usage
du N. 14, & du N. 19 ou 82, en gargarisme.

S'il y a de la diarrhe, de la dyssenterie, on mlera  la boisson
adoucissante N. 17, du syrop de pavot, ou du moins on y fera bouillir
une tte de pavot, & on traitera ces maladies avec les remedes prescrits
aux articles qui en parlent: on recommandera au malade de se gargariser
souvent.

. 460. Le rgime doit tre celui des maladies aiges, ou celui de la
maladie  laquelle les aphtes se seront jointes, modifi suivant les
accidens; le meilleur aliment est une dcoction de pain, avec du miel &
du vin.

Si le passage des alimens est tellement embarrass & bouch par les
aphtes, que ni les solides, ni les fluides ne puissent passer, on
emploiera le lait coup avec l'eau, en bains, fomentations, lavemens.

Nous n'avons point parl de saigner ni de purger pendant la maladie,
parceque ces secours seroient dangereux alors; mais il est trs
avantageux qu'ils aient t mis en usage au commencement de la maladie;
cela fait souvent la diffrence des aphtes benignes ou malignes.


_Ascite, Hydropisie du bas ventre._

. 461. Lorsqu'il y a dans le bas ventre de l'eau amasse en assez
grande quantit pour former une enflure ou grosseur considrable, on
nomme cette maladie _Ascite_, ou _hydropisie du bas ventre_. L'enflure
commence par la partie infrieure du ventre, d'o en augmentant elle
gagne les parties suprieures & infrieures. Quand le malade est debout
ou assis, la partie du ventre qui est au-dessous du nombril, forme
tumeur. Si tant couch il se tourne ou se panche seulement  droite ou
 gauche, la tumeur se porte & se fait voir de ce ct, & le malade sent
le mouvement des eaux agites & leur dplacement: lorsqu'il est couch
sur le dos & tendu, si on appuie une main sur un des cts du ventre, &
que l'on frappe sur l'autre ct, avec le plat de l'autre main, le coup
se fait sentir  la premiere, & on sent distinctement la fluctuation: la
peau du ventre est ple, luisante, molle, & elle conserve quelque tems
l'impression des doigts qu'on y a appuys; le pouls est petit, frquent
& un peu dur, les urines sont en petite quantit d'un rouge brun, & trs
charges, la soif est continuelle & pressante, tout le corps maigrit,
s'extnue presque dans la mme proportion que le ventre grossit, la
respiration devient difficile quand on est couch; & avec les progrs de
la maladie, il survient nombre d'accidens qui rendent le mal plus
opinitre, comme foiblesse, toux, fivre lente, & les autres rapports
. 442.

Quant aux causes de cette maladie, on en trouvera plusieurs . 443,
elles sont les mmes dans presque toutes les hydropisies; on y ajoutera
l'anasarque, comme cause de l'ascite.

. 462. Quand le mal est rcent, on le gurit assez souvent par le seul
usage du remede N. 75, donn comme il est dit . 447. Si dans quelques
jours le flux des urines ne survient point, & que l'enflure du ventre ne
diminue point, on prendra chaque jour la ptisane N. 74, & tous les
matins  jeun, & le soir en se couchant une prise du N. 23; au bout de
six jours on purgera avec le N. 76, & si le malade est foible, avec le
N. 21; on rptera la purgation six jours aprs.

Le rgime doit tre celui qui est prescrit dans l'hydropisie gnrale ou
anasarque . 446. Dans le cas o l'un des traitemens russira, & o les
eaux s'vacueront, on fera prendre pour redonner du ressort aux fibres
relches, le vin N. 77, d'abord une fois le jour, puis deux, & mme
trois.

. 463. Lorsque ces tentatives seront sans succs, que les urines ne
seront pas plus abondantes, & que le ventre ne dsenflera pas par les
vacuations que procurent le N. 75 & les purgatifs, il faut se hter de
faire la ponction qui russit dans les ascites peu anciennes; mais elle
est dangereuse dans celles qui sont invtres; cependant dans ces cas
mme elle soulage le malade en lui rendant la facilit de respirer:
souvent cette opration que l'on employoit comme un palliatif, a dispos
 la gurison parfaite, & a laiss aux remedes la libert d'agir; c'est
alors surtout que le vin N. 77, est utile; ainsi que tout ce qui a t
prescrit dans le rgime . 446.

. 464. Je ne parle point de la paracenthese ou ponction du ventre,
parcequ'on doit s'adresser  un Chirurgien qui sache la faire. Il est
trs convenable de tirer autant qu'il est possible, en une seule fois &
tout de suite, toute la lymphe ou l'eau: on peut le faire avec suret,
en serrant le ventre du malade par des bandes, & cela petit  petit & de
plus en plus,  mesure que l'eau sort; on vitera par-l les foiblesses
& les autres accidens: si le ventre enfle de nouveau, il faut dans ce
cas rpter la ponction: il y a des exemples de personnes guries aprs
plusieurs ponctions; au moins cette opration prolongera la vie, la
rendra supportable, & peut-tre mme mettra-t-elle le malade en tat de
vaquer  ses affaires pendant un assez long-tems. Aprs l'opration, on
ne manquera point de donner le vin N. 77, comme il a t dit . 447.


_Asthme, courte-haleine, accs d'Asthme._

. 465. L'accs de l'Asthme est une difficult de respirer, priodique,
irrguliere, & quelquefois rguliere, accompagne d'anxits, de
sifflement ou rallement, de pesanteur ou resserrement de la poitrine, &
de violens mouvemens du diaphragme & des muscles de la poitrine, du bas
ventre, & des omoplates. Il semble que le malade est prs d'tre
suffoqu, les urines deviennent claires & abondantes; le pouls est
frquent & ingal; il y a soif, insomnie; il survient de la chaleur, de
la fivre, & des palpitations de coeur; cet tat dure plusieurs heures,
& quelquefois plusieurs jours. Mais ceux qui y sont sujets ne se
trouvent pas toujours dans cet tat violent, ils n'y rsisteroient
point. Les poulmons sont le siege de ce mal.

. 466. On distingue plusieurs dgrs et especes d'Asthmes, qui ont des
causes, des signes & des effets particuliers; mais nous n'entrerons dans
ce dtail, qu'autant qu'il sera ncessaire pour instruire de ce qu'il
faut faire dans les momens o ceux qui ont l'Asthme ont besoin d'un
prompt secours; je veux dire dans l'accs: cette maladie tant longue &
ayant des intervalles o l'on peut consulter, il faut le faire. Je
rapporterai cependant ce qui arrive hors de l'accs,  ceux qui ont
cette maladie, afin qu'on reconnoisse plus aisment l'accs de l'Asthme,
tant prvenu que ceux qui sont sujets aux accidens suivans, le sont
aussi aux accs d'Asthme ou  la courte-haleine.

. 467. Chez les asthmatiques la respiration est grande, laborieuse &
frquente, surtout lorsque leur sang est agit par quelque cause, comme
l'exercice un peu fort, les passions, les excs dans le boire & le
manger: cette difficult de respirer augmente encore lorsqu'ils montent,
qu'ils sont couchs horisontalement, pendant la nuit, dans les tems
humides & froids, & dans des chambres trs chaudes ou trs petites. La
situation o ils respirent plus aisment, est celle o le corps est un
peu pench en devant. L'Asthme est souvent accompagn de toux, de
ronflement, d'un bruit semblable  celui d'un fluide agit, de douleurs
 l'intrieur &  l'extrieur de la poitrine.

. 468. Dans l'accs ou attaque d'Asthme, on mettra le malade dans une
situation o la moiti suprieure du corps se trouve droite, dans un
lieu o l'air du dehors ait un accs libre, & surtout l'air froid, o il
n'y ait point de feu, d'animaux, ou beaucoup de personnes qui
l'chauffent, il ne fera aucun mouvement qui puisse acclrer la
circulation du sang, on vitera d'exciter les passions qui agitent le
sang, & font impression sur les nerfs. Plus la difficult de respirer
est grande, plus il faut se hter de saigner, & on rptera la saigne
suivant les forces du malade, celle des accidens, & l'opinitret du
mal. On ne doit point tre arrt par la petitesse & la foiblesse
apparentes du pouls, la saigne faite, il sera plus fort: au reste, si
on a quelque crainte  ce sujet, on fera les saignes petites: ce remede
gurira seul l'accs de l'asthme, s'il vient de plnitude, comme cela
arrive souvent, voyez les signes de cet tat[17]; on donnera des
lavemens, qui ne seront que moiti des lavemens ordinaires, & le malade
les recevra debout: si les lavemens simples, comme N. 6, n'ont aucun
effet, on se servira des purgatifs.

  [17] Voyez ces signes, art. de la saigne, . 536.

. 469. Lorsque le malade est d'un temprament pituiteux, humide &
crache beaucoup, que pendant l'accs on entende un rallement, un bruit
comme d'un fluide agit dans la poitrine, qu'il crache beaucoup, qu'il
sent une douleur sourde, une pesanteur  la poitrine, on donnera pour
boisson la ptisane N. 7, ou le N. 12, & d'heure en heure une cuillere
de la potion N. 72. S'il y a pesanteur d'estomac, & que l'accs ait t
prcd d'excs de table, ou qu'il y ait eu des signes de bile ou
d'humeurs abondantes[18], on fera bien de donner un vomitif N. 34, avec
les prcautions recommandes . sur les vomitifs, ou du moins la potion
N. 11.

  [18] Voyez ces signes, art. des purgations, . 544.

. 470. Lorsqu'avant & pendant l'accs, le malade a une toux frquente &
sche; que dans l'accs le visage devient rouge, que les veines se
gonflent, que le malade sent un serrement  la poitrine ou  la gorge,
on donnera pour boisson la ptisane N. 12, dans l'intervalle des
saignes qui seront rptes comme il a t dit, suivant l'opinitret
du mal, ainsi que les lavemens simples & purgatifs, le malade prendra
dans les accs de toux, ou plus souvent, s'ils sont rares, la potion N.
10, ou le petit lait N. 17, par cuilleres. On lui fera respirer la
vapeur de l'eau chaude, & mettre les pieds dans l'eau chaude; les
frictions legeres sur les extrmits, l'application de vessies remplies
de lait sur la poitrine, sont aussi fort utiles.

Lorsque l'accs est trs long & opinitre, & qu'il y a lieu de croire
qu'il est l'effet d'une goutte remonte, de maladies de peau, ou
ruptions rentres, d'ulceres trop tt ferms, on fera usage de
sinapismes, de vsicatoires, qui dans ces cas feront bientt disparotre
le mal.

. 471. Pendant le tems de l'accs d'Asthme, on doit tenir le malade au
rgime, c'est--dire ne lui donner aucune nourriture solide, on ne lui
accordera mme celles N. 35, que dans le cas o l'accs sera long, &
qu'il ne sera pas de la plus grande violence; les viandes augmentent &
prolongent beaucoup l'accs. On vitera de donner les boissons chaudes,
& on les rendra un peu acides, comme celles N. 1, 2.

. 472. Pour prvenir les accs, ou les loigner jusqu' ce qu'on puisse
consulter un Mdecin, on vitera de faire aucun excs dans le boire, le
manger, l'exercice, &c. On se garantira du froid avec le plus grand
soin, & surtout de celui qui est joint  l'humidit. On fera un exercice
modr. On prendra dans l'Asthme o l'on crache beaucoup, la poudre N.
14, une demi-prise  chaque repas, & tous les matins  jeun trois
pillules N. 73, avec deux verres de 12, immdiatement aprs: il faut
aussi se purger de tems en tems avec le N. 21. Si c'est un Asthme o on
ne crache pas, on usera tous les jours des boissons dlayantes, & on se
fera saigner lorsque les premiers symptmes de plnitude[19],
l'augmentation dans la difficult de respirer, ou le serrement de
poitrine se feront sentir: dans les deux especes les eaux minrales
chaudes prises dans leurs saisons, la saigne faite en Printems & dans
les grandes chaleurs; & les purgations en Automne & en hyver; sont des
secours trs utiles pour prvenir ou retarder les accs.

  [19] Voyez ces signes, article de la saigne.

Lorsqu'un Goutteux dont la goutte est vague, ou ne se fait pas sentir au
lieu & au tems ordinaires, est attaqu de difficult de respirer, voyez
ce qui est dit article de la goutte remonte.


_Carreau._

. 473. On trouve souvent dans la campagne parmi le peuple, des enfans
qui ont le ventre plus gros qu'ils ne doivent l'avoir, il est dur, & la
peau est tendue; ils sont ples, tristes, paresseux, sans apptit; ils
sentent des douleurs vers le nombril, dorment peu; & ils ont beaucoup
d'ardeur, de la soif, & souvent de la fievre le soir. Dans le
commencement, ils vont difficilement  la selle; mais au bout de quelque
tems il survient un dvoiement; ils dprissent  vue d'oeil, tombent en
chartre, maigrissent trs vte, le ventre seul est fort gros. Le carreau
vient d'obstructions & d'embarras dans une ou plusieurs des parties
contenues dans le bas du ventre, & ce qui souvent y a donn lieu, sont
des alimens indigestes, visqueux, les fruits cruds non mrs, le laitage
dans quelques constitutions auxquelles il est contraire, les vers, la
malpropret, la transpiration long-tems retenue, une disposition
crouelleuse, des ruptions rentres, ou qui n'ont pas sorti
entierement.

. 474. Pour gurir cette maladie, il faut interdire les mauvaises
nourritures & leur en substituer de bonnes, aises  digrer, point
visqueuses, ni qui s'aigrissent aisment: les panades, les fruits cuits,
les oeufs, un peu de viandes blanches & legeres, les plantes ou lgumes
fondantes & apritives, laitue, chicore, pinars, cardes, &c. on mettra
le malade dans un lieu o l'air soit sec & sain, on lui fera faire le
plus d'exercice qu'on pourra,  pied ou en voiture, il boira un peu de
bon vin vieux avec de l'eau de chiendent, ou une eau de rhubarbe legere.
On lui fera des frictions sur tout le corps avec la flanelle, on
appliquera sur le ventre les topiques N. 9.

. 475. On lui fera prendre tous les jours des sucs exprims des plantes
apritives N. 7, dans du petit lait, ou au moins des dcoctions de ces
mmes plantes. Ce remede manque rarement d'avoir son effet, surtout si
on le prend dans le Printems; les vertus fondantes & apritives sont
alors  un plus haut degr dans les plantes, que dans les autres
saisons: lorsqu'on manque de ces plantes fraches, on doit faire des
dcoctions de racines de chiendent, d'asperges, d'oseille, de patience,
de chelidoine, que l'enfant prendra de trois en trois heures par
verres; on mettra dans le premier verre du matin pris  jeun, un gros
de sel de glauber, ou de sel de duobus, ou une prise du N. 23.
L'extrait de cige N. 55, est un remede excellent, & qu'il sera ais de
faire prendre aux enfans. On purgera tous les dix  douze jours avec la
poudre N. 37, ou le syrop de chicore compos. Lorsque le ventre sera
dsenfl & mollet, on fera prendre quelque tems une eau minrale legere,
naturelle, comme celles de Passy, de Forges, ou artificielle comme N.
83.


_Catharre suffocant._

. 476. Dans cette maladie, une des plus vives qu'il y ait, qui attaque
subitement surtout les vieillards, les enfans, & ceux qui ont un
temprament humide & pituiteux, & qui est quelquefois pidmique, la
respiration se fait si difficilement, & l'oppression est si grande, que
le danger de la suffocation est des plus pressans, & que le malade meurt
quelquefois dans le moment de l'attaque, ou peu d'heures aprs.

Je ne parle point de la suffocation cause par l'ouverture d'un abcs
dans la poitrine (voyez . 64), ni de celui qui est une suite de la
paralysie des organes de la respiration; mais seulement de catharres qui
viennent d'une abondance de srosits plus ou moins acres, qui
remplissent la poitrine, ou se jettant sur les nerfs, les mettent en
convulsion; ou de l'humeur de la petite vrole, de la rougeole, ou d'une
autre ruption qui n'est pas sortie, ni n'a pas t vacue entirement,
& qui se porte sur les organes de la respiration; ou d'une grande
quantit de sang qui remplit plus qu'il ne faut les vaisseaux de la
poitrine, ou s'y coagule, toutes choses qui interceptent la respiration.

. 477. Dans le catharre suffoquant, outre la difficult de respirer, il
y a douleur de poitrine, sentiment de pesanteur, voix entrecoupe, sueur
surtout au visage, gonflement des vaisseaux de la tte, anxits ou
angoisses; agitation continuelle, effort pour tousser, ronflement,
sifflement ou rallement, les battemens du pouls sont foibles, loigns,
quelquefois frquens, & souvent ingaux. Le malade est sans force, il
sue, une pituite visqueuse ou une cume lui sort de la bouche; il faut,
sans perdre un moment, le saigner une, deux & trois fois, jusqu' ce que
la respiration devienne plus facile, dans les intervalles des saignes,
on lui donnera des lavemens d'abord simples, puis purgatifs, il mettra
ses pieds dans l'eau chaude, on lui fera des frictions sur les
extrmits infrieures avec la flanelle.

. 478. Lorsque ces secours ne suffisent pas, si le malade est
pituiteux, sujet aux catharres, aux fluxions, ou qu'il ait eu quelque
maladie de peau maltraite, ou une ruption rentre ou qui n'a pas sorti
suffisamment, on lui fera prendre un vomitif N. 34, ou un purgatif N.
21, & on appliquera une empltre vsicatoire N. 35, au bras ou  la
nuque. Si c'est un enfant, aussi tt aprs la premiere saigne, on
appliquera l'empltre vsicatoire; on donnera toutes les demi-heures une
cuillere de la potion N. 8, & dans les intervalles, la ptisane N. 2.
Lorsque la violence des accidens diminue; mais que les crachats sortent
rarement en petite quantit & visqueux, & que l'on entend un rallement
dans la poitrine, on donnera de trois en trois heures une cuillere du
N. 8, auquel on ajoutera hypecacuana, iris de Florence & Kermes
minral, de chaque trois grains. Quand le catharre traine en longueur,
on doit suivre le rgime . 35 & suiv. en ajoutant seulement un peu de
vin ou d'lixir de proprit, comme cordiaux ncessaires pour ranimer
les forces.


_Colique nphrtique._

. 479. La douleur est aige & fixe dans les reins & leurs environs;
elle se fait sentir continuellement, ou par intervalles dans tout le
trajet oblique que font les vaisseaux destins  conduire l'urine depuis
les reins jusqu' sa sortie. Chez les hommes, les testicules se
retirent, & il y a douleur: chez les femmes, la douleur est dans l'aine.

Au commencement, les urines sont en petite quantit, claires, puis elles
sont sanglantes & charges de gravier. Il y a nause, vomissemens,
douleur d'estomac, dfaillances, sueurs, constipation, envie d'uriner:
on sent de l'engourdissement  la jambe du ct o est la douleur; la
fivre survient, elle est irrguliere & le pouls ingal.

. 480. Les moyens de calmer cette colique, sont les saignes rptes
deux, trois fois en douze heures, & plus si le mal est toujours le mme:
les lavemens frquens N. 6, la ptisane N. 1, ou le petit lait N. 17;
la poudre N. 20; du savon en pilules, ou fondu dans la ptisane, jusqu'
trois gros par jour; les fomentations sur les reins N. 9, les
demi-bains, les bains o le malade restera long-tems. On aura soin de ne
pas le laisser coucher sur la plume, & dans un lit o ses reins soient
trop chauffs: on donnera deux & trois onces de syrop diacode par
demi-cuilleres dans le jour, si les douleurs sont excessives & avec
convulsions. Cette colique tant sujette  retour, on consultera un
Mdecin pour la prvenir.

. 481. On suivra le mme traitement dans l'inflammation des reins, qui
a tous les symptmes de la colique, mais beaucoup plus de chaleur aux
reins & aux lombes, de fivre, des douleurs plus aiges, des urines
aqueuses ou trs rouges, en petite quantit, & sans sdiment. Dans le
cas o les saignes n'auront pas t faites assez tt, & o le mal sera
insurmontable par sa nature; il se formera un abcs (voyez . 283);
alors il faut avoir recours au Mdecin & au Chirurgien.


_Coqueluche._

. 482. La coqueluche est cette toux redouble, presse, opinitre, qui
se renouvelle  des intervalles plus ou moins loigns. On appelle ces
accs des quintes: la toux est tantt forte & rauque, tantt aigre &
glapissante, presque continue pendant la quinte, avec des sifflemens ou
heurlemens; la respiration se fait trs difficilement, sur tout le
mouvement qu'on appelle inspiration, par lequel l'air entre dans la
poitrine; alors le malade est prt d'tre suffoqu. Il ne sort presque
rien pendant la plus grande partie du tems que dure la toux, ou tout au
plus un peu de pituite claire; mais vers la fin de la quinte le malade
rejette une matiere visqueuse, glaireuse, si gluante qu'il faut la lui
tirer de la bouche avec les doigts; il y a des mouvemens convulsifs,
violens dans tout le corps; le malade vomit, surtout s'il n'y a pas
long-tems qu'il a mang, & les repas sont ordinairement suivis de
quintes violentes. Le sang s'accumule dans les vaisseaux de la tte, les
gonfle, rend tout le visage rouge, violet, & mme noir. Il y a
irritation, douleur au creux de l'estomac avant la toux & aprs. Le plus
souvent la coqueluche est sans fievre, surtout dans les commencemens.
Cette maladie attaque principalement les enfans, quelquefois les
adultes; souvent elle est pidmique parmi les premiers, & quelquefois
parmi les seconds. Elle est cause par les drangemens de la digestion,
joints  la transpiration supprime.

. 483. Lorsque le malade est un enfant qui tette, on examinera le lait
de la nourrice; s'il n'est pas bon, on lui en donnera une autre, ou on
le nourrira de panade, d'eau de ris, d'eau d'orge, de gruaux, de
bouillons. Il ne mangera point de bouillie. On mettra tout autre malade
au rgime des convalescens, & on le garantira surtout du froid & de
l'humidit. L'exercice est trs bon, mais il doit tre modr, pour ne
point exciter des quintes. Lorsque les symptmes, comme la toux, la
difficult de respirer, la couleur du visage, le temprament sec &
sanguin du malade, font craindre pour sa vie, & qu'il ne se rompe des
vaisseaux dans la poitrine par les efforts de la toux, on fera bien de
le saigner; ce qui ne seroit pas ncessaire, si les accidens toient
moins grands ou moins pressans. On donnera pour boisson la ptisane N.
12; on tiendra le ventre libre, avec des lavemens donns tous les jours
N. 6; on fera vomir avec les poudres N. 33 ou 34; puis on purgera avec
le N. 22, ou le syrop de chicore compos. Aprs ces vacuations, si la
coqueluche n'est pas totalement passe, on donnera de trois en trois
heures, une cuillere de la potion N. 8, auquel on ajoutera kermes
minral, N. 24, six grains, & autant de poudre d'iris de Florence. S'il
y a insomnie, on mettra dans la ptisane une ou deux ttes de pavot, ou
deux pinces de feuilles de coquelicot. C'est un usage pernicieux, que
celui de l'huile dans la coqueluche, voyez . 357. Pour rtablir les
digestions; on donnera la poudre N. 14: & si la maladie tant
totalement gurie, il reste une petite toux ou de la foiblesse, le lait
de vache coup avec une dcoction d'orge ou de ris, les dissipera.


_Dartres._

. 484. On donne ce nom  des pustules ou boutons de diffrentes
grosseurs, & quelquefois presque imperceptibles, spars ou runis en
tas, avec douleur & demangeaison. Ces boutons s'tendent de proche en
proche, & y portent la douleur & la dmangeaison, qui cessent
quelquefois o elles avoient commenc. Quand on les gratte, il en sort
une eau visqueuse et cre, qui, en schant, forme une crote. Toutes les
parties du corps, mais surtout le visage, les cuisses, les parties de la
gnration sont sujettes  ce mal, qui le plus souvent forme des plaques
assez grandes, de diffrentes figures.

. 485. On saignera le malade du bras; il fera usage de ptisane de
racine de chicore amere, ou de celle N. 25; & si le mal est opinitre,
de la ptisane N. 74,  laquelle on ajoutera, dans leurs saisons, les
jus d'herbes N. 7, & du petit lait rendu laxatif avec le sel de duobus,
ou la crme de tartre N. 23, alternativement pendant une douzaine de
jours. Ce mal n'empchant point de vaquer  ses affaires, il est inutile
de prescrire au peuple d'autres remedes qui ne seroient pas faits. On
purgera avec le N. 21, tous les huit jours. Il faut se garantir du
froid, de l'humidit, ne point manger d'alimens sals & cres, boire peu
de vin, se nourrir de lait, d'alimens farineux, de lgumes, de fruits.

. 486. Les topiques font souvent du mal dans les dartres. En gnral,
il faut s'en abstenir jusqu' ce qu'on ait pris pendant quelque tems des
remedes internes; alors on se contentera, dans les dartres rongeantes,
vives & douloureuses, d'appliquer une toile trempe dans un jaune d'oeuf
dlay avec une eau de safran, ou de morelle, ou de cige: les dartres
sches peuvent tre humectes avec de la salive, ou de l'eau de sel
marin, ou de l'eau avec un peu de vinaigre: on les couvrira du sparadrap
N. 64: si la dartre est maligne ou rebelle, on appliquera le N. 51. On
peut substituer  ce traitement, celui qui est marqu . 261 & suiv.

On emploiera les mmes remedes dans les cas d'bullitions,
chauboulures, boutons, rougeurs au visage.


_Ecrouelles, Humeurs froides._

. 487. Les crouelles sont des tumeurs situes sous la peau; elles sont
fort long-tems sans douleur, sans chaleur, ordinairement mobiles, lisses
& unies; tantt cedant un peu, & seulement pour un moment, 
l'impression des doigts, tantt trs dures. Ces tumeurs sont des glandes
grossies & enfles par le sjour de la lymphe, qui est l'humeur qui s'y
prpare & s'y conserve. Toutes les glandes sont le siege de cette
maladie. Les causes de cette maladie, sont un vice hrditaire de la
lymphe qui produit son paississement, le virus vrolique des peres &
meres, la mauvaise nourriture de quelque genre que ce soit, lait, eau,
fruits non mrs, &c. le froid, surtout s'il frappe les glandes du cou;
c'est pourquoi ces glandes sont le plus souvent attaques dans les
enfans de la campagne, qui ordinairement n'ont point le cou couvert: les
coups & contusions des glandes, qui dtruisent leur organisation; la
mauvaise conformation de ces glandes. Les tumeurs crouelleuses sont
d'abord petites, paroissent dans peu d'endroits, ne changent point la
couleur de la peau; le plus souvent les glandes du col, des aisselles,
sont les premieres affectes; mais de quelque ct qu'elles commencent,
si on n'y remdie ds qu'elles se manifestent, elles s'tendent  toutes
les glandes dont elles sont proches, & ensuite l'humeur crouelleuse
gagne celles qui sont rpandues par tout le corps, internes & externes,
& toutes les articulations.

. 488. Cette maladie est ordinairement trs longue, difficile  gurir,
surtout si elle est hrditaire, ou dans un sujet foible & mal
constitu, & dans les adultes; mais il y a beaucoup  esperer, si elle
se trouve dans des enfans, depuis peu de tems, dans des sujets bien
constitus, qui ont peu de glandes crouelleuses, & qui n'ont point
encore atteint l'ge de pubert, tems o la nature est souvent venue 
bout de les dissiper sans aucun secours. C'est pourquoi il importe de
faire de bonne-heure tout ce qu'il est possible pour gurir une maladie
si opinitre, & qui d'ailleurs peut avoir des suites trs funestes, si
elle subsiste long-tems. Le traitement de cette maladie est trs long;
le malade comme le Mdecin doivent s'armer de patience, & ne s'attendre
qu' des progrs presque insensibles.

. 489. Si le malade est d'un temprament sanguin, & dans l'tat dcrit
. 537, il sera saign: s'il est dans celui qui est dcrit . 544, il
sera purg avec la potion N. 46, ou la poudre N. 21; ou mme on le
fera vomir avec un des remedes N. 33 ou 34; puis on le mettra  l'usage
de la ptisane laxative N. 79, dont il prendra deux verres le matin, 
deux heures de distance, & un le soir. On ajoutera dans le Printems &
l'Et,  chaque verre de cette boisson, deux onces des sucs de plantes
fondantes N. 7; on fera prendre tous les matins  jeun, deux pilules
N. 80, ou l'extrait de cige N. 55, & on purgera tous les douze jours
avec la poudre N. 21.

. 490. Cette maladie tant fort longue, il faut, au bout de quelque
tems changer de mdicamens, tant  cause du malade qui prendroit du
dgot, & peut-tre de l'aversion, que parceque le corps s'habituant aux
remedes, ils ont beaucoup moins d'effet. Ainsi on pourra substituer  la
ptisane, deux bouillons par jour faits avec le veau, les racines de
patience, chicore sauvage, oseille, fraisier, pissenlit, polypode. Un
moment avant de retirer le pot du feu, on ajoutera une demi-poigne de
quatre des plantes suivantes, bourrache, buglose, chicore sauvage,
aigremoine, cresson, poire, pourpier, laitue, pimprenelle, ortie,
cerfeuil; on fera fondre un gros de sel de glauber dans chaque; on
prparera de la mme faon un apozeme, en retranchant le veau, & l'usage
sera le mme. On pourra aussi faire boire de tems en tems, pendant une
huitaine de jours, la ptisane des bois N. 71; ou du petit lait, en y
mlant les jus d'herbes ci-dessus, ou les y faisant infuser, ou en y
faisant fondre quelque sel, comme de glauber, de duobus, de sedlitz,
terre folie de tartre. On peut substituer aux pilules celles N. 18, en
observant, quelque remede qu'on donne, de purger tous les dix  douze
jours avec la poudre N. 21, ou autre purgatif. Si l'estomac du malade
se drange, on donnera la poudre N. 14; s'il vient du dvoiement, on
purgera avec le N. 50, en s'abstenant pendant quelques jours des autres
remedes. Ceux qui se trouveront prs de la mer, doivent boire de cette
eau environ une chopine par jour; c'est un trs bon fondant. L'usage des
eaux thermales ou chaudes, savoneuses, sulphureuses, comme celles de
Bareges, de Cauterets, de Bourbonne, de Balaruc, de Bourbon, &c. ne peut
tre trop recommand  ceux qui en sont proches.

. 491. On appliquera sur les tumeurs crouelleuses, les empltres de
_vigo cum mercurio_, de _ranis cum mercurio_, de savon, de cige,
diabotanum, diachilum, _cum gummi_; mais s'ils causent de la
dmangeaison, chaleur ou inflammation, il faut les ter.

. 492. On doit favoriser l'action des remedes par le rgime; souvent on
lui doit la gurison des maladies chroniques ou longues; un air pur,
serein, sec; les lieux levs; l'exercice  pied,  cheval, en voiture
un peu rude; le ventre libre naturellement, ou par l'effet des remedes
ou des lavemens; une nourriture saine, aise  digrer, prise avec
modration; du pain bien cuit, des viandes rties, grilles; des fruits
cuits; les eaux legeres, douces, du vin vieux & bon; un sommeil modr;
la tranquillit de l'ame, le contentement, la gaiet, la dissipation
prtent des forces  la nature, pour vaincre le mal conjointement avec
les remedes.

. 492. Lorsque l'on a  traiter des crouelles devenues rouges,
douloureuses & enflammes d'elles-mmes, ou par des topiques trop
actifs, on saignera une ou deux fois; on mettra au rgime . 29; on
emploiera les topiques molliens N. 9, le N. 59, ou l'empltre de
mucilages, jusqu' ce qu'on ait calm & dissip l'inflammation.

. 493. Quand,  la suite de l'inflammation qu'on n'a pas pu rsoudre,
ou sans inflammation sensible & sans qu'on s'en soit apperu, il s'est
fait une suppuration dans la tumeur: ds que l'on en sera certain, on
appliquera des cataplasmes, de pulpes d'oseille, d'oignon de lys, de
vieux levain, de basilicum, d'escargots, jusqu' ce que la glande
paroisse parfaitement fondue; si elle ne s'ouvre pas d'elle-mme 
l'extrieur, on l'ouvrira avec la pierre  cauterre ou avec le fer, de
peur que le pus ne fasse du ravage intrieurement, en cariant les os, &
dtruisant les chairs voisines; mais il faut ds-lors avoir recours  un
bon chirurgien.

Lorsque la tumeur est ouverte ou suppure, il en sort une matiere
purulente, visqueuse, blanchtre ou jaune, sans mauvaise odeur. On
pressera un peu la tumeur dans tous les sens, pour qu'il ne reste point
de pus; on injectera une legere infusion de cigu pour nettoyer la
plaie, aprs quoi il faut appliquer un plumaceau enduit de l'onguent N.
68, & recouvrir avec une compresse plie en plusieurs doubles, trempe
dans la liqueur N. 69: on change le plumaceau deux fois le jour, & la
compresse trois fois.

S'il survient des callosits, des chairs fongueuses; s'il y a des
fistules, carie, on doit avoir recours au Chirurgien, qui agira suivant
l'tat du mal.


_Enflure des Jambes._

. 494. Les pieds & les jambes ont plus de grosseur qu'ils ne doivent en
avoir compars au reste du corps, ils sont dans l'tat dcrit . 441. Il
y a engourdissement & difficult dans le mouvement de ces parties; je ne
parle point de l'enflure des jambes, qui prcede & accompagne
l'anasarque, l'ascite; on ne peut la gurir qu'en dissipant ces
maladies. On voit trs souvent des jambes enfles  la suite des fivres
intermittentes & continues, de l'asthme, des rsipelles, de la
dyssenterie, du dvoiement, de la plpart des longues maladies aiges ou
chroniques, des grandes vacuations, & des longues veilles. Les Femmes
grosses, celles dont les regles sont supprimes, ou beaucoup diminues,
ou prtes  finir, y sont fort sujettes. Dans tous ces cas, l'enflure
est ordinairement sans danger; souvent elle se dissipe pendant la nuit,
& recommence le matin pour augmenter jusqu'au soir.

. 495. L'enflure des jambes diminue souvent sans faire aucun remede, 
mesure que la convalescence s'affermit, & que les forces reviennent
aprs l'accouchement & l'apparition des regles. Si cela n'arrive pas, il
faut faire un peu plus d'exercice, employer les frictions avec la
flanelle chaude, les fomentations aromatiques & spiritueuses, des
sachets de sel, de cendres, des bandes qui serrent un peu: on prendra
des alimens secs, on boira peu, & seulement du vin vieux pur. On donnera
matin & soir, une prise du N. 20, dans une tasse d'infusion de fleurs
de sureau; & si les digestions ne se font pas parfaitement bien, on
donnera une prise de N. 14. Enfin cela ne suffisant pas, on aura
recours  la potion N. 8, dont on prendra deux ou trois cuilleres par
jour. Il y a des personnes trs grasses, de grands mangeurs ou buveurs,
des gens gs, hommes & femmes, qui ont presque toujours les jambes
enfles. Le plus souvent il seroit difficile de l'empcher, &
quelquefois dangereux.

. 496. Il se fait quelquefois des crevasses, des ouvertures, par
lesquelles il sort une eau, rousse cre; cette vacuation peut tre
utile; mais ces plaies sont souvent long tems sans se fermer: la
gangrene mme s'y met quelquefois. Le malade doit se tenir couch, ou au
moins la jambe doit tre soutenue horisontalement, & tenue chaudement:
sa nourriture sera celle des convalescens. Il sera purg de tems en tems
avec la poudre N. 21. Il prendra une fois le jour une prise du N. 14:
on mettra sur la jambe un plumaceau couvert de l'onguent N. 63.

Les mains & le visage enflent aussi dans les mmes cas que les jambes,
mais beaucoup plus rarement, & se gurissent plus promptement: s'il y a
gangrene, on appellera un Chirurgien.


_Engelures._

. 497. Il vient aux doigts des mains, des pieds, aux oreilles, aux
talons, aux levres, au nez, des enfans surtout, & principalement en
Hiver, quand ces extrmits sont exposes au froid, & passent subitement
du chaud au froid, & du froid au chaud, une enflure ou un gonflement qui
dans les commencemens paroit blanc avec peu de chaleur & de douleur;
mais si l'on expose le mal au froid, il est bien-tt accompagn de
rougeur, douleur, chaleur, demangeaison, picotement, difficult de
remuer les parties attaques, ou engourdissement. Souvent ces tumeurs se
gurissent sans remedes: mais quelquefois, ou par la nature du mal, ou
par la mauvaise mthode qu'on aura suivie, soit en les exposant au feu,
soit en y appliquant des topiques irritans; quelquefois, dis-je, la
rougeur, la chaleur augmentent, l'enflure s'enflamme, devient livide, il
s'amasse une srosit cre, qui forme, sous la surpeau, des cloches ou
vessies, & qui aprs avoir rong la surpeau, parot au-dehors; ces
gersures ou crevasses dgnerent souvent en ulceres, dont il ne sort
d'abord qu'une srosit, & ensuite une espece de pus sreux en assez
grande abondance.

. 498. Ceux qui ont des engelures, ou qui y sont sujets, doivent
apporter toute leur attention  se garantir du froid, & surtout  en
dfendre les parties affectes, ou sujettes  l'tre. Il faut viter de
passer subitement du froid au chaud, & du chaud au froid. Lorsque les
engelures ne seront encore que des tumeurs blanches, ou peu douloureuses
& peu enflammes, on fera mettre la partie malade dans une dcoction de
plantes aromatiques, comme sauge, romarin, lavande, &c. faite dans le
vin rouge; on rptera ce bain une ou deux fois le jour, ou la
fomentation aromatique N. 67; l'urine, le savon, la lessive de sarment
peuvent servir au mme usage. On couvrira l'engelure avec les empltres
de mucilages, de savon, de Nuremberg, ou la toile prpare N. 64.

Lorsqu'il survient aux engelures douleur, rougeur, demangeaison
considrable & inflammation, on appliquera les topiques N. 9, ou ceux
N. 58, 59, ou le baume tranquille; on ne fera point agir la partie
malade; on usera des boissons dlayantes & rafraichissantes N. 1, 2.

. 499. Si les engelures se crevent ou se fendent, si elles rendent du
pus & dgnerent en ulceres, on emploiera les fomentations ou bains
ci-dessus; on lavera l'ulcere avec une infusion de cigu; on appliquera
un plumaceau enduit de l'onguent N. 68, ou celui de cruse, & on
recouvrira avec la toile N. 64. Les eaux minrales chaudes peuvent tre
employes en bains & fomentations rptes dans tous les tats des
engelures. Si les accidens des engelures toient au point qu'ils
causassent de la fivre, il faudroit saigner une ou deux fois, & mettre
le malade au rgime . 30.

Lorsqu'il y a des os caris ou de la gangrene, il faut avoir recours au
Chirurgien.


_Epilepsie, Mal-caduc, tomber du Haut-mal._

. 500. Je ne parlerai de cette maladie, que pour faire connotre ce
qu'on appelle accs ou attaque d'pilepsie, & pour dire ce qu'il faut
faire alors. Il n'y a point de maladie plus difficile  gurir, & trs
souvent elle est incurable. Ceux qui en sont atteints, doivent consulter
les plus habiles Mdecins ds qu'ils s'en apperoivent, les accs ne
fussent-ils que trs legers. L'pilepsie attaque plus les hommes que les
femmes, & plutt avant l'ge de pubert qu'aprs.

. 501. Les accs se reconnoissent facilement aux signes suivans: Une
personne tombe subitement prive de sentiment & de connoissance, avec
des convulsions violentes de toutes les parties du corps, ou de
quelques-unes seulement. Elle se roule par terre avec des tremblemens
des pieds, des bras, de la tte; elle tient les poings ferms, se frappe
la poitrine, le ventre, & donne de la tte, des pieds & des mains contre
la terre, & tous les corps qu'elle rencontre; la plpart jettent un
grand cri en tombant; la peau du front, celle de la tte, qui est
couverte de cheveux, sont agites; les cheveux se dressent, les sourcils
sont dans un mouvement continuel, ils se froncent; les yeux sont fixes &
hagards, ils sortent de l'orbite; les paupieres sont dans l'agitation,
elles s'ouvrent & ferment alternativement; les globes des yeux roulent,
ils se tournent de faon  ne laisser voir que le blanc; tous les
muscles de la face tant dans un mouvement perptuel, expriment les
diffrentes passions; les lvres se resserrent, s'allongent; la bouche
s'agrandit; la machoire infrieure s'loigne de la suprieure, jusqu'
se dboter; la langue s'enfle, s'allonge hors de la bouche, elle est
souvent serre entre les dents, & coupe, le grincement de dents se fait
entendre; tantt la tte se tourne, s'agite en tous sens, tantt elle
demeure immobile, droite ou penche en devant, en arriere, sur les
cts. Les parties internes sont galement agites de convulsions; les
symptmes suivants en sont des preuves. Il y a dans l'accs,
vomissemens, rots, borborigmes, coulement des urines, des excrmens, de
la semence; oppression, soupirs, palpitations de coeur, salivation
abondante, ronflement ou siflement, difficult de respirer; le sang
circulant trs difficilement, ou tant arrt dans le poulmon, toutes
les veines qui sont apparentes grossissent, & surtout celles du cou, de
la langue & du front; le visage rougit, s'enfle, devient livide & mme
noir; & ce qui rend le spectacle encore plus horrible, on voit sortir
par la bouche & les narines, une cume trs visqueuse, & sanglante assez
souvent, parceque le malade a bless sa langue avec les dents. La sortie
de l'cume termine ordinairement l'accs: ds-lors tous les autres
accidens diminuent, la respiration devient libre, quoique toujours
bruyante; il survient un profond assoupissement qui est plus ou moins
long; & lorsque le malade s'veille, il est las, foible, triste; il ne
se ressouvient point du tout de tout ce qui s'est pass pendant l'accs,
mais seulement de ce qu'il faisoit immdiatement avant. Au commencement
de l'attaque, le pouls est frquent & petit; vers le milieu, il est
fort, plein, dur; sur la fin, il est trs foible, rare & presque
insensible; en tout tems il est ingal.

. 502. Tous les pileptiques n'ont pas dans l'accs tous les symptmes
que nous venons de rapporter; il y en a en qui ces symptmes sont de la
derniere violence, & d'autres qui les ont bien moins forts. Les accs
sont aussi plus ou moins longs, plus ou moins frquens: on ne sauroit
dire combien il y a de varit dans cette maladie. Nous avons donn la
description des accs violens, parceque c'est  ceux-l seuls dans
lesquels on prit, ou qui produisent de grands drangemens, & laissent
des impressions fcheuses, ou enfin qui sont si frquens, qu'on a 
craindre l'apoplexie, qu'on est oblig de porter du secours: on
n'emploie point de remede dans les autres. Voici les prcautions qu'on
doit prendre dans tous les accs, & ce qu'on doit faire dans ceux qui
sont trs violens.

. 503. On tendra le malade sur le dos, la tte & la poitrine un peu
levs, dans un lieu air & clair. Pour viter qu'il ne se frappe & ne
se blesse, on le tiendra, en laissant cependant un peu de libert pour
les mouvemens convulsifs; les empcher tout--fait, seroit un moyen de
les redoubler. On garantira la langue d'tre mordue, dans les
convulsions de la machoire, en mettant entre les dents un tampon de
linge ou de peau, ou un morceau de liege, auxquels on attachera un fil
pour le retirer, s'il entroit dans la bouche. On fera des frictions sur
le corps & les membres, on donnera, s'il est possible, des lavemens avec
le sel marin ou les purgatifs, comme le sen, la gratiole ou herbe 
pauvre-homme, le vin mtique, &c. On essaiera les ligatures des
extrmits; on fera sentir de mauvaises odeurs, des odeurs fortes &
spiritueuses. On fera mettre les pieds dans l'eau. Si le malade a le
visage plomb ou noir, si ses membres se tordent, s'il est prt d'tre
suffoqu, il faut faire une ou deux saignes du pied. La saigne, dit-on
sans preuves, rend la maladie plus opinitre; mais dans plusieurs maux
invitables, il faut choisir le moindre, & dans ce cas c'est un moyen
d'empcher la rupture des vaisseaux, l'apoplexie, les inflammations, la
gangrene, les fractures des membres, &c. S'il y a des foiblesses, on
donnera du vin ou quelque autre cordial, & on fera respirer du vinaigre,
ou des eaux spiritueuses & des odeurs fortes.


_Epreintes, ou Tenesme._

. 504. On donne ces noms aux envies continuelles, ou du moins trs
frquentes, d'aller  la selle, qui ne sont point suivies des
vacuations, ou dans lesquelles on ne rend que des glaires, ou une
mucosit, & quelquefois du sang & mme du pus. Les preintes sont le
symptme de plusieurs maladies, comme la diarrhe, la dyssenterie, la
pierre de la vessie, les vers, les hmorrhodes, l'abcs au fondement.
En gurissant ces maux les preintes se dissiperont, mais elles sont
quelquefois maladie principale. Alors il faudra prendre plusieurs fois
le jour le lavement N. 6, ou celui de tripes, dans lequel on aura
ajout deux ttes de pavot, faire des fomentations avec le lait, les
dcoctions des plantes mollientes, les infusions de la cige, de fleurs
de sureau, la vapeur de l'eau chaude, les linimens avec le cerat, le
populeum, le baume tranquille.

On prendra pour boisson du petit lait, des eaux de ris, d'orge, la
ptisane N. 2, ou le lait d'amandes N. 4. On purgera avec le N. 31, ou
le N. 37.


_Eruptions rentres, Ecoulemens supprims._

. 505. On voit tous les jours dans le peuple des exemples du danger qui
accompagne la rentre des ruptions & la suppression des coulemens qui
duroient depuis quelque tems; il n'est presque point de maladie que ces
accidens ne produisent; elles deviennent trs difficiles  gurir,
parcequ'on ne demande le plus souvent du secours que lorsqu'elles sont
invtres, qu'on fait trop peu d'attention  ces deux genres de causes,
& qu'on les attribue  des choses beaucoup plus rcentes; c'est pourquoi
dans presque toutes les maladies, il faut demander si le malade n'toit
point sujet  quelque coulement, n'a point eu quelque maladie de peau.

. 506. Lorsque quelque ruption, comme crotes de lait, galles,
rougeole, petite vrole, dartres, rsypelles, boutons, abcs,
suintemens aux oreilles, au nez; sueurs abondantes aux aisselles, aux
pieds,  la tte; en un mot, toute ruption ou coulement habituel,
lors, dis je, que ces ruptions rentrent avant que toute l'humeur que la
nature prparoit  chasser par-l soit sortie, & que ces coulemens
s'arrtent, soit que la nature n'ait plus assez de force pour continuer
l'ruption & l'coulement, ou que par un mauvais rgime, ou des remedes
faits mal--propos, on la repousse, on l'arrte; ce qui sortoit par ces
moyens, se jette sur quelque partie interne du corps, & elle y produit
souvent des desordres irrparables, avant qu'on s'en soit apperu. De-l
les phtisies ou suppurations au poulmon si frquentes, les convulsions
dans les enfans & les adultes, l'pilepsie, l'asthme, la difficult de
respirer, les coliques, les douleurs vagues, les dpts dans toutes les
parties du corps.

. 507. Il faut avertir tous ceux qui ont quelque ruption ou
coulement; de le favoriser, de ne rien faire qui puisse l'arrter; & si
aprs que cela sera arriv naturellement, . 418, ils se sentent quelque
mal, de demander du secours; alors il faudra se tenir chaudement pour
favoriser le retour de l'ruption, l'coulement ou la transpiration;
boire abondamment du th de sureau avec le nitre; prendre deux prises
par jour de la thriaque des pauvres, suivre les traitemens marqus aux
articles rsypelles & dartres; se purger souvent, user d'alimens
farineux, faire des frictions, employer les bains de pieds, faire sa
boisson ordinaire de la ptisane N. 71 seule, ou coupe avec du lait; de
celles N. 25, 74, 79; se mettre au lait de vache ou de chevre. Si le
danger est prochain, on appliquera des sinapismes, ou une empltre
vsicatoire, le plus prs du mal qu'on pourra,  la nuque, entre les
paules, aux bras, aux jambes, aux pieds, ou  la partie qui toit le
siege du mal, si cela est possible. Dans le cas de galle rentre, le
plus sr est de la redonner. Lorsque tous les remedes seront
insuffisans, on emploiera les sinapismes & vsicatoires comme ci-dessus.


_Etouffement, Suffocation._

. 508. On voit tous les jours des gens sans respiration, sans pouls,
sans mouvement, sans sentiment, ples, froids, prts  tre suffoqus
pour avoir respir la vapeur du vin dans des celiers, celle du charbon
allum dans des chambres o l'air n'a pas assez de communication avec
celui du dehors pour se renouveller, celle des cloaques & autres
endroits o l'on remue des immondices, fumiers, eaux croupies, &c. ou
qui ont t long-tems ferms. Il faut se hter de faire respirer l'air
libre, faire sentir & mme avaler quelque liqueur forte, spiritueuse, ou
un peu de vinaigre, secouer un peu, jetter de l'eau froide sur le
visage, souffler dans la bouche en serrant le nez. Si cela ne les
rappelle pas, il faut saigner au plutt du bras, puis du pied, donner
des lavemens cres avec du tabac, de la gratiole, ou herbe au pauvre
homme, faire des frictions, exciter le vomissement en chatouillant le
gosier avec une plume, envelopper trs chaudement les parties froides.
Toutes les fois que l'on est oblig d'ouvrir un cloaque qui est rest
long-tems ferm, il faut viter de recevoir la premiere vapeur qui en
sortira: elle est mortelle; & lorsqu'il est ouvert, il faut y jetter de
la paille enflamme  plusieurs reprises avant d'y entrer.


_Goutte remonte._

. 509. Quoique cette maladie ne soit pas commune parmi le peuple;
cependant comme on l'y rencontre quelquefois, & qu'il est des cas o
elle demande les secours les plus prompts, il est  propos de savoir ce
qu'il faut faire alors. Lorsqu'une personne qui a la goutte aux pieds ou
aux mains, ou  quelque autre articulation, a une goutte vague,
c'est--dire qui se fait sentir tantt dans une partie, tantt dans une
autre; ou qui est sujette  avoir dans certain tems des accs, se trouve
presque subitement attaque de lthargie, apoplexie, mal de gorge,
asthme, catharre suffoquant, douleur d'estomac, nphrtique, colique, ou
autre maladie; car il n'est presque point de parties du corps sur
lesquelles l'humeur de la goutte ne se jette, & elle y occasionne alors
des accidens d'autant plus fcheux, & auxquels on doit d'autant plus se
hter de porter remede que la partie affecte est plus ncessaire  la
vie.

. 510. Il faut 1. si l'on a le tems, faire mettre les pieds dans l'eau
chaude plusieurs fois le jour. 2. Faire des frictions trs frquentes.
3. Saigner du pied. 4. Appliquer des sinapismes N. 35. On appliquera
le sinapisme  la partie qui toit anciennement le siege de la goutte; &
si elle toit fixe auparavant sur quelque partie interne, ou qu'elle
ft vague, on le mettra aux pieds,  moins qu'il n'y ait un danger
pressant pour la vie; dans ce cas on l'appliqueroit le plus prs que
l'on pourroit de la partie attaque, afin de soulager promptement, aprs
quoi le sinapisme appliqu aux mains, aux pieds ou  la partie
anciennement attaque, y rappelleroit la goutte. On connotra que la
goutte a quitt le lieu o elle toit par la cessation des douleurs, des
accidens & des symptmes qui auront donn lieu d'employer les remedes &
par le renouvellement de la douleur, rougeur, tumeur  la partie
anciennement affecte, ou  laquelle on l'aura attire par les
sinapismes. Pendant le tems des accidens, on tiendra le malade au
rgime; on lui donnera pour boisson un th de sureau fort & nitr, &
deux ou trois fois le jour une prise de thriaque N. 41, dlaye dans
le th. Il faut garantir le malade du froid, & tenir bien chaudement la
partie o l'on veut que la goutte revienne.


_Hemorragies._

. 511. On nomme hmorragie, la sortie du sang par quelque partie du
corps que ce soit, en plus ou moins grande quantit. La cause est
externe, lorsqu'un coup, une blessure, un effort, un vomitif, ou autre
cause qui agit extrieurement, l'a produit; autrement elle est interne.
Le plus souvent les hmorragies s'arrtent d'elles-mmes sans secours
trangers; il est mme  propos de ne point arrter qu'au bout d'un
certain tems les hmorragies du nez, de la matrice, des hmorrhodes;
ces vacuations sont souvent salutaires, tant ordinairement produites
par la nature pour se dbarrasser d'une trop grande quantit de sang;
mais lorsqu'elles sont trop abondantes, qu'elles durent trop long tems,
que les retours sont trop frquens; lorsque le pouls commence  tre
vaillant; lorsque le visage & les lvres sont ples & les extrmits
froides, il faut diminuer l'coulement & l'arrter par dgrs. Quant aux
hmorragies de la poitrine ou crachement de sang, pissement de sang,
vomissement de sang, on ne doit pas diffrer  faire les remedes. Je ne
parle point ici des hmorragies qui surviennent dans les fivres aiges,
surtout quand on n'a pas saign suffisamment, ou qu'on use des remedes
chauffans, ni de celles qui arrivent dans la fluxion de poitrine,
dyssenterie, les plaies externes, &c. il en est parl dans ces articles;
il n'y a que le cas o elles sont extrmes dans ces maladies, o on
doive les arrter par les moyens que je rapporterai.

. 512. Dans toutes les hmorragies, on mettra le malade au rgime; on
lui donnera des boissons adoucissantes, dlayantes, rafrachissantes
comme le petit lait, les ptisanes N. 1, 2, 4, des dcoctions de ris, de
gruaux; elles seront au plus tides. Si le malade est jeune & fort
chauff, le lait d'amandes N. 4; la poudre N. 20, deux ou trois fois
le jour; s'il prend des alimens, ce sera des crmes de ris, d'orge, de
gruaux & autres farineux; on tiendra le ventre libre par des lavemens
simples; l'air que respirera le malade sera temper, ou mme un peu
au-dessous. Il gardera le lit; il ne fera que le moins de mouvement
qu'il pourra; on vitera tout ce qui peut frapper vivement ses sens &
exciter quelque passion, on purgera avec le N. 31. Pour peu que
l'hmorragie dure, il faut employer la saigne, que l'on rptera
suivant l'abondance & la frquence de l'hmorragie, observant l'tat du
malade que l'on saignera plusieurs fois coup-sur-coup; s'il est dans
l'tat dcrit . 537; si l'hmorragie actuelle a succed  une
hmorragie habituelle supprime, & seulement dans les cas excessifs;
s'il est foible, languissant, & d'une mauvaise sant; si l'hmorragie
est si considrable qu'il y ait des foiblesses & danger minent pour la
vie, on donnera l'eau de Rabel depuis un gros jusqu' deux gros, sur une
pinte de ptisane.

. 513. Lorsque les hmorragies seront cessees, on demandera  un
Mdecin les moyens de les prvenir, ce mal tant trs sujet  retour.
Dans le cas o une hmorragie actuelle aura succed  une habituelle
supprime, il est  propos, si l'coulement supprim toit des
hmorrhodes ou de la matrice, de faire la saigne au pied,  moins que
ce ne ft une femme donc les regles dussent cesser . 340. Le
crachement, le vomissement de sang, les hmorrhodes fluantes ou non,
arrivent assez souvent chez les femmes grosses, il est alors  propos de
faire une saigne du bras. Nous ne dirons dans les articles des
hmorragies particulieres que ce qui leur est propre, ainsi il faudra
toujours relire ces gnralits.


_Crachement de sang._

. 514. Le sang sort par la bouche, en toussant, seul, ou ml avec des
crachats; il est d'un beau rouge, & souvent cumeux. Il y a chaleur,
douleur, picotement  l'intrieur de la poitrine, difficult de
respirer, toux plus ou moins frquente; le sang vient alors de vaisseaux
ouverts dans les poulmons, & il faut d'autant plus se hter d'arrter
l'hmorragie, qu'elle est abondante & frquente. Il n'est pas ncessaire
de laisser sortir autant de sang que dans quelques autres hmorrhagies.
La saigne rpte coup-sur-coup, est le moyen le plus sr: on se
conduira du reste comme il est dit . 512 & suiv. Le malade se tiendra
au lit sur son sant, dans une chambre o l'air soit modrment sec &
chaud; les excs de chaud & froid, de sec & d'humide, sont trs
nuisibles, ainsi que le passage de l'un  l'autre; il ne parlera point,
voyez . 512. Le crachement de sang tant cess, on fera usage du lait
coup avec une infusion legere de vulnraire Suisse, de sanicle, ou
d'ortie morte.


_Hmorrhodes._

. 515. On a donn ce nom au gonflement des vaisseaux sanguins, qui se
trouvent au bord de l'anus ou du fondement. Les hmorrhodes forment une
ou plusieurs tumeurs plus ou moins grosses. Quand elles sont caches
dans l'intestin, & qu'elles ne paroissent qu'en allant  la selle, on
les nomme internes; & on les appelle externes, lorsqu'elles sont
apparentes & ne rentrent point. Les hmorrhodes sont ordinairement
prcdes de pesanteur, de douleur dans le bas ventre, de maux de tte,
& accompagnes d'preintes, de douleurs plus ou moins vives, quelquefois
d'inflammation, surtout quand on marche beaucoup, qu'on va  cheval,
qu'on suit un rgime chauffant. Deux causes principalement donnent lieu
 cette incommodit. 1. L'obstruction du foie, & tout ce qui empche la
circulation libre du sang dans le bas ventre. Alors le malade est jaune,
constip, digere mal; dans ce cas, on suivra ce qui est dit au mot
jaunisse. 2. Un sang trop pais, trop abondant, trop chauff par
quelque cause que ce soit; temprament ou rgime, voyez . 537, N. 1;
il faut alors se faire saigner, user de la ptisane N. 2, de la poudre
N. 20. Ces remedes deviennent indispensables pour prvenir les fistules
& ulceres, quand l'on est oblig de marcher beaucoup ou de monter 
cheval: quand il y a inflammation dans le cas o les hmorrhodes sont
externes, on emploiera les topiques N. 19: le baume tranquille,
l'onguent populeum, le crat N. 64, les lavemens adoucissans en petite
quantit  la fois. Les hmorrodes que nous venons de dcrire se
nomment aveugles; mais trs souvent elles se crevent & rpandent le sang
en plus ou moins grande quantit; on les appelle alors hmorrhodes
ouvertes. Cette vacuation est presque toujours salutaire & dissipe le
mal; mais si elle est excessive ou trop frquente, voyez les signes .
511. On fera ce qui est prescrit . 512.


_Pissement de Sang._

. 516. Il sort du sang par la voie des urines, avec ou sans douleur; il
est pur ou ml avec l'urine; il est fluide ou en grumeaux. Il y a trs
peu de cas o on ne doive chercher  arrter cette hmorrhagie; & si on
excepte quelques vieillards auxquels elle est habituelle ou priodique,
& auxquels elle est salutaire, puisqu'ils se trouvent soulags par-l de
pesanteur & de douleur dans le bas ventre; il faut dans les autres cas
chercher  arrter cette hmorragie par les moyens prescrits . 512. Si
cet accident survient aprs la suppression des regles ou des
hmorrhodes habituelles, il faut de tems en tems, surtout quand on sent
de la douleur dans le bas-ventre, & quand on a des signes de plnitude
. 537, se faire saigner ou appliquer des sangsues aux hmorrhodes.


_Saignement de Nez._

. 517. Le saignement de nez qui vient soit d'une cause externe, soit
d'une cause interne, s'arrte ordinairement de lui-mme. Il est trs
ordinaire aux jeunes gens, surtout  ceux qui sont sanguins & dans
l'tat . 537; alors il leur est trs salutaire & les prserve de
maladies inflammatoires: il n'y a que quelques cas rares o il est si
abondant, & o il a des retours & si frquens, qu'on est oblig de le
faire cesser, voyez . 511. On peut appliquer dans le tems de
l'hmorrhagie des bandes aux bras & aux cuisses: si elle s'arrte, on
relchera les bandes successivement; de faon qu'on mette un quart
d'heure d'intervalle entre chaque bande qu'on relche. Ce moyen tant
insuffisant, on appliquera  la nuque, au front, aux tempes, aux
poignets, aux mains des linges imbibs de vinaigre. Si ces tentatives ne
russissent point, on emploiera les moyens prescrits . 512.


_Vomissement de Sang._

. 518. On rejette, par le vomissement, du sang seul, ou ml avec les
alimens, fluide ou en grumeaux, souvent noir, quelquefois trs ftide,
sans toux. Il y a douleur, pesanteur d'estomac, dfaillances,
inquitudes, nauses, les selles sont ordinairement mles de sang. Il
faut arrter cette hmorrhagie par les moyens prescrits . 512. on
ajoutera aux boissons les sucs d'ortie, de millefeuille. Le vomissement
cess, il est  propos de donner la potion N. 31, pour vacuer le sang
qui se corrompt dans les intestins. Cette hmorrhagie n'est pas rare
dans les femmes dont les regles sont supprimes ou retardes, alors la
saigne du pied est ncessaire.


_Hmorragies supprimes._

. 519. Les hmorrhagies on coulemens sanguins, surtout ceux qui sont
habituels tant arrts plutt qu'ils n'auroient d l'tre, soit par la
nature, soit par les remedes, soit par la faute du malade, donnent lieu
 beaucoup de maladies des plus fcheuses. On voit tous les jours aprs
les suppressions des regles, du saignemens de nez, des hmorrodes,
survenir des inflammations au cerveau,  la gorge,  la poitrine, au bas
ventre, des hmorrhagies excessives; c'est pourquoi il est ncessaire de
questionner les malades sur ce sujet: s'ils sont dans le cas de la
suppression, on doit saigner promptement coup sur coup, chercher  faire
reparotre les hmorrhodes par les sangsues, les frictions, les
lavemens de pieds; & les regles, par les moyens conseills . 337. C'est
rendre un trs grand service  ceux qui ont quelques coulemens sanguins
habituels de les avertir, que dans le cas de leurs suppressions, &
lorsqu'ils ne se rtablissent pas bientt, il faut de tems en tems se
faire saigner, surtout s'ils se sentent dans l'tat de plnitude . 537.


_Jaunisse._

. 520. Cette maladie existe chez ceux qui ont une couleur jaune plus ou
moins fonce rpandue sur tout le corps, & principalement remarquable 
ce qu'on nomme le blanc de l'oeil, un got d'amertume dans la bouche, du
dgot, des urines jaunes qui teignent les linges qu'on y trempe comme
feroit une teinture de saffran, des selles blanchtres ou noires, des
vomissemens bilieux. Lorsque la jaunisse a t prcde de douleurs
vives surtout au foie, d'inflammation de cette partie, de passions
violentes, de mouvemens convulsifs, de purgatifs, d'mtiques trs
violens, de poisons, de colique bilieuse, on mettra le malade au rgime;
on lui donnera la poudre N. 20 quatre fois le jour, & pour boisson
beaucoup de petit lait, de lait d'amandes, des ptisanes N. 1, 2. On
fera prendre frquemment le lavement N. 6. On purgera avec le N. 46,
de trois en trois jours. Si la jaunisse se trouve dans une personne qui
a fait excs ou us long-tems de boissons trs aigres, fort acides,
astringentes, de liqueurs fortes & spiritueuses; on fera usage pendant
trs long tems du petit lait, de lait d'amandes, d'eau de veau; on
purgera de tems en tems. Si la jaunisse est venue  la suite des fievres
intermittentes, ou d'autres maladies aiges ou chroniques, on donnera
frquemment un purgatif doux comme N. 46, la boisson sera le N. 3. On
a parl de la jaunisse des filles, ou ples couleurs, . 332.

. 521. Souvent la jaunisse est cause par des obstructions dans les
vaisseaux de la bile; si cette maladie est ancienne, elle est trs
difficile  gurir. L'hypocondre se tend, le foie se durcit en tout ou
en partie, il y a pesanteur, serrement  la rgion du foie, souvent une
douleur sourde, quelquefois des lancemens surtout aprs un exercice un
peu fort, aprs le repas, principalement quand on a beaucoup mang &
pris des choses chauffantes, on se couche difficilement sur le ct
droit, l'apptit se perd, la bouche devient amere. Voyez les autres
symptmes . 520. Lorsque la maladie est venue par degrs, il faut
beaucoup de tems & de remedes pour la dtruire. On saignera le malade
une fois, ou mme deux s'il est fort & sanguin, ou dans le cas . 537;
on le mettra  l'usage du petit lait N. 17, des pilules N. 18, & de la
poudre N. 23. On purgera avec le N. 46, on emploiera dans leurs
saisons les sucs de plantes, & on les ordonnera, comme il est dit .
489, 490, avec le petit lait dans des bouillons, en aposemes, en
ptisanes. Les eaux de Vichy, de Plombieres, de Balaruc, seront trs
utiles dans cette maladie.


_Inflammations._

. 522. On a trait dans cet ouvrage de plusieurs maladies
inflammatoires les plus frquentes; il n'est pas moins ncessaire de
savoir ce qu'il faut faire dans toutes les autres inflammations; leur
progrs est si rapide, & le mal si difficile  rparer, que ds le
moment o il y a quelques signes d'inflammations internes, & lorsqu'on
ne peut avoir aussitt le Mdecin, on doit, en attendant, agir pour
soulager le malade, cela est d'autant plus ais, qu'on se trompe
difficilement sur l'existence de la maladie, & que les secours sont
presque toujours prs des malades. Toute inflammation interne est
accompagne des symptmes suivans: une fievre aige & continuelle, des
douleurs plus ou moins vives, suivant la sensibilit de la partie
malade, & qui augmentent beaucoup lorsqu'on la touche; beaucoup de
chaleur  cette partie; le pouls est dur, frquent, pour l'ordinaire,
petit & ingal, il y a souvent une tumeur, les urines sont trs rouges &
claires. Le malade se plaint de maux de tte, de frissons, de soif,
d'insomnie, d'anxit, de foiblesse; il sent dans le lieu du mal des
battemens qui rpondent aux battemens du pouls: il y a des symptmes
particuliers qui caractrisent pour l'ordinaire le lieu de
l'inflammation; la douleur, la chaleur y sont trs grandes, & font que
le malade l'indique assez exactement: si la gorge est attaque, voyez .
97: si c'est la poitrine, voyez . 45, 54: si c'est l'estomac ou les
intestins, voyez . 279: si c'est la matrice, voyez . 348: si ce sont
les reins, voyez . 479. Ce ne sont pas-l les seules inflammations
internes que l'on ait occasion de voir, presque toutes les parties du
corps peuvent tre attaques de ce mal.

. 523. Mais quelque soit le lieu de l'inflammation, on doit suivre 
peu de chose prs la mme conduite dans le traitement, & on ne peut pas
employer des remedes plus puissans dans toutes les inflammations, que
ceux dont nous allons parler. On mettra le malade au rgime . 30; sa
boisson sera le N. 1, 2, dont il prendra un verre toutes les
demi-heures; on saignera le plutt qu'il sera possible, coup sur coup,
deux, trois fois en douze heures, & plus, si le mal est opinitre & ne
diminue pas beaucoup. On fera prendre les lavemens N. 5, 6, tous les
trois ou quatre heures; on appliquera les topiques N. 19, sur la partie
qui est douloureuse & brlante, & on les renouvellera souvent. Lorsque
ces secours ont calm le mal, on doit tenir encore trois ou quatre jours
le malade au rgime, crainte de rechte. S'ils sont insuffisans par la
nature du mal, ou employs trop tard, il se forme un abcs dans la
partie malade, ou la gangrene s'y met. Voyez . 60, 80, 283.


_Incontinence d'urine. Diabetes._

. 524. Les urines sortent involontairement & sans se faire sentir:
cette incommodit est continuelle ou intermittente. Les enfans, les
vieillards, les femmes grosses, celles qui ont t blesses dans
l'accouchement, y sont sujettes. Il n'y a presque point de gurison 
esprer dans les cas de paralysie ou de relchement excessif; si la
maladie est ancienne, voyez un Mdecin; si on a t bless on doit voir
un Chirurgien.

. 525. Les urines qui sont si abondantes, qu'elles semblent surpasser
la boisson qu'on a prise, qui ressemblent  ce que l'on a bu, qui sont
cres, claires, un peu huileuses, font une autre maladie appelle
_diabetes_. Il y a envie d'uriner continuelle, foiblesse, chaleur
interne, scheresse, fievre lente.

On doit remdier  ces maux le plutt qu'il est possible: on donnera des
purgatifs doux rpts N. 11, 37, des boissons un peu adstringentes,
telles que l'eau o l'on a teint un fer ou une brique rouge; les vins
trs hauts en couleur; le cachou, le mastic,  la dose d'un gros dans
une pinte d'eau rduite  chopine; la poudre N. 14.


_Maladies Epidmiques._

_La Suete._

. 526. Cette maladie se dclare ordinairement la nuit: les malades, en
se rveillant, se trouvent dans des sueurs abondantes, une chaleur trs
grande & un accablement universel, il y a douleur de tte, d'estomac,
difficult de respirer, soif ardente, angoisse, dmangeaison, le visage
& tout le reste du corps sont rouges & enflamms, les yeux sont
tincelans, la langue est blanche, le pouls est frquent, plein, dur.
Vers le troisieme ou quatrieme jour, la fievre augmente, il survient du
dlire, qui trs souvent est suivi d'une ruption miliaire gnrale plus
ou moins nombreuse; quelquefois ce sont des taches rouges si presses,
qu'on croit voir une rsypelle sur tout le corps. Lorsque la maladie
est plus avance, il paroit encore des taches pourpres semblables  des
morsures de puces; d'autres fois il s'leve sur le col, le devant de la
poitrine & du bas ventre, de petites pustules transparentes remplies
d'une humeur corrosive, qui sont d'un mauvais augure. Cette maladie
inflammatoire emporte la plus grande partie de ceux qu'elle attaque dans
les campagnes, parcequ'on augmente encore l'inflammation par le rgime &
les remedes chauffans, tandis qu'on doit employer les remedes & le
rgime rafrachissans, sinon la gangrene se met dans les parties
internes, ou des vaisseaux s'y rompent, & le malade prit ordinairement
du quatrieme au cinquieme jour de sa maladie.]

. 527. Il faut mettre au rgime ds le moment o la maladie s'annonce,
faire une saigne ample que l'on rptera de trois en trois heures,
jusqu' ce que la fivre, la duret du pouls, l'ardeur, la sueur soient
beaucoup diminus; on donnera quatre lavemens par jour. Le malade doit
boire toutes les demi heures un verre de petit lait, dans lequel on
mettra quatre fois le jour une prise du N. 23. Lorsque les symptmes
seront en partie dissips, on donnera le N. 33 pour vacuer l'estomac,
aprs quoi on donnera tous les jours, pour entretenir le ventre libre,
le N. 31; ou on mettra trois grains du N. 33, dans une pinte de petit
lait, pour boisson ordinaire, au lieu du petit lait simple; en suivant
ce traitement, on gurira presque tous les malades. Lorsque la fivre
sera cesse, on se conduira comme il est dit . 223. Il n'est pas de
maladies dans lesquelles il soit plus ncessaire d'observer ce qui est
recommand . 33, 34, & il ne peut tre que trs utile, lorsque la
foiblesse n'est pas extrme, de tenir le malade hors du lit, tous les
jours une heure ou deux soir & matin.


_Ergot._

. 528. On voit trs souvent regner dans les campagnes des fivres
malignes & putrides, occasionnes par la mauvaise nourriture, mais il
est un mal encore plus terrible, produit par cette cause c'est la
gangrene, qui dans le Berry, le Blaisois, la Sologne est pidmique
lorsque l'on y mange du seigle ergot, ou qui a l'ergot; cette
altration du seigle qui n'est pas rare dans les annes humides, paroit
tre l'effet d'une piquure d'insectes, qui forme sur le grain une petite
corne ou un ergot; d'autres la regardent comme une maladie du seigle;
quoi qu'il en soit, voici les accidens qui arrivent  beaucoup de ceux
qui ont mang pendant quelque tems du seigle ergot; ils sont stupides
ou hebts, & dans une espece d'engourdissement, leur ventre devient
gonfl & tendu, ils maigrissent, ils sont jaunes & si foibles, qu'ils ne
peuvent se soutenir, ils ressentent de trs grandes douleurs dans les
jambes jusqu'au bout des pieds, & quelquefois dans les bras; la jambe ou
le bras s'engourdissent, deviennent violets, la peau est froide & la
gangrene paroit aux doigts des pieds ou des mains, elle commence au
centre de la partie malade, car si on ouvre  l'endroit o il y a
douleur, on y trouve la gangrene qui ne paroit  la peau que lorsque
tout le corps en est infect; si l'on ne remedie promptement, le mal
s'tend et tue le malade en peu de tems; souvent les membres se
dtchent  l'articulation & tombent sans qu'il arrive d'hmorragie;
quand le mal a t  ce point, il est rare que l'on recouvre une sant
parfaite. Il s'leve dans diffrens endroits du corps de petites
pustules ou vessies qui se remplissent d'une eau approchante du pus trs
clair, le pouls est concentr ou petit, & souvent difficile  sentir, le
sang que l'on tire est couenneux.

. 529. On doit recommander aux gens qui sont dans le cas d'avoir ce
mal, de demander du secours aussitt qu'ils se sentent attaqus. On fait
ds-lors une ou deux saignes, elles diminuent les douleurs & les
dissipent quelquefois tout--fait; on enveloppe la partie malade dans un
linge tremp dans de l'eau de vie & du beurre frais, jusqu' ce que la
chaleur revienne, ce qui arrive ordinairement au bout de deux jours,
alors on frotte cette partie avec un baume compos de trois livres
d'huile d'olives, trois demi-septiers de vins, une de trbenthine, une
demi livre de cire jaune, & deux onces de santal rouge; on purge
ensuite, & la cure est termine: s'il y a un commencement de gangrene,
les os & les nerfs n'tant point encore endommags, on l'arrtera en
trois ou quatre jours avec une eau compose de quatre onces d'alun
calcin, trois onces de vitriol romain, & trois onces de sel, le tout
dans deux pintes d'eau rduites  une; l'escare se fait aussi
promptement qu'avec un bistouri, aprs quoi on panse avec le baume
ci-dessus jusqu' parfaite gurison. Lorsque les doigts des pieds & des
mains sont gts & morts, l'eau ci-dessus les dcouvre & les dtache
dans les jointures, il faut alors les sparer sans attendre que la
nature du mal, le fasse, & panser comme ci-dessus; dans tous les tats
on fera usage avec beaucoup d'avantage du N. 14.


_Ophtalmie, inflammation des Yeux._

. 530. Dans cette maladie, la partie de l'oeil, qui est ordinairement
blanche, devient rouge, enflamme, brulante, avec douleur & picotement,
l'oeil grossit, il en sort une liqueur paisse, ou il est trs sec, la
lumiere & les corps brillans lui font mal.

Quand le malade est un enfant, on lui lave souvent les yeux avec une
infusion de sureau ou de safran, ou l'eau dans laquelle on a mis un peu
de vinaigre; on le purge deux ou trois fois; si c'est un adulte, la
saigne est souvent ncessaire & presque toujours trs utile; quand le
mal vient de trop de sang, voyez les signes . 534; alors la saigne est
le remede. Mais si le malade est dans l'tat dcrit . 544, la purgation
est souvent aussi efficace que la saigne dans le prcdent pour
dissiper le mal; la boisson sera la ptisane N. 1, 2. Il est  propos de
se tenir au rgime des convalescens, de ne point s'exposer au grand air,
surtout s'il fait froid ou humide, & s'il y a du vent; on prendra garde
que pendant la nuit l'air froid ne donne sur l'oeil.


_Poisons._

. 531. On appelle poisons tour ce qui tant pris intrieurement ou
appliqu  l'extrieur, produit un tel effet sur le corps humain, que
l'on craint les maladies ou la mort, ou des impressions qui subsistent
toute la vie. Le nombre des poisons est trop grand pour les nommer ici
tous, d'ailleurs c'est souvent la dose qui les rend tels. Les symptomes
de poison, sont les nauses, les vomissemens, la foiblesse, les
dfaillances, le vertige, le tremblement, les convulsions, le hoquet,
les douleurs vives de l'estomac & des intestins, le gonflement, la
tension du bas ventre, les taches noires sur tout le corps,
l'engourdissement, la perte de la vue, la lthargie, les sueurs froides,
les extrmits, le pouls serr, dur, frquent, ingal, quelquefois petit
&  peine sensible. Lorsqu'il n'y a que peu de tems que le poison a t
aval, il faut essayer de le faire sortir par en haut, par le
vomissement que l'on excitera en chatouillant le gosier, ou en faisant
boire de l'eau chaude mle avec de l'huile ou du beurre. S'il y a
plusieurs heures, le poison peut tre descendu dans les intestins: on
employera alors les lavemens addoucissans, ensuite les lavemens
purgatifs faits avec les dcoctions N. 11, 22; on fera boire beaucoup
d'eau de veau ou de poulet, de petit lait, de dcoction de ris, d'orge,
de gruaux, de miel, de graine de lin, des mulsions: lorsque le poison
est assoupissant comme l'opium & ses prparations, la cige, le solanum,
la jusquiame; on mlera  la boisson un acide, le verjus, le jus de
citron, de limon, ou le vinaigre qui est trs bon & facile  trouver. Si
les symptomes font craindre l'inflammation de quelque partie ou
l'apoplexie, il est ncessaire de faire une ou deux saignes. Lorsque le
poison pris est du sublim corrosif on donnera le N. 70.

. 532. On doit mettre au nombre des personnes empoisones celles qui
ont la maladie appelle colique de peintres ou de plombiers, mais
l'exprience a appris qu'il y avoit un traitement  suivre dans cette
occasion bien diffrent de celui que l'on observe dans les autres cas de
poison; le plomb, le cuivre, leurs prparations, avals ou respirs[20]
long-tems, l'usage de la bierre, du cidre, des vins trs aigres sont les
causes les plus communes, de cette colique. Les boissons aigres & celles
qui toient adoucies avec de la litharge ont fait voir cette cruelle
maladie dans les campagnes, les premieres l'y ont rendu quelquefois
pidmique: quoiqu'elle ne doive pas tre compte au nombre de celles
qui sont frquentes, le mal est si pressant & si funeste quand on n'y
remedie pas de bonne-heure, & les moyens de secourir le malade si
diffrens de ce que l'on peut imaginer, que l'on a cru devoir faire
connotre cette maladie & les moyens de la gurir; [on sent une douleur
gravative  la rgion de l'estomac, cette douleur devient ensuite fort
vive & poignante, occupe toute l'tendue du bas ventre, & se rpand dans
la poitrine, les paules, les lombes et l'pine du dos, il survient des
envies de vomir, des vomissemens mme, le ventre est souvent constip
plutt retir vers l'pine du dos & enfonc que prominent ou saillant en
devant, cette colique a cela de particulier, qu'une paralysie saisit par
degrs les extrmits suprieures, & quelquefois les infrieures 
proportion que les douleurs diminuent, il survient souvent des
convulsions & des accs d'pilepsie, la plpart des malades n'ont point
de fivre, ou s'ils en ont, elle ressemble plutt  une fievre lente
qu' une fivre aige].

  [20] Un Jardinier ayant employ de vieux bois d'un treillage peint en
    verd  chauffer le four o l'on cuisoit le pain,  faire le feu pour
    cuire le potage & autres nourritures, &  bruler dans un pole dont
    on levoit le couvercle pour mettre le bois, & qui chauffoit une
    chambre basse habite tout le jour par les personnes de la maison.
    La ceruse & le verd de gris qui furent reus dans l'estomac avec les
    nourritures & dans la poitrine par la respiration produisirent
    plusieurs coliques de cette nature.

. 533. On donnera 1. un lavement fait avec une dcoction de quatre
gros de sen & trois onces de vin mtique trouble. 2. Sept ou huit
heures aprs on fera prendre un autre lavement de parties gales d'huile
de noix & de vin. 3. Le lendemain on donnera le vomitif N. 34. 4. Le
soir aprs l'opration du vomitif on fait prendre un calmant compos
d'un demi gros & mme un gros de thriaque & un grain de laudanum. 5.
Le jour suivant on rptera le lavement & on purgera le lendemain, avec
une potion compose de trois onces de sen infuss pendant douze heures
dans un verre d'eau bouillante, & de deux onces de syrop de nerprun. 6.
On rptera le soir le calmant. 7. On donne pour boisson la ptisane des
bois N. 71. 8. S'il y a des douleurs, si le malade est menac de
paralysie, par l'engourdissement ou difficult dans le mouvement, on
donnera des cordiaux comme l'lixir de proprit, celui de Garus, la
thriaque N. 41, la confection hiacinthe, si ces remedes n'operent
point la gurison en huit jours au plus tard, on recommencera le mme
traitement.


_Vomissement._

. 534. Tout le monde connot le vomissement qui est un mouvement
convulsif de l'estomac, par lequel ce qui s'y trouve en est chass par
la bouche; le plus souvent il est salutaire, parcequ'il est produit par
des amas d'humeurs qui causeroient des maladies si elles restoient dans
le corps, c'est pourquoi lorsqu'il y a vomissement, ou seulement
nauses, on doit le faciliter en faisant boire beaucoup d'eau tiede.
Lorsqu'aprs le vomissement il reste encore des nauses de l'amertume
dans la bouche, la langue est charge, voyez ce qu'il faut faire . 545.




DES REMEDES DE PRCAUTION[21].

  [21] Ici recommence l'ouvrage de M. Tissot.


. 535. J'ai indiqu dans quelques endroits de cet ouvrage, les moyens
de prvenir les mauvais effets de plusieurs causes de maladie, &
d'empcher le retour des maux habituels; j'ajouterai ici quelques
observations, sur l'usage des principaux remedes, qu'on emploie comme
des prservatifs gnraux, assez rgulierement dans de certains tems, &
presque toujours uniquement par habitude, sans savoir si l'on a tort ou
raison. Ce n'est point cependant une chose indiffrente que l'usage des
remedes. Il est ridicule, dangereux, criminel mme, de les ngliger,
quand ils sont ncessaires; mais il l'est aussi d'en prendre sans
ncessit. Un remede pris  propos, quand il y a dans la machine,
quelque drangement, qui occasionneroit dans peu une maladie, l'a
souvent prvenue; mais ce mme remede, donn  une personne bien
portante, s'il ne la rend pas malade d'abord, lui laisse au moins plus
de disposition aux maladies. Et l'on n'a que trop d'exemples de gens,
qui, ayant malheureusement du got pour les remedes, ont ruin leur
sant, quelque robuste qu'elle ft, par l'abus de ces dons que la
Providence a faits aux hommes pour la rtablir; abus qui, lors mme
qu'il ne dtruit pas la sant, fait que, dans la maladie, ce corps, 
qui les remedes sont devenus familiers, n'en ressent presque plus les
effets, & est priv, par-l du secours qu'il en auroit reu, s'il ne
s'en toit servi que dans le besoin.


_De la Saigne._

. 536. La saigne n'est ncessaire que dans quatre cas; 1. quand il y a
trop de sang. 2. Quand il y a inflammation. 3. Quand il est survenu, ou
qu'il va survenir, dans le corps, quelque cause qui produiroit bientt
l'inflammation, ou quelqu'autre accident, si l'on ne dsemplissoit &
relchoit pas les vaisseaux par la saigne. C'est pour cela qu'on saigne
aprs les plaies, les contusions; qu'on saigne une femme grosse, si elle
a une toux violente; qu'on saigne, par prcaution, dans plusieurs autres
cas. 4. Quelquefois pour appaiser une douleur excessive, qui ne dpend
point cependant de trop de sang, ou d'un sang enflamm, mais qu'on calme
un peu par la saigne, afin d'avoir le tems de dtruire la cause par
d'autres remedes. Mais comme l'on peut faire rentrer ces dernieres
raisons, dans les premieres; on peut tablir, que le trop de sang, & un
sang enflamm sont les deux seules causes ncessaires de la saigne.

. 537. L'on connoit l'inflammation du sang, par les symptomes qui
accompagnent les maladies que cette cause produit. J'en ai parl, & j'ai
en mme tems dtermin l'usage de saigne dans ces cas. J'indiquerai ici
les symptomes qui font connotre qu'on a trop de sang. C'est 1. le genre
de vie qu'on mne. Si l'on mange beaucoup, si l'on mange des alimens
succulens, & surtout beaucoup de viande, si l'on boit des vins
nourrissans, si en mme-tems l'on digere bien, si l'on se donne peu de
mouvement, si l'on dort beaucoup, si l'on n'est sujet  aucune
vacuation abondante on doit croire qu'on a beaucoup de sang. L'on voit
que toutes ces causes se trouvent rarement chez le paysan, si l'on en
excepte la diminution de mouvement pendant quelques semaines de l'hiver,
qui peut effectivement contribuer  former plus de sang qu'
l'ordinaire. Il ne vit, le plus souvent, que de pain, de vgtaux, &
d'eau; choses peu nourrissantes. Une livre de pain, ne fait peut-tre
pas plus de sang, chez la mme personne, qu'une once de viande, quoique
le prjug gnral tablisse le contraire. 2. La cessation de quelque
hmorrhagie  laquelle on toit accoutum. 3. Un pouls plein & fort; des
veines bien marques dans un sujet qui n'est pas maigre. Un teint assez
rouge. 5. Un engourdissement extraordinaire; un sommeil plus profond,
plus long, moins tranquille qu' l'ordinaire; une facilit non
accoutume  se lasser aprs quelque mouvement ou quelque travail; un
peu d'oppression en marchant. 6. Des palpitations, accompagnes
quelquefois d'un abattement total, & mme d'une legere dfaillance,
surtout quand on est dans des endroits chauds, ou qu'on a pris beaucoup
de mouvement, 7. Des vertiges, surtout quand on baisse & qu'on releve
tout--coup la tte, & aprs le sommeil. 8. Des maux de tte frquens
auxquels on n'est point sujet, & qui ne paroissent point dpendre du
drangement des digestions. 9. Un sentiment de chaleur, assez
gnralement rpandu par tout le corps. 10. Une espece de dmangeaison
piquante & gnrale ds qu'on a un peu chaud. 11. Des hmorragies
frquentes, qui soulagent.

Mais il faut bien se garder de dcider sur un seul de ces symptomes; il
faut le concours de plusieurs, & s'assurer qu'ils ne dpendent point de
quelque cause trs diffrente, & toute oppose au trop de sang.

Quand par ces symptomes, on s'est assur que ce trop existe rellement,
on fait alors, avec grand succs, une saigne ou mme deux. Il est gal
dans quelle partie on la fait.

. 538. Quand ces circonstances ne se trouvent pas, la saigne n'est pas
ncessaire. Et l'on ne doit jamais la faire dans les cas suivans, 
moins qu'il n'y ait des raisons particulieres, trs fortes, dont les
seuls Medecins peuvent juger. 1. Quand l'ge est trs avanc, ou qu'on
est dans la premiere enfance. 2. Quand la personne est naturellement
d'un temprament foible, ou qu'elle a t affoiblie par des maladies, ou
par quelqu'autre accident. 3. Quand le pouls est petit, mol, foible,
intermittent, que la peau est ple. 4. Quand les extrmits du corps
sont souvent froides, & enfles avec mollesse. 5. Quand on mange peu
depuis long-tems, ou des alimens peu succulens, & qu'on dissipe
beaucoup. 6. Quand on a, depuis long-tems, l'estomac drang, que la
digestion se fait mal, que par-l mme il se forme peu de sang. 7. Quand
on a quelque vacuation considrable, par des hmorrhagies quelconques,
ou la diarrhe, les urines, les sueurs. Quand les crises d'une maladie
sont dja faites par quelqu'une de ces voies. 8. Quand on est ds
long-tems dans une maladie de langueur, & qu'on a beaucoup
d'obstructions, qui empchent la formation du sang. 9. Quand on est
puis, quelle qu'en soit la cause. 10. Quand le sang est ple &
dissout.

. 539. Dans tous ces cas, & dans quelques autres moins frquens, une
seule saigne, jette souvent dans un tat absolument incurable, & les
maux qu'elle fait ne se rparent point. Il n'est que trop ais d'en
trouver des exemples.

Dans quelque tat que ce soit, quelque robuste que soit le sujet, si la
saigne n'est pas ncessaire, elle nuit. Les saignes riteres,
affoiblissent, nervent, vieillissent; diminuent la force de la
circulation, & par l engraissent d'abord; ensuite en affoiblissant
trop, & en dtruisant enfin les digestions, jettent dans l'hydropisie.
Elles drangent la transpiration, & par-l, rendent catharreux. Elles
affoiblissent le genre nerveux, & par-l, rendent sujets aux vapeurs, 
l'hypocondrie,  tous les maux de nerfs.

L'on n'apperoit point d'abord le mauvais effet d'une saigne; au
contraire, quand elle n'est pas assez considrable pour affoiblir
sensiblement, elle paroit donner du bien tre; mais, je le rpte, il
n'en est pas moins vrai, que quand elle n'est pas ncessaire, elle est
nuisible, & qu'on ne doit jamais se faire saigner par jeu. L'on a beau
dire, que quelques jours aprs l'on a plus de sang, c'est--dire, l'on
est plus pesant qu'auparavant, & qu'ainsi le sang est bien vite rpar.
Le fait est vrai; mais ce fait mme, cette augmentation de poids aprs
la saigne, dpose contr'elle; c'est une preuve que les vacuations
naturelles se sont moins bien faites, & qu'il est rest dans le corps
des humeurs, qui dvoient en sortir. L'on a bien la mme quantit de
sang & au-del; mais ce n'est point un sang bien travaill; & cela est
si vrai, que, si la chose toit autrement, si quelques jours aprs la
saigne on avoit une plus grosse quantit de sang semblable, on pourroit
dmontrer, que quelques saignes jetteroient ncessairement un homme
robuste dans une maladie inflammatoire.

. 540. La quantit de sang qu'on doit tirer dans une saigne de
prcaution,  un homme fait, est de dix onces.

. 541. Les personnes sujettes  faire trop de sang, doivent viter avec
soin toutes les causes qui peuvent l'augmenter (voyez . 537 N. 1). Et
quand elles sentent que le mal commence, elles doivent se mettre  une
diete trs frugale, de legumes, de fruits, de pain & d'eau; prendre
quelques bains de pied tiedes, faire usage, soir & matin, de la poudre
N. 20; boire de la ptisane N. 1; peu dormir, prendre beaucoup
d'exercice. En prenant ces prcautions, ou elles pourront se passer de
la saigne, ou, si elles sont galement obliges de la faire, elles en
augmenteront & elles en prolongeront l'effet. Ces mmes moyens servent
aussi  loigner tout le danger qu'il peut y avoir  omettre une saigne
 l'poque ordinaire, quand l'habitude en est dja invtere.

. 542. L'on voit, en frmissant, que quelques personnes sont saignes,
dix-huit, vingt, vingt-quatre fois dans deux jours; d'autres quelques
centaines de fois dans quelques mois. Ces observations prouvent,  coup
sr, toujours l'ignorance du Medecin ou du Chirurgien; & si le malade en
rchappe on doit admirer les ressources de la Nature, qui ne succombe
pas sous tant de coups meurtriers.

. 543. L'on a dans les campagnes, un prjug trs faux; c'est que la
premiere saigne sauve la vie. Il n'y a pour se convaincre de sa
fausset, qu' vouloir regarder, & l'on verra tous les jours le
contraire, & plusieurs personnes mourir aprs la premiere saigne qu'on
leur fait. Si ce principe toit vrai, il seroit impossible que personne
mourut de sa premiere maladie, ce qui arrive journellement. Il est
important de dtruire cette prvention, parcequ'elle a des influences
facheuses. La foi qu'on a  cette saigne, fait qu'on veut la garder
pour les grands dangers, & on la differe tant que le malade n'est pas
fort mal, dans l'esprance que si l'on peut s'en passer, on la
conservera pour une autre occasion. Cependant le mal empire, on saigne,
mais trop tard, & j'ai l'exemple de plusieurs malades, qu'on a laiss
mourir, afin de rserver la premiere saigne pour un cas plus important.


_Des Purgations._

. 544. L'on purge ou par le vomissement, ou par les selles. Cette
derniere voie est beaucoup plus naturelle que la premiere, qui ne se
fait que par un mouvement violent & extraordinaire. Il y a cependant
quelques cas qui exigent le vomissement; mais except ces cas-l, (j'en
ai dja indiqu quelques-uns), il faut se contenter des remedes qui
purgent par les selles.

. 545. Les signes qui font connotre qu'on a besoin de purger, sont 1.
un mauvais got  la bouche le matin, surtout un got amer, la langue,
les dents sales. Des raports dsagrables, des vents, des gonflemens.
2. Des envies de vomir  jeun, & mme quelquefois dans le reste du
jour, suppos qu'elles ne dpendent point d'une grossesse, ou de
quelqu'autre maladie, dans laquelle les purgatifs seroient inutiles ou
nuisibles. 3. Des vomissemens de matieres ameres ou corrompues. 4. Un
sentiment de pesanteur dans l'estomac, aux reins, aux genoux. 5. Un
manque d'appetit, qui s'accrot peu  peu, sans fivre, & qui dgnere
en dgot, & quelquefois fait trouver un mauvais got  ce qu'on mange.
6. Un manque de forces, accompagn quelquefois d'inquitude, de
mauvaise humeur, de tristesse. 7. Des maux d'estomac, souvent des maux
de tte ou des vertiges, quelquefois des assoupissemens qui augmentent
aprs le repas. 8. Des coliques, de l'irrgularit dans les selles, qui
sont quelquefois trop abondantes & trop liquides pendant plusieurs
jours, aprs lesquels il survient une constipation opinitre. 9. Le
pouls moins rgl & moins fort qu' l'ordinaire, quelquefois
intermittent.

. 546. Quand ces symptmes, ou quelques-uns de ces symptmes font
connotre le besoin de purger chez une personne qui n'est attaque
d'aucune maladie dcide (car je ne parle point de purgatifs dans ce
cas), on peut lui donner quelque remede propre  produire cet effet. Le
mauvais got & les raports continuels, les envies frquentes de vomir,
les vomissemens mme, la tristesse indiquent qu'un remede mtique sera
utile; mais quand ces accidens n'ont pas lieu, il faut s'en tenir aux
purgatifs, qui sont particulierement indiqus par les maux de reins, les
coliques, la pesanteur dans les genoux.

. 547. L'on ne doit point purger ni donner l'mtique 1. toutes les
fois que les maladies viennent de foiblesse ou d'puisement. 2. Quand
il y a une scheresse gnrale, un grand chauffement, de
l'inflammation, une forte fivre. 3. Quand la nature est occupe de
quelqu'autre vacuation salutaire. Ainsi on ne purge point pendant des
sueurs critiques, pendant les regles, pendant un accs de goutte. 4.
Dans des obstructions invtres, que les purgatifs ne peuvent pas
dtruire, & qu'ils augmentent. 5. Quand les nerfs sont extrmement
affoiblis.

. 548. L'on ne doit point non-plus donner l'mtique dans tous les cas
dont je viens de parler; mais comme il produit des effets diffrens des
purgatifs, il y a d'autres cas dans lesquels on peut purger, & non-pas
faire vomir. Ces cas sont 1. une grande quantit de sang (voyez .
537); parceque pendant les efforts qu'on fait pour vomir, la circulation
se fait beaucoup plus fortement, & les vaisseaux de la tte & de la
poitrine se remplissant extrmement de sang, pourroient se rompre; ce
qui tueroit sur le champ, comme il est arriv plus d'une fois. On ne
doit point, 2. par la mme raison, l'ordonner  ceux qui sont sujets 
des saignemens de nez,  des crachemens ou  des vomissemens de sang,
aux femmes qui ont des pertes. 3. Il nuiroit  ceux qui ont des
hernies. 4. Aux femmes grosses.

. 549. Les purgatifs souvent ritrs, ont les mmes inconvniens que
les frquentes saignes. Ils ruinent les digestions, l'estomac ne fait
plus ses fonctions, les intestins deviennent paresseux, & l'on est sujet
 des coliques trs violentes. Le corps ne se nourrit pas, la
transpiration se drange, il survient des fluxions, des maux de nerfs,
une langueur gnrale, & l'on vieillit long-tems avant le tems.

L'on fait un tort irrparable  la sant des enfans par les purgatifs
pris mal--propos. Ils les empchent d'acqurir toutes leurs forces;
souvent ils drangent leur cre, ils ruinent les dents, jettent les
jeunes filles dans les oppilations, & quand elles en sont dja
atteintes, ils les rendent plus opinitres.

C'est un prjug trop gnralement reu, qu'il faut purger quand on n'a
pas d'apptit. Cela est faux trs souvent, & la plpart des causes qui
dtruisent l'apptit ne peuvent point tre enleves par la purgation; il
y en a plusieurs qu'elle augmente. Les personnes dans l'estomac
desquelles il se forme beaucoup de glaires, croient se gurir par les
purgatifs, qui paroissent en effet les soulager d'abord; mais c'est un
soulagement passager & trompeur. Ces glaires viennent de la foiblesse de
l'estomac, & les purgatifs l'augmentent; ainsi quoiqu'ils enlevent une
partie des glaires formes, il y en a au bout de quelques jours plus
qu'auparavant; & en ritrant les purgatifs, le mal est bientt
incurable, & la sant perdue. L'on gurit par des remedes tout opposs.
Ceux du N. 14, 36, sont trs utiles.

L'usage des stomachiques prpars avec l'eau-de-vie, l'esprit de vin,
l'eau de crise, est toujours dangereux, & malgr le soulagement que ces
remedes procurent d'abord dans quelques maux d'estomac, ils dtruisent
rellement peu  peu cet organe, & l'on voit tous ceux qui s'accotument
aux liqueurs, tout comme les grands buveurs, finir par ne faire aucune
digestion, & mourir hydropiques.

. 550. L'on peut souvent se passer d'mtique ou de purgatifs, lors
mme qu'ils paroissent ncessaires, en se retranchant un repas par jour
pendant quelque tems; en se privant de tous les alimens nourrissans, &
surtout de ceux qui sont gras; en buvant beaucoup d'eau frache, & en
prenant plus d'exercice qu' l'ordinaire. Ces moyens servent 
surmonter, sans purgation, les diffrens mal-aises qu'on prouve souvent
 l'poque o l'on avoit accotum de se purger.

. 551. Les remedes N. 33 & 34, sont les mtiques les plus srs. La
poudre N. 21, est un bon purgatif, quand il n'y a point de fivre. Les
doses marques conviennent pour un homme fait, d'un temprament
vigoureux. Il s'en trouve cependant quelquefois pour qui ces doses
seroient insuffisantes, on peut les augmenter d'un tiers, ou d'un quart;
mais si alors elles n'operent pas, il faut bien se garder de doubler &
de tripler comme on le fait quelquefois sans russir  purger, & au
risque de tuer le malade, comme il est arriv souvent. L'on doit, dans
ces cas, donner de grandes doses de petit lait miell, ou d'eau tiede,
dans un pot de laquelle on met une once, ou une once & demie de sel de
cuisine, & on boit cette dose  petits coups en se promenant.

Les montagnards qui ne vivent presque que de lait, ont des fibres si peu
sensibles, qu'il faut pour les purger, des doses qui tueroient tous les
paysans de la plaine. Il y a dans les montagnes du Valais, des hommes
qui prennent tout  la fois jusqu' vingt, & mme vingt-quatre grains de
verre d'antimoine, dont un grain ou deux suffiroient pour empoisonner
des personnes ordinaires.

. 552. Quand on est command par une maladie pressante, on purge en
tout tems &  toute heure. Quand on est  peu prs matre du tems, il
faut viter les saisons extrmes; c'est--dire les trs grandes
chaleurs, ou les trs grands froids, & se purger le matin, afin que les
remedes ne trouvent pas d'embarras dans l'estomac. Toute autre
considration, relativement aux astres ou  la Lune, est ridicule &
dnue de tout fondement. Le peuple redoute les remedes pendant la
canicule; si c'toit par la raison de la chaleur, il seroit pardonnable;
mais c'est par un prjug astrologique d'autant plus ridicule
aujourd'hui, que les jours caniculaires sont loigns de trente-six
jours de ceux auxquels on donne ce nom.

. 553. Quand on veut prendre un mtique, ou se purger, il faut s'y
prparer au moins vingt-quatre heures d'avance, en ne prenant que peu
d'alimens, & en buvant quelques verres d'eau tide, ou de quelque th
d'herbes.

Aprs avoir pris l'mtique, il ne faut boire que quand il commence 
agir; mais alors il faut avaler des torrens d'eau tiede, ou ce qui vaut
mieux, de th de camomille extrmement leger. Aprs les purgations, on
est en usage de prendre du bouillon pendant qu'elles agissent. De l'eau
tiede sucre ou mielle, ou un th de fleurs de chicore seroient
quelquefois plus convenables.

. 554. Comme l'estomac souffre toutes les fois qu'on prend l'un ou
l'autre de ces remedes, il faut se mnager pendant quelques jours, aprs
les avoir pris, tant pour la quantit que pour la qualit des alimens.

. 555. Je ne parlerai point de quelques autres remedes de prcaution,
bouillons, petit lait, eaux, &c. ils ont peu d'usage parmi le peuple. Je
me bornerai  cette remarque gnrale; c'est que quand on prend ces
remedes, il faut avoir un rgime assortissant & qui concoure au mme
effet. On prend ordinairement le petit lait pour se rafrachir, & l'on
s'interdit, pendant qu'on le boit, les lgumes, les fruits, la salade;
l'on ne prend que les meilleures viandes, des jardinages au bouillon,
des oeufs; c'est dtruire par les alimens qui chauffent, le bien qu'on
attend du petit lait qui rafrachit.

L'on veut se rafrachir par des bouillons, & l'on y met des crevisses,
qui chauffent puissamment, ou du cresson, qui chauffe aussi; c'est
manquer son but. Heureusement dans ce cas, une erreur en rpare souvent
une autre, & ces bouillons, qui ne sont pas rafrachissans, font
beaucoup de bien, parceque la cause des accidens ne demandoit pas des
rafrachissans, comme on l'avoit cru.

La mdecine du public, qui malheureusement n'est que trop suivie, est
remplie de pareilles erreurs. J'en citerai encore une, parceque j'en ai
vu de funestes suites. Beaucoup de gens croient le poivre
rafrachissant, quoique leur odorat, leur got & leur raison leur disent
le contraire; c'est l'aromate le plus chauffant.

. 556. Le prservatif le plus sr, le plus  la porte de tout le
monde, c'est d'viter tous les excs, & surtout ceux dans le manger &
dans le boire. L'on mange gnralement plus qu'il ne faut pour se bien
porter & pour avoir toutes les forces dont on est capable; mais
l'habitude est prise, il est difficile de la draciner. On devroit au
moins s'imposer la loi de ne manger que par faim, & jamais _par raison_;
parcequ'il n'y a jamais de raison _ manger par raison_. Une personne
sobre est capable de travaux, je dirois mme d'excs en diffrens
genres, dont les gens qui mangent plus, sont absolument incapables. La
seule sobrit gurit des maux presqu'incurables, & rtablit les sants
les plus ruines.




DES CHARLATANS

ET DES MAIGES.


. 557. Il me reste  parler d'un fleau, qui fait plus de ravages, que
tous les maux que j'ai dcrits, & qui, tant qu'il subsistera, rendra
inutiles toutes les prcautions qu'on prendra pour la conservation du
peuple; ce sont les Charlatans. J'en distinguerai de deux especes; les
Charlatans passans, & ces faux Medecins de villages, tant mles que
femelles, connus dans quelques pays sous le nom de _Mages_, & qui le
dpeuplent sourdement.

Les premiers, sans visiter des malades, dbitent des remedes dont
quelques uns ne sont qu'extrieurs, & souvent ne font point de mal; mais
les intrieurs sont quelquefois pernicieux. J'en ai vu les effets les
plus cruels; & il ne passe point de ces misrables, dont l'entre au
pays ne coute la vie  quelqu'un de ses habitans. Ils nuisent encore
d'une autre faon; en emportant une grande quantit d'argent comptant, &
en enlevant annuellement, quelques milliers de francs,  cette partie
des habitans, pour qui l'argent est le plus prcieux. J'ai vu, avec
douleur, le laboureur & l'artisan, dnus des secours les plus
ncessaires  la vie, emprunter, de quoi acheter cherement le poison
destin  combler leur misere, en aggravant leurs maux, & souvent en les
jettant dans des maux de langueur, qui rduisent toute une famille  la
mendicit.

. 558. Un homme ignorant, fourbe, menteur, & impudent, sduira toujours
le peuple grossier & crdule, incapable de juger de rien, de rien
apprcier, qui sera ternellement la dupe de quiconque aura la bassesse
de chercher  blouir ses sens, & qui, par-l mme, sera friponn par
les Charlatans, tant qu'on les tolerera. Mais le Magistrat, son tuteur,
son protecteur, son pere, ne devroit-il pas le soustraire  ce danger,
en prohibant sverement l'entre de ce pays, o les hommes sont
prcieux; & l'argent rare,  des hommes pernicieux, qui dtruisent les
uns, & emportent l'autre, sans pouvoir jamais y faire le plus petit
bien. Des raisons aussi fortes peuvent-elles permettre de diffrer plus
long tems leur exil, puisqu'il n'y a pas la plus petite raison de les
admettre.

. 559. Les Mages, n'emportent pas, il est vrai, l'argent du pays,
comme les Charlatans passans; mais le ravage qu'ils font parmi les
hommes, est continuel, & par-l mme immense; & chaque jour de l'anne
est marqu par le nombre de leurs victimes. Sans aucune connoissance
quelconque, sans aucune exprience, arms de trois ou quatre remedes,
dont ils ignorent aussi profondement la nature, que celle des maladies
dans lesquelles ils les emploient, & qui, tant presque tous violens,
sont vritablement un glaive dans la main d'un furieux, ils empirent les
maux les plus legers, & rendent  coup sr mortels ceux qui sont un peu
plus forts, mais qui se seroient guris, si on les et abandonns  la
nature;  plus forte raison, s'ils avoient t bien traits.

. 560. Le Brigand, qui assassine au milieu d'un grand chemin, laisse au
moins la double ressource, de se dfendre, & d'tre secouru; mais
l'empoisonneur, qui surprend la confiance du malade, & le tue, est cent
fois plus dangereux, & aussi punissable.

L'on signale les bandes de voleurs; qui s'introduisent dans le pays: il
seroit  souhaiter qu'on et un rle de tous ces faux Medecins de l'un &
de l'autre sexe, & qu'on en publit la description la plus exacte,
accompagne de la liste de leurs exploits sanglans. L'on inspireroit
peut-tre par-l, une frayeur salutaire au peuple, qui ne s'exposeroit
plus  tre la victime innocente de ces bourreaux.

. 561. Son aveuglement sur cette double espece d'tres malfaisans, est
inconcevable. Celui qu'il a en faveur des Charlatans, l'est cependant
moins; parceque ne les connoissant pas, il peut leur supposer une partie
des talens & des connoissances qu'ils s'arrogent. Il faut donc
l'avertir, & on ne peut trop le lui redire, que, malgr l'appareil
pompeux dont quelques uns se parent, ce sont toujours des hommes vils,
qui, incapables de gagner leur vie par aucun travail honnte, ont fond
leur subsistance sur leur propre impudence & son imbcille crdulit;
qu'ils sont dnus de toute connoissance quelconque; que leurs titres &
leurs patentes sont sans aucune autorit, parceque, par un misrable
abus, ces actes sont devenus une denre de commerce, qu'on obtient 
trs vil prix, tout comme le surtout galonn qu'ils achetent  la
friperie; que leurs certificats de cure sont chimeriques ou faux, &
qu'enfin, quand sur le nombre prodigieux de gens qui prennent leurs
remedes, il y en auroit quelques uns de guris, & il est presque
physiquement impossible que cela n'arrive pas, il n'en seroit pas moins
vrai, que c'est une espece destructive. Un coup d'pe dans la poitrine,
en perant un abcs, sauva un homme, que ce mal auroit tu; les coups
d'pe n'en sont pas moins mortels. Il n'est point tonnant mme, que
ces gens l (je dis la mme chose des Mages), qui tuent des milliers de
gens, que la nature seule, ou aide des secours de la Medecine, auroit
sauvs, gurissent, de tems en tems, un malade qui a t entre les mains
des plus habiles Medecins. Souvent les malades de l'ordre de ceux qui
vont consulter les gens de cet acabit, soit qu'ils ne veuillent pas
s'astreindre au traitement qu'exige leur maladie, soit que, rebut par
leur peu de docilit, le Medecin ne leur continue pas ses conseils, vont
chercher des gens qui leur promettent une gurison prompte, & hazardent
des remedes qui en tuent plusieurs, & en gurissent un, qui se trouve la
force de rsister, un peu plus vite que ne l'auroit fait un Medecin. Il
ne seroit que trop ais de se procurer, dans toutes les Paroisses, des
catalogues qui mettroient sous les yeux, la vrit de toutes ces
propositions.

. 562. Le crdit de ce Charlatan de foire, que cinq ou six cens paysans
entourent, _grands yeux ouverts, gueule bante_, qui se trouvent fort
heureux qu'il veuille bien leur friponner leur ncessaire, en leur
vendant, quinze ou vingt fois au-del de sa valeur, un remede, dont la
plus grande qualit seroit d'tre inutile; son crdit, dis-je, tomberoit
bientt, si l'on pouvoit persuader  chacun de ses auditeurs, ce qui est
exactement vrai, qu' un peu de souplesse prs dans la main, il en fait
tout autant que lui; & que, s'il peut acqurir son impudence, il aura
dans un moment la mme rputation, & mritera la mme confiance.

. 563. Si le peuple raisonnoit, il seroit ais de le dsabuser; mais
ceux qui le conduisent doivent raisonner pour lui. J'ai dja prouv le
ridicule de sa confiance aux Charlatans proprement dits. Celle qu'il a
pour les Mages est encore plus insense. L'art le plus vil s'apprend;
l'on n'est savetier, l'on ne raccommode de vieux morceaux de cuir, que
quand on a fait un apprentissage; & l'on n'en fera point pour l'art le
plus ncessaire, le plus utile, le plus beau. L'on ne confie une montre
pour la raccommoder, qu' celui qui a pass bien des annes  tudier
comment elle est faite, & quelles sont les causes qui la font bien
aller, & qui la drangent; & l'on confiera le soin de raccommoder la
plus compose, la plus dlicate & la plus prcieuse des machines,  des
gens qui n'ont pas la plus petite notion de sa structure, des causes de
ses mouvemens, de celles de ses drangemens, & des instrumens qui
peuvent la rtablir. Qu'un soldat chass de son rgiment,  cause de ses
coquineries, ou qui a desert par libertinage, qu'un banqueroutier,
qu'un ecclsiastique fltri, qu'un barbier ivrogne, qu'une foule
d'autres personnages aussi vils, viennent afficher qu'ils remontent les
bijoux dans la perfection; s'ils ne sont pas connus, si l'on ne voit pas
de leur ouvrage, si l'on n'a pas des tmoignages authentiques de leur
probit & de leur habilet, personne ne leur confiera pour quatre sols
de pierres fausses; ils mourront de faim. Mais qu'au lieu de se faire
Jouailliers, ils s'affichent Mdecins, on achetera trs cherement le
plaisir de leur confier sa vie, dont ils ne tarderont pas  empoisonner
les restes.

. 564. Les plus grands Mdecins, ces hommes rares, qui, ns avec les
plus heureux talens, ont clair leur esprit ds leur plus tendre
enfance, qui ont cultiv ensuite avec soin toutes les parties de la
physique, qui ont sacrifi les plus beaux momens de leur vie  une tude
suivie & assidue du corps humain, de ses fonctions, des causes qui
peuvent les empcher, & de tous les remedes, qui auront surmont le
dsagrment de vivre dans les hpitaux, parmi des milliers de malades,
qui auront runi  leurs propres observations, celles de tous les tems &
de tous les lieux; ces hommes rares, dis-je, ne se trouvent pas mme
tels qu'ils voudroient tre, pour se charger du prcieux dpt de la
sant humaine: & on le remettra  des hommes grossiers, ns sans talens,
levs sans culture; qui souvent ne savent pas mme lire, qui ignorent
tout ce qui a quelque rapport  la mdecine, aussi profondement que les
moeurs des Sauvages asiatiques; qui n'ont veill que pour boire, qui
souvent ne font cet horrible mtier que pour fournir  leur boisson, &
ne l'exercent que dans le vin; qui ne se sont fait Medecins que
parcequ'ils toient incapables d'tre quelque chose! Une telle conduite
parotra,  tout homme sens, le comble de l'extravagance.

Si l'on entroit dans l'examen des remedes qu'ils emploient, si on les
comparoit aux besoins du malade  qui ils les ordonnent, on seroit saisi
d'horreur, & l'on gemiroit sur le sort de cette infortune partie du
genre humain, dont la vie, si importante  l'Etat, est misrablement
confie aux plus meurtriers des tres.

. 565. Quelques-uns d'eux, sentant bien le danger de l'objection tire
du manque d'tudes, ont cherch  la prvenir, en rpandant parmi le
peuple, un prjug qui n'est que trop accredit aujourd'hui; c'est que
leurs talens pour la medecine, sont un don surnaturel, fort suprieur
par l mme,  toutes les connoissances humaines. Ce n'est point  moi 
montrer l'indcence, le crime, l'irreligion d'une telle fourberie; ce
seroit empiter sur les droits de Messieurs les Pasteurs; mais qu'il me
soit permis de les avertir, que cette branche de superstition ayant les
suites les plus cruelles, mrite toute leur attention; & en gnral, il
seroit d'autant plus  souhaiter, qu'on combattt la superstition, qu'un
esprit imbu de prjugs faux, n'est pas propre  recevoir une doctrine
vritable. Il y a des sclerats, qui esprant de s'accrditer par la
crainte autant que par l'esprance, ont pouss l'horreur jusques 
laisser douter, s'ils tenoient leur puissance du Ciel ou de l'Enfer.
Voil les hommes qui disposent de la vie des autres.

. 566. Un fait que j'ai dja indiqu, & qu'on n'expliquera jamais,
c'est l'empressement du paysan  se procurer les meilleurs secours pour
ses btes malades. Quelque loign que soit le _Medecin veterinaire_, ou
l'homme qu'on croit tel, (car malheureusement il n'y en a point dans ce
pays) s'il a beaucoup de rputation, il va le consulter, ou le fait
venir  tout prix. Quelque couteux que soient les remedes qu'il indique,
s'ils passent pour les meilleurs, il se les procure. Mais ds qu'il
s'agit de lui, de sa femme, de ses enfans, il se passe de secours, ou se
contente de ceux qui s'offrent sous sa main, quelque pernicieux qu'ils
soient, sans en tre moins couteux; car c'est une injustice criante, que
les sommes extorques par quelques Mages, ou aux patiens, ou, plus
souvent  leurs hritiers.

. 567. Je ne m'tendrai pas plus long-tems sur cette matiere, l'amour
de l'humanit m'a forc  en dire quelque chose; elle mriteroit d'tre
traite plus au long, & elle est de la plus grande consquence. Il n'y a
que les Medecins qui pussent se tranquilliser sur cet horrible abus,
s'ils n'toient anims que par des vues d'intrts; puisque les Mages
diminuent le nombre des consultans du peuple, qui ne sont pour eux
qu'une occupation pnible. Mais quel est le Medecin assez vil, pour
vouloir acheter quelques heures de tranquillit  un prix aussi cher &
aussi odieux.

. 568. J'ai montr le mal, je souhaiterois de pouvoir indiquer des
remedes srs, mais cela est difficile.

Le premier, c'est peut-tre d'avoir fait connotre le danger.

Le second, & sans contredit le plus efficace, est celui dont j'ai dja
parl; n'admettre aucun Charlatan passant, & chasser tous les Mages.

Un troisieme moyen, ce seroit des instructions pastorales sur cette
objet. La conduite du peuple  cet gard est un vrai suicide, & il
seroit important de l'en convaincre. Mais l'inefficacit des
exhortations rflechies les plus fortes sur tant d'autres articles, ne
fait-elle point craindre le mme sort pour celles ci. L'usage a dcid
qu'il n'y a aujourd'hui de vice, qui exclut du titre & de la
considration d'honnte homme, que le vol ouvert & caractris; & cela
par cette raison simple, c'est que nous tenons  nos biens plus qu'
toute autre chose; l'homicide mme est honnte dans un trs grand nombre
de cas; peut-on esprer de persuader qu'il y a du crime  confier sa
sant  des empoisonneurs, sous l'esprance de gurison. Un remede plus
sr, ce seroit de faire sentir au peuple, ce qui est fort ais, qu'il
lui en coutera moins pour tre bien soign, que pour l'tre mal. L'appas
du bon march le ramenera beaucoup plus surement que l'aversion du
crime.

Le quatrieme, qui ne seroit surement pas inutile, ce seroit de
retrancher des almanachs ces regles de medecine astrologique, qui
contribuent continuellement  entretenir des prjugs dangereux dans une
science, dans laquelle les plus petites erreurs sont funestes. Que de
paysans morts pour avoir differ, rejett, ou mal plac une saigne dans
une maladie aige, parceque l'almanach le vouloit ainsi. N'est-il point
 craindre, pour le dire en passant, que la mme cause ne nuise  leur
oeconomie; & qu'en consultant la Lune, qui n'a aucune influence, ils ne
ngligent les attentions relatives aux autres circonstances, qui en ont
beaucoup.

Un cinquieme remede, seroit l'tablissement d'hpitaux pour les malades,
dans les diffrentes villes du pays.

Il y a un grand nombre de moyens aiss, pour les fonder & les
entretenir, presque sans nouvelles dpenses, & les avantages qui en
rsulteroient seroient immenses; d'ailleurs, quelque considrables que
fussent les dpenses, en est-il de plus importantes? Elles sont sans
doute de devoir; & l'on ne tarderoit pas  s'appercevoir qu'elles
rapportent un intrt rel, plus fort qu'on ne pourroit l'esperer
d'aucun autre emploi de l'argent. Il faut, ou admettre que le peuple est
inutile dans un Etat, ou convenir qu'il faut pourvoir aux soins de sa
conservation. Un Anglois respectable, qui, aprs avoir tout v avec
beaucoup de soin, s'est occup profondement & utilement des moyens
d'augmenter les richesses & le bonheur de ses compatriotes, se plaint,
en Angleterre, le pays du monde o les hpitaux sont le plus multiplis,
que le peuple malade n'est pas assez secouru. Que doit-ce tre dans les
pays o il n'y en a point? Les secours de Chirurgie & de Medecine trop
abondans dans les Villes, ne sont point assez rpandus dans les
campagnes; & les paysans sont sujets  des maladies assez simples; mais
qui, faute de soins, dgnerent en une langueur mortelle.

Enfin, si l'on ne peut pas remedier aux abus, (ceux qui regardent les
Charlatans ne sont pas les seuls, & l'on ne donne pas ce nom  tous ceux
qui le mriteroient), il seroit sans doute avantageux de dtruire tout
Art medecinal. Quand les bons Medecins ne peuvent pas faire autant de
bien, que les mauvais peuvent faire de mal, il y a un avantage rel 
n'en pas avoir. Je le dis avec conviction, l'anarchie en Medecine est la
plus dangereuse de toutes. Libre de toute regle, & sans loix, cette
science est un flau d'autant plus affreux, qu'il frappe sans cesse; &
si l'on ne peut pas rparer le dsordre, il faut, ou dfendre, sous de
rigoureuse peines, l'exercice d'un art qui devient si funeste, ou, si
les constitutions d'un Etat ne permettoient pas ce moyen violent,
ordonner, comme dans les grandes calamits, des prieres publiques dans
tous les Temples.

. 569. Un autre abus, moins dangereux que ceux dont je viens de parler,
qui ne laisse pas cependant de faire des maux rels, & qui au moins,
sort beaucoup d'argent du pays, mais dont le peuple est moins la victime
que les gens aiss, c'est l'imbecille aveuglement, avec lequel on s'en
laisse imposer par les pompeuses annonces de quelque remede universel,
qu'on tire dispendieusement de l'tranger. Les personnes au-dessus du
commun peuple, ne courent pas au Charlatan, parcequ'elles croiroient
s'avilir en se mlant  la foule; mais si ce mme Charlatan, au lieu de
venir, s'toit tenu dans quelque ville trangere; si, au lieu de faire
afficher ses placards aux coins des rues, il les avoit fait insrer dans
les mercures ou dans les gazettes; si, au lieu de vendre ses remedes
lui-mme, il avoit tabli des bureaux dans chaque ville; si, au lieu de
les vendre vingt fois au-dessus de leur valeur, il avoit encore doubl
ce prix; au lieu de vendre au peuple, il auroit vendu aux Habitans aiss
des villes. Telle personne, sense  tout autre gard, qui hsitera de
confier sa sant  des Medecins dignes d'une entiere confiance,
hazardera, par une folie inconcevable, le remede le plus dangereux, sur
la foi d'un placard imposteur, publi par un homme aussi vil que le
Charlatan qu'il mprise parcequ'il fait jouer du cors de chasse sous sa
fentre, & qui n'en differe cependant, que par les circonstances que je
viens d'indiquer. Il n'y a presque pas d'anne qu'il ne s'accrdite
quelqu'un de ces remedes, dont les ravages sont plus ou moins grands, 
proportion de leur plus ou moins de vogue. Peu heureusement, en ont eu
autant que les poudres d'un nomm _Ailhaud_, habitant d'Aix en Provence,
& indigne du nom de Medecin, qui a inond l'Europe, pendant quelques
annes, d'un purgatif cre, dont le souvenir ne s'teindra que quand
toutes ses victimes auront fini. Je soigne, depuis long-tems, plusieurs
malades, dont j'adoucis les maux, sans esperer de les gurir jamais, &
qui ne doivent les tristes jours qu'ils coulent, qu' l'usage de ces
poudres. Un Medecin franois, aussi clebre par ses talens & ses
connoissances, que recommandable par son caractere, a publi
quelques-unes des sinistres catastrophes que leur usage avoit
occasionnes. Si on recueilloit ces observations dans tous les endroits
o l'on a employ la drogue, on formeroit un volume qui effraieroit.

. 570. Heureusement tous les remedes qu'on dbite ne sont ni aussi
employs, ni aussi dangereux; mais l'on doit juger toutes ces affiches
sur ce principe, je n'en connois point de plus vrai en Physique & en
Medecine; c'est que, quiconque annonce un remede universel, est un
imposteur, & qu'un tel remede est impossible, & contradictoire. Je
n'entrerai point dans des dtails de preuves; mais j'en appelle
hardiment  tout homme sens, qui voudra bien rflechir un moment sur
les diffrentes causes des maladies, sur l'opposition de ces causes, &
sur l'absurdit de vouloir combattre toutes ces causes avec le mme
remede.

Quand on sera bien rempli de ce principe, on ne s'en laissera plus
imposer par des tissus de sophismes, destins  prouver que toutes les
maladies viennent d'une cause, & que cette cause est de nature  ceder
au remede vant. On comprendra d'abord qu'une telle assertion est le
comble de la fourberie ou de l'ignorance; & l'on dcouvrira bientt o
est le sophisme. Peut-on esperer de gurir une hydropisie, qui vient de
ce que les fibres sont trop lches, & le sang trop dissous, avec les
remedes qu'on emploie pour gurir une maladie inflammatoire, dans
laquelle les fibres sont trop roides & le sang trop paissi. Parcourez
les annonces publiques, vous trouverez dans toutes des vertus aussi
contradictoires; & ceux qui les font seroient sans doute punissables
juridiquement.

. 571. Je souhaite qu'on fasse une rflexion, qui se prsente
naturellement. Je n'ai trait que d'un petit nombre de maladies, ce sont
presque toutes des maladies aiges; je puis assurer qu'aucun Medecin
clair, n'a jamais employ moins de remedes; cependant j'en indique
prs de soixante & dix, & je ne saurois lequel retrancher, si j'y tois
oblig. Comment peut-on esperer, que l'on gurira avec un seul remede,
dix & vingt fois plus de maladies que je n'en indique.

. 572. J'ajouterai une observation trs importante, & qui se seroit
sans doute presente  plusieurs lecteurs; c'est que les diffrentes
causes des maladies, leurs divers caracteres, les diffrences qui
dpendent des changemens ncessaires qui arrivent pendant leur dure,
les complications dont elles sont susceptibles, les varits qui
dpendent des pidmies, des saisons, des sexes, de plusieurs autres
circonstances, obligent trs souvent  faire des changemens dans les
remedes; ce qui prouve combien il est dangereux d'en ordonner sans des
connoissances plus nettes, que celles qu'ont ordinairement les personnes
qui ne sont pas Medecins; & la circonspection doit, dans ces cas, tre
proportionne  l'intrt qu'on prend au malade, &  la charit dont on
est anim.

. 573. Les mmes considrations, ne font-elles pas sentir la ncessit
d'une entiere docilit, de la part du malade & des assistans. L'histoire
des maladies, qui ont leurs tems limits pour natre, se dvelopper,
rester dans leur force, dcrotre, ne dmontre-t-elle pas, & la
ncessit de la continuation des mmes remedes, aussi long-tems que le
caractere de la maladie est le mme, & le danger d'en changer
frquemment, par la seule raison, que celui qu'on a ne soulage pas dans
le moment. Rien ne nuit plus au malade, que cette instabilit. L'on
doit, aprs avoir examin les indications que fournit la maladie,
choisir le remede le plus propre  en combattre la cause, & en continuer
l'usage, tant qu'il ne survient aucune circonstance nouvelle qui oblige
 le changer,  moins qu'on ne reconnoisse videmment qu'on s'est
tromp. Mais s'imaginer qu'un remede est inutile, parcequ'il ne dtruit
pas la maladie au gr de notre impatience, & le rejetter pour en prendre
un autre, c'est casser sa montre parceque l'guille emploie douze heures
 faire le tour du cadran.

Les Medecins font quelque attention aux urines des malades; mais c'est
une ignorance crasse, que de croire, & le comble de la fourberie, que de
persuader, que leur seule inspection suffit pour juger des symptmes, de
la cause, & des remedes d'une maladie. Le seul bon sens le dmontre, &
je n'en dtaillerai point les preuves.




QUESTIONS

_Auxquelles il est absolument ncessaire de savoir rpondre quand on va
consulter un Mdecin._


. 574. Il faut beaucoup d'attention & d'habitude pour bien juger de
l'tat d'un malade qu'on ne voit pas, lors mme qu'on est instruit aussi
exactement qu'on peut l'tre de loin. Mais cette difficult est fort
augmente, & mme change en impossibilit, quand l'information n'est
pas exacte. Il m'arrive souvent qu'aprs avoir questionn des paysans,
qui viennent du dehors, je n'ose rien leur ordonner, parcequ'ils n'ont
pas p m'instruire assez pour me mettre  mme de juger de la maladie.
C'est pour prvoir cet inconvnient, que je joins ici une liste des
questions auxquelles il faut pouvoir rpondre.


_Questions communes._

Quel ge a le malade?

Jouissoit-il d'une bonne sant?

Quel toit son genre de vie?

Depuis quand est-il malade?

Comment a commenc son mal?

A-t-il de la fivre?

Son pouls est-il dur ou mou?

Est-ce qu'il a encore des forces, ou est-il foible?

Se tient-il tout le jour au lit, ou se leve-t-il?

Son tat est-il le mme  toutes les heures du jour?

Est-il inquiet ou tranquille?

A-t-il chaud ou froid?

A-t-il des douleurs de tte, de gorge, de poitrine, d'estomac, de
ventre, de reins, de membres?

A-t-il la langue sche, de l'altration, mauvais got  la bouche, des
envies de vomir, du dgot ou de l'apptit?

Va-t-il du ventre souvent, ou rarement?

Comment sont ses selles?

Urine-t-il beaucoup? Comment sont ses urines?

Est-ce qu'il sue?

Est-ce qu'il crache?

Dort-il?

Respire-t-il aisment?

Quel rgime suit-il?

Quels remedes a-t-il employs?

Quel effet ont-ils produit?

Est-ce qu'il n'a jamais eu la mme maladie?

Etoit-il sujet  quelque hmorrhagie?

A-t-il eu quelque maladie de peau?


. 575. Il se trouve dans les maladies des femmes & des enfans, des
circonstances particulieres; ainsi quand on consulte pour eux, il faut
pouvoir rpondre non seulement aux questions ci-dessus communes  tous
les malades; mais aussi  celles qui leur sont propres.


_Questions relatives aux femmes._

A-t-elle ses regles, & sont-elles rgulieres?

Est-elle enceinte? Depuis quand?

Est-elle en couche?

La couche a-t-elle t heureuse?

La malade perd-elle suffisamment?

Est-ce qu'elle a du lait?

Nourrit-elle elle-mme?

N'est-elle point sujette aux pertes blanches?


_Questions relatives aux enfans._

Quel est trs exactement son ge?

Combien a-t-il de dents?

Souffre-t-il lorsqu'elles percent?

N'est-il point nou?

Est-ce qu'il a eu la petite vrole?

Rend-il des vers?

Son ventre est-il gros?

Son sommeil est-il tranquille?


Outre ces questions gnrales pour toutes les maladies, il faut pouvoir
rpondre  celles qui ont un rapport plus prcis avec le mal actuel.

Dans l'esquinancie, par exemple, il faut tre instruit exactement de
l'tat de la gorge. Dans les maux de poitrine, il faut pouvoir rendre
raison des douleurs, de la toux, de l'oppression, des crachats. Je
n'entrerai pas dans un plus long dtail; il ne faut que du bon sens pour
saisir tout ce plan; & quoique les questions paroissent nombreuses, il
sera toujours trs ais d'crire les rponses dans aussi peu d'espace
que les questions en occupent. Il seroit  souhaiter que les personnes
de tout ordre, qui crivent pour consulter, voulussent bien, dans leurs
lettres, observer un plan  peu prs semblable; elles se procureroient
souvent par l des rponses plus satisfaisantes, & s'pargneroient la
peine d'crire de nouvelles lettres, pour servir d'claircissement aux
premieres.

Le succs des remedes dpend de l'exacte connoissance de la maladie; &
cette connoissance, de l'information qu'on donne au Mdecin.




TABLE

DES REMEDES,

_Avec des notes que je prie de lire avant que de se servir du remede
auquel elles se rapportent._


Je me suis servi, pour dterminer les doses des remedes, de livres,
onces, demi-onces, &c. Je parle par-tout de la livre de seize onces, ou
livre marchande, & des onces marchandes.

Le _Grain_ est la pesanteur d'un grain d'orge de moyenne grosseur.
Vingt-quatre grains font un _Scrupule_; trois scrupules, ou soixante &
douze grains, font un _Gros_ ou une dragme.

Huit Gros font une _Once_.

Seize Onces font une _Livre_.

La _Pinte_ pese deux livres.

La _Chopine_ pese une livre.

Le _Demi-septier_, huit onces.

La _Goutte_ est la plus petite partie qu'on peut verser d'une liqueur.

La _Cuillere_ est ce que contient une cuiller ordinaire  bouche; on
l'value  une demi-once.

Le _Verre_ contient deux onces, ou deux onces & demie.

J'ai marqu par tout les doses pour un homme adulte, depuis dix-huit ans
jusqu' soixante. Depuis douze jusqu' dix-huit, les deux tiers de la
dose suffiront assez gnralement. Au-dessous de douze jusqu' sept 
huit ans, la moiti. L'on diminue ensuite proportionnellement. L'on ne
donne pas plus d'un demi-quart de la dose  un enfant de quelques mois.
Mais les tempramens mettent dans tout ceci beaucoup de diffrence. Il
seroit  souhaiter que chacun observt  cet gard s'il lui faut pour le
purger, des doses fortes, ou des doses foibles.


N. 1.

Prenez une poigne de fleurs de sureau, mettez-les dans une cuelle de
terre; ajoutez-y deux onces de miel & une once & demie de bon vinaigre;
versez sur le tout un pot d'eau bouillante; remuez un peu le tout avec
une cuiller pour faire fondre le miel; couvrez l'cuelle, & quand la
liqueur est froide, passez par un linge.


N. 2.

Prenez deux onces d'orge ou d'aveine, faites bouillir avec cinq chopines
d'eau, jusqu' ce que le grain soit bien ouvert; jettez sur la fin de la
coction une dragme & demie de nitre. Passez par un linge, aprs quoi
ajoutez une once & demie de miel & une once de vinaigre.

  Avant de prparer la ptisane, il faut jetter sur le grain qu'on veut
  employer de l'eau bouillante; laissez un quart d'heure au feu; jettez
  cette eau, & faites la ptisane; c'est non-seulement pour laver le
  grain, mais pour en emporter une partie extractive qui est dans
  l'corce, & qui donne un mauvais got. On n'aura pas cela  faire si
  on se sert de grain mond. On peut substituer des gruaux, du ris.


N. 3.

Faites la ptisane d'orge comme N. 2. Au lieu de nitre, faites bouillir
avec l'orge, ds le commencement, un quart d'once de crme de tartre.
Coulez & n'ajoutez rien.


N. 4.

Prenez trois onces d'amandes, une once de graine de courge ou de melon;
pilez-les dans un mortier, en y ajoutant peu  peu une chopine d'eau.
Passez par un linge. Repilez le rsidu avec une chopine de nouvelle eau,
& ritrez de cette faon jusqu' ce que vous ayez employ une pinte &
chopine d'eau, qu'on peut encore faire repasser sur le marc.


N. 5.

Prenez deux poignes d'herbe & fleurs de mauve, hachez-les, & broyez les
un peu avec les mains; jettez dessus une chopine d'eau bouillante.
Passez par un linge, & ajoutez  la colature une once de miel.

  Quand on a des mauves, il faut les prfrer. Si elles manquent, on
  peut y suppler par la mercurielle, la paritaire, l'althea, le
  passerose ou rose tremiere, les laitues, les pinars.

  Il y a quelques personnes qui n'vacuent aucun lavement, except ceux
  d'eau tiede, sans aucune addition, elles ne doivent point en employer
  d'autres. Il faut donner les lavemens tides, & non pas chauds.


N. 6.

Une chopine de la dcoction d'orge, dans laquelle on fait bouillir une
poigne de fleurs de mauves ou de passeroses, qui est la _grande mauve_.


N. 7.

Prenez un pot de la ptisane d'orge, ajoutez-y trois onces de jus exprim
de trois ou quatre des feuilles & tiges des plantes suivantes: buglose,
bourrache, laiteron, pissenlit, tussilage, ou pas d'ne, chicore
sauvage, seneon, artichaud sauvage, scolopendre, cerfeuil.

  Pour prparer ces jus, on prend les herbes bien fraches & jeunes si
  l'on peut; on les pile dans un mortier de marbre, ou de fer; on
  exprime le jus par un linge; on le laisse reposer pendant quelques
  heures dans une cuelle; & quand il est clairci, on spare le plus
  clair en versant doucement, & on laisse la lie.


N. 8.

Une once d'oximel scillitique, cinq onces d'une forte infusion de
sureau. Si cette potion n'a pas l'effet qu'on desire, on peut substituer
la potion N. 72.

  Les prparations de scille sont cheres; mais il n'y a point de remede
  aussi efficace dans les cas o on les recommande & d'ailleurs on ne
  les continue pas long-tems en grande dose. L'oximel se conserve plus
  d'un an dans un endroit sec & temper.


N. 9.

L'on peut employer diffrentes applications mollientes, qui ont
-peu-prs les mmes vertus; telles que 1. les flanelles trempes dans
une dcoction de fleurs de mauves. 2. Des sachets remplis de ces mmes
fleurs de mauve, de celles de bonhomme, de sureau, de pavot rouge, de
camomille, & cuits dans de l'eau ou du lait. 3. Des cataplasmes de ces
mmes fleurs cuites dans de l'eau & du lait. 4. Des vessies  moiti
remplies d'eau chaude & de lait, ou de la dcoction molliente. 5. Un
cataplasme de mie de pain & de lait, ou une bouillie d'orge ou de ris
extrmement cuits. 6. Dans la pleursie . 90, l'on frotte quelquefois
la partie malade avec l'onguent d'alchea.

  On fera bien d'ajouter aux cataplasmes un peu d'huile, ou quelques
  jaunes d'oeufs, pour les empcher de se secher promptement.


N. 10.

Esprit de soufre ou de vitriol, une once; sirop de violette, six onces.

  Ceux pour qui la dpense du sirop de violette seroit trop
  considrable, peuvent se contenter d'une dcoction d'orge un peu
  paisse.


N. 11.

Deux onces de manne, demi-once de sel de sedlitz, fondus dans quatre
onces d'eau chaude, & coulez.

  On peut substituer au sel de sedlitz, un autre sel neutre, comme sel
  d'epsom, de saignette, ou bien deux gros des sels de glauber, vegetal
  & de duobus. L'on peut aussi, si la manne est trop chere, employer un
  quart d'once de sen & demi-dragme de nitre. On verse dessus un verre
  de dcoction de mauve bouillante, & on passe. Mais le premier remede
  vaut mieux. La manne se conserve plus d'un an.


N. 12.

De fleurs de sureau, une poigne; d'hysope, une demi-poigne: versez
dessus trois chopines d'eau bouillante; dlayez dans la colature trois
onces de miel.


N. 13.

C'est le mme remede, sans l'hysope qu'on remplace en mettant plus de
sureau.


N. 14.

Du meilleur Quinquina une once, partagez-le en huit prises.

  Il se conserve long-tems, moyennant qu'il ne soit pas pil. Rien ne
  peut en tenir lieu.


N. 15.

Des fleurs de millepertuis, de sureau, de melilot, de chacune quelques
pinces: mettez-les au fond d'un pot, avec demi-once d'huile de
trbenthine, & jettez dessus de l'eau bouillante.

  L'huile de trbenthine se conserve plus d'un an.


N. 16.

Sirop de pavot rouge.

  Se conserve plus d'un an.


N. 17.

Du petit lait trs clair; dans chaque chopine on dlaie une once de
miel.


N. 18.

Du savon blanc, six dragmes; d'extrait de dent de lion, une dragme &
demie; de gomme ammoniac, demi-dragme; ce qu'il faut de sirop de
capillaire. Faites des pilules de trois grains.

  Une once dure huit jours.


N. 19.

L'on peut faire des gargarismes avec une dcoction, ou plutt infusion
de pervenche, ou de fleurs de roses rouges, ou de passe-roses. Sur
chaque chopine on ajoute deux onces de vinaigre, & autant de miel, &
l'on se gargarise chaudement.

Le gargarisme dtersif . 107, est une legere infusion des sommits de
sauge, & deux onces de miel, par chopine.


N. 20.

Une once de nitre partage en seize prises.


N. 21.

De jalap, de sen, & de crme de tartre, de chacun trente grains,
rduits en poudre & bien mls.

  On peut substituer 40 grains de la poudre cornachine.


N. 22.

Faites bouillir pendant un instant une once de pulpe de tamarins; quatre
onces d'eau, & une demi-dragme de nitre; ajoutez-y deux onces de manne,
& coulez.

  Ceux qui ne pourront mettre le prix aux tamarins, peuvent leur
  substituer la crme de tartre dont la dose soit une once. Les trs
  pauvres gens peuvent employer, au lieu de cette potion, celle avec le
  senn, dont il est parl note N. 11; mais il faudroit boire ensuite
  beaucoup de petit lait, ou de ptisane de mauve.


N. 23.

Crme de tartre: l'once partage en huit prises.


N. 24.

Kermes minral, ou poudre des chartreux: la dose est un grain.


N. 25.

Trois onces de racine de bardane ou glouteron. Faites bouillir pendant
demi-heure, avec demi-dragme de nitre & une pinte d'eau. Coulez.


N. 26.

Prenez des herbes indiques dans le N. 9, art. 2, de chacune une
demi-poigne, & une demi-once de savon blanc rap; versez dessus un
demi-pot d'eau bouillante, & un verre de vin. Coulez en exprimant
fortement.


N. 27.

De Mercure crud bien purifi, une once; de trbenthine de Venise,
demi-dragme; de graisse de porc trs frache, deux onces. On rduit le
tout en onguent.

  Ce remede se doit prendre chez les Apoticaires.


N. 28.

Onguent _basilicum_, ou suppuratif.


N. 29.

De cinnabre naturel, & de cinnabre factice, de chacun vingt-quatre
grains; de musc, seize grains. Le tout rduit en poudre & exactement
ml.

  Voyez ce qui est dit du cinnabre, . 179. Le N. 30 est plus efficace
  que le musc, & on peut employer, au lieu de l'inutile cinnabre,
  l'utile mercure argentin.


N. 30.

Une dragme de racine de serpentaire de Virginie; dix grains de camphre;
autant d'assa-foetida; un grain d'opium; ce qu'il faut de conserve de
sureau pour en faire un bol.

  Dans le cas o on s'en serviroit au lieu de musc, qui entre dans le
  N. 29, il faudroit retrancher le grain d'opium, except une fois ou
  deux par jour. On donneroit le mercure argentin dans la matine, entre
  les bols, deux doses par jour, dont chacune contient quinze grains de
  mercure.


N. 31.

De tamarins, trois onces. Versez dessus une chopine d'eau bouillante;
faites cuire une ou deux minutes. Passez par un linge.


N. 32.

Sept grains de turbith minral; ce qu'il faut de mie de pain pour en
faire un bol.

  Ce remede fait vomir & abondamment baver les chiens. Il a opr
  plusieurs gurisons quand la rage toit dja dclare. On le donne
  trois jours conscutifs, ensuite deux fois par semaine, pendant quinze
  jours.


N. 33.

Six grains de tartre mtique.

  La force de ce remede varie suivant la faon dont il est prpar. Il y
  en a qui  trois grains produit autant d'effet que d'autre  six
  grains; c'est pourquoi il est  propos de l'acheter d'Apoticaires
  habiles, qui connoissent & instruisent de sa force. Lorsqu'on ne
  connot pas l'mtique dont on se sert, on en peut mettre six grains
  dans une pinte d'eau, & la donner par petits verres; si les premiers
  verres font vomir violemment, on y ajoutera un tiers d'eau, & lorsque
  le malade aura vomi quatre  cinq fois, on ne lui en donnera plus.
  Voyez . 223, 290.

  On s'abstiendra de donner les vomitifs  ceux qui en ayant dja pris,
  ont fait des efforts sans vomir;  ceux qui sont sujets aux crachement
  & vomissement de sang, aux pertes, & qui ont la poitrine foible ou
  attaque, ou des descentes; aux femmes qui ont leurs regles, sont
  grosses, ou nouvellement accouches.


N. 34.

Trente-cinq grains d'ypecacuana. On peut aller jusqu' quarante-cinq &
cinquante.


N. 35.

Empltre vsicatoire ordinaire.

  L'on se sert aussi de levain, qu'on ptrit avec des cantharides & tant
  soit peu de vinaigre. On met demi-once de cantharides pour une once de
  levain, ce qui fait un vsicatoire trs fort. L'on prpare les
  sinapismes avec la moutarde & le levain, ou la pulpe de figues sches,
  & un peu de vinaigre. L'on peut mettre autant de moutarde que de
  levain. Pour les enfans qui ont la peau dlicate, le vieux levain
  ptri avec quelques gouttes de vinaigre, fait l'effet du sinapisme.


N. 36.

Prenez des sommits de petit chne ou germandre, de petite centaure,
d'absinthe & de camomille, de chacune une poigne. Versez dessus un pot
d'eau; laissez refroidir. Passez par un linge en exprimant.


N. 37.

Quarante grains de rhubarbe, & autant de crme de tartre.

  La rhubarbe se conserve deux ans dans un endroit sec & froid.


N. 38.

Trois dragmes de crme de tartre, une dragme d'ypecacuana, partags en
six prises.


N. 39.

De mixture simple[22] (_mixtura simplex_), un once; d'esprit de vitriol,
demi-once. Mlez; la dose est de deux cuilleres  caff, dans une tasse
de la boisson ordinaire.

  [22] A son dfaut, de l'eau hriacale, ou de l'eau camphre.


N. 40.

Demi-dragme de racine de serpentaire de virginie; dix grains de camphre;
ce qui faut de rob de sureau pour faire un bol.

  S'il y avoit diarrhe trop forte, on substitueroit le diascordium au
  rob de sureau.


N. 41.

La Thriaque des pauvres. Elle est connue de tous les Apoticaires,
quoiqu'ils ne la tiennent pas tous. La prise est d'un quart d'once.

  Elle seroit plus efficace si on la prparoit de la faon suivante. De
  racine d'aristoloche ronde, de racine d'helenium ou aune, de mirrhe &
  de conserve de genievre, de chacune parties gales, en ajoutant ce
  qu'il faudroit de sirop d'corce d'oranges, pour qu'elle ne ft pas
  trop paisse.


N. 42.

Le premier des trois remedes, est celui N. 36.

Le second. Prenez de petite centaure, d'absinthe, de mirrhe, le tout en
poudre, de conserve de genievre, de chacun parties gales; de sirop
d'absinthe, ce qu'il faut pour faire un opiate pais. La prise est d'un
quart d'once. On les prend dans le mme ordre que les prises de
quinquina.

Le troisieme. Prenez de racine de calamus aromaticus, de celle d'aune,
de chacune deux onces; de petite centaure, une poigne; de limaille de
fer qui ne soit point rouille, deux onces; de vin vieux blanc, trois
chopines.

  L'on pile grossierement les racines, on hache l'herbe, on met le tout
  dans une bouteille  large col, sur des cendres, sur un fourneau,
  derriere une plaque, afin qu'il soit toujours chaud; on laisse infuser
  pendant vingt-quatre heures, en remuant cinq ou six fois; on le laisse
  reposer & on passe. La dose est d'une tasse, de quatre en quatre
  heures, quatre fois par jour, une heure avant le repas.


N. 43.

Un quart d'once de crme de tartre, une poigne de camomille commune,
douze onces d'eau. Faites bouillir pendant demi-heure. Coulez.


N. 44.

Sel ammoniac. La prise est de deux scrupules, jusqu' une dragme.

  On peut mettre le sel en bol avec un peu de conserve, ou rob de
  sureau. Mais je ritere que les fivreux qui ont l'estomac sensible,
  ne soutiennent point ce remede, non-plus que plusieurs autres sels,
  qui leur causent un mal-aise tonnant, & mme de l'angoisse.


N. 45.

Poudre. Prenez des fleurs de camomille & de sureau, de chaque une
poigne, piles grossierement; de fine farine ou d'amidon, trois onces;
de cruse & d'mail, de chacun demi once. Mlez exactement le tout.

  L'on peut, ou appliquer immdiatement cette poudre sur le mal, ou la
  renfermer dans un sachet de linge trs fin. La premiere mthode est
  plus efficace.

Empltre. Prenez d'onguent _nutritum_ fait avec de l'huile trs frache,
deux onces; de cire blanche, trois quarts d'once; d'mail, un quart
d'once. L'on fait fondre la cire; quand elle est fondue, on y ajoute le
_nutritum_, dans lequel on a exactement ml l'mail rduit en poudre
fine, & l'on remue avec un morceau de fer, jusqu' ce que le tout soit
bien mlang & refroidi. On en tend ce qu'il faut sur un linge. On peut
aussi mler un quart d'once d'mail,  deux onces de beurre de saturne,
ce qui fait un onguent au lieu d'une empltre.

  Il y en a autant qu'il en faut pour gurir une rsipelle.


N. 46.

Une once de sel de sedlitz, deux onces de tamarins. Versez dessus huit
onces d'eau bouillante; remuez, pour dlayer les tamarins. Coulez, pour
boire en deux prises, en mettant demi-heure d'intervalle entre l'une &
l'autre.


N. 47.

De laudanum liquide de Sydenham, quatre-vingt gouttes; d'eau de mlisse,
deux onces & demie. Si la premiere ou la seconde dose arrtent ou
diminuent considrablement les vomissemens, on ne donne pas les autres.


N. 48.

Faites fondre trois onces de manne & vingt grains de nitre, dans vingt
onces ou six verres de petit lait.


N. 49.

Deux onces de sirop de pavot blanc, autant d'eau de sureau.

  Si l'on n'a pas de l'eau de sureau, on prend de celle de fontaine.


N. 50.

Une dragme de rhubarbe en poudre.


N. 51.

De soufre pil, une once; de sel ammoniac, une dragme; de graisse de
porc frache, deux onces. Mlez exactement le tout dans un mortier.


N. 52.

Deux dragmes d'antimoine crud, exactement pil; autant de nitre. On les
mle exactement. On partage en huit prises.

  Ce remede occasionneroit des coliques  quelques personnes qui
  auroient l'estomac dlicat; mais il n'incommode point les robustes
  campagnards, & il gurit quelques maladies de la peau qui avoient
  rsist aux autres remedes. Il augmente la transpiration; & les
  Palefreniers qui pansent les chevaux auxquels on a donn l'antimoine,
  s'en apperoivent d'abord en les trillant, par la quantit de crasse
  qu'ils trouvent. Cette augmentation de transpiration chez les chevaux,
  et quelquefois prodigieuse; c'est par-l que l'antimoine leur est
  utile dans plusieurs cas.


N. 53.

Les remedes de ce N, & des N. 54 & 56, sont destins aux maladies qui
dpendent des oppilations ou obstructions, & de la suppression des
regles. Le 54 est particulirement destin  les rappeller. Les N. 53 &
56 sont plus convenables, quand on ne fait pas attention  la
suppression, ou qu'elle n'a pas lieu.

Prenez de limaille de fer & de sucre, de chacun une once; d'anis en
poudre, une demi-once. Partagez en vingt-quatre doses. On en prendra une
trois fois par jour, une heure avant que de manger.

  Ce remede, que les gens riches peuvent rendre encore plus agrable, en
  employant la canelle au lieu d'anis, contient peu de fer; mais cette
  dose suffit dans un mal commenant, & mme une prise ou deux par jour
  suffisent pour une fort jeune fille. Quand on le veut plus fort, il
  faut doubler la dose du fer. Je ritere, crainte de ne l'avoir pas
  assez dit, qu'il faut viter le fer rouill; c'est la rouille qui gte
  l'estomac, au lieu que la limaille non rouille, est le plus puissant
  stomachique, dans les cas o les fortifians conviennent.


N. 54.

Deux onces de limaille de fer; une poigne de rhue, autant de marrube
blanc; un quart d'once de racine d'hellebore noir, trois chopines de
vin.

Prparez comme le vin du N. 42. Une tasse trois fois par jour, une
heure avant que de manger.

  J'avertis encore que dans les personnes languissantes ds long-tems,
  il faut travailler  rtablir la sant, & non-pas  pousser les
  rgles; ce qui est pernicieux. Elles reviennent quand la malade est
  mieux; leur retour suit celui de la sant, & ne doit, ni ne peut
  souvent le prcder.


N. 55.

D'extrait de cige ordinaire, une once. Faites-en des pilules de deux
grains, en y ajoutant ce qu'il faut de l'herbe de cige en poudre.

L'on commence par une pilule soir & matin, & l'on augmente peu  peu. Il
y a des malades qui sont parvenus  en prendre deux dragmes par jour.

  M. STORCK, l'un des Mdecins de LL. MM. Impriales, aprs avoir essay
  ce remede sur lui-mme, a renouvell l'usage de la grande cige en
  mdecine, il y a six ans; & l'on doit lui en avoir une trs grande
  obligation. En y joignant l'application N. 59, non-seulement il a
  guri entre ses mains des cancers confirms, mais quelques autres
  maladies, qui, jusqu' prsent, toient presque incurables. Il y a un
  trs grand nombre de cures opres par ce remede. Entre mes mains, il
  a calm une fois les douleurs, jamais guri; mais comme nulle part il
  n'a fait aucun mal, on doit toujours l'essayer. Ne seroit-il que
  calmant? l'on boit par dessus chaque prise, un verre de quelque
  boisson tiede & adoucissante. Voyez _les Observations sur l'usage
  interne de la Cigue, chez DIDOT_, 1762.


N. 56.

De limaille de fer, deux onces; de poudre de rhue & d'anis, de chacune
demi-once; de miel, ce qu'il faut pour former un opiate assez pais.

Un demi-quart d'once trois fois par jour.


N. 57.

Une once de racine de chiendent, autant de celle de chicore. Faites
bouillir pendant un quart-d'heure avec une chopine d'eau. Faites fondre
demi-once de sel de sedlitz, & deux onces de manne. Passez, pour en
boire un verre de demi-heure en demi-heure.

On ritere au bout de deux ou trois jours.


N. 58.

Un cataplasme de mie de pain, de fleurs de camomille & de lait, auquel
on ajoute du savon, de faon que chaque cataplasme en contienne un
demi-quart d'once. Je me sers aussi avec succs, quand la situation des
femmes ne permet pas les soins rguliers qu'exige ce cataplasme, qu'il
faut changer de trois en trois heures, de l'empltre de cige, qui se
trouve dans toutes les Apotiquaireries.


N. 59.

D'herbe de cige seche, ce qu'il en faut. Mettez-la entre deux linges
clairs, faites-en une espece de petit matelat fort souple. Laissez le
cuire pendant quelques momens dans l'eau. Exprimez & appliquez. On le
rchauffe toutes les deux heures dans la mme eau.

  Les fomentations avec le savon, & la lessive de sel alkali de tartre,
  sont trs bonnes dans le mme cas.


N. 60.

Des yeux d'crevisses vrais, ou de magnsie blanche vritable, deux
dragmes, partagez en huit prises. On donnera ces poudres dans une
cuillere d'eau ou de lait, avant que l'enfant tette.


N. 61.

D'extrait aqueux de noix, deux dragmes; faites-le dissoudre dans
demi-once d'eau de canelle. On en donnera cinquante gouttes par jour 
un enfant de deux ans. Quand la dose est finie, on le purge.

  Pour faire l'extrait, on prend les noix avant qu'elles soient mures,
  dans le mme-tems dans lequel on les cueille pour les confire.


N. 62.

De rsine de Jalap, deux grains. Broyez-la long-tems avec douze ou
quinze grains de sucre, & ensuite avec trois ou quatre amandes.
Joignez-y peu--peu deux cuilleres d'eau. Passez par un linge fort
clair, comme un lait d'amande. Ajoutez une cuillere  caff de sirop de
capillaire.

  Ce remede n'est point dsagrable, on peut le donner aux enfans de
  deux ans. S'ils sont plus gs, il faudroit ajouter un grain ou deux
  de la rsine de Jalap. Pour les enfans au dessous de deux ans, il vaut
  mieux s'en tenir au sirop de chicore, &  la manne.


N. 63.

Une once de _nutritum_; un jaune d'oeuf, s'il est petit; la moiti, s'il
est gros. Mlez exactement.

  L'on peut faire d'abord un _nutritum_, en broyant long-temps dans un
  mortier, deux dragmes de cruse, demi-once de vinaigre, trois
  cuilleres d'huile d'olive.


N. 64.

Faites fondre quatre onces de cire blanche, ajoutez-y deux cuilleres
d'huile, si c'est en hiver. En t, il n'en faut point, ou, tout au
plus, une demi-cuillere. Trempez dedans des pieces de linge, qui ne
soit pas trop us, & laissez-les scher.

  Cette toile est trs commode pour tous les pansemens. Quand elle est
  salie par le pus, il suffit de la jetter dans l'eau froide, de l'y
  remuer, de l'essuyer & de la laisser scher. Elle peut servir pour un
  grand nombre de pansemens.


N. 65.

C'est aussi une toile prpare comme l'autre; mais au lieu de cire
simple, on emploie l'empltre suivante:

D'huile rosat, une livre; de minium, demi-livre; de vinaigre, quatre
onces. Faites cuire jusqu' ce qu'il ait -peu-prs consistance
d'empltre. Fondez-y une once & demie de cire jaune, & jettez-y deux
dragmes de camphre. Mlez bien. Retirez du feu; & versez dans des canons
de papier, de quelle grosseur vous voudrez. Pour faire le sparadrap, il
faut le refondre avec un peu d'huile.

  C'est exactement l'onguent de Nuremberg, qui est le meilleur de tous
  les onguens de mnage.

  Voici la recette de l'onguent de la Chabauderie, ou plutt
  Chambauderie, fameux dans plusieurs familles. De cire jaune,
  d'empltre de trois drogues (c'est -peu-prs celui de Nuremberg), de
  diachilon compos, & d'huile d'olive, de chacun un quart de livre.
  Faites fondre le tout dans un pot de terre. Retirez du feu, & remuez
  jusqu' ce qu'il soit refroidi.


N. 66.

Cueillez en automne, pendant le beau tems, de l'agaric de chne (c'est
une espece de champignon qui crot sur cet arbre).

Il a quatre parties qui se prsentent successivement: 1. La peau qu'on
peut jetter. 2. La partie qui suit la peau, qui est la meilleure. On la
bat avec un marteau jusqu' ce qu'elle devienne douce & molle; c'est-l
toute sa prparation, & l'on en applique un morceau convenable sur les
vaisseaux ouverts. Il les resserre, empche l'hmorrhagie, & tombe
ordinairement au bout de deux jours. 3. La troisieme, qui peut suffire
pour arrter le sang dans les petits vaisseaux; & la quatrieme, qu'on
peut employer reduite en poudre.

  Ce remede connu il y a long-tems de quelques personnes, n'est commun
  que depuis neuf ans. Il a eu partout les mmes succs, & j'en ai vu
  les effets les plus heureux. Il pargne les tourmens qu'occasionnent
  les autres moyens d'arrter le sang; & c'est une des heureuses
  dcouvertes qu'on pt faire en chirurgie. L'on voit que chaque paysan
  peut s'en procurer avec plus de facilit que le plus habile
  Chirurgien. M. BROSSARD, Chirurgien franois qui l'a fait connotre,
  prfere celui qui crot sur les parties des chnes o l'on a coup de
  grosses branches.


N. 67.

Quatre onces de mie de pain, une poigne de fleurs de sureau; autant de
celles de camomille & de millepertuis. Cuisez-les en cataplasme avec
autant d'eau que de vinaigre.

Si l'on prfere les fomentations, l'on peut prendre les mmes herbes, ou
quelques poignes de faltran; on jette dessus demi pot d'eau bouillante;
on laisse infuser. L'on y ajoute chopine de vinaigre, & l'on trempe
dedans des flanelles ou d'autres toffes de laine qu'on applique sur le
mal.

Pour les fomentations aromatiques du . 412, prenez d'herbes de btoine,
de rhue, de fleurs de romarin ou de lavande, & de roses rouges, de
chacune une poigne & demie. Faites cuire pendant un quart-d'heure dans
un pot couvert, avec trois chopines de vin blanc vieux. Coulez &
exprimez fortement. On s'en sert comme des prcdentes.


N. 68.

L'empltre diapalme.


N. 69.

Deux parties d'eau, une partie de vinaigre de litharge, ou de vinaigre
de Saturne.


N. 70.

Prenez sel alkali de tartre, un gros; faites fondre dans une chopine
d'eau; ajoutez une once de miel. Pour boisson par verres, de demi-heure
en demi-heure.


N. 71.

Prenez bois de gayac rp, de sassaffras concass, de chaque une once.
Sept  huit feuilles de noyer. Versez dessus trois pintes d'eau
bouillante, laissez infuser deux jours dans un vase bien ferm. Passez.
Conservez dans un lieu frais, & que le vaisseau soit bien ferm.

  Au dfaut de ces bois, on se servira des bois de buis & de genievre
  coups en petits morceaux, & on en mettra le double de la dose.


N. 72.

Prenez oximel scillitique & vinaigre scillitique, de chaque trois onces;
gomme ammoniac, deux gros. Pour une potion  prendre par cuilleres.
S'il se trouve des personnes qui ne puissent prendre cette potion, &
qu'elle fasse vomir, on donnera la poudre suivante:

Prenez poudre d'oignon de scille, un gros; poudre de racine de
dompte-venin ou asclepias, un demi-gros. Mlez. On en donnera six
grains, quatre fois le jour, dans une cuillere de vin, ou en bol avec
du miel.


N. 73.

Prenez savon de Venise ou autre, pourvu qu'il ne soit pas color, gomme
ammoniac, cloportes, oignon de scille, de chaque une demi-once: faites
avec du sirop de capillaire, des pilules de dix grains.


N. 74.

Prenez racines de chiendent, d'arrte-boeuf, de chardon-roland, de
chaque une demi-once; racine de grande chlidoine ou claire, trois
gros. Faites bouillir dans trois chopines d'eau; & rduire  une pinte.
Passez, & faites fondre sel de duobus & sel de nitre, de chaque un gros.


N. 75.

Prenez scille, une demi-once. Faites infuser dans une pinte de bon vin
blanc.


N. 76.

Prenez de l'corce intrieure de sureau qui est verte, une poigne;
faites bouillir dans une pinte d'eau & autant de lait; faites rduire
moiti, qu'on partagera en deux pour deux jours diffrens, laissant un,
deux ou trois jours d'intervalle suivant l'tat du malade: on fera
prendre cette dcoction par verres,  jeun, d'heure en heure.


N. 77.

Prenez sommits d'absinthe ordinaire, deux onces, racines de calamus, ou
jonc odorant, de gentiane & d'impratoire, de chaque une once; baies de
laurier, une once & demie; de celles de genievre, trois onces; semences
de daucus de crete, une once. Coupez. Ecrasez le tout ensemble. Faites
infuser pendant vingt-quatre heures, dans huit livres d'hydromel ou de
bon vin,  une chaleur douce dans un vaisseau bien ferm.


N. 79.

Prenez racine de patience sauvage nettoye & coupe par morceaux, deux
onces. Faites bouillir dans trois chopines d'eau & rduire  une pinte.
Passez & ajoutez deux gros de sel de glauber.


N. 80.

Prenez panace mercurielle, thiops martial, encens, de chaque un
demi-gros; kerms minral, deux scrupules; cloportes en poudre, un gros.
Faites avec un sirop, des pilules de cinq grains.


N. 81.

Prenez miel rosat, une demi-once; esprit de sel marin, vingt gouttes.
Mlez.


N. 82.

Prenez corce de quinquina concasse, une once; contrayerva deux gros.
Faites bouillir dans pinte & chopine d'eau, & rduire  une pinte.
Passez. Ajoutez un gros de nitre.


N. 83.

Prenez demi-once de limaille d'acier bien lave. Faites infuser
vingt-quatre heures dans le vin blanc. Passez par un linge pli en deux,
& versez dans un vase qui contienne six pintes d'eau de riviere;
conservez cette eau dans un lieu frais. Elle servira pour boisson, au
dfaut des eaux minrales ferrugineuses naturelles.




PRIX DES DROGUES

RECOMMANDES

DANS CET OUVRAGE.


thiops Martial, de Lemery. Prparation du fer, 1 liv. 5 sols l'once.

Agaric de Chne, 1 liv. 10 sols l'once.

Antimoine crud. Minral, 4 sols la livre.

Assa-foetida. Gomme rsine, 8 sols l'once.

Baume d'Arcoeus. Prparation compose, 6 sols l'once.

Baume tranquille. Prparation compose, 8 sols la livre.

Beurre de Saturne. Prparation de Plomb, 6 sols l'once.

Calamus aromaticus. Roseau aromatique. Racine, 3 sols l'once.

Camphre, huile essentielle fige de lauriers, 8 sols l'once.

Cantharides, Mouches puantes qui mangent le Peuplier & le Fresne.
Exposez  la vapeur du vinaigre pour les tuer; faites scher; enfermez
dans un vase de terre, conservez dans un lieu sec.

Cruse. Prparation du Plomb dissous par le vinaigre, 10 sols la livre.

Cerat de Galien. Prparation d'huile & de cire, 2 sols l'once.

Cinnabre artificiel. Prparation de soufre & de Mercure, 9 sols l'once.

Contrayerva. Racine, 5 sols l'once.

Crme de tartre. Sel acide, 1 sol l'once.

Diagrede. Extrait de scammone, 3 sols le gros.

Eau de chaux, 10 sols la pinte.

Eau de Mlisse simple, 1 livre la pinte.

Eau distille de Canelle, 10 sols l'once.

Email prpar, 4 sols l'once.

Empltre de Cigue, 50 sols la livre.

Empltre de Nuremberg, 3 liv. la livre.

Empltre vsicatoire, 2 liv. la livre.

Encens [Oliban]. Gomme-rsine, 4 sols l'once.

Esprit de Sel marin, 10 sols l'once.

Esprit de soufre, acide tir du soufre, 10 sols l'once.

Esprit de vitriol, acide tir du vitriol, 8 sols l'once.

Gayac rap. Bois rsineux, 10 sols la livre.

Gomme ammoniac. Gomme rsine, 8 sols l'once.

Huile de trbenthine, 2 liv. la livre.

Jalap. Racine, 5 sols l'once.

Ipecacuanha. Racine, 1 liv. l'once.

Iris, ou Flambe de Florence. Racine, 3 sols l'once.

Kerms minral. Prparation d'antimoine, 1 liv. le gros.

Laudanum liquide de Sydenham. Prparation d'opium avec le vin, 1 liv.
l'once.

Limaille de fer. Prparation du fer, 8 sols la livre.

Litharge. Prparation du plomb, 7 sols la livre.

Manne ordinaire. Suc du Fresne, 4 sols l'once.

Magnsie blanche, 1 liv. l'once.

Mercure crud, 4 liv. la livre.

Miel blanc, 12 sols la livre.

Minium. Prparation du plomb, 10 sols la livre.

Musc. Substance animale d'une odeur forte, 4 liv. le gros.

Onguent basilicum ou suppuratif, 1 liv. 10 sols la livre.

Onguent nutritum, 2 liv. la livre.

Opium. Suc de pavot tranger, 16 sols l'once.

Oximel scillitique. Prparation o entrent le vinaigre, le miel & la
scille, 1 sol l'once.

Panace mercurielle, 2 liv. 10 sols l'once.

Poudre contre les vers, ou _semen contra_, 5 sols l'once.

Poudre cornachine ou de tribus. Compos de parties gales de tartre,
jalap & diagrede, 2 sols le gros.

Poudre de cloportes. Cloportes sechs & mis en poudre, conservs
schement, 8 sols l'once.

Quinquina. Ecorce d'arbre, 6 liv. la livre.

Rsine de Jalap blanche, 1 liv. le gros.

Rhubarbe. Racine d'une plante, 15 liv. la livre.

Rob de Sureau. Suc des Baies de Sureau paissi, 1 liv. l'once.

Saffran. Etamines de la plante, 8 sols l'once.

Santal. Bois, 4 sols l'once.

Sassafras. Bois, 15 sols la livre.

Savon blanc, 12 sols la livre.

Sel Ammoniac, 5 sols l'once.

Sel d'Epsom, 12 sols.

Sel de Glauber, 2 liv. la livre.

Sel de Nitre, 1 livre.

Sel Vgtal, 2 livres.

Sel de Sedlitz, 6 livres.

Sel de Duobus, 2 livres.

Sen. Feuilles & follecules d'un arbrisseau, 3 liv. la livre.

Serpentaire de Virginie. Racine, 5 sols l'once.

Soufre. Minral, 12 sols la livre.

Syrop de Capillaire, 2 liv. 8 sols la livre.

Syrop de Chicore compos de rhubarbe, 5 sols l'once.

Syrop Diacode, ou de Pavot blanc, 4 sols l'once.

Syrop de Nerprun, 2 liv. la livre.

Syrop de Pavot rouge, 2 liv. 10 sols la livre.

Syrop de Violette, 2 liv. 10 sols la livre.

Tamarins. Fruits, 20 liv. la livre.

Tartre mtique, ou stibi. Prparation d'antimoine, 12 sols l'once.

Tartre vitriol. Sel neutre, 3 sols l'once.

Thriaque, 6 liv. la livre.

Turbith minral. Prparation de mercure, 3 liv. l'once.

Vin mtique troubl, 3 sols l'once.

Vinaigre de Saturne, 5 sols l'once.

Vinaigre scillitique, 3 sols l'once.

Yeux d'crevisses prpars, 5 sols l'once.


FIN.




_APPROBATION._


J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, un Livre, imprim 
Lausanne, ayant pour titre: _Avis au Peuple sur sa Sant_, par M.
TISSOT; & je n'ai rien trouv dans cet Ouvrage qui puisse empcher de le
dbiter, & mme de l'imprimer en France. A Paris, ce 3 Dcembre 1761.

MACQUART, Censeur Royal.




_PRIVILEGE DU ROI._


LOUIS, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: A nos ams &
faux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement, Matres des
Requtes ordinaires de notre Htel, Grand-Conseil, Prvt de Paris,
Baillifs, Snchaux, leurs Lieutenans Civils, & autres nos Justiciers
qu'il appartiendra: SALUT. Notre am MARIE-JACQUES BAROIS, Libraire 
Paris, Nous a fait exposer qu'il dsireroit faire rimprimer & donner au
Public un Livre qui a pour titre: _Avis au Peuple sur la Sant, par M.
TISSOT_; s'il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Permission pour
ce ncessaires. A CES CAUSES, Voulant favorablement traiter l'Exposant,
Nous lui avons permis & permettons par ces Prsentes de faire rimprimer
ledit Livre, autant de fois que bon lui semblera, & de le vendre, faire
vendre & dbiter par tout notre Royaume, pendant le tems de trois annes
conscutives,  compter du jour de la date des Prsentes. Faisons
dfenses  tous Imprimeurs, Libraires, & autres personnes, de quelque
qualit & condition qu'elles soient, d'en introduire de rimpression
trangere dans aucun lieu de notre obissance. A la charge que ces
Prsentes seront enrgistres tout au long sur le Registre de la
Communaut des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la
date d'icelles: que la rimpression dudit Livre sera faite dans notre
Royaume, & non ailleurs, en bon papier & beaux caracteres, conformment
 la feuille imprime, attache pour modele sous le contrescel des
Prsentes; que l'Imptrant se conformera en tout aux Rglemens de la
Librairie, & notamment  celui du 10 Avril 1725; qu'avant de l'exposer
en vente, l'Imprim qui aura servi de copie  l'impression du Livre sera
remis dans le mme tat o l'Approbation y aura t donne, s mains de
notre trs cher & fal Chevalier, Chancelier de France le Sieur DE
LAMOIGNON, & qu'il en sera ensuite remis deux Exemplaires dans notre
Bibliotheque publique, un dans celle de notre Chteau du Louvre, un dans
celle de notre trs cher & fal Chevalier, Chancelier de France, le
Sieur DE LAMOIGNON, & un dans celle de notre trs cher & fal Chevalier,
Garde des Sceaux de France le Sieur BERRYER, le tout  peine de nullit
des Prsentes. Du contenu desquelles Vous mandons & enjoignons de faire
jouir ledit Exposant, & ses ayans causes, pleinement & paisiblement,
sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empchement. Voulons
qu' la copie des Prsentes, qui sera imprime tout au long, au
commencement ou  la fin dudit Livre, foi soit ajote comme 
l'original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent, sur ce
requis, de faire, pour l'excution d'icelles, tous Actes requis &
ncessaires, sans demander autre permission, & nonobstant clameur de
Haro, Charte Normande, & Lettres  ce contraires. CAR tel est notre
plaisir. DONN  Paris, le treizieme jour du mois de Janvier, l'an de
grace mil sept cent soixante-deux, & de notre Regne le
quarante-septieme. Par le Roi, en son Conseil.

_Sign_, LEBEGUE.


J'ai cd mon droit au prsent Privilege  Monsieur PIERRE-FRANOIS
DIDOT, le jeune. A Paris, ce 19 Janvier 1762.

BARROIS.


_Registr sur le Registre XV de la Chambre Royale & Syndicale des
Libraires & Imprimeurs de Paris, N. 538, fol. 257, conformment au
Rglement de 1723. A Paris ce 17 Fvrier 1762. Registr ensemble la
Cession, jointe audit Privilege, ce 17 Fvrier 1762._

VINCENT, Adjoint.




CATALOGUE

DES LIVRES NOUVEAUX

_Qui se trouvent chez DIDOT le jeune_.


  Ant. Storck, Medici Viennensis, de Cicut tractatus.
    _Parisiis._ 1761. in-12.                                  1 l. 16 s.

  --Le mme en Franois. _Paris._ 1761, in-12.                1 l. 16 s.

  Observations nouvelles sur l'usage interne de la Cige;
    seconde Partie & Supplment, aux quels on a ajout un
    Mmoire nouveau sur l'Histoire de la Cige, la Figure
    de cette Plante, & les Cures opres en France jusqu'
    ce jour. _Paris._ 1762. in-12.                            2 l. 10 s.

  Trait de l'Asthme, traduit de l'Anglois de Floyer, par
    M. Jault. _Paris._ 1761. in-12.                           2 l. 10 s.

  Ant. de Haen, Ratio medendi in Nosocomio practico.
    _Parisiis._ 1761. 2 vol. in-12.                           5 l.

  --_Volumen subsequens sub Prlo._

  Collection d'Observations sur l'Anatomie, la Chirurgie &
    la Mdecine pratique: Ouvrage priodique extrait
    principalement des Ouvrages trangers. _Paris_, 1761.
    in-12. 3 vol. brochs.                                    4 l. 10 s.

  --_Le quatrieme Volume sous Presse._

  Essais & Observations Physiques & Littraires de la
    Socit d'Edimbourg: Ouvrage traduit de l'Anglois, par
    M. Demours. _Paris._ 1761. in-12. _Figures._              3 l.

  --_Le second Volume sous Presse._

  Trait de Chymie traduit du latin de Vallerius. Tome I.
    in-12 _avec Figures. Sous Presse._

  Recherches sur la valeur des Monnoies & sur le prix des
    Grains, avant & aprs le Concile de Francfort, par M.
    Dupr de Saint-Maur. in-12 _sous Presse_.

  Mmoires pour servir  l'Histoire des Egaremens de
    l'Esprit humain, par rapport  la Religion Chretienne,
    ou Dictionnaire des Hrsies, des Erreurs & des
    Schismes, &c. _Paris._ 1762. 2 vol. in-8.                 9 l.

_Livres nouvellement aquis._

  Dictionnaire Gographique portatif des quatre parties du
    Monde, traduit de l'Anglois de Laurent Echard, par
    M. l'Abb Vosgien: nouvelle dition considrablement
    augmente. _Paris._ 1759. in-8.                           4 l. 10 s.

  Dictionnaire Historique portatif, contenant l'Histoire
    des grands Hommes & des Personnes illustres, &c. par M.
    l'Abb l'Advocat: nouvelle dition augmente de plus
    d'un quart. _Paris._ 1761. 2 vol. in-8.                  10 l. 10 s.

  Manuel Lexique, ou Dictionnaire portatif des Mots
    Franois dont la signification n'est pas familiere 
    tout le Monde, par M. L'abb Prevost. _Par._ 1755.
    2 vol. in-8.                                              9 l.

  Dictionnaire Botanique & Pharmaceutique, contenant les
    principales proprits des Minraux, des Vgtaux & des
    Animaux en Mdecine. _Paris_, 1759. in-8.                 4 l. 10 s.

  Dictionnaire Franois-Latin, par le Pere le Brun.
     _Paris._ 1760. in-4.                                    15 l.

  Dictionnaire Thologique portatif. _Paris._ 1756. in-8.     4 l. 10 s.

  Dictionnaire portatif des Conciles. _Par._ 1758. in-8.      4 l. 10 s.

  _L'Agronome_ Dictionnaire portatif du Cultivateur,
    contenant les Connoissances ncessaires pour gouverner
    les Biens de Campagne, conserver la Sant, &c.
    _Par._ 1760. in-8. 2 vol.                                 9 l.

  Dictionnaire des Rimes, par Richelet. _Par._ 1761. in-8.    7 l.

  Roberti Stephani Thesaurus Lingu latin. _Basile._
    1740. 4 volumes in-fol.                                  70 l.

  Histoire des Chevaliers de Malthe, par l'Abb de Vertot.
    _Paris._ 1761. 7 volumes in-12.                          17 l. 10 s.

  --_On vend sparment les Tomes VI & VII._                  5 l.

  Etudes convenables aux Demoiselles: nouv. Edition.
   _Par._ 1762. 2 volumes in-12.                              5 l.

  Coutume de Paris, par Ferriere. _Par._ 1762.
    2 vol. in-12.                                             5 l.

  OEuvres de Montesquieu: nouvelle dition, revue, corrige
    & considrablement augmente par l'Auteur. _Paris._
    1758. 3 volumes in-4.                                    36 l.

  --Les mmes, en 7 volumes in-12.                           17 l.

_On vend sparment_,

  L'Esprit des Loix. 4 vol. in-12.                           10 l.

  Les Lettres Persannes. in-12.                               2 l. 10 s.

  Considrations sur les causes de la grandeur des Romains
    & de leur dcadence. in-12.                               2 l. 10 s.

  Le Temple de Gnide & l'Essai sur le Got. in-12.            2 l.

  --Le mme in-8. _avec Figures._                             2 l. 10 s.

  --Le mme traduit en Italien. in-8. Fig.                    3 l.

  La Mdecine & la Chirurgie des Pauvres contenant des
    Remedes choisis, faciles  prparer & sans dpense, &c.
    nouv. dition. _Paris_ 1758. in-12.                       2 l. 10 s.

  Abrg de l'Histoire des Plantes Usuelles, par Chomel.
    nouv. dition, revue & corrige. _Paris._ 1761.
    3 vol. in-12.                                             7 l.

_L'on trouve chez le mme Libraire toutes sortes de Livres anciens &
nouveaux, tant de France que des Pas Etrangers, & principalement en
Mdecine, Anatomie, Chirurgie, Histoire naturelle, &c. Ses Livres sont
marqus  l'Amiable, toute l'Anne._




Note sur la version lectronique


La transcription conserve l'orthographe de l'original, avec ses
incohrences (par exemple: longtems/long tems/long-tems/long-temps,
cige/cigu/cigue, fivre/fievre, parot/paroit, etc.). Les corrections
signales en errata et les coquilles videntes ont t corriges.

L'original prsente  la fin du . 526 un crochet fermant de fin de
citation, sans crochet ouvrant correspondant.

On a reprsent _entre caractres souligns_ les expressions soulignes
dans l'original, soit par une typographie en italique, soit par l'usage
de caractres droits dans un passage entirement en italique.






End of the Project Gutenberg EBook of Avis au peuple sur sa sant, by 
Samuel Auguste Tissot

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK AVIS AU PEUPLE SUR SA SANT ***

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generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
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Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
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Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

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